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:: Every Time I Die le 10/06/05 - Paris (Bataclan) ::


L’interview se passe avec le très sympathique et très délirant guitariste Jordan Buckley, à l’occasion de la venue d'Every Time I Die à Paris pour un concert au Bataclan le 10 juin dernier.
Arrivée en haut des escaliers qui mènent aux loges (très très bruyantes !) du Bataclan, où se trouvent les membres du groupe, les roadies, quelques mecs de Lamb Of God, qui ne cessent tous de faire des va et vient, Jordan vient me saluer et me demande de façon inattendue si çela ne me gène pas qu’il se fasse couper les cheveux durant l’interview. Pourquoi pas ! Et voici qu'arrive la jeune fille qui doit le coiffer, Jordan s’installe devant les loges, une serviette sur les épaules, et nous voilà partis pour cette coupe de cheveux, et pour l’interview…

Metalorgie: C’est votre avant dernière date en Europe ici même à Paris, comment s’est déroulée cette tournée européenne, et quelles en sont vos impressions?

Jordan Buckley: J’ai déjà été en Europe deux fois auparavant, la première fois pour dix jours pendant l’été, et une deuxième fois pendant un mois en hiver, et étant donné que là c’est dans un contexte de show d’été, c’est plutôt bien parce que tu peux vraiment essayer d’accomplir tout ce que tu veux en dix jours, et ça s’avère être bien plus sympa que quand il fait froid…

Metalorgie: Cette tournée a débuté en Allemagne avec le Rock Im Park où vous avez côtoyé des groupes comme Papa Roach et Maroon 5. Là vous allez enchaîner avec le Download Festival en Angleterre où vous jouerez avec des pointures telles que Black Sabbath ou Anthrax. On est bien loin des concerts plus underground aux côtés de Converge, Give Up The Ghost ou The Dillinger Escape Plan. Comment appréhendez-vous ces deux types de concerts? Lesquels privilégiez-vous et pourquoi?   

Jordan Buckley: On essaie de les approcher tous les deux de la même manière, que ce soit face à des milliers de personnes qui n’ont absolument jamais entendu parler de toi, ou face à des centaines de personnes qui t’adorent, il faut juste s’assurer que tout le monde passe un moment suffisamment fort et intense pour que les gens aient envie de revenir te voir la fois d’après. Tu sais, nous faisons pas mal de premières parties cette année en Europe dans des endroits où nous n’avons jamais joué et jamais mis les pieds, devant des kids qui n’ont jamais entendu parler de nous. C’est un challenge de se retrouver dans ces nouveaux «scénarii», ces nouvelles villes, ces nouveaux pays, ces nouveaux festivals, et de voir si on a toujours des leçons à tirer pour attirer l’attention d’une foule, et ouais, je pense que jusqu’ici tout va bien…

Metalorgie: De retour aux States vous allez en remettre une couche avec le Sound Of Underground Festival et ce pendant un bon gros mois. Est-ce que vous êtes déjà familiers des groupes avec lesquels vous allez jouer, je pense notamment à Gwar, c’est assez surprenant!?

Jordan Buckley: Parmi ces groupes certains sont nos meilleurs amis et pour d’autres, je n’ai jamais entendu leur musique…Ouais ça va être bien, ce sera un peu comme le Ozzfest où tu connais un tel ou un tel mais bon quoiqu’il arrive on fait au mieux notre truc.

M: Et qui sont vos amis alors?

J.B: Hum…Lamb Of God, Unearth, Norma Jean, Poison the Well, Throwdown, ouais tous ces groupes avec qui nous jouons maintenant depuis six ans. Contrairement à Gwar avec lesquels nous n’avons jamais joué, mais que je suis déjà allé voir en concert, je suis d’ailleurs allé les voir pour la dernière fois à Buffalo il y a un mois. Je crois que c’est ce dont nous avons besoin sur la tournée. Il ne faut pas être trop familier avec tout, il faut quelquechose pour divertir les groupes. Hum…un genre de «newness», si je puis dire… ! 

