Commençons par le (re)commencement, pourquoi une reformation de No One Is Innocent ?
Simplement parce qu’artistiquement ça s’est imposé. J’ai fait la rencontre de Camille, qui était contrebassiste dans un groupe électro qui s’appelait U.H.T, et avec lui pendant 3 mois on a appris à se connaître et à faire de la musique ensemble. On s’amusait complètement puis j’ai sorti des tiroirs de vieux textes que j’avais, écrits depuis 2002, et je lui ai dit « C’est bon, on met le couvert et on fait un album ». Et tout d’un coup, au bout de 5 titres, c’était devenu flagrant qu’on faisait du No One, on mettait les anciens titres à coté, c’était totalement cohérent. On avait commencé à faire Us Festivals sur l’Irak, Révolution.com et niveau du ton comme de la musique, ça se tenait. J’avais envie que ça sois cash, qu’on réactive l’affaire !
Et donc logique de continuité ou départ d’un nouveau groupe ?
Bonne question… Pour moi c’est le départ d’un nouveau groupe, tout les musiciens sont nouveaux, enfin ça fait déjà 1 an qu’on est ensemble, puis beaucoup de choses ont changé au niveau de l’humeur, des egos, de ce qui se passe sur scène, de l’image différente que l’on donne… On se prends moins au sérieux, plus de second degré. Il y a autant d’implication des gars dans le groupe. Quand un mec rentre dans No One, il n’est pas simplement un zicos, il s’identifie complètement à ce qui se passe dans le groupe. Tout est réuni pour un nouveau départ.
Avec des musiciens provenant d’horizons différents, il n’a pas été difficile de prendre vos marque en tant que groupe ?
Pas vraiment, c’est 5 mecs qui se sont retrouvés comme si ils étaient fait pour être ensemble. Ca s’est fait très vite : j’ai rencontré Greg, le batteur, à la fin d’un concert d’Archive à Paris, on discute, on se retrouve à taper un bœuf dans un petit local. Jules, ex-bassiste de Oneyed Jack, débarque parce qu’il connaît très bien Greg, je le connaissais aussi. On était super heureux de jouer comme ça ! François, le guitariste, est arrivé complètement par hasard en frappant à la porte de chez Camille. Une simplicité délirante.
Donc totalement spontané, pas de démarche de recrutement ?
Pas du tout, c’est vraiment humain et si c’est allé si vite c’est grâce à ça !
Un peu un rêve d’ado ?
Tout à fait ça, un rêve d’ado, à part que le rêve d’ado, il y a une fondation derrière qui s’appeler No One. C’est plus facile à un moment donné de se faire connaître que quand tu démarres ton premier groupe !
Et justement, ça n’est pas difficile de partir sur ces bases ?
Mais pourquoi se focaliser là dessus ? Moi je marche aux convictions et je ne me suis pas posé la question une seule seconde sur le teneur des mecs, sur ce qu’on allait faire, pas une seconde ! Dés le premier concert j’ai senti que c’était ça. De toute façon, avant de faire un accord de gratte, une rythmique de batterie ou quoi que ce soit, si les mecs tu les sens humainement, tu ne peux que progresser, aller vers le haut. Après effectivement, je te cache pas que depuis 1 an on évolue. Au départ tu es là, tu te cherches au niveau de la manière dont tu réarranges les choses mais ça ne fait que progresser !
Vous tournez avec Prohom et Superbus, ça se passe comment ?
Hyper bien ! Chacun est à sa place.
Et en terme de public ?
