De bonnes idées, un bon feeling pour le premier jet de ces bressans au nom mystérieux, presque messianique, tout droit échappé d'une communauté mennonite. Une démo enregistrée cette année avec les moyens du bord, une production juste, un peu sourde, mais suffisante malgré tout pour entrapercevoir son potentiel. Six titres soignés sur lesquels Tobaïas vomit ses tripes, dégueule sa peine, ses angoisses, agite la corde sensible d'un punk assez léché où la mélancolie d'un Ekkaia ou d'un Anomie ("De la poudre aux yeux"), perceptible dans les mélodies, vient se percher sur une assise en apparence plus brute.
Ce qui n'empêche pas les bressans de nous offrir des structures relativement variées, des assemblages pas mal fouillés, où des parties moins soutenues viennent cisailler un beat rapide et efficace, mais peut-être un peu monotone et dont une attention plus poussée aurait largement bénéficié à l'ensemble, lui faisant gagner intensité et réactivité ("Les vautours"). Un premier travail largement encourageant nous rendant impatient d'entendre la suite.
Beau packaging, cover chiadé, grosse production, flag tourné vers le continent américain, Holding Sand n’a que 3 ans mais fait figure de groupe a la carrure solide et aux idées claires.
Ces idées en somme, c’est de faire revivre l’emocore à l’ancienne et de le faire bien. On Spleepless Nights se donne ainsi 5 titres pour y parvenir. Dès la première touche ("The Future belongs to heartless whores"), un emocore/rock mother fucker à la Glassjaw , le quintet lance sur la poutre ses deux guitares échevelées, les gueulantes alternées et porte direct sa musique à la bonne hauteur : celle qui permet de la regarder droit dans les yeux. "On Sleepless Nights", "What Eyes Betray" et "Shooting Stars" confirment la tendance avec une impressionante puissance de feu, féroce et prodigue en énergie comme en volume sonore ; et montrent les velléités du groupe tourangeau de se faire un nom dans la scène française par son chant conventionnel mais bien maitrisé, ses mélodies – basse/guitares –coup de lattes et sa batterie musclée qui joue juste.
Mention spéciale à ce titre à "Black Is The New Black" qu’on croirait échapper du Hours de Funeral For A Friend avec ses lignes de chant ondulé et ses toms fouettés vaporeusement. Pour le reste, oui y a du Thrice, du The Used, du Victory-core ; oui on n’échappe pas au lot de (quelques) clichés qui irriteront les réfractaires au genre, mais On Sleepless Nights est bien foutu, sincèrement bien foutu.
L’Histoire-concept de Twin Pricks (c’est bon, t’as saisi la référence à Lynch et et t’as capté le jeu de mot, donc je passe cette partie) est plutôt chouette. Deux potes qui ont formé et déformé – ensemble ou séparément - des dizaines de groupes dans l’Est de la France- Dead For A Minute, Pulsar 73, Orange Brown ou Meny Hellkin pour Géo ; Dead For A Minute, Short Supply, Hyacinth ou Meny Hellkin pour Flo -, deux potes qui ont décidé de célébrer leur 15 ans d’amitié en mettant sur pied un petit duo Emo-Indie-Pop coolos et pas prise de tête. En corollaire donc, des concerts dans des mini-bar, dans des apparts ou même sur des trottoirs. Like a rolling stone.
Musicalement, c’est pas la giga-claque. Ca joue smooth, essentiellement folk/acoustique, sur des paroles pas très foulées, avec en broderie quelques fausses notes dans la voix et quelques naïvetés – assumées – dans les compos. L’intro d’"A Better View" laisse présager quelque chose d’emo-shiny mais en réalité ce Young at Heart revendique surtout une solide filiation indie. Le duo l’a joue donc Lo-Fi à la Troy Von Balthazar sur "Twin Freaks", City & Colour sur "I.R.T.F" (pour "I Refuse To Follow") ou Jonah Matranga pour "Fresh Like Death". C’est plutôt joli, les arrangements font leur petit effet et la douceur est au rendez-vous, même si la réussite est inégale selon les parties. C’est léger, comme on dit.