M: Venons en au groupe à présent, Kevin (Falk) est votre 4ième bassiste, et j’aimerais que vous le présentiez de la même manière que vos portraits sur le site…Je sais que c’est Keith qui le fait, mais tu peux bien le faire aussi… (NDLR: Every Time I Die se sont défaits, le 28 Juin dernier, de leur bassiste Kevin Falk (Between The Buried And Me). En attendant, c'est Chris Byrnes (Nora) qui remplace l'indécis)

J.B: Alors laisses moi voir ça… «Kevin les cochons d’inde» (allusion à certaines pratiques sexuelles …rires venant des loges), Kevin joue des putains de lignes de basse, il adore les Duncan donuts, il est vraiment très différent de tout ce qu’on a essayé auparavant, on va dire ça comme ça… «he is a stranger»…

M: Comment l’avez-vous déniché? Vous aviez passé des annonces sur le net il me semble, alors qu’est ce qui a motivé votre choix?

J.B: Hey non ! C’est lui qui nous a trouvé ! On a en quelque sorte fait savoir à tout le monde qu’on avait besoin d’un bassiste. Il nous a contactés et il attendait une réponse avec impatience. Alors il est venu depuis la Caroline du Nord, et en fait c’est la première personne que nous avons auditionnée et ça nous a paru convenir. En gros on voulait pas se prendre la tête à avoir des centaines, ouais enfin des douzaines de personnes, qui viennent dans notre espace de répète et qui tentent de faire l’affaire. Alors on s’est dit, prenons la première bonne personne, comme ça ce sera moins pénible.

M: Quand à l’intégration de Kevin au sein du groupe, comment s’est-il démerdé pour les anciennes compos, tous ces fest’, ainsi que l’enregistrement de Gutter Phenomenon, vu son arrivée assez récente?

J.B: Il a bien participé à l’enregistrement de l’album avant qu’il n’est jamais fait un concert avec nous. Et c’est grosso modo la raison pour laquelle on cherchait un bassiste, parce qu’on voulait vraiment quelqu’un pour enregistrer la basse sur cet album. Andy et Ratboy se sont concentrés sur son écriture, on voulait se concentrer sur nos parties à enregistrer. On voulait pas avoir à se dire qu’on devait faire les parties de basse en plus. On voulait pouvoir se concentrer…(Il se met à hurler avec un boucan pas possible derrière) «Jesus Christ !!!! » (C’est Andy qui arrive en gueulant et en se marrant on sait pas trop pourquoi…)

M: Sur Gutter Phenomenon, on retrouve deux guests, et non des moindres, à savoir Daryl de Glassjaw et Gerard de My Chemical Romance. Qu’est ce qui a motivé ces deux collaborations, et seriez-vous prêts à retenter l’aventure avec quelqu’un en particulier?

J.B: Légalement je ne suis pas sûr de ce que je peux divulguer à ce sujet ! Mais disons qu’on a rencontré des gens vraiment incroyables en tournée, et ouais on se suce la bite , on se lèche le cul mutuellement en disant qu’on adore tel ou tel groupe et qu’on devrait faire quelque chose ensemble un de ces jours. Et puis il y a quelques personnes au moment venu qui nous disent «hey, j ‘ai vraiment envie de faire quelque chose avec vous les mecs, y a moyen de passer au studio et blablabla…et vice versa», et c’est comme ça que ça se passe. C’est pas comme si on avait loué les services d’un étranger pour aider la vente des albums. Ces mecs aiment notre groupe depuis des années maintenant alors tout s’est bien passé.

M: Et pourquoi un tel titre de chanson…en français, "L’Astronaut"?

J.B: Ho je dois encore répondre à cette question… !Je pense pas que ce soit un titre français, c’est juste un jeu de mot. Enfin rien de sérieux, rien de français. Hé nan, retires ce que je viens de dire… Au temps pour moi. Pour mon interview française, la raison pour laquelle on a un titre en français sur l’album, peut être, c’est que Keith a suivi des cours de français. Il fait semblant de savoir parler (Evidemment tout le monde commence à se marrer dans la loge…).Une fois au Canada, il était là «les mecs vous voulez une bière!? Je vais vous en chercher !» et puis une fois arrivé au bar, il a essayé de nous impressionner avec son français et il a tout simplement dit (avec une toute petite voix pour bien se moquer): «two beers» (tout le monde éclate de rire). Alors en fait il ne sait pas vraiment parler français… (en jetant des petits coups d’œil dans la loge, principalement adressés à Keith qui évidemment ne tarde pas à répliquer…)

Keith: (en gueulant et en se marrant en même temps) Hey !Hey mais biensûr que si, je parle français !!!(rires de tout le monde dans la loge). Je t’assure !

