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logo Marilyn Manson

Groupe ou plutĂ´t chanteur lancĂ© par Trent Reznor (Nine Inch Nails), Marilyn Manson, de son vrai nom Brian Warner,  est passĂ© de petit groupe d'indus californien Ă  celui de bĂŞte noire de l'Ă©glise et de la "bonne" sociĂ©te amĂ©ricaine. Portrait Of An American Family en 1994 et Smells Like Children, EP allongĂ©, en 1995 ne sont encore que les balbutiements, mĂŞme si la reprise de Sweet Dreams de Eurythmics le fait connaĂ®tre du plus grand nombre. Le groupe, encore appelĂ© Marilyn Manson & The Spooky Kids, se cherche une identitĂ©, mais dĂ©jĂ  les idĂ©es sont lĂ  et Manson emprunte son decorum Ă  Roald Dahl notamment. C'est en 1996 que le groupe explose Ă  la face du monde avec Antichrist Superstar, terrible album produit par Trent Reznor, sur lequel se croisent L'Antechrist de Nietzsche, des bribes du pessimisme de Schopenhauer, des Ă©lĂ©ments de la Kabbale et du satanisme philosophique en une sarabande de rĂ©fĂ©rences infernales. Le chanteur y atteint son premier objectif, devenir une superstar du rock, portĂ© notamment par le succès Ă©norme du single The Beautiful People, avec son clip mĂ©morable signĂ© Floria Sigismondi. Il collabore aussi avec David Lynch qui lui offre une apparition dans son film Lost Highway. Deux de ses chansons sont utilisĂ©es pour la bande-son, dont l'inĂ©dite Apple Of Sodom, dĂ©diĂ©e dira-t-il dans son "autobiographie" MĂ©moires de L'Enfer, Ă   Fiona Apple.

Et c'est dans cet Ă©tat d'esprit libĂ©rĂ©, d'homme Ă  qui tout rĂ©ussit (il est alors avec la jeune actrice Rose McGowan, traĂ®ne avec Billy Corgan des Smashing Pumpkins ou Michael Stipes de REM) qu'il enregistre Mechanical Animals en 1998, album aussi bien influencĂ© par David Bowie, Iggy Pop & The Stooges pour la musique, que par l'Ă©crivain Aldous Huxley sur le fond. Il y explore son nouveau statut, en jouant d'une image androgyne, celle d'Omega, et des clichĂ©s du rock, entre putes Ă  mĂ©dias et usage de drogues diverses. Mais la rĂ©alitĂ© le rattrape, il se brouille avec Trent Reznor, dont le corrosif Starfuckers inc. lui est dĂ©diĂ©, et la tuerie du lycĂ©e de Columbine lui est en grande partie imputĂ©e.  Enfin, il se sĂ©pare de sa petite amie. Complètement dĂ©vastĂ©, il se lance dans un album mĂ©galomaniaque et intimiste Ă  la fois, Holy Wood, sorti en 2000, oĂą il repart en guerre,  sous la nouvelle apparence de Mercure / Adam Jadman, armĂ© de rĂ©fĂ©rences disparates Ă  JFK, Jesus Christ, Ă  la religion fanatique, et Ă  la violence de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine. La tournĂ©e qui s'ensuit, Guns God and Government Tour, est monstrueuse, bien que l'album ait moyennement marchĂ©.

Après une pĂ©riode plus calme, avec le seul single Tainted Love pour faire patienter ses fans, le rĂ©vĂ©rend revient sur le devant de la scène en 2003 avec The Golden Age Of Grotesque, cette fois influencĂ© par le vieux continent et ses ambiances des annĂ©es 30, entre cabaret et dandysme. Manson, toujours aussi influencĂ© par les femmes qui partagent sa vie, s'embarque cette fois dans un univers proche de celui de sa compagne, le modèle Dita Von Teese. Cet album annonce un vĂ©ritable changement dans la musique, sans aucun doute plus accessible. Twiggy Ramirez (redevenu Jordie White) parti pour d'autres horizons avec A Perfect Circle puis  Nine Inch Nails  (tiens, tiens...) le groupe se tourne un peu plus vers des sons Ă©lectroniques, sous l'influence de Tim Skold (ex KMFDM), bassiste, mais aussi co-producteur. L'album remporte un joli succès, mais est rĂ©gulièrement critiquĂ©, mĂŞme si on ne peut s'empĂŞcher de penser que le ton du disque est des plus sarcastiques. Suite Ă  une nouvelle reprise, cette fois du Personal Jesus de Depeche Mode, sort le best of Lest We Forget en 2004. Manson s'est entre-temps une fois de plus sĂ©parĂ© de son guitariste, cette fois John 5 (comme la cinquième roue du carosse), qui a depuis sorti deux albums de guitar-hero, Vertigo et Songs For Sanity, qui mĂ©ritent l'attention.

Le fond de commerce de Marilyn Manson demeure la provocation, qui lui assure une audience Ă©tendue, mais l'artiste sait aussi vĂ©hiculer des idĂ©es qui dĂ©rangent et changer constamment de forme aussi bien que de style musical, de l'indus Ă  l'Ă©lectro-mĂ©tal en passant par le glam rock. VĂ©ritable showman, plus performer que chanteur, Marilyn Manson se pare dans sa musique, ses clips et ses concerts, d'une imagerie en gĂ©nĂ©ral très sombre qui lui a valu rĂ©gulièrement d'ĂŞtre qualifiĂ© de gothique, de façon erronĂ©e. En rĂ©alitĂ©, le talent de notre bonhomme est de savoir s'inspirer de multiples rĂ©fĂ©rences, la plupart du temps hors de la musique, pour crĂ©er des albums toujours très ambiancĂ©s et bourrĂ©s de pistes de lecture. Pour rĂ©sumer Ă  grands traits, Marilyn Manson, c'est un peu le fils spirituel de David Bowie et le frère maudit de Trent Reznor.



:: Site Officiel :: www.MarilynManson.com
:: Second Site :: www.manson-world.net

photo Marilyn Manson


:: Chroniques ::

The High End Of Low
Note : 12.5 / 20
Année : 2009
A Ecouter : We’Re From America - I Want To Kill You Like They Do In The Movies
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- 32 Commentaires (Moyenne : 12.5/20) -

La machine Manson est de retour, le subalterne Twiggy dans le sillon. The High End Of Low, 7ème album du rĂ©vĂ©rend et de ses enfants de coeur dĂ©barque ainsi avec le single Arma-Goddamn-Motherfuckin-Geddon en guise de mise-en-bouche. Le père Manson semble avoir renouĂ© avec la pĂ©riode Antichrist Superstar, oĂą l'artiste Ă©tait clairement le bouc Ă©missaire de l'AmĂ©rique bien pensante.

