.: Think Different : Think :.
:: Album du Moment ::
Tanen - Deviances
Tanen - Deviances
(Post Hardcore)fuck Buttons - Tarot Sport
fuck Buttons - Tarot Sport
(Noise / Electro)
:: Concours ::
Concours New Idea Society
Concours Anvil : Le documentaire


:: Chronique Découverte ::
Picture - Son Of The Night
Picture - Son Of The Night
(Death Metal Melodique)
:: Partenaire ::
Keritsu - Webzine rock lyonnais
:: Dernières News sur Nine Inch Nails ::

- 03/02/2010 -
Nine Inch Nails serait entré en studio d'après le twitter de Trent Reznor annonçant le premier jour de travail en studio. [...]

- 20/01/2010 -
Ca fait quoi d'être batteur de Nine Inch Nails en live? Réponse ici avec une vidéo postée par l'intéressé. [...]

- 26/12/2009 -
En vrac pour Nine Inch Nails en 2010: des nouvelles choses de NIN (sans doute la réédition de The Fragile) et des nouvelles choses de pas NIN (un [...]

- 26/12/2009 -
On oubliait de le signaler hier, dans les news sur Nine Inch Nails : des vidéos du dernier concert de la bande à Reznor sont visibles sur le site [...]


Toutes les news sur Nine Inch Nails
facebook logo last.fm logo myspace logo twitter logo rss logo
:: Connexion ::
Login
Password


- Inscription
- Mot de passe oublié


:: Recherche ::
Nine Inch Nails ::

- Ajouter à vos groupes favoris -
Les listes où il apparait

:: Style ::
Indus-metal

Drapeau us

:: A voir également ::
14 photos
3 chroniques live


:: Shop ::
1 article
:: Affinités avec Nine Inch Nails ::
Marilyn Manson
Porn
Sin
Pub

logo Nine Inch Nails

  Nine Inch Nails est nĂ© en 1987, Ă  l'initiative d'un tout jeune musicien, Trent Reznor, 22 ans Ă  l'Ă©poque. Deux ans après sa naissance le groupe sort son premier album Pretty Hate Machine . ImmĂ©diatement, le ton est donnĂ© sur le contrĂ´le du crĂ©ateur sur sa machine de guerre : "Nine Inch Nails is Trent Reznor". L'album a peu de succès au dĂ©part, mais le groupe tourne et se fait connaĂ®tre. En 1991 c’est l’explosion, le disque se vend finalement très bien (multiplatine aux Etats-Unis) permettant Ă  NIN d'envahir le monde avec un son dĂ©jĂ  bien particulier, oĂą les guitares voisinent avec des claviers très prĂ©sents. La bataille entre Trent Reznor (leader du groupe) et son label, TVT Records, fait rage suite Ă  ce succès, l'artiste dĂ©sirant conserver son identitĂ© musicale. Et c’est dans ce contexte que sort le surpuissant Broken vĂ©ritable concentrĂ© de violence comme NIN n'en produira jamais plus. Reznor fonde par la suite Nothing Record (qui signe entre autres Marilyn Manson que Reznor lance et produit Ă  ses dĂ©buts). The Downward Spiral sort en 1994. ConsidĂ©rĂ© par beaucoup comme le meilleur album de Nine Inch Nails, portĂ© par ses singles Closer et March Of The Pigs, sublimĂ© par Hurt, il finit d’asseoir la rĂ©putation du groupe dans le monde. En 1999 sort enfin un nouvel opus (mĂŞme si NIN est productif et sort un excellent album de remixes Further Down The Spiral et quelques EP et singles entre 1994 et 1999). The Fragile est un double album, et lĂ  encore les critiques saluent le brio de NIN,  et de Reznor, "l'homme malade du rock" (Le Monde). En 2002 le groupe sort son premier album live intitulĂ© And All That Could Have Been (enregistrĂ© lors de la tournĂ©e Fragility v2.0 en 2000, meilleur tournĂ©e de l'annĂ©e selon le magasine Rolling Stone). NIN compose en 2004 son nouvel album, sur lequel on retrouve Dave Grohl en guest (dĂ©cidĂ©ment partout, ex Nirvana, Foo Fighters, ex  Queens Of The Stone Age, Probot), intitulĂ© Bleed Through. L'album sort finalement en 2005 sous le nom de With Teeth, il reçoit un bon accueil critique et public, bien que le son soit plutĂ´t adouci. Il est Ă  noter que Jordie White (aka Twiggy Ramirez), ex- bassiste de Marilyn Manson, et actuellement membre de A Perfect Circle, a rejoint le groupe pour la tournĂ©e qui s'en est suivie. En 2007, le groupe revient avec un album conceptuel intitulĂ© Year Zero, dĂ©veloppant pour l'occasion un jeu de piste cybernĂ©tique novateur, encourageant notamment les fans Ă  dĂ©nicher des morceaux avant leur sortie officielle.
Après avoir quitté sa maison de disque et annoncé une fin de la forme rock de Nine Inch Nails Trent Reznor revient début 2008. A l'image de Radiohead (qu'il critique tout de même vivement) il lance Ghosts, album électronique vendu via le net et sans maison de disque et en profite pour annoncer un retour scénique, ainsi que la sortie, gratuitement, de The Slip.

:: Site Officiel :: www.nin.com
:: Second Site :: www.ninforum.org

photo Nine Inch Nails


:: Chroniques ::

The Slip
Note : 16 / 20
Année : 2008
A Ecouter : Comme un voyage mystique
- 20 Commentaires (Moyenne : 14.78/20) -

Ce n'est pas un secret, Trent Reznor est un perfectionniste acharnĂ©, un bosseur qui connaĂ®t des phases de crĂ©ativitĂ© de plus en plus rapprochĂ©es ces dernières annĂ©es. Pensez, entre la sortie de With Teeth en 2005 et celle de ce The Slip, Ă  peine 3 ans et le dyptique Year Zero / Y3ARZ3R0R3M1X3D (2007) entre autres sorties. Ce nouveau recueil de chansons suit ainsi la route commerciale entamĂ©e avec la production du Rise Of Niggytardust de Saul Williams (2007) et poursuivie par le quadruple album Ghosts (2008), tous deux sortis directement sur internet. Adepte de la Creative Common License, Trent a cette fois choisi la gratuitĂ© totale, joli cadeau aux fans. Mais alors il vaut quoi ce The Slip?

La première chose Ă  dire, c'est qu'on a lĂ  quelque chose de simplissime venant de Nine Inch Nails, Ă  savoir du rock industriel en surchauffe assez rĂ©gulièrement (1,000,000 assez dĂ©senchantĂ©, proche d'un NIN pĂ©riode The Downward Spiral), des passages ambients spectraux (l'intro 999,999), une symbolique abstraite, mais toujours aussi imprĂ©gnĂ©e de la foi tourmentĂ©e dont Reznor ne se dĂ©partit jamais depuis le dĂ©but de sa carrière et qui prend plus de place en lui Ă  mesure qu'il mĂ»rit. Les visuels (en PDF) renvoient ainsi Ă  une imagerie empreinte d'ombres, mais aussi de lumières, toujours Ă  la recherche d'un Ă©quilibre et d'une vĂ©ritĂ© personnelle, touchant Ă  l'universel (Letting You / Echoplex).