M:Hum, alors personne ne parle français…Toi tu ne parles pas français non plus Jordan?

J.B: Nannn, pas du tout, mais je parle allemand, enfin quelques mots, bref…

M: Est-ce que vous allez refaire un détour par la France après la sortie du disque? C’est pas toujours évident de présenter ses nouveaux morceaux avant la sortie du disque, c’est même peut être encore plus difficile en Europe…Enfin je sais que vous allez revenir ici à Paris au mois d’août mais l’album ne sera pas encore sorti…

J.B: Oh Jesus ! C’est pas vrai ! Mais ça s’est mal organisé ! On revient en fait pour créer encore plus d’attente !...Et dès maintenant si possible !

M: D’ailleurs, étant donné que vous êtes constamment en tournée, sur la route, de quelle manière gérez vous le processus d’écriture d’un tel album? Où puisez vous votre inspiration, parce qu’on sent vraiment un côté Road Movie dans vos textes, on se croirait plonger dans des scènes d’un film quelques fois…

J.B: Pour l’écriture de l’album, ça a été vraiment très très dur, on a écrit à peu près une chanson et demi pendant les deux premiers mois parce que nous étions tous imprégnés de choses différentes et on ne savait pas trop vers quoi on se dirigeait. Parce qu’avant, l’écriture c’était juste pour le fun, on était encore en cours ou en train de travailler, mais maintenant c’est ça notre job. Alors il a fallu qu’on se réunisse et qu’on se dise: «ok, ce qu’on va faire doit être bien, ça ne peut pas craindre. Quoiqu’il arrive, ce qu’on va faire ne peut pas être mauvais». Alors on a dû essayer différents locaux pour bosser notre musique jusqu’à ce qu’on en trouve un où on était ok avec la chaleur qui s’en dégageait, et où les horaires nous convenaient et tout ça quoi…Je pense que quand tu es dans la bonne atmosphère, c’est plus facile d’écrire, ça nous a beaucoup aidé. Ouais avant on était dans un putain de hangard gelé, et on arrivait à rien mettre sur pied, et on répétait seulement la nuit, c’était la misère. Alors on a emménagé dans une maison hantée et le climat était un peu mieux et les horaires pour jouer étaient un peu mieux aussi, et on a pu manger des «chicken fingers», ça a facilité le processus d’écriture.
Et oui pour revenir aussi à une partie de ta question concernant les paroles, je préfère pas en parler parce que ça c’est Keith qui s’en occupe…Mais j’aime bien les films !...

M: Ok! Vous comptez réaliser un clip sur un des titres? Celui d’"Ebolarama" valait vraiment le détour ! Bien rock’n’roll !

J.B: Je peux t’annoncer la bonne nouvelle, on va retravailler avec le réalisateur d’"Ebolarama" pour la prochaine vidéo. Faut juste décider quel morceau ce sera. On est vraiment très fier de tous les morceaux sur le nouvel album, ça va être très dur d’en choisir une pour le représenter. Peut être qu’on finira par faire un film avec tous les morceaux comme un film de zombie ou un Jurassic Park 4, (rires de tous les membres du groupe, dans la loge, des roadies et de quelques mecs de Lamb Of God) ou quelque chose dans le style de The Wall, tu vois ce que je veux dire, comme Pink Floyd, ouais on pourrait faire ça. Ouais, au lieu de choisir une vidéo on pourrait faire un film…

M: Ben d’accord, j’attends de voir ça ! Ca peut être pas mal !!! Et pour continuer sur l’esthétique Every Time I Die, la pochette de cet album est vraiment réussie, et plus abstraite que pour les deux précédents ; comment vous impliquez vous dans vos art work de manière générale? Est-ce que vous regardez ça de loin, ou aimez vous faire appel à certains artistes en particulier?

