

En nous regardant avec ses yeux de diamants, Deftones implose. scintille. explose. souffre. pleure. brille de mille feux. Tout d'abord physiquement, Chi Cheng remplacé au pied levé et Chino ayant fait une bonne cure de jouvence, puis musicalement, Diamond Eyes s'offrant le luxe de revenir sur ces années qui virent l'arrivée de riffs incisifs, de déhanchés et de plans syncopés. Oubliez Eros, album désormais maudit qui ne reflète plus l'actuel Deftones, et qui, si proche de l'aboutissement, s'est vu relégué au simple statut d'album fantôme en attendant le retour de Chi : Faites place nette pour Diamond Eyes. Force est de constater que le groupe de Sacramento semble avoir mis les petits plats dans les grands, même si l'album a filtré mi-mars sur quelques plateformes de téléchargement : sortie repoussée, avancée, artwork lâché entre quelques extraits youtube, Rocket Skates lâché en concert puis en single, ... Pour ce disque, Deftones s'entoure de Nick Raskulinecz (Foo Fighters, Velvet Revolver, ...), bien loin de Terry Date (qui s'occupait de Eros), recrute Sergio Vega à la basse (Quicksand) et se tourne finalement vers un style moins agressif que prévu... Les américains décident donc de faire table rase, recréer pour mieux supporter le contrecoup, esquiver l'éternel tourbillon de misère qui aurait pu se former. Diamond Eyes est prêt à faire parler de lui.
En premier lieu, Deftones se décide à remonter légèrement le temps, s'inspirant allègrement de sa période Around The Fur sur les compos les plus directes. L'époustouflant CMND/CTRL possède un punch qui ne perd en force lorsque le refrain s'enclenche tandis que Prince laisse deviner un Chino en sueur, hurlant sans relâche face aux instruments plus posés. Heureusement, via ce regard vers le passé, Deftones ne se livre pas à une vaste mascarade visant à reposer le son des 90's. Chino et sa bande actualisent le tout, décuplent la sensation de malaise de Prince via quelques sons en retrait tandis que Rocket Skates permet à Abe Cunningham de se lâcher à la manière de Needles & Pins (Deftones). Le frontman tente même le parti de prendre de la distance face aux textes, préférant user d'images que de faits personnels.
Loin de n'être qu'un vulgaire retour en arrière manqué comme avait su le faire Korn avec Take A Look In The Mirror, Diamond Eyes s'engage sur les parties mélodiques vers une dimension plus mélancolique, à l'instar d'un Saturday Night Wrist. Sextape, This Place Is Death ou le sombre You've Seen The Butcher et son riff d'intro typé Adrenaline représentent parfaitement cette sensation de perdition, aux allures parfois lointaines de Team Sleep. Ce nouveau disque oscille encore entre de nombreuses atmosphères et états d'esprit, sans jamais baisser sa garde pour une quelconque faiblesse : Deftones reste fidèle à son histoire, continuant le chemin emprunté depuis le culte White Pony.
Malgré l'évolution, Deftones reste reconnaissable entre mille. Tout d'abord grâce à un frontman dont l'assurance grandit sur les parties les plus mélodiques, un son direct, des compos old school côtoyant les dernières productions du quintet, et surtout par des textes toujours aussi mystérieux. La discographie prend encore du poids, et même si les aléas de la vie d'un groupe parviennent à déstabiliser son existence, Deftones reste maître de lui même. Comme chaque autre opus, Diamond Eyes possède son charme, ses futurs classiques et une qualité indéniable.
Une évolution s'est toujours faite sentir dans la discographie des Deftones. En arriver jusqu'à l'éponyme a été une preuve de maturité et de maitrise inconditionelle de la part du groupe de son identité, de la digestion de ses influences et de l'affirmation de ses tendances artistiques. Aujourd'hui, en 2006, la question reste toujours entière. Deftones sert il encore à quelque chose, aprés une compilation de faces b faisant office de mise en bouche, d'attente aux fans qui en redemandent toujours plus, et toujours plus rapidement. Deftones prend son temps, et chaque album parait de plus en plus accouché difficilement : entre fausses sorties, retards et tensions entre les membres du groupe.
Pourtant, contre toute espérance, ce cd est enfin là , et contre toute autre espérance, il n'est pas une deuxième façade des goûts prononcés de Chino Moreno pour le trip hop et la new wave. Soyons rassurés, cet album n'est pas un Team Sleep caché. L'évolution est encore une fois de mise. Là où l'éponyme lachait des grosses nappes de guitares samplées pour donner un effet d'une lourdeur impressionante dans les riffs, juxtasposées a une batterie aérienne et une voix complétement tordue, Saturday Night Wrist ne bouleverse pas la donne, mais change du moins quelques détails, ce qui semble suffisant et rassurant.