The High End Of Low suit le chemin amenĂ© par Eat Me, Drink Me, proposant un mix entre la pĂ©riode Mechanical Animals (très influencĂ©e par Bowie) et les moments plus doux de Antechrist Superstar (Man That You Fear, Minute Of Decay). Les morceaux retrouvent ces sonoritĂ©s un peu glam, tandis que le frontman semble plus laconique que jamais. S'emportant peu, il fait la part belle Ă  une douce mĂ©lancolie qui s'Ă©tait peu Ă  peu instaurĂ©e dans la musique du sieur. Las, le meneur Manson trĂ©buche entre ses mots lorsqu'il tente de s'Ă©nerver (I Have To Look Up Just To See Hell). Le reste du temps, l'artiste semble au bout du rouleau, prĂŞt Ă  en finir, plus meurtri que sur Eat Me, Drink Me.

Seulement, l'Ă©norme problème est que The High End Of Low manque de titres d'un niveau de Man That You Fear, Disassociative ou They Said That Hell's Not Hot. Si l'on ne tient pas compte du single Arma-goddamn-motherfuckin'-geddon ou de We'Re From America, aucun titre ne se dĂ©marque vraiment, que ce soit en bon ou en mauvais. Manson sort parfois des compos intĂ©ressantes mais pas aussi brillantes qu'avant malgrĂ© quelques passages agrĂ©ables (Into The Fire) et le reste du temps en serait presque risible de tant de surjeu (Leave A Scar). Manson maquille sa musique, mais devient fille de joie plutĂ´t que dame.

L’artiste se livre, via des paroles plus personnelles (The Wow, 15, Blank And White) au lieu de brandir sans fin un Ă©tendard contre la sociĂ©tĂ©. Chose que l'artiste avait peu fait prĂ©cĂ©demment, mais lĂ  il se libère de toute pulsion (I Want To Kill You Like They Do In The Movies). Mais voilĂ , la bĂŞte Manson agonise. Ses derniers mots sont sur The High End Of Low. Certes, l'Ă©volution de l'artiste est intĂ©ressante, mais pas forcĂ©ment complète. La phase de rĂ©volte semble complètement terminĂ©e, car mĂŞme lorsque le chanteur tente de sortir ses griffes, il n'Ă©rafle qu'Ă  peine ses adversaires (Arma-goddamn-motherfuckin'-geddon). LĂ  oĂą Manson s'en sort le mieux reste dans des compos plus posĂ©es comme Leave A Scar ou le dĂ©calĂ© WOW.

Manson offre un album beaucoup plus doux, mais l'artiste, en tentant de retrouver par moment son statut "d'artiste Ă  abattre" des USA oublie un peu la musique. Moins passionnant, la descente entamĂ©e par The Golden Age Of Grotesque se poursuit mĂŞme si l'approche musicale n'est plus la mĂŞme. DiffĂ©rent, The High End Of Low a pour principal dĂ©faut d’être trop peu inspirĂ©.



Eat Me, Drink Me
Note : 16 / 20
Année : 2007
A Ecouter : en entier, y a rien Ă  jeter
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- 81 Commentaires (Moyenne : 14.74/20) -

Où en est Marilyn Manson en 2007? A-t-il encore quelque chose à dire? A-t-il seulement encore la stature de l'artiste flamboyant et décadent qui avait embrasé la fin du 20ème siècle? Ou bien est-il définitivement sur la pente déclinante du showman qui s'autocaricature? Réponses dans la chronique de ce nouvel album.

Eat Me, Drink Me, 6ème album studio de Manson intervient après sa sĂ©paration d'avec la pin-up corsetĂ©e Dita Von Teese. Une de plus dans le placard des regrets amoureux du chanteur. Et bien Ă©videmment cet album y fait Ă©cho puisqu'il s'agit d'une vision malade de l'amour, empreinte de passion dĂ©vorante et d'amertume. Puisque Manson prĂ©pare un film intitulĂ© Phantasmagoria sur Lewis Carroll, auteur de l'inoubliable Alice au Pays des Merveilles,  il y a Ă©galement inclus un certain nombre de rĂ©fĂ©rences explicites, Ă  commencer par le titre de ce disque. Mais lĂ  n'est pas le plus important quand il s'agit de Eat Me, Drink Me. En effet, la musique jouĂ©e ici n'a que rarement Ă  voir avec ce que Marilyn Manson a dĂ©jĂ  fait. MaĂ®tre d'oeuvre sur le fond, il a donnĂ© carte blanche Ă  Tim Sköld sur la forme. L'alchimie trouvĂ©e par les duettistes donne une musique proche du glam rock, pleine de blessures narcissiques et de dĂ©sespoir carnassier, mais en dĂ©finitive la tonalitĂ© est bien plus goth rock que tout ce que le reverend a jamais produit jusqu'ici, et s'aventure parfois mĂŞme dans la pop.

L'album commence d'ailleurs avec un petit chef d'oeuvre de rock gothique, If I was Your Vampire, imprécation gavée de réverb' qui lui donne un cachet imparable. Pour nous faire partager sa peine, Manson livre un album volontiers intimiste, mais dont les teintes noir corbeau et rouge sang poussées au paroxysme font l'indéniable flamboyance. La rupture amoureuse rime ici avec vampirisme, mutilation et auto-flagellation. Manson chante d'une voix volontiers pleurnicharde, notamment sur la superbe ballade lacrymale du disque, Just A Car Crash Away, bouillonne de colère et de désirs contradictoires (Mutilation...) ou joue les amants cyniques (Putting Holes in Happiness qui fait regretter le duo avorté avec Shirley Manson, la chanteuse de Garbage). Le spectre émotionnel déployé glisse sur toute la gamme du désenchantement amoureux d'autant mieux que l'écrin musical s'enrichit d'une ribambelle de riffs incisifs et d'une armée de solis aussi criards et plaintifs que le chanteur. Tim Sköld a lâché la bride, et ça s'entend. Les guitares crachent le feu, geignent ou bien encore fulminent dans une même débauche classieuse, encore jamais entendue sur un disque de Manson. Même Mechanical Animals se battait avec d'autres armes, ce qui ne l'empêche pas de faire référence au Scary Monsters de David Bowie comme inspiration.

