

On s'attendait, moi le premier, à un premier album, il faudra se contenter d'un 12" éponyme 4 titres. Une demi-part largement suffisante pour faire passer Sofy Major dans la catégorie supérieure. Les gaziers ont resserré les rangs et concentré leur spectre musical. Un recentrage qui mène le combo encore plus loin en termes de maitrise, et SURTOUT, d'efficacité pure.
Sofy Major mène sa barque sur une vague véloce et massive. Sur la crête, une écume bouillonnante et magmatique. Les guitares grondent. Les guitares barrissent ("Meutre à Lezoux"). Les guitares sonnent la charge. Le son a pris du plomb dans l'aile. Les morceaux soufflent le froid sur l’échine, propagent des reflets indus(triels) et trompent l'ennuie à chaque instant. Noise, Hardcore, Giffle. Pas un temps mort. Pas un moment de moins bien. Une apogée ? Sans aucun doute "Need A Spank ?". Ce troisième morceau profite d'un riffing ondulatoire assassin, d'une batterie qui trouve la transe sans se mettre dans le rouge, et surtout, d’un chant qui creuse loinnnnnn les ultimes syllabes pour maintenir la tension maximale. Infaillible. Chargé de samples déshumanisés et acides (think early Jesu), "SATAN" ferme le sas. Tu es seul dans le caisson. Tu as beau tambouriner sur les parois, personne ne peut t'entendre. Il ne te reste qu'à relancer la machine.
Sofy Major s'affirme encore. Ce superbe 12" gatefold est leur ticket d'entrée dans la cours des grands dont ils se sont totalement affranchis pour livrer leurs propres tripes sur la table. Sofy Major marche sur des cendres fumantes et projette la douleur en mots et notes mâchés puis recrachés. Mange.
On pouvait reprocher à Sofy Major un certain conformisme à l'écoute de leur entrée en matière, certes sympathique, mais loin d'être à la pointe de l'originalité dans un style post-trucmuche archi rabâché. Les premières mesures de ces nouveaux morceaux, porteuses d'un message sonore autrement plus affuté, illustrent sans détour la progression du combo. Une avancée vers des terrains davantage bruitistes, labourés à grand coup de guitares distordues et de rythmes tout en décalage alternant les tempos. On appréciera particulièrement la superposition des riffs ultra tendus sur une batterie n'hésitant pas un instant à ralentir pour appuyer les frappes. Sofy Major lorgne donc vers le noise hardcore tout en conservant en fond un désespoir screamo hardcore et un groove bien rock dans les passages les plus énervés. Un aspect ambivalent surligné par le chant dont le timbre jouxte tantôt celui des ténors rockin'hardcore que sont Lack et Complete, tantôt les intonations typique de Envy. Quoi qu'il en soit, le style s'est affirmé et notre intérêt ne saurait en faire autrement.
One Second Riot, duo qui avait déjà largement convaincu via l'excellent split LP aux côtés des atypiques ricains de Neptune, poursuit dans le même sillon, celui la même qui fait tout leur intérêt ; une tranchée creusée par une basse vibrante joué comme une guitare et une rythmique assurée par un batteur à l'aise dans les parties les plus délicates comme dans les assauts les plus incisifs. One Second Riot laisse toujours la part belle (sans jamais trop en faire) aux samples vocaux (pas loin de Microfilm) et électroniques apportant volume et corps à une musique huilée et articulée comme un squelette. Dans la tension ambiante, les lyonnais s'autorisent quelques passages ralentis profitant du bel echo de la basse et jouant sur les silences à la manière de Duet. Mis à part cela, pas de réelles surprises, juste une poignée de morceaux noisy post punk dans la veine de ce que le duo a déjà proposé, c'est à dire identitaires et joliment ficelés. Seul le chant filtré par un effet "ettoufé" pourrait se discuter, et encore, l'initiative colle parfaitement au sujet.
Sofy Major / One Second Riot : 20 minutes, 3 morceaux chacun, une belle progression pour l'un, une confirmation pour l'autre, le tout servi par un artwork bien classe.
Les 5 gaillards de Sofy Major jouent un post-hardcore lent dans l'exécution, traînant les pattes dans les terrains noisy bien boueux, screamoisant dans le ton, et pour couronner le tout, tablant sur des guitares abrasives et dégoulinantes. Comment ça rien de nouveau ? Bah, ouais, vraiment rien de nouveau mais force est de constater que le jeune combo a trouvé la faille entre le souffle brûlant et tourbillonnant de l'emo hardcore et les vagues atmosphériques misant sur les ambiances travaillées à base de samples, boucles et autres paillettes édulcorées.
En plus de ça, Sofy Major parvient à trouver de la place pour quelques mélodies bien catchy qui prennent le coeur à pleine poigne comme le laisse suggérer le bel artwork façon Every Reason To.
Pour combler une originalité à vrai dire absente, le quintet joue la carte des poussées d'adrénaline via de belles montées en puissance et des passages presque étouffants qui laissent le souffle court. Du coup, on se croirait en apesanteur entre Metronome Charisma et Year of no Light, entre énergie débordante et force intérieure contenue. L'alchimie fonctionne et sans trop se demander le "pourquoi du comment", on adhère. Sans doute Sofy Major a pris assez de risques tout en sachant conserver les bases solides de ses aînée afin d’éviter le piège du "déjà entendu" dépourvu d’âme.
Ce premier Ep de plus d'une demi-heure prouve qu'en même pas 2 ans d'existence, il est toujours possible d'apporter sa pierre à un édifice déjà bien (é)rodé. Banco !