En ce mardi 09 mars, le Pagan Fest fait escale à Rennes, l'occasion pour nous petits veinards de l'ouest de sortir nos plus belles panoplies en peau de bête et d'affuter nos cornes à bière. Gros concerts en prévision placés sous le signe de l'alcool, de la fête et bien sûr du Metal puisque cinq groupes passant du Folk au Black vont se succéder ce soir là avec dans l'ordre, Varg, Arkona, Dornenreich, puis Eluveitie et Finntroll en têtes d'affiche.
C'est Varg qui est chargé d'animer ce début de soirée avec un Viking-Metal lorgnant très clairement vers un Black épique à souhait. D'ailleurs, point noir de l'organisation qui fait commencer le groupe très tôt alors qu'une partie des gens sont encore en train de se faire fouiller minutieusement par les vigiles (comment ça les haches sont interdites dans la fosse?) me faisant louper la moitié du set des allemands. Peinturlurés en rouge et noir et vêtus de solides cuirasses, Varg vient présenter leur seconde galette sortie en ce début d'année. Les nouveaux morceaux passent plutôt bien en live mettant une bonne ambiance festive dès le départ, ce qui est de toute manière le thème de la soirée. Varg manque encore un peu de hargne et de prestance pour donner plus de corps à leurs morceaux qui sont très bon sur disque rappelant fortement leurs cousins suédois d'Amon Amarth, mais cela devrait s'acquérir au fur et à mesure de la tournée. Petit déception aussi parce que les guitares sont en retrait, la grosse voix du leader un peu trop mise en valeur, mais Varg est un groupe à suivre de près et devrait s'imposer d'ici peu sur la scène Pagan Metal, surtout quand on sait que Blutaar est une réussite.
A peine le temps de souffler que le second groupe est déjà sur scène, les roadies changeant le matos en moins de temps qu'il ne faut à un viking pour boire sa pinte. Quoique. Arkona assure la relève avec une Masha qui fait son entrée survoltée, boostée à l'hydromel. Les russes y vont franco dès le départ ce qui tombe bien puisque le public ne tarde pas à suivre le groupe dans ses pièces épiques et folkloriques. Arkona alterne entre passages rapides et brutaux mais aussi très mélodique notamment lors d'interludes folklorique reprise en chœur. Sur ce point la chanteuse sait mener un public sautillant à droite à gauche, venant chercher les premiers rangs et maitrisant à la perfection les growls et le chant traditionnel et lyrique. En fait, sans être fan du groupe je me laisse convaincre assez facilement par la prestation, même si je trouve dommage que les instruments traditionnels soient samplés et non joués réellement, cela me donne envie de me replonger dans le petit dernier, Гой, Роде, Гой!
Nouveau tableau, c'est Dornenreich qui enchaine par un titre (Freitanz) exclusivement Folk avec ses entrelacs de guitares et mélodies mélancoliques au violon. Forcément ça étonne dans une soirée Metal. En dehors de ce titre les autrichiens vont revenir à des racines Black-Metal plus dures et beaucoup plus sombres. Et la c'est la claque! Le tournoiement de riffs de guitare saturée couplé aux attaques répétées et l'aigreur du violon, tempête, forme un magma uniquement marqués de rythmiques diaboliques. La première moitié du set est tout simplement hallucinante avec quelque chose qui ressemble de près ou de loin à du Black atmosphérique tortueux. Ambiances planantes, mystérieuse, ou inquiétantes, on rompt ici le ton festif donné au festival, on en est même à l'opposée, ce qui vaut au groupe de se faire bouder par une partie du public. Tant pis pour eux, Dornenreich mènent rondement leur affaire en dehors d'une seconde partie légèrement bancale et demeure la découverte du Pagan Fest.
Retour à la normale avec les suisses d'Eluveitie. Je dois avouer que j'avais peu d'espérance sur ce concert, Slania et Everything Remains As It Never Was m'ayant pas mal déçu, le groupe ne renouvelant pas des masses son Folk-Metal et perdant petit à petit en inspiration. Et finalement ils vont plutôt assurer les bougres! Déjà parce que les titres joués, même s'ils sont pour la plupart issus des derniers disques (sans compter Evocation I - The Arcane Dominion) prennent une toute autre ampleur en live. En effet, ils sont beaucoup plus énergiques et les instruments traditionnels ressortent étonnamment bien par dessus le combo guitare / basse / batterie. Ok certaines compositions sont banales, donnant même l'impression que des thèmes ont été déjà entendus, mais Eluveitie arrive à mettre assez de pèche dans leurs pièces pour entrainer le public surtout lorsque Inis Mona, thème piqué au Tri Martolod d'Alan Stivell, est joué et permet de mettre tout le monde d'accord en ces terres bretonnes. Peut-être le titre ou l'ambiance aura été la plus folle de cette soirée. Le concert aura été assuré par un son largement correct qui, je le pensais, aurait pu être brouillon vu le nombre d'instruments présents sur scène. Les vocaux féminins auront été plutôt bons et le chanteur a un timbre de voix qui ne manque pas de puissance ainsi qu'une bonne prestance et les musiciens sont doués et énergiques. Toutes ces petites choses font qu'Eluveitie remonte dans mon estime.
Pour conclure ce Pagan Fest 2010, Finntroll rentre en piste et là encore, tranche avec la bonne humeur des groupes précédents. Avec Nifelvind les trolls poursuivent leur plongée dans les ténèbres du Folk-Metal dans la continuité d'Ur Jordens Djup. La prestation est à la hauteur de l'attente suscitée. Déjà superbe intro épique (le groupe a le chic pour en créer de superbe à chaque début d'album) qui annonce le carnage à se dérouler sous nos oreilles car les titres issus des deux derniers disque vont assurer une ambiance de furieux dans la fosse. Maitrise du sujet, grosse énergie déployée par les musiciens, atmosphères sombres à souhait, les finlandais sont finalement parfait dans leurs œuvres pour ce qui est la seconde grosse claque de la soirée! Show hyper carré, net, sans bavure, leur son est tout bonnement énorme! Et puis parlons du charisme incroyable du chanteur. Il a beau être jeune et aussi épais qu'une lame de poignard, il possède un coffre que peu de chanteur du genre peuvent se targuer. Les meilleurs titres sont à l'honneur (rah ce Trollhammaren de fou!) et entre gros défouloir Black-Metal, Finntroll cale quelques passages humppa qui font danser les hordes de païens. Rien à redire, Finntroll s'affirme comme le meilleur groupe de la soirée et comme l'un des plus talentueux de la scène Pagan.
Le Pagan Fest était une aubaine pour tous les amateurs de Metal de l'ouest. Aucun groupe n'a déçu. Certains étaient l'occasion pour moi de les découvrir en concert (Varg, Dornenreich), surtout quand ils se font rare (Arkona). Il y eut une bonne surprise (Eluveitie) et enfin une confirmation (Finntroll). On en a tous pris plein les oreilles (pas loin de 5h de concert tout de même) et l'ambiance festive avec une salle allègrement remplie fut au beau fixe.
Allez hop, une édition 2011 tavernier!
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