Encore un disque de "punk (hxc) mélo décomplexé" (pour les fanas de terminologie, le terme Happy Hardcore est davantage en vogue). Encore un de ces albums qui brouillent les cartes en mêlant les styles: punk hxc mélo, punk rock, pop hardcore (easycore qu'ils appellent ça maintenant)... On se retrouve avec un condensé de tubes mélodiques, une alternance de chants punk hxc et punk rock, et des rythmiques TGV entrecoupées de breakdowns. Le tout dans une ambiance joviale et amicale (s'il ne fallait retenir qu'un seul mot des lyrics, ce serait bien "friend(s)", conjugué à toutes les sauces sur ces 6 titres - dont une intro).
Un beau (et joyeux) bordel hein? Ouaip. Pas étonnant dès lors que la majorité des combos qui s'y soient essayés aient reçu un accueil mitigé... Alors pourquoi ça marche plutôt bien chez Paper Monsters? Peut-être parce qu'il y a un fil conducteur plus épais chez les gars de Knoxville. Un engagement émotionnel continu qui lie les différents styles avec une certaine cohérence. Et puis si les breakdowns poppy sont banals, les Strong Guys compensent avec des riffs bien sentis, des tappings pas tape-à -l'oeil et un chant qu'on sent sincère. Bref, plus d'idées, d'authenticité, et moins de tapinage; c'était surement ça la recette (pas si secrète que ça).
Voici les Pigeon, ces habiles oiseaux qui viennent illuminer l'enfer de nos villes de leur belle robe grise. Avec ce doux nom, on pourrait presque s'attendre à une resucée de Pelican, Red Sparowes ou autres volatiles si bien installés dans le domaine du Post-Rock.
Pas du tout. Pigeon fait complètement l'inverse et tape plutôt dans le Funeral Hardcore. C'est cela même, et il faut bien dire que le terme n'est pas du tout usurpé. Sainte lenteur portée en étendard à la manière du Paranoid Illusions - Paranoid Delusions de Pulling Teeth, plombage au mazout comme le font les Black Sheep Wall, avec une bonne dose noirceur et de violence auditive que ne renierait un III - Architects Of Troubled Sleep de Cursed... Voilà un bref tour d'horizon des influences du combo rennais qui lâche avec cette démo deux titres d'un gros Hardcore dégueulasse qui tâche telle une grosse fiente gluante sur une vitre.
Un premier jet qui se veut dégoulinant, glauque et surtout sacrément méchant avec un univers plombant dont les ralentissements ne font rien pour rendre la chose plus confortable. Un vice et une violence qui s'insinue lentement en nous sur deux titres dont le premier, "Birth Control Manifesto", contraste par ses passages Postcore et la tension entre les atmosphères presque planantes ou arpèges mélancoliques et la furie dans les riffs aussi lourds que du plomb. Le second, "Anchorite", nous plonge dans des bas-fonds sales et malsains, fournis de nombreux breaks avec un final chaotique à se faire broyer de toute part. De toute manière une fois l'écoute de ces deux titres entamés, tu comprends aisément pourquoi on les retrouve chez Throatruiner Records label d'un fin goût et de quelques joyeusetés calé entre le s/t de Nesseria et How Hate Is Hard To Define de Plebeian Grandstand.
En bref, cette première démo de Pigeon expose déjà un style qu'on espère encore plus affirmé sur une prochaine sortie allongée dans la durée, histoire d'en prendre encore plus dans les dents.
Etre punk en Russie est loin d'être une sinécure. Entre le marteau gouvernemental et l'enclume formé par les groupuscules néo-nazis, l'espace vital n'est pas des plus salubres et le tribut payé par les libertaires russes s'alourdit de jour en jour. C'est peut-être pour cette raison que les oeuvres qui franchissent les barrières orientales nous parviennent surchargées d'émotion et de colère.
Dans le sillage de Minuala et I. Witness, Hospise taillade ses chairs pour nous offrir trois titres à la production assez brute mais aux contours acérés, d'où surnage une souffrance palpable prenant déjà corps dans l'artwork macabre - le cliché de Birkenau fait froid dans le dos - se poursuivant dans des mélodies déchirantes jusque dans le chant de lamentations qui nous saisit dès les premières notes de "Hell Is Near". On pense bien évidemment à Ekkaia pour cette surenchère mélodique où se superposent, s'entrecroisent fréquemment les crin-crins mais aussi Tragedy pour l'assise solide car Hospise ne se contente pas que d'une vision résignée du désastre environnant même si les textes n'autorisent pas la moindre once d'espoir.