Le grand enseignement de Eat Me, Drink Me c'est que Manson gagne toujours en impact artistique quand il se montre généreux et sincère à sa manière inimitable. Pour le coup, on est gâté tant cet album résonne de battements évocateurs. Même quand l'icône dark drague les sonorités pop, sur Heart Shaped Glasses, il n'est pas difficile de s'y laisser prendre tant le morceau se révèle entêtant, petit bijou de séduction à destination de sa girlfriend tendance Lolita, la jeune actrice Evan Rachel Wood. Contrairement au clinquant The Golden Age Of Grotesque, contaminé par la sacralisation du néant sarcastique, cet album est rempli de fêlures, de décrochages mélodiques et de sentiments impétueux. Avec des sonorités inédites, plus organiques que par le passé, Manson livre des classiques instantanés tels que They Said Hell's Not Hot, machine à guitares tour tour grondantes, tempêtueuses ou funèbres. Son chant se pique de cette sensualité unique qu'on lui connaît pour électriser des morceaux comme Are You The Rabbit, peut-être plus classique dans sa discographie, avec ce son de basse rond et familier. Sur l'ensemble, pas de déchet, mais des morceaux accrocheurs, débridés et rock'n roll dont on retiendra encore le capiteux You & Me & The Devil Make Three et bien sûr le touchant morceau titre Eat Me Drink Me.

Romantique, cannibale amoureux, inadaptĂ© chronique Ă  la vie, Marilyn Manson signe un retour tonitruant dans le dĂ©nuement. L'auditeur rĂ©ceptif se laissera de plein grĂ© embarquĂ© dans un voyage en terres dĂ©pressives et distordues dont les compositions rivalisent en qualitĂ©, Ă  la fois classiques, mais très expressives. Eat Me, Drink Me est un très bon album dont le renouveau artistique dans l'introspection, dĂ©pouillĂ©e et bien moins théâtrale que par le passĂ©, est comme le nĂ©gatif de celui du mentor Trent Reznor dans l'universel, triturĂ© et foisonnant. Trajectoires passionnantes que celles de ces deux lĂ .


Heart Shaped Glasses et If I was Your Vampire en écoute sur son myspace tout neuf.

The Golden Age Of Grotesque
Note : 13 / 20
Année : 2003
A Ecouter : Golden Age Of Grotesque, Spade, Better Of 2 Evils, Paranoir
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- 88 Commentaires (Moyenne : 13.49/20) -

3 ans après l'intimiste glauque Holy Wood, la vie de Marilyn Manson a encore bien changé, ce qui inévitablement influence tout le processus artistique mis en place pour ce Golden Age Of Grotesque. Devenu une idole pour de tous jeunes fans peu au courant de son passé musical grâce à sa reprise de Tainted Love sur la BO de Not Another Teen Movie (présente en bonus track sur cet album), Manson semblait assez mal embarqué avant ce nouveau disque, pris dans une caricature de rebelle à laquelle on ne se serait pas forcément attendu après l'énorme tournée Guns, Gods and Government. Durant la même période, il s'est aussi entiché du modèle Dita Von Teese, icône fétichiste tout droit sorti des années folles, qui tout comme Rose McGowan avant elle, ne va pas manquer de l'influencer. Enfin, il s'est séparé de son bassiste, Twiggy Ramirez, certainement le membre le plus emblématique du groupe, dans des circonstances aujourd'hui encore assez troubles. Tim Skold (ex KMFDM) le remplace et contribue largement à la production, moins fouillie que sur Holy Wood.

Manson a dit s'ĂŞtre inspirĂ© des dadaistes et de l'Allemagne des annĂ©es 30 pour confectionner The Golden Age Of Grotesque, expliquant sa dĂ©marche comme une grande rĂ©crĂ©ation sarcastique et dĂ©sinvolte en pleine pĂ©riode de folie ambiante (le 11 Septembre est passĂ© par lĂ ). Il a fait appel Ă  l'artiste allemand Gottfried Helnwein pour la pochette et les artworks du livret, collection intriguante oĂą il prend des poses de Mickey dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© et de caricature tordue de nazi. Provocations qui feront leur petit effet, comme ce MM semblable Ă  l'insigne des SS, mais finalement plutĂ´t ridicules avec un tant soit peu de recul. En fait, Manson nous convie Ă  visiter son petit théâtre intĂ©rieur, petit théâtre pas tout Ă  fait aussi dĂ©traquĂ© que l'intro Thaeter comme nous allons le voir. TGAOG lance les hostilitĂ©s avec l'enchaĂ®nement de ses deux singles. Le son est Ă©norme, production très professionnelle, petites touches Ă©lectro, riffs accrocheurs, pas de doute, le rock-metal clinquant est de sortie. La dĂ©claration d'intention que constitue This Is The New Shit a pourtant quelque chose de forcĂ©ment dĂ©cevant. Sur une composition electro-metal surpuissante, avec un phrasĂ© quasi rappĂ© sur les couplets , Manson nous explique texto "Everything has been said before, there's nothing left to say anymore", puis en toute fin de morceau "Let Us Entertain You". Pas de cycles, pas vraiment d'angle thĂ©matique, Manson veut juste nous divertir et les belles rĂ©fĂ©rences semblent se la jouer baudruches, comme souvent chez lui. Aie, c'est un coup bas ça. Si vous connaissez Be Agressive de Faith No More, vous savez dĂ©jĂ  que Mobscene reprend le mĂŞme gimmick pom-pom girls sur le refrain, et que son petit cĂ´tĂ© catchy n'est donc ni très original ni inoubliable. En clair, si l'on s'arrĂŞte lĂ , c'est mal barrĂ© pour la suite. Et pourtant, Manson demeure un malin, et ce disque est lĂ  pour le prouver.

