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:: 29/09 - le 09/04/08 - Nantes (Ecole des beaux-arts)


Cette semaine, 29/09 offrait une performance aux nantais les plus curieux/motivĂ©s. Le trio Ă©tant relativement rare sur scène et les ayant pour ma part dĂ©jĂ  manquĂ© par deux fois, je me dĂ©cidais donc Ă  faire mentir l'adage pour enfin voir se produire ce groupe qui ne laisse personne indifĂ©rent. Tirant directement son concept de vengeance d’une expĂ©rience personnelle du chanteur/batteur du groupe, 29/09 utilise la musique comme un violent exutoire afin de laisser exploser deux ans de rage refoulĂ©e. Un unique album concept d’une petite trentaine de minutes sorti l’an dernier, et de l’hystĂ©rie Ă  revendre donc… On est prĂ©venus, ça risque de cogner sec.

Aujourd’hui le concert prend place dans l'amphithéâtre de l'école des beaux arts. Assister à un concert de musique extrême, sagement assis dans un lieu absolument pas prévu à cet effet a, à première vue, quelque chose de… loufoque à vrai dire.
Autant le dire tout de suite : il n’y aura guère que cela qui prĂŞtera Ă  sourire en cette fin d’après midi. Alors que la petite vingtaine de personnes s'Ă©tant dĂ©placĂ© a fini de s'installer, face aux instruments disposĂ©s sur une "non-scène" (un amphi n’est pas un cafĂ©-concert) que surplombe un large Ă©cran blanc pour l'instant vide, un cri de damnĂ© retentit dans l'amphithéâtre. Le trio de 29/09 apparaĂ®t et s'installe en silence. Fikce, en charge de la batterie et du chant, prĂ©sente brièvement son projet, prĂ©venant sur son aspect très personnel et Ă©prouvant. Mais peut ĂŞtre moins pour nous que pour lui comme il le prĂ©cisera, sĂ»r de son fait. Silence. L'Ă©cran s'anime. Une phrase s’affiche et frappe.

Certaines personnes méritent de mourir…

DĂ©luge mĂ©tallique, hurlements hystĂ©riques. IntensitĂ© palpable, riffs barbelĂ©s et rythmique dĂ©mente. Fikce explose alors que Toad (aka Gru le Hobbit d’Ultra Vomit) et Didje (No Talent Nor Comment)restent stoĂŻques et tournent le dos Ă  l’audience. En arrière plan, un film noir et blanc en plan fixe nous montre un homme (Fikce lui mĂŞme) et son malaise. Seul, comme enfermĂ© dans son mal ĂŞtre. La faute Ă  un amphithéâtre dont l’acoustique n’est bien sur pas celle d’une salle de concert, les paroles incendiaires du groupe restent malheureusement incomprĂ©hensibles l’essentiel du temps mais peu importe. La performance brutale vĂ©hicule dĂ©jĂ  un flot sans fin d’émotions extrĂŞmes. La tension monte encore d’un cran. Fikce  se dresse, vient « agresser » le public, lui hurle Ă  la gueule, manque de renverser la moitiĂ© d son drumset Ă  chaque instant... Au bord du malaise, Ă  bout de souffle, il agonise, râle, crache, sanglote, s’écroule. Derrière, l’homme de la projection vidĂ©o a sombrĂ©. Passant du rire aux larmes, il est gagnĂ© par la folie et joue avec une corde, Ă  demi passĂ©e Ă  son coup. Des mots apparaissent sur les pages d'un cahier tendu par ce dernier. "Pute". "Je vous dĂ©teste tous". Le malaise est total. Plusieurs personnes quittent la salle au cours de la prestation repoussĂ©es par les sonoritĂ©s et/ou l’ambiance.

Rares sont les rĂ©elles accalmies – salvatrices pour le groupe comme pour le public. 29/09 semble ne jamais avoir fini de sombrer et relance sans cesse son entreprise d’aliĂ©nation. Le batteur est au bord du vomissement Ă  plusieurs reprises alors que ses partenaires remuent dĂ©sormais comme des fous. Le public, statique, coincĂ© dans ses sièges, encaisse. L’heure n’est pas Ă  la fĂŞte et les tĂŞtes en oublient de battre la mesure. Mort, violence, vengeance, suicide flottent dans l’atmosphère devenue oppressante de l’amphi. Ultime rĂ©pit. Fikce, proche de la rupture, reprend difficilement ses esprits. Le cadre de la vidĂ©o a changĂ©. L’homme dĂ©place la camĂ©ra, et commence Ă  s'affairer dans l'encadrement d'une porte.
Il se pend. Seul.
Dernier assaut  (super)sonique, dernières convulsions du corps suspendu dans le vide. Tout se calme. Fikce use de ses ultimes forces avant de choir au milieu des Ă©lĂ©ments de sa batterie rĂ©pandus au hasard de coups Ă  demi contrĂ´lĂ©s. « Je vais mieux maintenant… je vais mieux maintenant… je vais mieux maintenant… » rĂ©pète-t-il, prostrĂ©, roulĂ© en boule sur le sol, le dos tournĂ© au public.
Le silence se fait. Plus un bruit, plus un geste. Personne n’ose quoique ce soit, ne sachant comment réagir. La séquence durera bien trente à quarante secondes durant lequel tous les regards restent fixés sur une scène dévastée. Le frontman, complètement hagard, dégoulinant de sueur, se relève enfin et commence renaître pour démonter sa batterie en lâchant ses cymbales sur le sol. Il n’est pas encore revenu de ce qu’il vient de s’infliger. La salle, groggy, se videra en ordre dispersé après avoir dispensé quelques applaudissements timides. Retour à la normale dans une ambiance de malaise. Tout va mieux maintenant.

La violence thérapeutique existe bien.
La musique comme catharsis n’est pas un mythe, nous aurions tort de l’oublier.


Craipo

Cette performance a été filmée en intégralité. Elle est depuis visible à cette adresse.

A voir sur le site :
29/09