Malgré quelques approximations et un son par trop rustique, un ep largement encourageant qui confirme la fraîcheur et la touche particulière apportée dans le genre par le contingent crusty russe depuis le début de l'année.
Tracklist : 1. Hell Is Near, 2. Contaminated Pavement, 3. Shackles of Selfishness
Ce n'est pas parce qu'Aradia dispose parmi ses membres du batteur de feu Fall Of Efrafa qu'il faut les prendre pour des avatars transparents du groupe de Brighton. Certes l'épilogue long et ambient de "Hable Voz Silencio" évoquerait un certain cousinage mais c'est à peu près la seule analogie qu'on pourrait leur accorder. Musicalement, l'inspiration est plutôt à chercher du coté du chaos mélancolique et maîtrisé de Madame Germen ou de Garmonbozia, mélange de hargne et de tristesse où deux voix en perdition, celles de Fox et de Rhi, s'entrecroisent pour former un océan de plaintes, pendant que les couches tectoniques souterraines sèment la mort et la destruction ("Fallow Eon").
Philosophiquement et littérairement on suppose que ces deux émanations devaient prendre place dans une allégorie plus fouillée de la légende d'Aradia, fille de Diane et de Lucifer envoyée sur Terre pour sauver les pauvres des prétentions des riches. Objectif prometteur et empli de bons sentiments, n'était la décision d'Aradia de ne pas poursuivre l'aventure. Même si les deux titres de la démo présentaient quelques défauts, ils possédaient la puissance et la profondeur faisant défaut à bon nombre de formations du genre aujourd'hui. Une symphonie inachevée laissant pas mal d'éternels regrets.
En s’emparant de l’emocore grand public au début des années 2000 Victory Records l’a lesté d’un horrible poids. La conséquence fût de constater une aseptisation quasi-générale et un brutal ralentissement dans le tempo (si on compare la chose aux premiers Thrice par exemple), comme si le genre devait désormais traîner des boulets. Silverstein, Hawthorne Heights, Bayside, Amber Pacific représente cette f(r)ange. Ils sont les fossoyeurs de l'idée. Et la France en porte le deuil.
Il faut donc dire que Matier se rapproche bien plus d'un Bayside sous tranxene que d'un Boysetsfire bourré d'énergie (ou bourré tout court, on connaît l'historique). Mid-tempo permanent, guitares polies, batterie sage, chant linéaire. Rien dans le coloriage de Matier ne déborde. Et c’est bien là le problème. Au risque de se répéter, il faut rappeler que l’emotional music n’est pas une étiquette qu'on usurpe, c’est une manière d’appréhender l'art. C’est préférer la fièvre à la santé, la voltige à la justesse, le transport à l’établissement. Où est ici la commotion, le délire, l’explosion ? Alors oui, "Make Me Shine" est correctement composé et ses notes dissonnantes de fin interpellent positivement. Mais que diable ! un EP peut-il se composer de 5 titres bâtis sur la même rythmique ? Peut-on répéter jusqu’à l’écœurement le même enchaînement aux fûts, les mêmes lignes de chant, les mêmes effets aux grattes ("All I want") sans y placer un seul soubresaut, une sortie de piste, un coup de colère? Comment dans ces conditions ne pas voir la gueule béante de l’ennui et de la lassitude qui ouvre grand ses mâchoires ?
Borderline n’était pas un exemple à suivre. Stetson, Ravi, Welcome To Miami ont prouvé qu’on pouvait avoir les burnes bleu-blanc-rouge et taper un rock emo à se luxer les hanches. Car avant de mourir, il faut vivre. Rappelons à ce titre le principe de toute bonne démarche révolutionnaire - politique ou artistique - : "De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace". Souhaitons à Matier d’entendre Danton pour le prochain effort, le punk est une affaire trop sérieuse pour qu’on le laisse ainsi dépérir.