A tout ! Je crois que les gens qui viennent nous voir sont curieux de découvrir Prohom ou Superbus, et inversement. Le truc que je trouve bien, c’est que ça n’est pas un festival Hardcore de base où tout les groupes se ressemblent. 4 groupes qui s’enchaînent, c’est la même choses mis à part les visages qui changent. Là certains n’aiment pas Superbus, n’aiment pas No One, d’autres aiment tout le monde. Ce qui est important là dedans c’est qu’à la fin de la tournée on va tous pleurer, il se passe tellement de chose. A la fin du concert, des membres de tout les groupes montent sur scène rythmiquement pour faire un truc, Philippe Prohom viens chanter Où étions nous ? avec moi. On a instauré une espèce d’humeur qui fait que ce sont des gens, des êtres humains. C’est pas parce que tu joues dans Superbus que tu es un connard ! Même si c’est pas vraiment ma tasse de thé, c’est pas pour ça que je vais leur faire la gueule. On se fait plaisir, l’important c’est de vivre un bon moment. Ceux qui veulent voir No One et qui viennent à cette tournée parce qu’il y a une radio derrière, etc. et qu’on ai refuser de la faire pour x raisons, et bien on serai peut-être passé pour des connards, et à contrario ils y en a qui sont là « Vas-y il joue avec machin ! ». Quand tu as envie de voir un groupe tu y vas. A la limite, quand des groupes américains ou anglais qui se pointent avec des affiches hyper éclectiques et personne ne se pose de questions. Je suis tellement passé par des phases avec No One, quand on a décidé de signer chez Island, où on nous taxai de pourris. 4 ans après tout le monde était chez des majors mais à cette époque certains nous tournaient la tête. Moi, je dis écoute mon cd et viens voir sur scène, c’est là que ça se passe !
Depuis le début de No One, les visuels des albums sont vraiment travaillés, pour vous c’est essentiel ?
Vraiment oui ! Parce qu’on te donne les moyens de faire quelque chose et surtout parce qu’avec mon pote Seroussi, que je connais depuis la seconde au lycée, on a évolué ensemble. Il sort des arts déco, je monte No One, il commence à faire sa première pochette, No One est prêt à faire son premier disque : connection directe. Puis Seroussi à ce souci du détail, No One c’est un peu son bébé au niveau image : il est à l’origine du logo, il ne fait pas une pochette de No One comme celle d’un autre groupe. Il a dans les mains quelque chose avec lequel il peut s’exprimer vraiment au niveau de l’image, quelque chose d’assez coup de poing, dont il n’a pas forcément l’occasion avec ceux avec qui il travaille. A chaque fois c’est uen remise en question sur nous même…
Rien n’est innocent ?
Avec Seroussi, il y a une profusion d’idées et à un moment donné, moi je canalise le tout. Au départ pour Révolution.com, il voyait un univers de soldat dans un monde blanc. Quelque temps plus tard je lui disais d’aller plus loin et puis on s’est peut être fait rattrapés par ce qui était en train de se passer en Irak… Tout d’un coup il y a cette idée qui a jaillit, de soldat englués dans le pétrole, et qui s’explique en quelques mots. Quand ça s’explique en quelque mots, elle est là la force.
Toujours sur le plan visuel, on a pu vous apercevoir récemment dans deux clips, vous êtes à l’origine des concepts ?
Au départ on avait été scotché par la bande démo d’un collectif de Paris, les No Brain, mais leur premier jet ne nous avait pas convenu et comme on voulait rencontré les mecs ont a travaillé le synopsis avec eux pour Révolution.com et ensuite on les a laissé bosser. Avec Où étions-nous ? on a pondu l’idée et on est retourné les voir pour qu’il bosse le truc.
Pour parler de l’album, on y trouve une reprise de Depeche Mode, pourquoi ce choix ?
Il faut surprendre ! Puis on était chez un pote, on écoutait Violator et on était dans une période où l’on pensait à une cover. Je me suis vraiment réconcilié avec Depeche avec Ultra et Exciter, je trouve que dans le côté minimaliste ils ont vraiment atteint quelque chose. Je suis vraiment plus fan de cette période que celle des années 80. Puis Camille, le lendemain, est parti bossé un truc et il m’appelle le surlendemain pour me dire qu’il fallait que je vienne poser une voix, il tenait un truc. L’idée c’était de se détacher de l’original, d’aller plus loin, de partir ailleurs en gardant la ligne de chant mais en y allant fort sur les arrangements, ce que n’a pas fait Manson, resté très proche des rythmiques de base…
Et plus récemment, qu’est-ce qui t’as marqué auditivement ?
Le coffret Nirvana, que j’écoute beaucoup. Quand j’écoute ça, j’ai l’impression d’avoir 15 ans, une gratte dans les mains et que tout est possible ! C’est un peu l’effet que ça me fait. J’ai plein de cds à écouter depuis le début de la tournée, tout le monde m’en à filer. Le dernier Chemical Brothers est vachement bien, le dernier single d’Asian Dub Foundation aussi…
Pour revenir à l’album, avec des morceaux comme Us Festival, Automatic, on sent une perception assez consciente du monde, tu le résumerai comment ?
