Cette semaine, 29/09 offrait une performance aux nantais les plus curieux/motivés. Le trio étant relativement rare sur scène et les ayant pour ma part déjà manqué par deux fois, je me décidais donc à faire mentir l'adage pour enfin voir se produire ce groupe qui ne laisse personne indiférent. Tirant directement son concept de vengeance d’une expérience personnelle du chanteur/batteur du groupe, 29/09 utilise la musique comme un violent exutoire afin de laisser exploser deux ans de rage refoulée. Un unique album concept d’une petite trentaine de minutes sorti l’an dernier, et de l’hystérie à revendre donc… On est prévenus, ça risque de cogner sec.
Aujourd’hui le concert prend place dans l'amphithéâtre de l'école des beaux arts. Assister à un concert de musique extrême, sagement assis dans un lieu absolument pas prévu à cet effet a, à première vue, quelque chose de… loufoque à vrai dire.
Autant le dire tout de suite : il n’y aura guère que cela qui prêtera à sourire en cette fin d’après midi. Alors que la petite vingtaine de personnes s'étant déplacé a fini de s'installer, face aux instruments disposés sur une "non-scène" (un amphi n’est pas un café-concert) que surplombe un large écran blanc pour l'instant vide, un cri de damné retentit dans l'amphithéâtre. Le trio de 29/09 apparaît et s'installe en silence. Fikce, en charge de la batterie et du chant, présente brièvement son projet, prévenant sur son aspect très personnel et éprouvant. Mais peut être moins pour nous que pour lui comme il le précisera, sûr de son fait. Silence. L'écran s'anime. Une phrase s’affiche et frappe.
Certaines personnes méritent de mourir…
Déluge métallique, hurlements hystériques. Intensité palpable, riffs barbelés et rythmique démente. Fikce explose alors que Toad (aka Gru le Hobbit d’Ultra Vomit) et Didje (No Talent Nor Comment)restent stoïques et tournent le dos à l’audience. En arrière plan, un film noir et blanc en plan fixe nous montre un homme (Fikce lui même) et son malaise. Seul, comme enfermé dans son mal être. La faute à un amphithéâtre dont l’acoustique n’est bien sur pas celle d’une salle de concert, les paroles incendiaires du groupe restent malheureusement incompréhensibles l’essentiel du temps mais peu importe. La performance brutale véhicule déjà un flot sans fin d’émotions extrêmes. La tension monte encore d’un cran. Fikce se dresse, vient « agresser » le public, lui hurle à la gueule, manque de renverser la moitié d son drumset à chaque instant... Au bord du malaise, à bout de souffle, il agonise, râle, crache, sanglote, s’écroule. Derrière, l’homme de la projection vidéo a sombré. Passant du rire aux larmes, il est gagné par la folie et joue avec une corde, à demi passée à son coup. Des mots apparaissent sur les pages d'un cahier tendu par ce dernier. "Pute". "Je vous déteste tous". Le malaise est total. Plusieurs personnes quittent la salle au cours de la prestation repoussées par les sonorités et/ou l’ambiance.
Rares sont les réelles accalmies – salvatrices pour le groupe comme pour le public. 29/09 semble ne jamais avoir fini de sombrer et relance sans cesse son entreprise d’aliénation. Le batteur est au bord du vomissement à plusieurs reprises alors que ses partenaires remuent désormais comme des fous. Le public, statique, coincé dans ses sièges, encaisse. L’heure n’est pas à la fête et les têtes en oublient de battre la mesure. Mort, violence, vengeance, suicide flottent dans l’atmosphère devenue oppressante de l’amphi. Ultime répit. Fikce, proche de la rupture, reprend difficilement ses esprits. Le cadre de la vidéo a changé. L’homme déplace la caméra, et commence à s'affairer dans l'encadrement d'une porte.
Il se pend. Seul.
Dernier assaut (super)sonique, dernières convulsions du corps suspendu dans le vide. Tout se calme. Fikce use de ses ultimes forces avant de choir au milieu des éléments de sa batterie répandus au hasard de coups à demi contrôlés. « Je vais mieux maintenant… je vais mieux maintenant… je vais mieux maintenant… » répète-t-il, prostré, roulé en boule sur le sol, le dos tourné au public.
Le silence se fait. Plus un bruit, plus un geste. Personne n’ose quoique ce soit, ne sachant comment réagir. La séquence durera bien trente à quarante secondes durant lequel tous les regards restent fixés sur une scène dévastée. Le frontman, complètement hagard, dégoulinant de sueur, se relève enfin et commence renaître pour démonter sa batterie en lâchant ses cymbales sur le sol. Il n’est pas encore revenu de ce qu’il vient de s’infliger. La salle, groggy, se videra en ordre dispersé après avoir dispensé quelques applaudissements timides. Retour à la normale dans une ambiance de malaise. Tout va mieux maintenant.
La violence thérapeutique existe bien.
La musique comme catharsis n’est pas un mythe, nous aurions tort de l’oublier.
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