

Brume Retina et Hiro, deux entités respectivement nées des cendres de Gameness et Gantz, combos dont les séparations ont du tirer les larmes à plus d'un, deux formations qui main dans la main prolongent la douleur et la passion, maintiennent la flamme encore incandescente. Brume Retina / Hiro, un album partagé comme une accolade, de la musique vécue plus que jouée et des mots hurlés à n'en plus pouvoir.
Brume Retina sont les premiers à tendre la main et confirment via l'excellent et dépressif "Avale / Recrache" leur style bien assis fait de mélodies imparables interrompues de soufflantes échafaudées par une guitare aiguisée à blanc. Un son singulier et personnel, brut et sans artifice superflu, servi par un chant du même acabit, fait de ces trois titres un manifeste sincère et cohérent. La cohérence va même jusqu'à insuffler à l'ensemble un caractère monolithique car les morceaux s'enchainent de manière triviale et sans anicroche. Ne prenant en compte que l'essentiel, Brume Retina ne se cantonne pas à un style particulier. A l'écoute d'eux mêmes et de leurs émotions, les parisiens jouent selon les ressentis du moment et selon la force de leurs paroles, courtes et justes.
Les discrets Hiro prennent le relais, et à l'image de leurs prédécesseurs, le combo est bien loin de se reposer sur leurs acquis. Malgré la présence de trois anciens Gantz et donc de quelques réminiscences, notamment dans cette manière d'alterner les vocaux parlés/chantés et les tirades typiquement screamo, Hiro mise sur un emo hardcore bruitiste aux guitares incisives. Un premier morceau progressif dans l'intensité, creusant pas à pas dans la douleur jusqu'au chaos, un second qui prend immédiatement à la gorge, vif et agressif. Hiro compose avec classe et expérience mais ne perd pas pour autant de vue son objectif premier : toucher sans intermédiaire et vivre pour exister. On espère rapidement les revoir via les prochains split albums prévus aux côtés de Storm The Bastille, Interlude et Mr Willis of Ohio.
Sans prendre des risques démesurés mais en restant eux même, Brume Retina et Hiro se répondent et se font écho le temps d'un disque. Un disque court (18 minutes) mais honnête, pas forcement aventureux mais d'une sincérité à toute épreuve qui saura sans nul doute tirailler les amateurs du genre.
Avec pas moins de 3 ex-Gameness, Brume Retina semble, sur le papier, ouvrer directement dans la continuité du regretté groupe screamo hardcore héxagonal. Si quelques accents et réflexes sont effectivement reconnaissables, Brume Retina affiche nettement sa propre empreinte, rétinienne, et surtout sonore. Le quatuor mise sur un jeu moins dense, davantage dénudé et fondamental en ne s'orientant que très ponctuellement vers la mélodie emo hardcore.
Usant de riffs assassins et incisifs soutenus par une rythmique réglée comme une horloge, basique mais ultra pointu, le combo nous plaque au sol, nous enfonce les nasaux dans le bitume avant de nous relever à grands coups d'électrochocs hardcore revigorants. L'atmosphère est définitivement dépressive et trouve un exutoire dans paroles obscures et désabusées, "Ma vie n'est rien". Nourris par nos frustrations et nos peines, les mots, comme les notes, suintent la douleur sans jamais s'offrir au piège de la surenchère pleurnicharde. L'équilibre est atteint, entre silence et cacophonie, entre abbattement et réaction pavlovienne de survie.
Point d'artifice superflu, point de poudre aux yeux chez le combo parisien. Ca joue de sueur et de sang. Et si par moment, on ressent que Brume Retina cherche encore ses marques et se freine, le sillon creusé est largement assez profond pour que l’on s’en souvienne. Si vous les avez manqué les 25 et 26 mai à St-Etienne et Clermont-Ferrand aux côtés de Gantz, groupe avec lequel il partage l'affiche mais aussi une certaine vision des choses, n'hésitez pas à faire une séance de rattrapage.