Divisé en deux, avec le modèle occidental et le monde arabe. On le voit très bien avec l’entrée de la Turquie dans l’union européenne qui reste encore un dilemme, et plus encore avec ce qui s’est passé le 11 septembre. Pour moi c’est très grave, j’ai le sentiment qu’on revient dans le schéma de la guerre froide, à part que la nouvelle donne ça n’est plus des sous-marins et des missiles mais plutôt des attentats et le terrorisme. Puis pour parler de ce qui se passe à côté de chez nous, par rapport au débat sur la constitution européenne, je trouve que normalement ça devrait être une progression, une évolution, toutes les sociétés qui se retrouvent dans une constitution mais au final c’est une espèce de déchirement total. Je pense aux gosses qui arrivent et vont être confronté à tout ce qui se passe en ce moment. C’est un équilibre vraiment instable, en même temps j’espère que ça va tenir. Je trouve pas que ça aille de mieux en mieux…
Avec Révolution.com, le thème des nouvelles technologies est abordé, pour toi, Internet comme moyen d’action c’est illusoire ?
Je pense que c’est un pur outil fédérateur d’info. Maintenant à chaque fois il y a de nouveaux débats sur l’aspect limite et contrôle d’internet. On a l’impression que c’est un espace de liberté délirant alors que les Etats sont derrière, en même temps ils sont parfois dépassés. J’ai écrit Révolution.com par rapport à des gens que j’ai observé qui signaient des pétitions sur le net et avaient le sentiment de faire la révolution, le poing levé devant l’écran. J’ai juste observé un élément du rapport entre nous et le net, ça n’est pas une analyse générale. J’avais envie d’évoquer une espèce d’état léthargique où on est comme des guimauves devant l’ordinateur et où on a plus d’énergies pour sortir dehors et pour rencontrer du monde, qu’il y est du vrai contacte, et ça, ça me chagrine un peu. Il y a des révolutions qui ont été entreprises et il n’y avait pas Internet.
En parlant de contact, certains textes sont beaucoup plus orientés vers les rapports humains, c’est lié à une évolution personnelle ?
C’est peut-être que tout d’un coup avec Camille, je me suis retrouvé dans une sorte de confiance et ce rapport humain a dû avoir un impact sur les textes. C’est assez inconscient, on vieillis un peu, on se rapproche des gens. Mais je crois que c’est surtout une question d’humeur.
Quand tu as fait Prénom Betty en solo, ça n’était vraiment qu’une parenthèse ou ça t’intéresserai toujours de poursuivre en marge du groupe ?
Non, en marge je ne pense pas. Mais c’est difficile, si à un moment donné tout le monde veut faire un break pendant un an, y en a qui ont envie de s’amuser, j’ai envie de m’amuser, j’écrirai peut-être des titres. Moi je l’ai fait à un moment où je n’avais plus No One à défendre et l’envie de sortir de ce contexte, j’avais voyagé donc au niveau des textes et musicalement, tout était complètement différent.
Pourquoi avoir gardé le titre BO ?
J’ai toujours rêver de le faire super énervé ! Quand il a été écrit pendant l’album solo il s’est fait comme ça, très introverti. A un moment donné j’ai dit à Camille que je tenais un riff et on s’est replongé dessus.
Maurice Dantec avait co-écrit les textes d’Utopia, il a récemment été soupçonné de pactiser avec des groupuscules d’extrême droite, t’en penses quoi ?
Comme je n’étais pas au cœur du truc et que je n’ai pas beaucoup d’infos par rapport à tout ça, j’ai du mal à avoir un vrai jugement. Ca fait longtemps que je ne l’ai pas vu, on le verra peut-être au moi d’Août à Montréal et c’est là que j’aurai peut-être une discussion avec lui par rapport à ses détracteurs ? J’ai entendu et vu qu’il avait dérapé mais, en l’ayant côtoyé, je sais que c’est un super provocateur alors après, à un moment donné, il a envie que ça réagisse . Faut-il le prendre au premier degré, au second ? Tout est là ! Ca reste quelqu’un de très intelligent, brillant.
La question pour terminer : tu aimes le surimi ?
Oui, avec un peu de mayo !
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