En écoute sur MS.
PS: Pas bien compris le délire du clip, avec les musiciens qui jouent entre un sommier et une table de nuit dans une pièce où sur les murs sont accrochés des fusils et des têtes de cerfs.
Avant de tomber dans ce fléau contemporain qu’on pourrait nommer par un piquant néologisme "la blasitude", il arrive que la jeunesse fasse parfois œuvre de création. Avant la peur du jugement, avant le reflexe de la critique systématique. Dans cet heureux moment, pensées et actes se confondent. La distance s’abolit. Il en ressort ce qu'on pourrait appeler la "voix des tripes", "le discours des entrailles". Et si un borborygme ne sonne pas toujours élégamment, il manifeste un mouvement ; il dit "je suis là ". C’est avant tout ce qui compte.
Lokha appartient à cette catégorie qui a combattu la timidité du débutant et la paralysie du novice. Faire pour tracer une croix, et ensuite l’avoir en repère, en référent du chemin parcouru, voilà l'idée de ce jeune groupe formé en juin 2007. A ce point P., il y a beaucoup d’imperfection: le chant rockin’ screamo annihile ses effets lorsqu’il ne bénéficie pas de variations, le propos n’est pas nouveau, la production un peu légère, certains gimmicks font trop clichés, les 5 titres manquent un peu d’homogénéité et tirent dans tous les sens (on connait la justification "on a tous des influences diverses") etc. Ok, soit. N’empêche. N’empêche que "Kick You" et "The Rage comes from Blood" ne mettent pas les gants et dégueulent sans glosse un rockin’ hardcore avec chant screamé qui ménage pas ses efforts et qui fait clairement lever l’œil de son journal : Qu’ouïs-je ? On notera bien dans la noirceur des riffs et les durcissements des tonalités ce quelque chose d’un metalcore récemment écouté en masse (Norma Jean, Every Time I Die), metalcore qui vire à l’emocore en clin d’œil (la très Funeral For A Friendienne "How To Be") quand le quintet recherche l’introspection plutôt que la démonstration.
Un peu de disto, de la pédale écrasée, du hurlement qui chevauche rockin’ hardcore, metalcore et emocore et de l’envie visible comme une lune un soir d’été, c’est ainsi qu’on pourrait résumer ce premier Ep des lorrains. La suite à souhaiter ? Prendre de l’amplitude, gagner en identité, délaisser un peu le bancal rockin’ hardcore qui ne réussit à aucune formation hexagonale, et ce, sans perdre la relation immédiate cœur/instrument, surtout sans perdre cette relation.
Il en arrive désormais tous les mois et de toutes parts. Ces dernières semaines, la communauté a les yeux tournés vers le Brésil où de jeunes ouailles ne jurant que par la Sainte Trinité du Technique, du Mélodique et du Rapide ont décidé d'afficher clairement leurs ambitions, jusque dans leur nom.
Avec We Took Off, Take Off the Halter zappe l'étape préliminaire de la communion pour enregistrer sa profession de foi.
Les bases du dogme, le quintet les connaît par cœur; et s'il ne se contente pas de les recracher machinalement, il ne s'en éloigne jamais trop. Après le 'tututa tututa' rodé des fûts vient le grondement chirurgical du roulement, lequel devra céder sa précision au groove pas toujours flamboyant d'un break calculé. Et ainsi de suite.
Peu d'incertitudes donc, mais quelques francs coups d'éclat délectables. De sa tessiture plutôt passe-partout, Victor arrache son quota de lignes marquantes (sur les refrains notamment) et les guitares boostent la machine d'une volée de décharges mélo affûtées.
En définitive, même si les fondamentaux techniques ont tendance à prendre le pas sur la spontanéité, Take Off the Halter ont de quoi être fiers de ce premier jet remarquable (et remarqué).
Reste que le microcosme du skatecore moderne évolue, impitoyable. Fût un temps (pas si lointain) où la maîtrise technique assortie de quelques gimmicks vaguement metal suffisaient à s'assurer une place de meneur de meute. Mais les règles ont changé; et les Brésiliens s'en trouvent relégués au second plan pour une paire d'insignifiantes erreurs de jeunesse.