Proposant une vision humainement apocalyptique des temps à venir sur Year Zero, avec un sens aiguisé du choc et de la mise en scène digitale, Trent impose au binaire sa marque depuis bien longtemps déjà, et The Slip ne fait pas exception à sa règle, aussi tortueux que baroque dans ces développements explosifs. Discipline tout comme Head Down en appellent encore une fois à la violence intérieure d'un machiniste dopé aux incertitudes du temps présent, mais Trent use à l'occasion tout autant des beautés impérissables jaillies de son piano. Les notes graves et impérieuses de Lights in the Sky renvoient immanquablement à l'esprit en éveil, conscient du funeste, mais aspirant à la clarté et à la fraternité.

Si bien que loin d'ĂŞtre une crĂ©ation de plus, l'originalitĂ© de The Slip rĂ©side dans la confrontation de l'artiste Ă  l'inconnu, comme si l'universalitĂ© de sa musique devenait plus prĂ©gnant ces derniers mois, en mĂŞme temps qu'il la rend directement accessible par le biais du net. Loin de s'Ă©loigner dans sa tour d'ivoire, Trent a choisi de revenir sur le devant de la scène avec un line-up rĂ©activĂ© et revitalisĂ© par ses nouvelles compositions, ce qui promet des concerts habitĂ©s et sans aucun doute plus encore imprĂ©cateurs que par le passĂ©, en tĂ©moigne ce Corona Radiata en forme de mĂ©lopĂ©e lancinante. Quant au corrosif The Four of Us are Dying et au plus percussif Demon Seed, il y subsiste un poison ancien, comme un rĂ©vĂ©lateur originel amenant Reznor Ă  se dĂ©fendre avec vigueur.

Michael Trent Reznor, celui que les journalistes appellent parfois dieu (Michael signifiant d'ailleurs "celui qui est comme dieu" en hĂ©breu), vient encore de frapper fort dans le ventre mou de la crĂ©ation musicale avec une offrande pour le moins ambivalente, remplie de ses doutes du moment. Si le rythme qu'il tient avec rĂ©gularitĂ© dans la catharsis crĂ©ative impressionne, l'intensitĂ© atteinte sur The Slip n'est pas Ă  nĂ©gliger, Ă  travers quelques Ă©chos de The Downward Spiral, mais bien davantage une hybridation With Teeth/Year Zero.


La moitié de l'album en écoute sur le MS

Ghosts
Note : 17 / 20
Année : 2008
A Ecouter : en sommeil paradoxal
- 12 Commentaires (Moyenne : 16.25/20) -

Il n'aura pas fallu longtemps à Trent Reznor pour profiter de sa liberté fraichement acquise après son départ du label Interscope. Toujours désireux de s'affranchir du modèle commercial dominant après l'expérience NiggyTardust avec Saul Williams, voilà qu'il propose, toujours via le web, Ghosts, recueil en quatre volumes d'instrumentaux propices au voyage de l'esprit.

36 pistes, chacune illustrĂ©e d'une image Ă©vocatrice profitant des possibilitĂ©s numĂ©riques, nous entraĂ®nent ainsi dans un voyage lancinant en terres Nine Inch Nails. Si la musique peut ĂŞtre un prolongement de l'esprit, alors celui de Reznor est habitĂ© de contrastes, de fĂŞlures et de dĂ©crochages soudains. TantĂ´t harmonieuse ou dissonnante, mĂ©lodique ou bien bruitiste, impĂ©tueuse mais aussi apaisante, la musique de Ghosts respire la singularitĂ©.

Si le piano se fait entendre, et si certaines tournures Ă©voquent The Fragile voire Still, Nine Inch Nails ne se rĂ©pète pas pour autant. Tout au long d'une Ă©coute attentive demeure ce sentiment d'un magnĂ©tisme fait de sons et d'images imprimant ombres et lumières bien au delĂ  de la rĂ©tine. Boucles cristallines, respirations Ă©touffĂ©es, rythmes concassĂ©s et aplats vaporeux s'entremĂŞlent, crĂ©ant un magma sonique nĂ©anmoins ordonnĂ©.

Ghosts rĂ©pond ainsi Ă  une courbe sinusoide, oscillant entre langueurs songeuses et dĂ©rapages abrasifs. Cette bipolaritĂ© assumĂ©e est comme une signature de la part de Reznor qui nous plonge dans des abimes noise pour mieux nous envoyer sur orbite Ă  l'occasion. Cette mĂ©ditation Ă©prouvante s'Ă©loigne ainsi des canons de "la musique pour rĂŞver" tant elle abonde d'entailles industrielles, percussives et grinçantes, aux nappes ambiancĂ©es attendues.

Le foisonnement mĂ©canique de sons, typique de Nine Inch Nails, est donc bien prĂ©sent, mais il subsiste de l'ensemble une impression d'unitĂ© organique, d'enracinement dans un mĂŞme creuset sans cesse renouvelĂ©. Enfantin, et mĂŞme foetal par instants, Ghosts s'enfle et devient colossal, voire Ă©crasant Ă  d'autres moments. ExpĂ©rimental et pourtant antĂ©diluvien, il tourne et s'enroule dans l'esprit de l'auditeur en cercles concentriques, piste après piste, couche après couche de conscience, semblable Ă  une onde.

Fermez les yeux si vous le voulez bien, cette fois Nine Inch Nails vous invite Ă  partager le sommeil paradoxal de son gĂ©niteur. Autant vous dire que la nuit va ĂŞtre longue et mouvementĂ©e. 


4 pistes en écoute sur le MS

Y34RZ3R0R3M1X3D
Note : 15.5 / 20
Année : 2007
A Ecouter : comme l'écho de Year Zero
:: Acheter sur Amazon ::
- 6 Commentaires (Moyenne : 15.25/20) -

A peine six mois après la sortie du génial Year Zero, Nine Inch Nails reparaît déjà dans les bacs avec Y3ARZ3R0R3M1X3D, qui préfère au banal recueil de remixes une véritable relecture de sa matrice originelle. Le résultat? Une nouvelle leçon de perfectionnisme de la part du maître d'oeuvre Trent Reznor.