J.B: On était moins impliqué pour Hot Damn ! mais on était quand même satisfait de comment ça a tourné. En revanche, on était plus impliqué pour celui-ci. Comme je t’ai déjà dit, cet album déchire vraiment ! Et l’art work va être tout aussi démentiel ! (petit moment de confusion parce que la fille qui lui coupait les cheveux vient de terminer, et elle lui retire la serviette de toilette qu’il avait sur les épaules, c’est assez drôle parce qu’il a l’air tout gêné  et il fait mine de cacher son torse avec les bras croisé en rigolant… !) Hey mais ma serviette ! Qu’est-ce que tu fais ! Tu as déjà fini? C’est bon? Tu es sûre que ça va? (alors il demande un peu à tout le monde, tout le monde acquiesce. Il me demande aussi et je lui dis que sa nouvelle coupe est vachement bien) Oh merci ! Désolé…et donc…euh ouais on aime les serpents, on aime les ours, on aime les guitares, alors on a juste dit aux personnes concernées «écoute mec, on veut juste un truc qui déchire» et ils l’ont fait. On voulait quelque chose qui paraisse aussi bien que ça sonne. Ca s’est passé en gros comme ça, et de toute façon y’a rien de plus cool que les serpents.

M:Hum Hum… Et votre musique semble évoluer parallèlement au visuel; Last Night In Town était très agressif puis Hot Damn ! sonnait plus rock’n’roll. Et à l’écoute de "Guitared And Feathered" extrait de Gutter…, on sent que vous êtes plus matures et votre musique est plus cohérente…

J.B: On aime croire que tout ce qu’on fait est meilleur que ce qu’on a fait avant. Tu sais beaucoup de gens ont eu cette impression «rock» de Hot Damn !, mais je pense que c’est juste parce qu’on est devenu meilleur dans ce qu’on fait, comme peut le confirmer le dernier album. Beaucoup plus de mélodies, de structure, de riffs. On reprend ce qu’on fait en l’améliorant et en le rendant plus original. On s’est collé à une approche de songwritting plus mûre, tu ne peux pas balancer riff après riff après riff et espérer que les gens rentrent là dedans.

M: Assez récemment des musiciens comme Kurt Ballou (Converge) ont commencé à enregister d’autres artistes. Est-ce que c’est quelquechose que tu envisagerais plus tard? Ou une petite idée de qui vous aimeriez supporter peut être?

J.B: Je n’enregistrerai jamais de disque pour un autre groupe. C’est trop ennuyeux et ça monopolise trop de temps. Je suis bien trop impatient pour me poser là en studio, jouer de la guitare quatorze heures par jour tout seul, et puis faire la même chose avec la batterie et tout le reste, c’est bien trop ennuyeux. J’ai besoin de résultats immédiats pour être satisfait de quelque chose. Si j’avais à travailler avec d’autres groupes ce serait au niveau visuel, c’est ce que j’étudiais en cours avant que j’arrête, l’illustration, alors je reviendrais à ça parce que c’est moins pénible.

M: Et vous,qui vous a aidé dans vos démarches? Qui auriez vous envie de remercier?

J.B: Je suis toujours époustouflé de voir à quel point mes parents ont encouragé le groupe. Lorsque j’étais encore au lycée, je séchais les cours pour aller en tournée et ça ne les enchantait pas vraiment, mais je leur disais de me faire confiance. Quand j’ai annoncé à Andy que je quittais la fac, il fallait que je choisisse de faire l’un ou l’autre, je savais qu’il fallait que je me donne à cent pour cent pour ce groupe, et mes parents ont fini par être d’accord, ils m’ont dit «vas-y», et ils n’ont pas changé d’avis depuis. Ils sont fiers de moi, et ça me rend fier.

M: Ok. Merci beaucoup.

J.B: Pas de problème. Merci à toi.


 


Interview réalisée par Sam

Merci à Jordan @ Every Time I Die, Laure @ Roadrunner, No Fun For A FX, Jon.

A voir sur le site :
Every Time I Die