L'une des choses qui frappe le plus c'est la manie de jouer sur les mots et les sonoritĂ©s, et de ce point de vue, il y a quelques rĂ©ussites comme la très amusante Doll-Dagga Buzz-Buzz Ziggety Zag. Manson s'y moque tout simplement de wagons entiers de fans avec une dĂ©lectation finalement assez dĂ©placĂ©e. Ils sont les "thug rock kids" et autres "punk god angels", ou encore "doppelgangers", autrement dit des imitations, des copies.  Il ne les encourage plus Ă  la rebellion politique, cause perdue sur le prĂ©cĂ©dent album. Il en fait plutĂ´t une caricature sur Use Your Fist & Not Your Mouth, avec des choeurs quasi martiaux et un refrain cynique  "this is the black collar song, put it in your middle finger and sing along", sorte de pastiche sans personnalitĂ©. Manson prend la tenue de Monsieur Loyal et invite ses prĂ©tendues hordes Ă  danser et s'amuser dans son grand manège sautillant. Le temps du morceau The Golden Age Of Grotesque, festival baroque, le clown se fait mĂŞme grimaçant, et ouvre les portes musicales d'un Circus Mansonus tout bonnement foisonnant de bons mots et de drĂ´lerie azimutĂ©e. En fait, de mĂŞme que le son du groupe est lĂ©chĂ©, très pro, Manson nous sert tous les clichĂ©s de la rock star, mais de façon bien plus marrante que sur Mechanical Animals, comme en tĂ©moigne la bien-nommĂ©e Kaboom nantie d'un son Ă©crasant.  Si l'on s'amuse Ă  dĂ©crypter ses lyrics remplis de nĂ©ologismes tels que "dumbo jets" et autres "hardcore-vettes", on se rend compte de tout le second degrĂ© de la chose, y compris sur lui-mĂŞme heureusement. "We're tasteless but taste good", des lyrics comme ça, le disque en regorge. Manson semble se foutre de lui-mĂŞme, de ses fans ("we don't care who's listening" sur The Bright Young Things), de la vie de rockstar, du fond de son disque, lĂ  oĂą tout ou presque passe par la forme sur The GAOG.

Celle de Paranoir ne manque pas d'Ă©tonner, voix de femme monocorde expliquant toutes les raisons (authentiques, piochĂ©es auprès de femmes rencontrĂ©es un peu partout) pour lesquelles elle coucherait avec le chanteur, sur une orchestration lancinante tailladĂ©e par John 5 qui place un solo tordu Ă  souhait. Tiens, tiens, encore un morceau rĂ©ussi. C'est aussi une des pistes egotrip de ce disque, au mĂŞme titre que la dĂ©lirante (S)aint ou l'excellente Better Of 2 Evils. Ce morceau prĂ©sente de nouveau un rythme bondissant notamment sur les couplets, une touche Ă©lectro venue d'un Tim Skold a priori omniprĂ©sent, et lĂ  encore Manson joue d'un phrasĂ© inhabituel pour lui. Le refrain quant Ă  lui est d'une luciditĂ© qui fait contre-poids Ă  la dĂ©bauche de sarcasmes de cet album : "haters call me bitch, call me faggot, call me withey but i'm something you'll never be". Fermez le ban comme on dit.  On a beaucoup glosĂ© sur l'importance de Dita Von Teese dans l'inspiration de cet album. Dans les faits, deux morceaux semblent lui ĂŞtre rattachĂ©es. Il s'agit de Slutgarden et Spade. Si la première est une bonne chanson sexy, sorte d'hommage de Manson Ă  certaines activitĂ©s de sa nouvelle compagne, l'autre est un Ă©cho de son ancienne relation avec Rose McGowan. C'est un morceau tout en accroche de guitare, tournant autour d'un excellent riff sur lequel Manson pose sa voix la plus sensuelle. Probablement la chanson la plus sincère de toutes.

De fait, The GAOG est un disque mal compris, la faute au dandysme pĂ©dant de son auteur, qui l'a survendu sur ses rĂ©fĂ©rences arrogantes Ă  Oscar Wilde entre autres, peut-ĂŞtre Ă  dessein quant on connaĂ®t l'animal. Il ne s'agit pas tant d'un album imprĂ©gnĂ© du style des annĂ©es 30, hormis quelque touches plus ou moins audibles. En fait, c'est plutĂ´t un Ă©norme pied de nez divertissant quoique mĂ©prisant, une grande foire dont l'esprit tout entier repose sur le simulacre. Manson ne se prend pratiquement pas un instant au sĂ©rieux (hormis le temps de Spade on l'a dit) et livre un album volontiers bourrĂ© d'humour cynique, qui a contentĂ© nombre de nouveaux fans sans que ceux-ci se rendent compte de la façon dont le chanteur les vanne Ă  qui mieux mieux. Pour la route, juste de petites citations Ă  leur attention : "perpetual rebellion with absolutely no cause" (The Bright Young Things),  "the toys are us and we don't even know" (Doll-Dagga..) et bien sĂ»r l'emblĂ©matique "I'm not ashamed you're entertained, but I'm not a puppet, i am a grenade" (Vodevil). Manière de dire, je vous ai bien eus. Bien sĂ»r, c'est lĂ  aussi la limite de l'album, en ce qu'il sacralise le nĂ©ant, mais il n'en reste pas moins que The GAOG vaut pour ce cĂ´tĂ© mauvais gĂ©nie, en ce qu'il renvoie enfin aux jeunes fans l'image d'un miroir aux alhouettes, et ce mĂŞme s'il renferme quelques bonnes chansons.

 


A noter que la version collector du disque comporte un DVD sur lequel on peut admirer un étrange clip qu'on qualifiera selon l'humeur de Lynchien ou de parfaitement vain.

Holy Wood
Note : 17 / 20
Année : 2000
A Ecouter : The Fight Song, In the Shadow of the Valley of Death, The Nobodies, Born Again, Coma Black, le tryptique final...
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- 67 Commentaires (Moyenne : 17.34/20) -

20 Avril 1999 : deux élèves du lycée de Columbine à Littleton (Colorado) ouvrent le feu sur leurs camarades avant de se donner la mort. 13 personnes sont tuées, 28 blessées. Après enquête, Marilyn Manson, mais aussi KMFDM et des films tels que Matrix se retrouvent incriminés... Plutôt que de réfléchir aux vrais causes du drame, les autorités vont alors se déchaîner tout particulièrement contre Manson, "le monstre du rock adulé par les tueurs". Si celui-ci répond notamment par un long communiqué dans le magasine Rolling Stone, invoquant la place des armes dans la société US et la violence traditionnelle de toute société humaine (en évoquant Abel et Cain, tiens donc), le groupe en sort dévasté.
Novembre  2000 : Marilyn Manson a aiguisĂ© sa plus belle plume et la rĂ©ponse parvient sur les ondes avec Holy Wood  (In the Shadow of the Valley of Death), un album de nouveau rentre-dedans poussĂ© par un amalgame de rĂ©fĂ©rences psychotiques et une pochette censurĂ©e. L'album est une fois de plus dĂ©coupĂ© en cycles, au nombre de quatre : In The Shadow / A (pistes 1 Ă  4), The Androgyne / D (piste 5 Ă  9), Of Red Earth / A (piste 10 Ă  14) et The Fallen / M (piste 15 Ă  19). Quatre lettres formant Adam, le symbole de Mercure sur le disque, des artworks travaillĂ©s dans le livret, une fois encore, rien n'est innocent, tout est rĂ©cupĂ©ration dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