Saul Williams démarre le show en posant son flow sur l'instru de Hyperpower devenue Guns by Computer pour l'occasion, sorte de rap martial et destructeur furieusement original. On le retrouve d'ailleurs un peu plus tard avec Survivalism, ralentie et plus menaçante que jamais. D'une manière générale, ce nouvel opus ne démérite jamais grâce au travail de bidouilleurs qui ne dénaturent pas les morceaux, mais leur donnent un nouveau souffle percutant. D'un Great Destroyer adouci, semi acoustique presque "nature", on passe ainsi à une version grésillante et méchamment industrielle de My Violent Heart. Un paquet de pistes sonnent d'ailleurs encore plus électro-indus qu'à l'origine, en particulier l'excellente The Beginning of the End, avec son petit clin d'oeil mélodique à Closer sur la fin, mais aussi Capital G qui enflammerait sans problèmes tous les dance-floor de la planète. L'homogénéité de l'album surprend agréablement, au point que ce Y3ARZ3R0R3M1X3D ressemble vraiment à une deuxième version de Year Zero.

Ainsi, même si l'on s'ennuie un tantinet avec le remix minimaliste hanté Me I'm not (14 minutes tout de même...), c'est pour mieux prendre son pied avec les carrément cybernétiques Meet Your Master et God Given ou bien encore Another Version of the Truth dans une livrée de cordes baroques qui doit beaucoup à l'apparition du Kronos Quartet. Ce second passage en territoires post-industriels se révèle alors terriblement addictif dans son architecture robotisée, quasi extra-terrestre par moments (Zero-Sum met Reznor sur orbite). Oeuvre collective en continuel mouvement, à l'image du génial cadeau fait aux fans avec ce DVD-ROM renfermant toutes les pistes de l'album Year Zero, Y3ARZ3R0R3M1X3D offre ainsi un happening de première bourre. Nine Inch Nails s'ouvre de plus en plus au monde à l'instar de son créateur, alors que paradoxalement ce dernier a décidé de passer à l'indépendance totale en quittant son label Interscope Records et en se séparant de ses musiciens live.

Trent Reznor ne se fiche donc pas de son public avec cette nouvelle sortie. Le travail effectué sur les textures sonores est de très haut niveau et il se dégage une vraie ambiance du réagencement opéré sur les pistes. On profite d'un tout numérique qui n'exclue pas le facteur humain (très bons featurings notamment, jolies réinterprétations de Reznor) et donne vie à cet écho flamboyant d'un album déjà exceptionnel.


3 remixes en écoute sur le myspace du groupe.

Year Zero
Note : 17.5 / 20
Année : 2007
A Ecouter : Comme un concept album remarquablement maîtrisé
:: Acheter sur Amazon ::
- 50 Commentaires (Moyenne : 17.01/20) -
A été album du moment

2007, sortie du nouvel album de Nine Inch Nails. Year Zero, accroche ambitieuse que celle-là à peine deux ans après With Teeth. On aurait pu craindre le pudding de chutes de studio, un nouvel album à chansons, plus rock que novateur. On se retrouve finalement avec un disque tortueux et vicieux, aussi dense que prenant. Conceptuel, véritable anticipation pessimiste, Year Zero a bénéficié d'une campagne de promotion virale à base de sites internet mystérieux, de clés USB baladeuses. Tout pour faire monter la pression autour d'un album tordu et foisonnant d'électro-indus.

Car c'est là la première clé de ce nouvel opus, NIN n'a jamais sonné comme ça, quand bien même on ne se retrouve pas en terrain inconnu, cet album surprend vraiment. Témoignage de Reznor sur un futur incertain, mais indéniablement sombre, ce disque montre une Amérique de plus en plus fondamentaliste et dictatoriale et nous plonge dans le même temps dans les tourments d'un monde courant au chaos multilatéral. Musicalement aussi, NIN joue sur deux tableaux, à la fois les hymnes sautillants dance-floor façon The Beginning Of The End et bien sûr Survivalism, excellent premier single, et les boucles déchirées, les sons triturés (Hyperpower, superbe intro chaotique), les infrabasses concassées et autres rythmes syncopés. Guitares et claviers imbriqués déclinent des toiles opaques tandis que Reznor nous abreuve de lignes de chant malignes. A l'écoute, on croirait entendre un mix improbable entre la limpidité mélodique de Pretty Hate Machine et les expérimentations bizarres des albums de remix de NIN.

Cet album ne ressemble Ă  aucun autre du groupe et multiplie les collages inĂ©dits, avançant masquĂ© derrière les basses dansantes pour mieux planter les germes de la confusion Ă  coup de dĂ©crochages bruitistes et autres dĂ©rapages Ă©lectroniques. Year Zero est tout sauf ennuyeux, au contraire, c'est un album vivant, autant dans le maĂ«lström synthĂ©tique que dans le chant organique de Reznor. Celui-ci se fait plus tĂ©nu que jamais, s'essayant Ă  des accents inĂ©dits sur Capital G, offrant une sensualitĂ© bienvenue Ă  des morceaux sinueux comme Me I'm Not, tenant toujours le fil de compositions par ailleurs exigeantes. En effet une chose frappe dès la première Ă©coute, lorsqu'on croit saisir dans quelle direction avance un morceau, c'est pour mieux ĂŞtre bluffĂ© par une outro dĂ©glinguĂ©e dĂ©capante ou bien une destructuration progressive et saturĂ©e. En tĂ©moigne par exemple le remarquable titre Vessel.

On se retrouve ainsi avec un album formidablement schizo, capable d'accrocher par un refrain ultra mélodique comme de désarçonner l'auditeur par des expérimentations en roue libre. Grâce aussi à ses thématiques plus que jamais dirigées vers le monde extérieur, Reznor parvient à se renouveler avec brio. Loin de s'incarner dans l'utopie, il propose une vision désabusée et terriblement réaliste d'un futur possible. Cette vision chaotique transpire d'un bout à l'autre d'un album novateur et éclatant d'ambition à tous les niveaux. Promu messager des temps modernes, Reznor s'incarne en prophète revenu de son propre enfer pour prêcher l'apocalypse imminente, sur des boucles musicales aussi groovy que débridées (redoutable God Given). Poussé par le souffle de la fin qui vient, par un rêve qu'on devine obsédant, le voilà devenu mystique allumé, cramé aux actualités les plus sombres de notre civilisation en chute libre. Passés au crible de l'analyse, les textes de Year Zero sont des mantras perturbants (The Greater Good), des prières alarmistes ( Meet Your Master) ou bien encore des brûlots accablants (The Great Destroyer, décharge électronique achevée en combustion spontanée) . Pas de quoi pavoiser, Reznor est là pour nous clouer au mur de nos lamentations. Tout est en décomposition, aucune échappatoire ici, même musicale, le piano si cher au maître n'apparaissant que sur un instru minimaliste (Another Version Of Truth) ou en conclusion moraliste d'un exposé tétanisant (Zero-Sum).

Year Zero est une oeuvre lunaire, le manifeste nihiliste d'une humanité paumée, d'un monde en perdition, dont les soubresauts ridicules n'appellent que le mépris, assené en toute décontraction sur des compositions écartelées entre groove inimitable et dérive sonique non identifiée. Voilà un cocktail molotov plein de saveur musicale et de venin salvateur distillé par un Trent Reznor (re)gonflé à bloc après With Teeth, désormais habité de mille voix vindicatives, réincarné en vaisseau d'un dieu vengeur présent en filigrane tout le long de l'album. Que dire? Come on, Meet Your Master.