En effet, Saturday Night Wrist posséde tous les atouts pour enchainer une autre perle sur le collier tissé par le groupe depuis Adrenaline. Ce cd ne peut pas être plus Deftones qu'il ne l'est, car on reconnait magistralement la patte du groupe à chaque moment, la force de son caractére. Alors oui, certains diront que le groupe n'avance pas, resasse depuis White Pony des plans déja vu, voire même depuis Around The Fur pour les plus radicaux. Ce qui donnera raison à ces radicalistes musicaux, c'est que Cherry Waves, ou Rivière ne sont pas forcément loin de morceaux comme Digital Bath ou Change, mais le bien d'entendre ce genre de morceaux classieux en est décuplé quand on voit que beaucoup d'autres groupes se cassent les dents en cherchant à retrouver la formule magique qui nous avait attiré. Mais ces extrêmistes seront rapidement démentis, vu le nombre de nouveautés que le groupe intégre à ses morceaux.
Tout d'abord, la guitare de Carpenter se fait plus douce, moins rentre dedans, mais plus portée sur la richesse des sonorités et des joies de la pédale, grace à des sons jamais entendus chez le groupe (Xerces). Mais aussi l'intégration d'éléments post rock dignes d'un Mogwai dans U,U,D,D,L,R,L,R,A,B, où la magie jazzy des guitares rencontre une batterie dominée comme jamais. D'ailleurs Abe Cuningham propose un nouveau visage de son jeu, qui se faisait de plus en plus aérien, et tape plus fort, moins en retenu, (Rapture, ou le passage quasiment coreux de Rats!, Rats!, Rats!). Bien entendu, chose normale depuis deux albums, on echappera pas à la ballade new wave cette fois ci beaucoup plus fine et gratifiée de la présence d'une voix féminine : Pink Cellphone.
Le disque culmine à beaucoup de moments à la perfection des mélodies, des sonorités et des vocalises que rarement le groupe avait à ce point maitrisé. En effet, Beware, Combat, Xerces et Kimdracula font partie des chansons au meilleur feeling, au romantisme exacerbé, aux intonations desespérés trés impressionistes, faisant parfois penser aux grands Smashing pumpkins. Alors oui, le groupe impressione a énormément de moments et le tout est sublimé par la voix d'un Chino au sommet de sa forme, dans des vocaux complétement dantesque, impossible à reproduire en live car tellement à fleur de peau, basés sur une intonation, un soufflement, un cri, sur une gamme plus que jamais maitrisée (des cris de "Rats, rats, rats" rapellant les vocaux de When Girls Telephone Boys aux vocaux très Around The Fur de Rapture en passant par les ecarts stylistiques de Xerces et Kimdracula).
Deftones livre encore une fois un album d'une rare classe, à l'identité très prononcée, présentant deux inconvénients en la personne de Hole In The Earth, particuliérement irritante et inutile, et Mein avec son coté monotone exacerbé sur un final avec un Serj Tankian (System Of A Down, Serart) se prêtant au jeu du miaulement. Mis à part ces deux écarts de conduite, on leur donnerait le bon dieu sans confession. Chapeau.
Deftones, groupe ô combien étrange dans la dynastie rock...Considéré comme précurseur d'un genre mourant et destiné a mourir de par son enlisement, le groupe a su modifier sa voie et se diriger vers quelque chose de réellement innovant et essentiel au rock. En effet ce sont la succession des groupes ne présentant aucun intérêt réel qui a réussi à tuer le genre " néo-métal". Or, ici nous avons affaire à une grosse pointure, à un groupe capable de distiller une musique aussi émotionelle que ravageuse. Trois ans après Around the fur, le groupe était réellement attendu. Leur présence dans la BO de matrix a enthousiasmé les foules au point de classer leur My own summer dans la catégorie "tubes". Pourtant le groupe se devait de surprendre, de suivre leur voie qui était tracée dès leurs débuts : celle de groupe prodige. A la sortie de ce White pony, tout le monde partait avec des a priori qu'ils soit négatifs ou positifs. Or l'écoute de ce disque est plus que surprenante, quasi déroutante.....On s'attendait à tout ....sauf à ca!
Le cd commence avec Feiticera où le riff de Stephen étonne, où le jeu de batterie est aérien, posé moins brut de décoffrage que sur les productions précédentes. On sent tout de suite une autre patte, une évolution certaine du groupe vers quelque chose de plus rock. Puis survient Digital bath...encore une fois tout est différent, autre....des choses sont omises d'autres rajoutés, mais rien n'est comparable....On ressent aussi une certaine évolution rapport à la voix de Chino beaucoup plus posée et surtout beaucoup plus chantée..Depuis ce poney blanc, elle peut se placer au panthéon des grandes...au panthéon de celles qui font vibrer au meme titre qu'un Maynard...Et il s'avère que cette comparaison n'est pas volée. Sur le titre Passenger la voix divine apparait ...Deux génies pour une chanson qui ne restera pas anecdotique....un réel met qui se savoure à chaque fois avec une intensité palpable, une émotion à fleur de peau.