 

En un ballet obsessionnel, les figures d'Adam, de Jesus Christ, de J.F.K. et de Manson s'entremĂŞlent dans Holy Wood pour crĂ©er une oeuvre unique en son genre, Ă  la fois intimiste et totalement mĂ©galomaniaque, prolongeant la figure d'un Christ privĂ© de parole prise par Manson sur la pochette. Un faux Christ Ă  la machoire amputĂ©e donc, incapable de se taire pourtant. Cette amputation n'est pas isolĂ©e, dans Godeatgod, Manson chante ainsi "Before authorities take off my eyes". Et bien sĂ»r, il y a ces hymnes rock metal d'une efficacitĂ© reconnue, quoiqu'assez basiques, comme The Love Song et The Fight Song oĂą le facteur Dieu, et l'Etat amĂ©ricain passent au crache-flammes. Manson lance aussi deux diatribes  contre le contrĂ´le des esprits, avec Disposable Teens et Target Audience, opposant jeunesse crĂ©dule et autoritĂ©s (parentale, Ă©tatique, religieuse) manipulatrices. En colère contre ceux qui l'ont traĂ®nĂ© dans la boue, il sait au moins qu'il n'est qu'une  "big rockstar celebrated victim of (her) fame". Pourtant, un morceau comme In the Shadow of the Valley of Death nous le montre vĂ©ritablement atteint, promenant son malaise morbide sur une très jolie ligne mĂ©lodique. A Place In The Dirt surenchĂ©rit dans les mĂŞmes tons peu après, la mort suintant lĂ  aussi des couplets. Clairement, Manson est en fait le maudit, Cain, et il ne le sait pas.

 

Et lorsque retentissent les notes d'un clavier au son de clavecin sur The Nobodies  et ses lyrics chargĂ©s de sens ("Some children died the other day"), on retrouve le pivot central du disque. Si Manson revient sur son dĂ©sir de rĂ©volte, et pas très finement, c'est bien parce qu'il est hantĂ© par les fantĂ´mes de Columbine. A partir de ce drame, Manson rejetĂ© et mis en marge, redescend de son pied d'estal pour tenter de se mĂŞler Ă  ses fans et leur rappeller comment on les manipule et finit par les traiter plus bas que terre, tout comme lui après la tuerie. LĂ  encore, The Death Song est chantĂ©e parmi eux, "We sing the death song kids", en un parfait hymne Ă  tendance electro-metal. Il revient sur la fascination des amĂ©ricains pour la violence, en particulier l'assassinat de J.F.K., sur lequel President Dead et l'Ă©trange ballade Lamb Of God s'attardent. En dĂ©ifiant l'ancien prĂ©sident ("There was Jesus in the metal shell" ou encore "That's how Jack became sainted"), Manson entend montrer aussi comment le pouvoir mĂ©diatique en a fait une icĂ´ne, dont  l'assassinat devant les camĂ©ras a mĂŞme fait un objet de culte morbide. Il tĂ©lĂ©scope encore les mĂ©taphores le temps d'un Crucifixion In Space, Ă  la progression rythmique quasi théâtrale et aux airs de prĂŞche anti armes ("The monkey, the man, and then the gun"). Et l'on comprend comment l'album en apparence touffu et lourd progresse.

 

En fait, Manson se fait de plus en plus intime, passant du prĂ©dicateur fou Ă  l'homme blessĂ©. De Mercure Ă  Adam, il montre comment il est redevenu un homme parmi les autres, meurtri par les Ă©vènements de l'annĂ©e Ă©coulĂ©e.  Il ne manque pas son clin d'oeil au nouveau prĂ©sident George W. Bush  sur la chanson Born Again ("I'm someone else, I'm someone new, I'm someone stupid just like you"), et enchaĂ®ne avec Burning Flag. Ces deux morceaux en forme de charges Ă©lectro-metal sont d'autres pièces de choix de la grande bataille que semble mener l'artiste avant son implosion programmĂ©e. Car de fait, la dernière partie du disque est celle de la chute. Coma Black se place en nĂ©gatif de Coma White, et dans les deux cas, il s'agit de chansons dĂ©diĂ©es Ă  Rose McGowan, Coma Black Ă©tant celle de l'après-rupture. Il s'agit une nouvelle fois d'une belle ballade dĂ©sabusĂ©e qui enchaĂ®ne fort logiquement avec Valentine's Day, titre mĂ©tal accablant, tout comme son refrain "In The Shadow of The Valley of Death" rĂ©pĂ©tĂ© jusqu'Ă  la lie. Les dernières pistes crĂ©ent une envoĂ»tante atmosphère oĂą les Ă©motions les plus brutes se chevauchent. Les figures du Christ, d'Adam, de J.F.K et de Manson sont dĂ©sormais indissociĂ©es dans ce tryptique furieux et dĂ©sespĂ©rĂ©. Le prĂŞche de The Fall Of Adam se couple Ă  la martiale King Kill 33 (comme l'âge du Christ) palpitant d'une foule furieuse dont on ne sait plus si elle gronde pour Manson ou le couple Kennedy, et lorsque les mouches bourdonnent, la mort se fait pressante. L'album se conclue alors avec l'hypnotique Count 6 & Die, oĂą le piano lugubre et les clics d'un revolver qu'on charge concluent Holy Wood sur une note glauque.

 

Manson s'est rêvé Antichrist Superstar, ange luciférien nihiliste, et a fini par devenir une pute à médias ce que retraçait Mechanical Animals (la vie de Starfuckers selon son ex-mentor et désormais frère ennemi Trent Reznor ) et puis Columbine a tout emporté. En mixant les images fortes, Adam, Kennedy, Jesus Christ, la tuerie, ses doutes et ses pulsions de mort, il aboutit avec Holy Wood à un disque émotionnellement puissant, d'une qualité musicale variable, mais qui va crescendo dans l'impact, avec un talent certain pour créer des ambiances mélancoliques, menaçantes et morbides. En attendant un hypothétique retour en flammes, il s'agit de son dernier grand disque, qui achève là une trilogie remarquable en ce qu'elle a de décadent et de sincère en même temps.