L'album est en écoute sur le myspace du groupe.

Beside You In Time
Note : 16 / 20
Année : 2007
A Ecouter : Ă  voir en fait, tiens donc
:: Acheter sur Amazon ::
- 8 Commentaires (Moyenne : 17.75/20) -

Performance capturée lors de la tournée hivernale 2006 de Nine Inch Nails aux Etats-Unis, Beside You In Time apparaît très vite comme un DVD bien plus sobre que ne l'était l'excellent All That Could Have Been, mètre étalon en matière de DVD live.

Techniquement, son et image sont de qualité, avec un choix de pistes sonores judicieux (tout dépend ensuite de votre installation). En tous les cas, la copie est très propre permettant de se replonger sans difficultés dans l'ambiance du concert, avec en prime quelques choix d'angles sur certains morceaux. Beside You In Time se présente sous la forme d'un concert d'environ 90 minutes en programme principal, auquel s'ajoutent 5 morceaux captés lors de la tournée d'été, ainsi que 3 pistes joués live en studio en 2005 et deux clips issus de With Teeth, Bite The Hand That Feeds et Only. Petite déception tout de même, le contenu live est un peu redondant, quant aux clips, NIN a déjà fait beaucoup mieux (et ce malgré la caution David Fincher pour Only).

Quid alors du plat de résistance? Comme prévu, la set-list fait la part belle au dernier album en date avec pas moins de 8 morceaux pour With Teeth (et conséquence?, des miettes de bonus pour The Fragile). Le groupe apparaît soudé autour d'un Trent Reznor plus musculeux que jamais, crâne rasé de près en prime. On (re)découvre aussi Aaron North, ce guitariste débraillé au jean troué, déniché en bout de course à L.A. Le show est de qualité, plein de feeling, au point que le même pois sauteur Aaron North se retrouve en plein slam porté par le public enthousiaste sur March Of The Pigs. La simplicité et l'énergie sont de mise tout du long, aussi bien dans le jeu de lumières que dans le jeu de scène des mercenaires et du frontman. La floppée de classiques joués y gagne en impact, notamment Closer, qui a rarement été aussi dansant. Ce qui ressort le plus, c'est une impression d'un groupe agité, organique, suant sang et eau. Bien sûr, on a connu NIN plus monstreux de puissance et de maîtrise, mais ce qui fait le charme de cette nouvelle formation c'est son authenticité et son agressivité primaire, et pour tout dire plus rock que jamais.

Evidemment un concert de NIN, c'est aussi une expérience sensorielle, et on a droit aux images projetées sur une poignée de morceaux choisis, au premier rang desquels l'abyssal Eraser. Là, les myriades de cellules et les armées de fourmis donnent un écho originel à la sourde menace musicale. Magnifique. Un grand nombre d'images renvoient également à l'actualité la plus récente, et notamment au conflit irakien et aux errements du gouvernement Bush. Ces images là trouvent un écrin désabusé en Right Where It Belongs, dans une version acoustique dépouillée; l'universel y rejoint la sensibilité particulière de Reznor, ordonné prêcheur d'une humanité salie et désenchantée. Monkey business que ce monde là. Et c'est précisément là que Beside You In Time prend des allures de manifeste de la trajectoire parallèle de cet homme hanté qui questionne le monde, incertain de lui-même et de ses réponses, souvent mortifères, décomposées et autodestructrices. Empoisonnées en somme, comme leur auteur à la recherche d'un équilibre avec With Teeth, cathartique durant ce concert. C'est en ces quelques pistes que se trouve le coeur du concert. On en retiendra encore une version explosive de Wish, et bien sûr Hurt, chef d'oeuvre intime revisité une nouvelle fois avec fragilité et sensibilité.

Bon (voire très bon) concert, DVD moyen. Pas étonnant que Reznor n'en soit pas satisfait, lui le perfectionniste. Pour autant, Beside You In Time demeure tout à fait recommandable tant pour l'amateur averti que le néophyte, comme le témoignage honnête de la renaissance humaine, plus encore qu'artistique, que constitue With Teeth.



With Teeth
Note : 16 / 20
Année : 2005
A Ecouter : You Know What You Are?, Every Day Is Exactly The Same, Getting Smaller, Right Where It Belongs...
:: Acheter sur Amazon ::
- 34 Commentaires (Moyenne : 15.85/20) -

Il est impossible de vraiment donner matière Ă  comprendre cet album de Nine Inch Nails sans revenir sur sa gĂ©nèse. With Teeth n'a pas Ă©tĂ© composĂ© en 6 ans mais seulement en une annĂ©e, mais il est bien riche de l'expĂ©rience de six annĂ©es, et mĂŞme davantage, de toute une vie artistique. Assaini psychologiquement, dĂ©sintoxiquĂ©, moins torturĂ©, moins apeurĂ©, ainsi apparaĂ®t en apparence Trent Reznor. Il s'est dĂ©fait de son ami John Malm, a fermĂ© leur label Nothing Records, quittĂ© les Nothing Studios de La Nouvelle OrlĂ©ans pour Los Angeles. Dans ses interviews, il se dit heureux, plus serein, content d'avoir trouvĂ© ses pairs Ă  Los Angeles et de repartir sur les routes avec le dĂ©sormais classieux Jordie White (ex-Marilyn Manson, A Perfect Circle) ou le furieux guitariste Aaron North.

With Teeth sonne un peu comme un retour Ă  l'Ă©lectro et la new-wave 80's de Pretty Hate Machine accouplĂ©s aux habituels Ă©lĂ©ments metal indus comme cette basse saturĂ©e et mixĂ©e en avant et ses boucles d'une batterie très en verve. C'est un album plus dĂ©pouillĂ© et minimaliste dans sa conception que le prĂ©cĂ©dent The Fragile. Il en conserve certe le piano très prĂ©sent en touches habiles, mais occulte tout ses penchants destructurĂ©s. Reznor n'avait pas envie de sonner bizarre ou arty, mais de proposer la meilleure collection de chansons possible. Tout ça pour livrer un disque moins conceptuel, axĂ© sur sa voix et ses textes, avec un son plus rock (Dave Grohl en guest Ă  la batterie), aux limites du format pop. Tout est dit, sauf la vĂ©ritĂ© des mots, essentiels ici. Reznor fait sa thĂ©rapie, se rĂ©pand comme sur chaque album de NIN, et si vous vous penchez sur les textes, ça vous saute Ă  la gueule. La plupart des morceaux sont construits comme des dialogues bipolaires de Reznor Ă  Reznor, hĂ©ritage de Mr Self-Destruct sur The Downward Spiral.

