

Les gars de Dream Theater sont de vrais stakhanovistes du travail. Outre la participation à de multiples projets (notamment pour Mike Portnoy) et l’organisation d’un festival itinérant, le Progressive Nation, auquel le groupe prend lui-même part, Dream Theater se permet en outre d’enchainer les albums à un rythme soutenu, surtout au vue de la durée des disques publiés et du nombre d’informations qu’ils contiennent.
2009 est donc l’année de la sortie du dixième album studio du Théâtre des Rêves. Ce disque, intitulé Black Clouds & Silver Linnings, va probablement réconcilier les deux « camps » de fans du combo. D’un côté, nous avons les fans de la première partie de carrière de Dream Theater, ceux qui voyaient dans ce jeune groupe, la relève définitive de la musique progressive : aventureuse, aérienne, mélodique… D’un autre côté, nous avons les fans qui ont été conquis par le tournant très metal pris par Dream Theater aux alentours de l’année 2000, des fans conquis par l’extrême technicité du groupe.
En 2009, Black Clouds & Silver Linnings prend le pari de prendre le meilleur des deux mondes. A Nightmare To Remember , le premier titre de la galette, est totalement dans cette optique : son riff taille XXL signé Petrucci, la double pédale de Portnoy ainsi que ses blasts (oui oui, vous avez bien lu, Portnoy s’essaie au blast !!!) sont purement metal tandis que le break aérien du milieu nous transporte dans les cieux…
Les deux morceaux suivants affichent une efficacité redoutable, chacun dans des styles différents : A Rite Of Passage dans un mid tempo ravageur et Wither dans un style pop parfaitement exécuté.
Après un The Shattered Fortress tout en contraste, le combo enchaine sur un The Best Of Times très émouvant (car dédié au père de Mike Portnoy décédé il y a peu) que ça soit au niveau des parties de guitare de Pettrucci (superbe solo), du chant de Labrie ou des claviers de Rudess.
Enfin, Dream Theater a eu l’excellente idée de terminer ce disque par les vingt minutes flamboyantes de The Count Of Tuscany, probablement un futur classique des concerts du groupe. Après un début instrumental déjanté, la composition prend son envol pour accoucher d’un refrain splendide. Quant au break central, il est tout simplement majestueux et éthéré…
Dream Theater sort ici son meilleur album depuis bien des années et prouve qu’il est toujours une référence du metal progressif. Son talent unique reste intact : réussir à faire en même temps des morceaux complexes, ultra-recherchés et d’un niveau technique exceptionnel et des vraies chansons avec des refrains catchy et des mélodies travaillées. Ou comment rendre accessible une musique complexe…
Voila donc le nouvel et huitième album des pionniers du métal progressif ! Apres un Train of Thought ayant suscite la controverse par son aspect métal exacerbé, le groupe en revient a un terrain plus connu, le progressif dans lequel ils évoluent depuis leurs débuts. Et le groupe existant maintenant depuis une quinzaine d'années, on est en droit de se demander s'ils ont encore quelque chose de pertinent a nous offrir... Surtout au vu de la scène progressive actuelle surchargée, qui commence a sérieusement tourner en rond. Cependant, des la première écoute, les doutes se dissipent : la bande a Mike Portnoy a réussi a concevoir un album frais, riche et varié.
Derriere un titre un brin pompeux (pour l'anecdote, le titre "Octave" a été abandonne lorsque Mike Portnoy a découvert que le nouvel album de Spock's Beard se nommait "Octane") se cache un concept ambitieux. Ce huitième album comporte ainsi huit morceaux, chacun voyant sa tonalite correspondre a l'une des huit notes de l'octave. Et s'il n'apporte rien de concret aux morceaux pris individuellement, ce concept contribue néanmoins a enrichir la profondeur de l'oeuvre dans son ensemble, et a donner a l'album des airs de spirale vertigineuse (le cycle se refermant sur lui même lors des toutes dernières notes).
Les hostilités commencent avec The Root of all evil qui est la suite directe de The Glass Prison (écoutable sur Six Degrees of Inner Turbulence) et This dying soul (figurant sur Train of thought). Une montée en puissance purement jouissive ouvrant l'album, ponctuée par de violents breaks de batterie, et aboutissant au morceau lui même, emportant tout sur son passage avec ses riffs alambiques et sa puissance indéniable. Le fait que ce morceau soit directement suivi d'une ballade, The answer lies within, annonce la couleur : l'album s'annonce varié. Et il l'est. Entre la puissance brute de These Walls (aux dernières secondes absolument épiques), le groove de Panic Attack, porte par Myung, les influences pop de I walk beside you ou encore les sonorités orientales de Sacrificed Sons, on est servis. Cependant c'est avec le morceau titre (Octavarium), pièce de 24 minutes, que le groupe montre ce qu'il a réellement dans le ventre ; véritables montagnes russes sonores, le style progressif y est porté à son paroxysme. Puissance et émotion y sont les maîtres mots, jusqu'a un final dantesque ; il semblait pourtant improbable de faire oublier le final grandiose de Train of Thought, mais le groupe prouve a nouveau qu'il fourmille d'idées. La musique est tellement ambitieuse, épique et chargée de feeling, que l'on en oublie même que deux morceaux, The answer lies within et I walk beside you sont assez communs et plutôt en dessous du reste. Le groupe a su, comme a son habitude, digérer d'innombrables influences et leur imposer son propre style. Ou presque.
Car la se situe l'un des deux défauts majeurs de l'album : les influences du groupes, d'habitude intelligemment utilisées, sont ici parfois trop évidentes. Si I walk beside you rappelle méchamment U2 (et le fait que James Labrie s'essaie au style de Bono sur le refrain n'aide pas a s'en défaire l'esprit), c'est du coté de Muse que se situe la principale référence. Ou devrions nous dire plagiat ? Le chant, sur le refrain de Panic Attack, est une copie pure et simple de celui de Matthew Bellamy, tandis que Never Enough est un re-pompage complet de Stockholm Syndrome et Hysteria.
L'autre défaut réside dans les paroles, écrites par Portnoy, Petrucci et Labrie. Alternant entre sirupeux (The answer lies within), cliches (Never Enough) ou manque d'inspiration total (Panick Attack), elles constituent le gros point noir d'un album sinon presque irréprochable. N'est pas Hetfield (Metallica) qui veut... Mais c'est oublier que l'intérêt principal se situe dans la musique elle même (surtout pour nous autres francophones), et a ce niveau le groupe se hisse encore une fois au dessus de l'excellence. John Pretucci ne se contente plus de jouer a la vitesse de la lumière, mais privilégie également l'émotion ; la basse de Myung, très présente, est tout bonnement impressionnante ; Portnoy est fidèle a son jeu tout en puissance et en finesse, tandis que Rudess, aux claviers, fait office de seconde guitare lead avec ses cascades de notes hallucinantes.
Malgré quelques menus défauts, cet album est donc un incontournable pour tout fan de métal progressif. Voire de musique en général. Car ces musiciens repoussent les limites sonores a chacun de leurs albums. Dans leurs pires moments ils restent excellents : rien que pour ça ils méritent un respect infini. Vous savez ce qui vous reste à faire !