Quand à l'album, il laisse la part belle aux experimentations qu'elles soient : électroniques, au niveau des riffs et des autres instruments...En effet, Delgado prend une toute autre ampleur ici et ne se contente pas de trois sons au cours de l'album. Il pose lui même ses ambiances et donne au tout encore plus de corps, permet aux compos de s'envoler...Ici elles s'allongent et des fois s'évadent vers une musique beaucoup plus intimiste, plus personelle comme dans Pink maggit où l'émotion prend petit à petit son ampleur pour exploser au gré des chuchotements de Chino. Mais l'album est loin d'être mièvre, il sait se faire puissant. Ici nous n'avons pas affaire à des ballades mélancoliques, mais à de réelles compos déroutantes. Placées au bon endroit, certaines chansons savent se faire incisives telles Elite ou Korea qui recèlent une violence rare.
Cet album est donc loin d'être acessible... ceux pour qui White pony se résume à Change peuvent aller se rhabiller.Il est nécessaire et préférable de s'y immerger entièrement et de l'écouter d'un bout à l'autre. On ne peut pas le classer au sein de la discograhie des Deftones, car il se situe complètement à part...sur une autre galaxie musicale. Grâce à cette galette, le groupe a pu pousser le néo dans d'autres retranchements et prouver que pendant qu'un genre meurt et s'enlise....d'autres arrivent a évoluer de facon personelle et sensible...A bon entendeur salut....
Second album de la vague néo-métal après l'éponyme de Korn, Adrenaline est donc le premier disque de Deftones. Ceux qui ont engendré White Pony ou Saturday Night Wrist. Pour replacer dans le contexte, Adrenaline est le fruit de 4 jeunes qui s'ennuient dans une banlieue des USA. 4 musiciens inspirés entre autres par le métal et la new-wave. Et quand en 1995 sort le premier album de Deftones, c'est dans l'intimité qu'il se vendra, avant que le groupe n'explose avec Around The Fur.
Adrenaline contient déjà ce qui portera Deftones vers le succès : des mélodies alliées à des riffs entrainants, une voix sachant naviguer entre hargne et émotion, un groove maîtrisé et des textes qui ne révèlent leurs secrets qu'après de multiples réflexions. Le thème principal de Chino dans les albums suivants, les relations amoureuses, est déjà clairement abordé ici sur Lifter ou Birthmark, tandis que d'autres textes font plus office de catalyseurs (7 Words, Root). Que ce soit directement ou par sous-entendus, ces sujets sont traités toujours avec cette étincelle de poésie que l'on retrouvera dans les albums suivants.
Comme toujours, l'atout principal de Deftones reste Chino. Sans pour autant atteindre les variations que l'on rencontrera sur White Pony ou Saturday Night Wrist, sa voix alterne parties presque sussurrées avec une sensualité dévorante (Fireal) et envolées débordantes d'émotion ou de fougue (Nosebleed, Birthmark). Presque théâtral, son chant serait à l'image des masques de théâtre romains : extrêmes mais révélateurs. Pourtant, les 3 autres musiciens ne sont pas en reste. Entre les riffs hypnotisants de Fireal ou ceux psychotiques de Nosebleed, la batterie de Abe transpirante sur Bored ou dévastatrice sur Root, on ne sait plus si le groupe vit à travers sa musique ou si celle-ci existe au travers de Deftones. Ainsi, sur Adrenaline, Deftones est le fruit qui deviendra mûr et trouvera sa forme quasi-parfaite sur Around The Fur puis White Pony : envoûtant, ravageur et intimiste. Une relation amoureuse en quelque sorte, avec ses hauts (les parties les plus douces comme Fireal) et ses bas (l'agressivité de Root par exemple). Pourtant, même à cette époque, Deftones se trouve déjà à part de ce qui sera la future scène néo. D'une part du fait de leurs influences qui se ressentent au travers de leur musique, mais aussi par la manière d'aborder les thèmes. Chino se sent l'âme d'un poète, ses textes ne parlent point de souffrances à la manière d'un Korn, mais s'orientent vers une approche plus imagée, couchées sur le papier comme un ressenti et non des faits. Cette différence se précisera sur les albums suivants, car tandis que certains ressassent les mêmes soucis d'ados (Korn, autres pionniers du mouvement, suivis par Adema ou Drowning Pool), Deftones continuera dans sa lancée créatrice, axée principalement sur des amours déchus ou des choses personnelles en rapport avec Chino.
Alors Adrenaline est le premier album de l'épopée Deftones, alliant poésie, colère et rock. Un des premiers disques, pilier d'une vague qui s'épuisera vite, souvent copié, rarement égalé, qui posera les fondations de Deftones. On pourra toujours regretter une production qui, contrairement aux autres albums du futur quintet, met l'ensemble du groupe en retrait, y compris Chino, réduisant l'impact dévastateur qu'il pourrait avoir. Désœuvré, claustrophobe, Adrenaline n'a quasiment pas pris de rides, Root ou encore Bored restant séduisants comme au premier jour.