Le planant All The Love In The World interroge l'artiste torturĂ©, solitaire et misanthrope pourtant adulĂ© des foules et chouchou des critiques et se termine en hymne dansant, avec un tempo technoĂŻsant. You Know What You Are?, baffe typique des dĂ©raillements indus de NIN qui rappellera de bons souvenirs aux adeptes de Broken, sonne comme un constat de douleur : "You're only fooling yourself  / Go on get back to where you belong / You are not one of them". A coup sĂ»r, les dĂ©mons du passĂ© ne vont pas ĂŞtre faciles Ă  enterrer, ceux de The Collector, qui Ă©touffent incessamment sur ce morceau très electro-rock. On passera sur The Hand That Feeds single en forme de charge virale très dance-floor adressĂ©e Ă  tout amĂ©ricain dotĂ© d'une bible-cerveau assez idiot pour réélire Bush. Ce que ce titre montre, c'est une ouverture sur le monde nouvelle pour Reznor et symbolisĂ©e aussi par le "We" de Love Is Not Enough. Reznor revient aussi sur la morsure de la drogue pense-t-on sur With Teeth, comme sur son rejet des autres sur le single Only, Ă  la forme disco-rock sautillante. DĂ©cidemment, il y a des surprises sur ce disque.

Mais finalement, on se rend compte que cet album progresse comme son auteur, qu'il y a une vĂ©ritable ligne directrice dans ses chansons. Le punk n'est pas si loin sur Getting Smaller qui nous renseigne sur les nouvelles craintes du leader de NIN : "I'm getting smaller and smaller and smaller / And I have nothing to say / It's all been taken away/ I just behave and obey / I'm afraid I am starting to fade away". Et l'on comprend sa dĂ©marche, oui, l'icĂ´ne torturĂ©e, droguĂ©e, dĂ©glinguĂ©e de La Nouvelle OrlĂ©ans est en train de crever, de se changer en figure de Los Angeles, en musicien respectĂ© et talentueux, bref, en ce que les mĂ©dias et les fans aiment souvent Ă  retenir. Et elle a peur d'y laisser son âme, d'y laisser les fĂŞlures qui ont nourri sa crĂ©ation depuis plus de 15 ans. Des chansons aussi simples que Every Is Exactly The Same ou Sunspots avec leurs orchestrations qui rappellent Pretty Hate Machine,  très synthĂ©tiques, toutes en tempo, montrent un Reznor qui revient Ă  ses premières amours, avant la gloire, et le tourbillon des 90's. 

Si l'on s'attarde encore un peu, on retrouve des paroles qui se croisent comme sur The Line Begins To Blur, morceau saturé, rugueux, surgi des tréfonds de la spirale où les incertitudes se font obsédantes. Et toujours, inscrit dans le sang, la solitude, la crainte de ne pas trouver sa place, de ne pas pouvoir laisser tomber ses penchants destructeurs, fantômes imprégnant chaque texte de Reznor sur ce disque. Quand enfin s'achève With Teeth, le minimaliste Right Where It Belongs sonne comme un retour sur le passé, entrecoupé de cris de foule au moment où le son se fait moins assourdi, faisant aussi écho au misanthrope "Watching all the insects march along / Seem to know just right where they belong" du morceau d'ouverture. Dans ses couplets et ses refrains, il y a tout l'apaisement du survivant et les relents de peur, ce guide créatif si précieux autrefois, celle de ne pas être sorti du bois : "You can live in this illusion / You can choose to believe / You keep looking but you can't find the woods / While you're hiding in the trees" .

Sur ce disque en forme de journal intime comme Ă  l'accoutumĂ©e, dont le style dĂ©pouillĂ© (pour du NIN s'entend) pourra dĂ©cevoir les nombreux adeptes du foisonnement de The Fragile, Trent Reznor renoue avec le monde extĂ©rieur, perdu de vue depuis Pretty Hate Machine. Avec une confondante sincĂ©ritĂ©, il tente de retrouver ses marques, loin de ses dĂ©mons, qui continuent pourtant de le hanter.  Tout adepte de NIN sera inĂ©vitablement tiraillĂ© au sujet de With Teeth entre le regret d'un son plus travaillĂ© et complexe, indissociable de la personnalitĂ© torturĂ© de son auteur, et la dĂ©couverte d'un album de bonnes chansons, Ă  la direction musicale allĂ©gĂ©e. Pour les nĂ©ophytes, ce disque sera une bonne entrĂ©e en matière avant de plonger dans les eaux plus troublĂ©es du passĂ©. Avec le recul de quelques mois, un album très personnel et tout bonnement essentiel.

 

 


Only et The Hand That Feeds en écoute sur la page myspace du groupe.

And All That Could Have Been (Deluxe Edition)
Note : 18 / 20
Année : 2002
A Ecouter : entre ombres intimistes et lights d'un show dévastateur
:: Acheter sur Amazon ::
- 7 Commentaires (Moyenne : 19.57/20) -

Faisant suite à la tournée américaine Fragility v2.0 en 2000, And All That Could Have Been constitue à ce jour le seul album live officiel de la discographie de Nine Inch Nails. Il s'agit d'un témoignage incomparable de la démonstration de puissance dont fait preuve le groupe sur scène, avec une setlist idéale en forme de greatest hits. Mais, c'est en version deluxe, dans son sobre boitier gris, que cet album devient totalement indispensable. En effet, on y trouve un second disque, perle de sensibilité intitulée Still, contenant des pistes acoustiques et des morceaux inédits.

La partie live de l'album est remarquable autant par l'Ă©nergie dĂ©ployĂ©e et la performance du groupe que par le son très clair et lisible dont elle bĂ©nĂ©ficie. Gage supplĂ©mentaire de qualitĂ©, le line up est "historique" avec Danny Lohner, Charlie Clouser, Jerome Dillon et Robin Finck. La plupart des principaux hits du groupe s'enchaĂ®nent ainsi de la brutalitĂ© coutumière de Terrible Lie Ă  la sensualitĂ© crapoteuse de Piggy, sans rien perdre de leurs arrangements, mais avec encore plus de puissance, en particulier Sin et Suck. The Fragile n'est Ă©videmment pas nĂ©gligĂ© avec un bon tiers de la setlist dont une superbe version de The Frail / The Wretched notamment. Le show semble se diviser en deux parties contenant les mĂŞmes ingrĂ©dients avec l'instrumental marĂ©cageux The Mark Has Been Made pour Ă©tablir la cĂ©sure. Le live est ainsi construit comme une courbe sinusoĂŻde de la violence dĂ©bridĂ©e Ă  l'Ă©motion, en passant par le dĂ©labrement intĂ©rieur, le dĂ©senchantement, la mort, la colère et le sexe, en somme tout ce qui fait le souffre de Nine Inch Nails. Gave Up et Wish se rĂ©vèlent redoutablement enfiĂ©vrĂ©es, brutes et dĂ©chaĂ®nĂ©es tandis que Reznor Ă©lectrise avec une très belle interprĂ©tation de The Great Below, "La" ballade de The Fragile. Contrairement Ă  l'habitude prise ces dernières annĂ©es, Head Like a Hole intervient en cours de route, s'insĂ©rant dans la redoutable machinerie dĂ©veloppĂ©e par le groupe. Nine Inch Nails est prĂ©cis, compact, implacable comme un rouleau compresseur lancĂ© Ă  toute force. Peu de place pour les atmosphères dĂ©glinguĂ©es et reptiliennes donc, hormis le temps de The Day The World Went Away, mais un impact sec et sans faiblesse aucune du dĂ©but Ă  la fin, symbolisĂ©e Ă©videmment par Hurt placĂ©e lĂ  comme un point d'expiration, forcĂ©mment touchant et morbide.