Mechanical Animals
Note : 17 / 20
Année : 1998
A Ecouter : The Great Big White World, The Speed Of Pain, Coma White, The Last Day on Earth
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- 54 Commentaires (Moyenne : 17.12/20) -

Lorsque Marilyn Manson revient sur le devant de la scène en 1998, il créé vĂ©ritablement la surprise. Mechanical Animals bouleverse singulièrement l'univers posĂ© avec Antichrist Superstar et pas seulement par la rupture consommĂ©e avec son mentor Trent Reznor. Tout d'abord, le son est bien plus rock, glam, avec un Manson qui s'assume en hĂ©ritier de David Bowie jusque dans son nouvel avatar, l'asexuĂ© androgyne "venu d'ailleurs" Omega. Ainsi, le groupe rebaptisĂ© Omega & The Mechanical Animals au verso de la pochette du disque semble d'ailleurs singer Ziggy Stardust & The Spiders From Mars. En outre,  les idĂ©es s'Ă©loignent de l'antĂ©christ froid et renĂ©gat pour aborder les sentiments humains, l'amour et la mort non sans fragilitĂ© et incertitude. Et la musique profite Ă  plein de l'arrivĂ©e d'un nouveau guitariste vraiment douĂ©, John 5 (bien que ce soit Zim Zum qui joue sur l'album.

Le disque se divise en cycles (ce qui était déjà le cas de Antichrist Superstar) bien distincts dans le livret, dont les thèmes apparaissent ainsi en évidence.
1er Cycle : The Dope Show - New Model No. 15 -  I Want To Disappear - Fundamentally Loathsome - I Don't Like The Drugs (But The Drugs Like Me) - Rock Is Dead - User Friendly
2nd Cycle : The Great Big White World - Posthuman - The Speed Of Pain - The Last Day On Earth - Disassociative - Mechanical Animals - Coma White
Le premier cycle est principalement consacré aux nouvelles sphères naturelles du groupe, à savoir le showbiz et les médias, tandis que le second se consacre aux sentiments, à l'amour, la peur et l'inquiétude.

Le disque est vĂ©ritablement un autre jalon dans la carrière de Manson.  Libre de tout conflit, de tout complexe peut-ĂŞtre vis Ă  vis de Reznor (non sans l'avoir copieusement Ă©gratignĂ© avec ingratitude), parvenu Ă  devenir une superstar, l'artiste se fait plaisir avec un disque comme bloquĂ© dans un autre âge. Mechanical Animals fait donc la part belle aux choeurs, aux voix synthĂ©tiques, aux ballades mid-tempos et Ă  un son très glam' rock oĂą planent les ombres de David Bowie et Iggy Pop. Le groupe qui a atteint une notoriĂ©tĂ© consĂ©quente avec son prĂ©cĂ©dent album est pris dans le cirque mĂ©diatique de bonne grâce (surtout Manson Ă©videmment), mais en bonne rockstar pute Ă  mĂ©dias qu'il est devenu, Manson ne se prive pas de cracher dans la soupe, et Ă©tale aussi sa consommation de drogues. Le premier single, The Dope Show, pose ainsi les bases en brocardant les mĂ©dias qui font et dĂ©font les cĂ©lĂ©britĂ©s tout en affichant la couleur blanche de la dope.  La drogue occupe une place importante de l'album, mais Ă©galement du livret, très soignĂ© et plein de mystères (pensez Ă  bien scruter les pages avec le boĂ®tier). Mais, si I Don't Like The Drugs, proche d'un Bowie dans les 80's, s'impose comme un morceau un peu ovni, très  second degrĂ© jusque dans son clip warholien, la vision des drogues et des mĂ©dicaments est plus sombre qu'il n'y paraĂ®t.  Le tout premier morceau, l'excellent The Great Big White World (quelle intro!), en tĂ©moigne Ă  travers l'Ă©vocation de la perte de soi, de l'absence de sentiments et de la mort. L'album qui se conclue d'ailleurs sur Coma White, stade de coma le plus proche de la mort, prend ainsi une tournure moins superficielle que prĂ©vue : "All the drugs in this world can't save you from yourself".

En fait, Ă  travers les drogues et une satire glaciale du monde du spectacle et de la sociĂ©tĂ©, Manson fait apparaĂ®tre un meilleur des mondes faits de copies de copies dont il semble lui-mĂŞme la victime ("sample of soul made to look like a human being"), anesthĂ©siĂ©es, abruties et formatĂ©es (New Model No. 15). Un morceau comme Rock Is Dead, plus proche de l'indus rock de Antichrist Superstar, agit ainsi comme une machine de guerre sur ce sujet et dĂ©place la critique de la religion castratrice vers l'abrutissement par les mass-medias ("god is in the TV"), montrant que Manson n'a pas tout perdu de sa virulence critique. Mechanical Animals ou la superbe ballade Disassociative en sont de bons exemples, dĂ©crivant une humanitĂ© en suspens, usĂ©e et abusĂ©e par tout jusque par elle-mĂŞme tout comme Manson, rebelle sans cause, produit mĂ©diatique et icĂ´ne dĂ©glinguĂ©e de I Want To Disappear, dans un style Ă  rapprocher de Iggy & The Stooges. L'image de la rockstar, pute prĂŞte Ă  tout, est Ă©galement prĂ©sente dans User Friendly, remplie de voix synthĂ©tiques, oĂą Manson se met en scène comme un vĂ©ritable objet Ă  plaisir "fucking dopestar obscene", jetable. Dans le mĂŞme mouvement, on ressent dĂ©jĂ  chez lui la lassitude, un dĂ©senchantement palpable comme s'il savait que toute rĂ©volte est inutile.  Et dĂ©jĂ  Aldous Huxley (Le meilleur des mondes) et le couple J.F. Kennedy / Jacky O que l'on reverra sur Holy  Wood se tĂ©lescopent sur un autre morceau très electro-indus, Posthuman, qui dĂ©note lĂ  encore une des couleurs musicales du disque.

L'apparente fragilité de la nouvelle icône rock ne s'explique pas seulement par l'ennui et la perte d'identité. En effet l'ange noir est amoureux, et nombre de chansons en sont le reflet, montrant combien les femmes et l'amour occupent une place importante dans son processus créatif. Et pourtant là encore l'incertitude et la peur demeurent comme sur le quasi floydien The Speed Of Pain où une fois encore Manson se prend pour Bowie avec un chant grave et obsédant. Les derniers morceaux du disque sont d'ailleurs comme un retour sur cet amour et sa part prépondérante dans sa vision des choses et de lui-même. Fundamentally Loathsome est la première ballade de ce tryptique, griffée d'un solo très mélodique et d'une montée en puissance imparable, elle s'attarde sur le poids de cet amour dans son dégoût du monde. Un monde condamné dans The Last Day On Earth où l'amour est la seule solution pour survivre, ensemble. Ce morceau entre emphase et délicatesse (on distingue une douce mélodie à la guitare acoustique derrière le mur du son) est une franche réussite. Coma White, ou l'amour et les drogues se mèlent, renvoie l'image d'une femme nouée, peut-être même fêlée, noyée dans la dépression, Rose McGowan à l'évidence. La musique là encore est dans cette même veine mid-tempo, entre éraflures rock et mélodies simples et touchantes.

