
Delightful Spleen – jeune quintet niçois - a pris le parti de se fournir chez le même dealer d’émotion que celui qui alimente la vague emocore US depuis le début des années 2000. On retrouve donc un large panorama de ce que The Used a proposé avec succès dans son album eponyme paru en 2002. Hurlements entrecoupés de chant clair, coup de reins dans la mise en place des riffs, le tout servi par une prod’ honorable.
On connaît le trip : ça caresse autant que ça agresse, ça stop-and-go à foison, balançant en contre bas changements de sons pédales pour guitares et effets echos sur les hauteurs pour la voix histoire de rajouter de la profondeur, comme aimait si bien le faire Bert McCracken. Le style est posé, le ton donné et pour peu qu’on aime, il faut bien l’avouer, son titre d’entrée "London Syndrome" (ainsi que "Chrysalis") sont des franches réussites.
Mais Delightful Spleen a conscience que l’étiquette "The Used Like" n’est pas des plus plaisantes, ainsi le quintet se fend dès le second titre – "Back In Montauk" - d’un morceau purement instrumental, typée post-hardcore, qui fait s’accorder guitare acoustique et montée volcanique, histoire de dissiper tout malentendu ; et ce avant de revenir en trombe avec une brutalité savamment crachée et pleine d’à -propos. "Schyzoprhenia" montre alors la grande maîtrise de ses auteurs pour les cris emocore, ramenés du fond de la gorge, rayés et colériques à souhait, qui débouche sur un break decrescendo arpèges/piano de fort belle allure. C’est entendu.
Our Buried Memories s’attaque donc à un morceau qu’on sait déjà bien entamé depuis le début de la décennie, ce qui est assez audacieux, il faut le signaler. Certains s’empresseront de demander la pertinence d’une telle démarche, vis à vis d’un genre qui a grandement perdu de son intérêt. On leur répondra que c’est finalement dans les cendres qu’on trouve parfois les meilleurs foyers d’incendie et qu’en y ajoutant un côté bien personnel (en dépit de quelques détails à corriger et en veillant bien à ne pas tomber dans les clichés physiques ou sonores), Delightful Spleen pourrait bien avoir ressuscité quelque chose de ce côté ci de l'Atlantique.