Véritable antithèse de la brutalité métallique exprimée sur le disque live, Still incarne le versant le plus mélancolique et le plus déchirant d'un Trent Reznor qui s'épanche sur son piano. On y trouve tout d'abord quatre morceaux déjà connus dans des versions plus dépouillées, au premier rang desquels Something I Can Never Have, où percent du chant habité de Reznor le dénuement et le désespoir. La délicatesse d'Adrift and At Peace est d'autant plus surprenante, cette première piste inédite exhalant une douceur inattendue et apaisante que viennent contrebalancer les percussions de The Fragile ainsi que la rythmique entêtante de The Becoming. Le minimalisme ambiant de Gone Still reflète tout aussi bien le mal-être rampant de Reznor, qui place d'ailleurs une nouvelle fois la lancinante The Day The Whole World Went Away dans la tracklist. C'est là que les fantômes se font plus palpables, ceux de And All That Could Have Been, seul titre inédit chanté de Still, amorce indus des pensées funestes et des regrets empoisonnants. Quoique prenant, ce morceau là n'est rien comparé aux deux instrumentaux exceptionnels qui concluent ce disque. D'abord le funèbre The Persistance Of Loss, d'où suintent des cordes l'amertume d'avoir perdu quelqu'un et la tristesse de le savoir égaré à jamais. Puis le séminal Leaving Hope, dont la profondeur des ambiances, entre bulles aériennes et toiles opaques, invite autant au recueillement qu'à l'abandon de soi. L'âme damnée de Reznor s'y envole d'une aile malade. Probablement une de ces plus belles créations, aussi hantée qu'émouvante.

And All That Could Have Been est peut-être le dernier témoignage de Reznor du tréfonds de son enfer personnel, entre la catharsis enragée du live et la douceur faussement rassurante de Still. Avec le recul des ans, on peut aujourd'hui le voir comme l'ultime chapitre de la première partie de la carrière de Nine Inch Nails, avant la rédemption entamée avec With Teeth, et suivie de l'imprécateur Year Zero. En tous les cas, c'est du grand Nine Inch Nails, à ne pas manquer.



The Fragile
Note : 18 / 20
Année : 1999
A Ecouter : The Great Below, The Wretched, We're In This Together, The Fragile, Starfuckers, Pilgrimage, The Mark Has Been Made...
:: Acheter sur Amazon ::
- 30 Commentaires (Moyenne : 18.02/20) -

1999, cinq ans que les fans attendent. La suite, la confirmation ou une nouvelle illumination. The Downward Spiral est encore dans toutes les mĂ©moires, comment faire mieux? Trent Reznor a bataillĂ© contre lui-mĂŞme pour finalement livrer un double album riche et difficile d'accès. Il nous avait laissĂ© sur la douleur contenue de Hurt,et c'est exactement lĂ  qu'il reprend. Reznor a fait appel Ă  des musiciens jusque lĂ  extĂ©rieurs Ă  son univers comme pour symboliser l'ouverture qui prĂ©vaut sur ce disque. Le son est moins torturĂ©, peut-ĂŞtre davantage mĂ©lodieux quoique souvent saturĂ©, mais le fond est toujours aussi triste et assombri. Après une pĂ©riode troublĂ©e qui l'a vu produire le monumental Antichrist Superstar et se brouiller avec son poulain Marilyn Manson, mais Ă©galement superviser la BO du film Lost Highway de David Lynch, Reznor a connu la douleur de perdre, pendant l'Ă©criture de The Fragile, sa grand-mère maternelle qui l'a Ă©levĂ©. On le dĂ©couvre ainsi plus humain que jamais ce qui transparaĂ®t dans chaque minute de cette oeuvre cohĂ©rente et aboutie. 

Somewhat Damaged ouvre et Ă  l'Ă©coute de cette guitare qui semble percuter un mur invisible on se dit que la suite va ĂŞtre Ă©prouvante ce que semble confimer le single The Day The World Went Away (une aberration pour l'industrie du disque) Ă  l'intro complètement saturĂ©e, au son rugueux et lourd. Mais The Frail annonce la nouveautĂ©. Le piano apparaĂ®t et tout est chamboulĂ©. The Wretched envoie un refrain qui pourrait passer pour un clin d'oeil « It didn't turn out the way you wanted it, didn't it? » et on commence Ă  entrer dans la structure des nouvelles compositions toutes en mouvement entre calme et tempĂŞte, rage et douceur, utilisant de nombreuses boucles typiques de l'indus façon NIN, en particulier sur We're In This Together. Le morceau-titre, The Fragile, est une nouvelle rĂ©ussite et prend le contre-pied du « I will let you down » de Hurt par son refrain leitmotiv « I won't let you fall apart ». La suite de ce premier disque, ce sont de très bonnes chansons mais aussi et surtout le plaisir de dĂ©couvrir des instrumentaux en forme de bijoux, Ă  commencer par Just Like You Imagined entre son distordu et cascade de notes au piano, mais aussi le surprenant Pilgrimage, scandĂ© par des cris de foule en marche, au rythme tout en ascension, ainsi que La Mer d'une langueur bienvenue et apaisante entrecoupĂ©e de murmures. Et puis The Great Below, sommet de l'album, ballade cristaline soutenue par une guitare et un piano discrets, surlignĂ©e de lĂ©gères sonoritĂ©s indus, dont les paroles touchent au coeur « I descend from grace/ In arms of undertow/ I will take my place/ In the great below ». On comprend vite que ce « I can still feel you, even so far away » est dĂ©diĂ© Ă  celle qu'il a perdue.

