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:: Immanu El ::


Annoncer que la qualité n’attend pas le nombre des années semble déjà vu et entendu, et pourtant comment ne pas évoquer ce fait lorsqu’on se trouve en face de tels phénomène.
C’est âgé de 16 ans à peine que Claes Strängberg fonde Immanu El, à partir d’expériences musicales individuelles, auxquelles vont rapidement se joindre son jumeau Per dans un premier temps, puis deux amis d’enfance ; Mikael et Emil. Une simple grange, une petite ville au fin fond de la Suède (Jönköping) propice aux rêveries, Sigur Ros et Logh en parrains virtuels ; donnent à Immanu El la force et l’inspiration d’enchaîner une demo, un périple vers Reykjavik (la "Mecque" du post-rock), un EP Self-Titled en 2005 (Killer Whale), un BO pour un film chinois, avant d’achever sur un premier album en 2007, They’ll Come They Come, sorti conjointement par And The Sound records (Label Suédois) et Thomason Sounds (Label Japonais), auquel suit en 2009, Moen.

:: Site Officiel :: www.immanu-el.com/
:: Second Site :: www.myspace.com/immanuelband

photo Immanu El


:: Chroniques ::

Moen
Note : 15 / 20
Année : 2009
A Ecouter : "Lionheart", "Hogamon Two", "May"
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- 0 Commentaires -

Moen a été mal jugé. Parce que les fans de la première heure d’Immanu El aimaient avant tout l'aspect évanescent de la musique des suédois ; son caractère flottant, cotonneux et impalpable, proprice à la rêverie. Or avec Moen, Immanu El parle davantage, et on plane moins en conséquence, rattaché au monde malgré soi par la chaîne du langage. Comme si les états d’âme de chanteur avaient désormais besoin de s’incarner, besoin d’être plus proche de la terre, là où se mêlent "la boue et les pleurs". En réalité, Moen est une réappropriation du logos.
Je le dĂ©fends, Ă  ce titre.

Immanu El ne fait plus dans le post-rock teintĂ© d’indie, il fait dans l’indie teintĂ© de post-rock. Le fleuve est le mĂŞme, mais on a changĂ© de rives. Ce n’est pas que la longueur des morceaux s’est raccourcie, ce n’est pas non plus que les 5 protagonistes n’ont plus la facultĂ© de la grâce, bien au contraire, c’est juste une Ă©volution, vers un travail qui s’affirme plus, qui se perd moins dans les vapeurs ; un travail qui a envie de faire entendre sa voix au chapitre – et quelle voix, toujours aussi prodigieuse ! On retrouve alors l’ombre bienveillante d’un Logh sur le chef d’œuvre "Lionheart" oĂą l’acoustique inaugurale dĂ©bouche sur un ensemble de dĂ©clinaisons harmoniques littĂ©ralement envoutantes - "Un-con-ditionnal Love" -, on navigue entre les gammes aiguĂ«s d’un piano en arrière fond d'un chant sibyllin ("Hogamon Two") et on dĂ©vient tempĂŞte sur l'Ă©pilogue de "Storm". Et que dire des envolĂ©es effilĂ©es de "May" et de ses chĹ“urs angĂ©liques Ă  en perdre le Nord, de la batterie saccadĂ© en ouverture de "Archers" ? "Let it shine".

Plus pop, plus indie rock ("Aerial"), plus "catchable" si l’on veut, que le prĂ©cĂ©dent opus, Moen constitue une forme d’orientation peut-ĂŞtre plus ouverte et qui s’adresse moins aux seuls initiĂ©s, ce qui peut expliquer le mĂ©contentements des puristes. Ne leur dĂ©plaise. Immanu El continue de s’affirmer comme un des plus beaux rais de lumière de la Suède et après 5 ans d’existence, fait dĂ©sormais figure de chef de file de cette nouvelle scène scandinave qui a pris la roue lumineuse de cet indie/post-rock Ă©thĂ©rĂ© (Jeniferever, Ef, We Are The Storm, Pg. Lost). Sweden is (still) beautiful.


En écoute sur myspace.

They'll Come, They Come
Note : 16 / 20
Année : 2007
A Ecouter : "Under Your Wings I’ll Hide"
- 6 Commentaires (Moyenne : 16/20) -

"Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les songes" (Shakespeare, La Tempête). Voilà, en une seule phrase ce qui suffirait à décrire Immanu El, nouveau prodige du post rock européen.

Puisant dans les fleuves de l’onirisme, gorgeant chacune de ses mélodies d’un souffle propre aux rêveries, Immanu El touche à l’apothéose avant même de mourir. Oublié les lois de l’apesanteur, de l’espace temps et de la gravité, Immanu El navigue dans les eaux (delà), vogue au milieu des mélodies atmosphériques, toutes empreintes de grâce et de légèreté et donne des allures de poussière d’étoile aux chants de ses instruments.
Erigée à la gloire du post-rock, Under Your Wings I’ll Hide ouvre le ballet, déplie ses ailes et hypnotise l’auditeur par l’amplitude de son art. Reverbérations, orbes mélodiques, soulèvements de batteries, éclats de notes répétées en écho. Désormais, les frontières entre le corps et le sol ne sont plus.

Doté d’un cortège instrumental fidèle aux genres (Sigur Ros, Kwoon), maîtrisant ses codes évolutifs, They'll Come, They Come dépose des baisers sur la corolle de ses enceintes, envoûte les mesures et fait jouir les minutes. De partout semble tomber la lumière ; entre les pluies scintillantes de guitares, les spasmes du violon, les marches divines de la batterie et ce jusqu’au chant vaporeux de Claes Strängberg. Car c’est bien par ce moyen aussi qu’Immanu El prend possession des airs, par l’intégration de ce chant typé indie qui tout en empruntant un peu de la virtuosité de Jon Por Birgisson (Home) ou des moments les plus fragiles de Moneen (Astral Day), s’évertue à exprimer les tourments humains, parlant tout bas, comme entraîné malgré lui par la chute des astres qui l’entourent.
Dès lors They’ll Come They Come sonne comme une succession de miracles, où les harmonies voix/guitare font chavirer ce qui reste de matériel, où les pianos murmurent sous les drapés des violons, laissant chaque morceau ouvrir des nouveaux corridors progressifs. Dépassant allégrement le poncif de la simple montée/superposition, les suédois enrichissent leur orchestration (White Seraphs Wild), unissent le sublime et la tristesse, passant par quelques ponts en arpèges qu’on jurait dérobés aux Dieux (Panda).

Citant la vie comme influence, laissant l’Eden comme carte de visite, Immanu El entre par la grande porte, dépose dans un écrin de nuage son They'll Come They Come et repart prendre sa place dans la constellation des meilleures formations post-rock européennes. Ils sont venus, on est vaincus.


En écoute sur myspace.