Avec Mechanical Animals, Marilyn Manson touche au coeur et montre qu'il peut s'en sortir sans Reznor. Et si certains fans s'en plaindront, dĂ©sorientĂ©s par ce changement, on peut saluer le travail musical et visuel remarquable  du groupe. C'est un album riche d'obsessions, comme on le remarque Ă  travers ses lyrics et ses thèmes, rempli de mĂ©taphores et de psychoses sans aucun doute. Marilyn Manson y fait mieux que reprendre des pans de la mĂ©moire musicale collective (ce qui est aussi la faiblesse du disque), si bien qu'on pourrait presque dire de  Mechanical Animals que c'est le meilleur album de David Bowie de toute la dĂ©cennie 90.



Antichrist Superstar
Note : 18 / 20
Année : 1996
A Ecouter : De façon arbitraire Beautiful People, Tourniquet, Deformography, The Reflecting God, Man That You Fear
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- 66 Commentaires (Moyenne : 18.51/20) -

1996, déjà 10 ans que Antichrist Superstar est sorti. A l'époque, personne n'a anticipé un tel choc. Marilyn Manson est un groupe parmi d'autres, qui s'est surtout signalé par sa reprise de Sweet Dreams et une certaine recherche esthétique. Mais avec cet album, le groupe fait son entrée dans le rock'nroll circus avec fracas. Enregistré à la Nouvelle-Orléans sous la houlette de Trent Reznor, Antichrist Superstar est une oeuvre radicale et élaborée avec minutie, dans des conditions dantesques.

Marilyn Manson ne sonne ni n'interpelle comme NIN contrairement Ă  ce qu'on a pu lire parfois, et ce mĂŞme si Reznor produit. En fait, le groupe nous livre une musique vicieuse, tout en dĂ©flagrations de guitares, avec une basse plus en avant, mais sans occulter un cĂ´tĂ© dĂ©pravĂ© savamment entretenu. L'album donne Ă  ressentir chaos et confusion Ă  travers cette musique agressive, un son plutĂ´t crade et saturĂ©, parfois aussi poisseux que les bayous de Louisiane. Tout cela appuie le propos de Manson sur ce disque, opposant faibles et forts (le hit single Beautiful People), rejetant violemment le poids du religieux considĂ©rĂ© comme source de faiblesse (The Reflecting God) et appelant Ă  la mutation (Little Horn / Cryptorchid ). Avec ce disque, il veut s'Ă©lever et gagner les sommets et pour cela il a dĂ©cidĂ© d'aller le plus loin possible dans le nihilisme et la destruction afin de renaĂ®tre, plus fort. Privations de sommeil et de nourriture, consommation de drogues et vagabondages sexuels, tout a Ă©tait rĂ©uni pour mettre celui qu'on appelera bientĂ´t le rĂ©vĂ©rend dans un Ă©tat Ă©motionnel extrĂŞme. Son chant s'en ressent, particulièrement Ă©corchĂ© et menaçant, tout comme ses lyrics, collection de mĂ©taphores tordues (en particulier sur Tourniquet). On trouve aussi sur ce disque quelques Ă©lĂ©ments surgis du passĂ©s et de l'enfance comme cette rĂ©fĂ©rence Ă  son grand-père Jack et sa sexualitĂ© dĂ©glinguĂ©e pour Kinderfeld, ou Ă  sa mère dans Cryptorchid.

De son passĂ© et du ver qu'il Ă©tait (Wormboy), Manson veut faire table rase pour devenir une superstar du rock (Deformography / Mr Superstar) et davantage, une figure quasi-mythique, un meneur de foules (Antichrist Superstar), appelant Ă  la rebellion. Ange dĂ©chu, lucifĂ©rien, il s'impose avec force comme le nouveau cauchemar de l'AmĂ©rique victime du fondamentalisme religieux. L'apathie dont Portrait of an American Family se faisait l'Ă©cho est ici violemment combattue. La manipulation, la perversion commerciale et morale, l'hypocrisie et la peur, tout ce qui asservit doit ĂŞtre abandonnĂ©. L'homme doit retrouver confiance en lui et se dĂ©tourner de Dieu ("I went to God just to see, and I was looking at me"), mais il doit pour cela provoquer une apocalypse positive, dĂ©truire ce qui Ă©tait pour reconstruire sous une forme meilleure. En ce sens, Manson reprend des pans entiers de la vision de Nietzsche, plus d'un siècle auparavant, avec une morgue et un aplomb rares. Il y incorpore des bribes issues de la kabbale ("when the boy is still a worm it's hard to learn the number seven") revient sur la philosophie pessimiste et douloureuse de Schopenhauer le temps notamment d'un morceau plus lent et oppressant (The Minute of Decay : "The minute that is born, it begins to die"). Bref, il ouvre le couvercle de sa boĂ®te Ă  idĂ©es pour un rĂ©sultat furieusement sale et mĂ©chant, tĂ©moin dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© de son Ă©poque. L'album se conclue nĂ©anmoins avec la presque minimaliste Man That You Fear, Ă©trange complainte qui Ă  l'image de son clip, offre enfin un visage humain et fragile au groupe.

10 ans donc, Antichrist Superstar conserve le venin qui a fait sa renommée, et demeure pour beaucoup le meilleur album de Marilyn Manson. Véritable cri de victoire sur soi-même et appel au dépassement de soi, c'est aussi l'occasion de mesurer davantage combien un album de Marilyn Manson dépasse le simple cadre de la musique. Par son agressivité, l'esthétique soignée de ses clips, la violence des concerts qui l'accompagnent, Antichrist Superstar imposa Manson comme la nouvelle sensation rock/metal et l'ennemi public N.1 aux USA. Ce fut aussi le dernier effort commun avec Trent Reznor. Les deux frères devenus ennemis, semblables à Abel (Reznor) et Cain, ne pouvant trop longtemps cohabiter dans un tel marécage nauséeux, à l'image de l'antéchrist nietzschéen qu'était alors devenu Brian Warner.