Après cette première partie de très grande qualitĂ© et relativement dĂ©routante pour les habituĂ©s de NIN, on se demande si 11 titres de plus et deux disques, ce n'est pas un peu trop. The Way Out Is Through reprend une architecture musicale tout en mouvement, concentrĂ©e de boucles aux paroles minimalistes mais riches de sens « Underneath it all / We feel so small / The heavens fall / But still we crawl ». Where is Everybody Ă©tonne par le phrasĂ© presque "rappĂ©" de Reznor lors des couplets posĂ©s sur une orchestration syncopĂ©e. Un nouveau morceau instrumental frappe l'oreille dès la première Ă©coute, The Mark Has Been Made, petit concentrĂ© de score de film, qui sera d'ailleurs utilisĂ© Ă  bon escient dans le Man On Fire de Tony Scott. Pesant, menaçant, ce morceau respire la dĂ©labrement y compris dans ses parties calmes. Starfuckers Inc., assez basique et Ă©lectro-mĂ©tal, mĂ©rite qu'on s'y attarde pour son background. Il s'agit en fait d'une dĂ©charge de rancoeur pure Ă  l'encontre de Marilyn Manson (qui l'a quelque peu Ă©reintĂ© dans son autobiographie), dans laquelle l'Antichrist devenu Omega est comparĂ© Ă  une pute Ă  mĂ©dias vaniteuse et hypocrite, avide de limousine et de couvertures de magasines, superficiellement Ă©litiste. Paradoxe incroyable, le clip de Starfuckers Inc. est l'oeuvre de Manson, qui y apparaĂ®t mĂŞme dĂ©guisĂ©e en prostituĂ©e. Il poussera le vice jusqu'Ă  jouer le morceau live avec NIN sur The Fragile Tour, ainsi que The Beautiful People dans la foulĂ©e. On trouve d'autres bonnes chansons sur ce second disque un peu en deça du premier, I'm Looking Forward to Joining You Finally et The Big Come Down dĂ©crivant la difficultĂ© qu'Ă©prouve Reznor Ă  ĂŞtre heureux et serein, mais aussi Underneath It All, autre chanson particulièrement tortueuse dĂ©diĂ©e par Reznor Ă  sa grand-mère. Enfin, l'oeuvre est bouclĂ©e alors que rĂ©sonne encore Ripe (with decay) , ultime instrumental qui fait partie des morceaux les plus Ă©tranges de The Fragile. Guitare lĂ©gère, monotone, mais hypnotique, avant une montĂ©e progressive, semblable aux derniers soubresauts d'une âme en partance.

Avec cet album, Trent Reznor offre un opus en forme de journal intime d'un homme malade de l'intĂ©rieur, en deuil, trahi, solitaire et bien moins sĂ»r de lui et de son talent qu'on pourrait le supposer, mais dont la souffrance semble adoucie, comme le son de Nine Inch Nails . The Fragile est rĂ©ellement organique, rempli de fĂŞlures et de dĂ©raillements entre l'indus travaillĂ©e et les sonoritĂ©s naturelles des instruments. Si le disque parvient Ă  la première place du BillBoard Ă  sa sortie, il dĂ©clinera vite, ce qui n'enlève rien Ă  cet authentique chef d'oeuvre et ses compositions sur le fil du rasoir.



The Downward Spiral
Note : 19 / 20
Année : 1994
A Ecouter : Closer, Hurt, March Of The Pigs, I Do Not Want This, A Warm Place
:: Acheter sur Amazon ::
- 49 Commentaires (Moyenne : 18.09/20) -

Paru en 1994, après deux annĂ©es d’écriture et de travail intensif sur chaque son, chaque seconde de musique, The Downward Spiral est un voyage obsĂ©dant dans l’esprit tourmentĂ© de Trent Reznor, un Reznor esclave de ses machines qui remplissent Ă  plein rĂ©gime leur fonction cathartique  ("I beat my machine, it's part of me it's inside of me" sur The Becoming).

Le fil conducteur, la peine et la douleur, idĂ©es fixes qui reviennent tout au long de quatorze pistes particulièrement abouties et originales. L’atmosphère de perdition, sale et dĂ©sespĂ©rĂ©e qui se dĂ©gage doit sĂ»rement aussi au lieu d’enregistrement, puisqu’il s’agit de la maison oĂą Sharon Tate et ses convives furent assassinĂ©s par les disciples de Charles Manson. Il en rĂ©sulte un disque Ă©touffant et particulièrement dĂ©rangeant s’ouvrant sur le bien nommĂ© Mr Self-Destruct, avec son intro faite des cris d'un homme qu'on (a)bat, suivi d'une sorte de dialogue schizophrène dĂ©vastateur. La suite ne déçoit pas puisqu’on trouve quelques uns des titres les plus connus de NIN. A commencer par les singles March Of The Pigs, Ă©tonnant morceau oĂą le piano le plus classique voisine avec les guitares abrasives,  et le très disco dĂ©glinguĂ© Closer (qui figurera sous forme de remix au gĂ©nĂ©rique du film Seven de David Fincher), un titre dont le refrain "I want to fuck you like an animal " scande une sexualitĂ© plutĂ´t agressive servant d’échappatoire par l’oubli de soi.

On retrouve par ailleurs le dĂ©sespoir comme leitmotiv dans Piggy et Ruiner Ă  travers des paroles telles que "nothing can stop me now cause i don’t care anymore", mais aussi I do not want this et son refrain martelĂ© "Don’t you tell me how i feel". L’excellent morceau Heresy, rugueux et furieux, prĂ©figure mĂŞme ce que sera bientĂ´t l’antichrist superstar Marilyn Manson au dĂ©tour de paroles Ă©vocatrices de la mort symbolique de dieu. L'instrumental A Warm Place assure une pause ambiante dans ce dĂ©luge autodestructeur, mais son titre lui-mĂŞme Ă©voque le piacenta originel qu'on voudrait parfois ne jamais avoir quittĂ©. En fait, chaque parole, chaque son de chaque chanson est un pas de plus vers la dĂ©chĂ©ance et l’abandon de tout, The Downward Spiral morceau titre qui implose de cris de dĂ©sespoir et de douleur.  Cette dĂ©charge Ă©motionnelle culmine avec la sublime Hurt, ballade dĂ©pouillĂ©e d'artifices, nĂ©vrosĂ©e, touchant Ă  l’automutilation libĂ©ratrice, autant qu'Ă  l'abus de dope, systĂ©matiquement jouĂ©e en concert et bien Ă©videmment morceau prĂ©fĂ©rĂ© des fans.

The Downward Spiral est un album d’une rare violence intérieure, organique, aussi brutal que pouvait l’être Broken, mais sans omettre d’y intégrer l’électronique ultra léchée de Pretty Hate Machine. Le son saturé et les paroles douloureuses, l’implication totale de Trent Reznor qui s’y met à nu en font une perle du métal industriel et un album rare tout simplement, riche en émotions et en vérité. Il faut noter que l’album de remixes qui en a été tiré, Further Down The Spiral, est tout aussi intéressant.



Broken
Note : 18 / 20
Année : 1992
A Ecouter : Wish, Gave Up, Suck, Happiness In Slavery
:: Acheter sur Amazon ::
- 14 Commentaires (Moyenne : 17.82/20) -

1992, année où le métal industriel prend son envol. Sortie de Psalm 69 de Ministry et de Broken de Nine Inch Nails. Reznor vient d'achever une tournée énergique et pleine de violence pour Pretty Hate Machine, et se trouve en conflit avec son label TVT Records. Il en ressort ce disque, presque un maxi, enregistré en secret avec Flood. Un album explosif, d'une brutalité exceptionnelle qui révèle le côté dérangé de Reznor.