Smells like children
Note : 12 / 20
Année : 1995
A Ecouter : Sweet Dreams, I Put A Spell On You, Rock'n Roll Nigger
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- 41 Commentaires (Moyenne : 12/20) -

A l'origine, Smells Like Children n'est pas un album, mais le maxi single de Dope Hats et ses remixes. Il sort finalement en temps que deuxième album, sorte de fourre-tout délirant où cohabitent remixes de morceaux de Portrait Of An American Family, interludes dégénérés et quelques morceaux inédits (en fait trois reprises).

Manson se présente sous l'apparence d'un Willy Wonka inquiétant sur la pochette et l'intro nous met dans l'ambiance d'un "album" azimuté. Les remixes sont une première entrée musicale pas inintéressante. Ils s'attaquent souvent sous une forme plus électro à Dope Hats (Diary Of A Dope Fiend, Dance Of The Dope Hats), Organ Grinder(Kiddie Grinder) et Cake & Sodomy (Everlasting C***sucker). Autour de ces remixes, on trouve des morceaux qui alimentent l'ambiance chaotique de Smells Like Children, à base de bribes d'interviews (on entend déjà nettement la référence à l'apocalypse poindre sur Sympathy For The Parents), de recommandations médicales, de bruits d'enfants, de faux ébats homosexuels sado-maso sur Fuck Frankie (en "hommage" à un ancien manager qui avait arnaqué le groupe de quelques milliers de dollars). C'est le disque d'un ado complètement allumé, un sale gosse mal élevé et vaguement énervé qui s'autoriserait toutes les plaisanteries potaches les plus débiles possibles.

Mais ce qui a fait l'intĂ©rĂŞt du disque avant tout, c'est la reprise de Sweet Dreams de Eurythmics sous cette forme metal lĂ©gèrement craspec et dĂ©chirĂ©e qui vaut au groupe de très nombreux passages sur MTV. Un morceau plutĂ´t rĂ©ussi qui parvient Ă  Ă©clipser l'original. Deux autres reprises s'ajoutent. Il s'agit de la très rĂ©ussie I Put A Spell On You (de Screamin' Jay Hawkins) menaçante, lancinante et qui se retrouvera sur la BO de Lost Highway. Et puis, la controverse est une nouvelle fois alimentĂ©e avec ce très Ă©nergique Rock'n Roll Nigger (de Patti Smith)  qui vaut au groupe des accusations absurdes de racisme. Manson la jouera donc sur scène avec un ami noir, mĂŞme dans les villes qui le lui interdisent. Ces trois très bonnes reprises hissent le disque vers le haut et lui Ă©vitent de n'ĂŞtre qu'un amas dĂ©cousu d'idĂ©es tordues.

Smells Like Children n'est pas vraiment un disque, davantage le prolongement de Portrait Of An American Family de la façon la plus dĂ©jantĂ©e qui soit. Mais les trois reprises et quelques bons remixes qui surnagent dans ce marĂ©cage  en font le tĂ©lescopage entre le monde "so spooky" d'un grand ado encore mal dĂ©grossi et ses ambitions plus adultes sur fond d'enfance bizarre, de sexe dĂ©viant et de folie. 



Portrait of an American Familly
Note : 13 / 20
Année : 1994
A Ecouter : Dope Hat, Lunchbox, Dogma
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- 36 Commentaires (Moyenne : 15.5/20) -

En 1994, Marilyn Manson n'est encore qu'un petit groupe Californien auquel le grand manitou Reznor a donné sa chance. Il y a bien eu quelques concerts, des démos à la qualité discutable sous le nom de Marilyn Manson & The Spooky Kids, mais rien de bien notable, surtout pour un type aussi ambitieux que Manson.

Ce premier album produit par Trent Reznor (qui joue aussi de la guitare sur Lunchbox) ne permet pas non plus au groupe de décoller, mais n'en recèle pas moins quelques qualités. La pochette tout d'abord est une entrée directe dans cette petite chronique de l'amérique moyenne vue par Manson. Des parents obèses qui fument, une boucle de ceinture portant l'inscription "personne n'a jamais violé un 38 mm", un enfant mort, victime semble-t-il de maltraitances, un autre, adolescent au regard maléfique, une vraie petite famille dégénérée qui nous regarde comme dans un poste de télévision.

Le groupe se présente déjà comme rejeton d'une amérique dévoyée et s'emploie à détourner ses symboles. Cela peut être (déjà) la littérature enfantine de Roald Dahl et en particulier Charlie et la Chocolaterie. Prelude est ainsi la reprise d'une des chansons des Hoompas Loompas, les sbires de Willy Wonka, tandis que le clip de Dope Hats est une mise en image du voyage des enfants sur la rivière en chocolat. Cela passe aussi par une référence à Charles Manson à travers le "I am the god of fuck" de Cake & Sodomy, qui pastiche les perversités des croyants, et l'emprunt à sa chanson Mechanical Man pour My Monkey. On note aussi que le titre Get Your Gunn fait référence au Dr Gunn assassiné par des militants anti-avortements. L'enfance est bien présente jusqu'à ce featuring du jeune Robert Pierce sur Lunchbox qui n'est autre que la petite valise en métal où les enfants mettaient leur déjeuner, interdite durant les 80's car elle leur servait aussi d'arme pour se frapper. Le petit jeu des références et des images à déjà commencé...

Alors bien sûr, où en est la musique dans tout ça? Et bien on a affaire à un rock metal légèrement teinté d'indus, plus abouti que sur les démos qui ont précédé, parfois redoutablement efficace comme sur les morceaux les plus connus Lunchbox, Cake & Sodomy, Dope Hat ou Get Your Gunn. C'est évidemment une atmosphère menaçante qui prédomine, les lyrics sont autant de coups de surin dans la peau de la tendre Amérique, mais on est encore loin du groupe vraiment dérangeant qui se profile. L'album n'en est pas moins plutôt prometteur tant l'identité du groupe est déjà latente, des titres comme Dogma en témoignent. Il est à noter qu'à l'époque c'est Daisy Berkowitz, rappelons le co-fondateur de Marilyn Manson & The Spooky Kids, qui compose le plus au sein du groupe, et auquel on doit la plupart des riffs bien emballés de cet album, comme celui de Misery Machine.

On a là un album pas désagréable avec quelques titres entrés depuis dans la petite histoire du groupe, mais qui manque encore de folie et d'ambition, comme si le ver demeurait dans la pomme. Plus pour longtemps...