Les morceaux sont tous incisifs, surpuissants, carrément taillés pour la scène avec des plans de batterie plus organiques, des guitares monstrueuses et un chant agressif. Dès l'entame Pinion, courte intro toute en tension allant crescendo, on sent que l'impact va être terrible. Ca ne loupe pas avec Wish, un morceau d'une violence jouissive dont l'accroche "This is the first day of my last days" est en elle-même une promesse d'un disque sans concessions. Last est plus carrée, sans perdre en force de frappe. Partant de là, tout s'enchaîne sans temps mort. Reznor règle ses comptes avec Steve Gottlieb, le patron du label TVT Records, et se lance à corps perdu dans une débauche émotionnelle inquiétante qui culminera deux ans plus tard avec The Downward Spiral. Des morceaux comme l'interlude Help me I am In Hell et le cultissime Happiness in Slavery (avec un clip sadomasochiste bien extrême) le montrent plus haineux et dégoûté que jamais.

SurnommĂ© le "fuck you record" par Reznor, Broken est un disque rempli de textures musicales en acier trempĂ©, de secousses telluriques et de grisaille industrielle, beaucoup moins lisse que ne l'Ă©tait Pretty Hate Machine. Non, ici tout est sale, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, bruyant jusqu'Ă  l'abrutissement. Reznor s'est pris dans la toile aliĂ©nante du succès, de la dope et des emmerdes qui accompagnent la vie de rockstar qu'il est devenu malgrĂ© lui. Il en dĂ©coule cet autre classique monumental qu'est Gave Up oĂą on l'entend se lamenter "I hate myself for what I've become". Un morceau pilonnage qui agit comme un rouleau compresseur achevĂ© en outro bruitiste. A l'Ă©poque, on trouve en complĂ©ment sur un second disque deux reprises : la très rock Physical (morceau de Adam Ant sur l'album Kings Of The Old Frontier) et Suck (de Pigface sur Feels Like Heaven) piste aussi sensuelle que le chant de Reznor avec une ligne de basse funky sans perdre en potentiel destructeur ("I am so diiirty..."). 

Broken demeure l'album le plus violent jamais enregistrĂ© par Nine Inch Nails, seuls des morceaux comme March Of The Pigs ou Starfucker Inc. se rapprochent de l'agression pure dont Nine Inch Nails fait ici Ă©talage. Pas Ă©tonnant que tous ces morceaux trouvent très rĂ©gulièrement place dans les concerts du groupe, tant ils dĂ©bordent d'Ă©nergie brute. Broken s'accompagne par ailleurs du Broken Movie, raretĂ© jamais officiellement sortie, remplie d'images quasi snuff entre lesquelles s'insèrent les clips de NIN.



Pretty Hate Machine
Note : 17.5 / 20
Année : 1989
A Ecouter : Head Like a Hole, Down In It, Sin, Terrible Lie, Something I Can Never Have
:: Acheter sur Amazon ::
- 18 Commentaires (Moyenne : 17.25/20) -

En 1989, Trent Reznor est un jeune homme de 25 ans dont les groupes (Option 30, Exotic Birds entre autres) ont été éphémères. C'est en travaillant seul sur ses propres morceaux dans le studio The Right Track de Cleveland qui l'emploie que la machine s'emballe. Down In It sera la première pierre d'un édifice très personnel. Nine Inch Nails est né, et Nine Inch Nails est à jamais Trent Reznor. Pretty Hate Machine impose sa marque.

Reznor s'y dévoile pour la première fois avec toute la sensibilité et la crudité intime dont il ne se déparera jamais plus. Influencé par Ministry dont les albums The Mind is a Terrible Thing to Taste et The Land of Rape & Honey secouent à l'époque la planète indus, il revendique aussi l'héritage electro de Skinny Puppy, mais aussi de David Bowie (en particulier la trilogie berlinoise Low/Heroes/Lodger qui imprègne sa musique durablement) et d'artistes plus confidentiels comme Coil. Citant à l'occasion des univers non musicaux comme celui du romancier Clive Barker (Hellraiser), Reznor impose d'emblée un univers puissant et musicalement abouti fait de rythmes sautillants, d'habillages synthétiques, de violence froide et de sentiments douloureux. Même entouré de Chris Vrenna, du guitariste Richard Patrick et de l'arrangeur Flood, Trent Reznor est le seul maître à bord, leur rôle étant des plus réduits. Nine Inch Nails est sa chose et toutes les compositions ses bébés. Seul John Fryer est présent tout du long, à la production et au mix.

Utilisant les guitares comme textures musicales, au même titre que les claviers, Reznor montre sur Pretty Hate Machine un art consommé du son trituré et du recours aux machines. Sa voix est bien en place, mais à l'époque peu sûr de son chant, il n'en exploite pas encore toutes les capacités. Et pourtant déjà il signe un chef d'oeuvre de déchirement et de frustration avec Something I Can Never Have, bijou pianistique devenu classique au fil des ans. Reznor chante ses tourments et ses obsessions, de l'amour pénible à la foi déçue, ce qui nous donne deux énormes tubes, le bondissant Sin et l'implacable Terrible Lie. Anticonformiste, il clame son goût de la liberté et sa maniaquerie du contrôle sur Head Like a Hole, le hit single de cet album dont le potentiel hargneux et percussif prend feu en live. Près de 20 plus tard, ce quatuor, auquel on peut ajouter évidemment Down In It, n'a pas pris une ride.

Pretty Hate Machine ou jolie machine Ă  haine, c'est aussi une succession de messages Ă  la salope qui l'a baladĂ© et blessĂ©. Ca peut passer par le venimeux Sin, mais aussi par les beats dansants du trio Sanctified, Kinda I Want To et That's What I Get. On y lit toute la tension nĂ©e d'une relation d'amour et de rejet mĂŞlĂ©s, oĂą le sexe est vĂ©cu comme un exutoire presque mystique (The Only Time proche d'un INXS en amont de Closer) et l'abandon de soi comme une issue inĂ©vitable (percutant Ringfinger). Le disque y trouve une ambiance unique oĂą l'on sent parfois mĂŞme poindre une filiation avec d'autres grandes âmes torturĂ©es telles que Ian Curtis (Joy Division). Clairement Reznor souffre intĂ©rieurement et trompe la dĂ©crĂ©pitude  morale par la crĂ©ation, et mĂŞme si on n'atteint pas (encore) les trĂ©fonds de l'autodestruction, cet album est dĂ©jĂ  le manifeste d'une carrière placĂ©e sous le sceau de la confession très personnelle (enfin... jusqu'au bien nommĂ© Year Zero bien sĂ»r).

Pretty Hate Machine mit du temps à rencontrer son public, mais fut au final un énorme succès. Bien sûr, certaines sonorités peuvent aujourd'hui paraître un peu datées, on peut lui préférer l'explosion névrotique et l'émotion toujours plus palpable des albums suivants, il n'en demeure pas moins que ce disque est un incontestable classique aux confluents de l'industriel et de la new wave.