

Des albums qui m’ont donné du fil à retordre pour faire une chronique, j’en ai connu (merci Mike Patton). Mais alors là , c’est la cerise sur le gâteau ! Du coup c’est une chronique bien après la bataille, … peu importe.
The way of all flesh ou de la tripaille … en veux-tu ? En voilà !
Même si le son Gojira est bel et bien là , le côté brut de décoffrage mis en avant m’a vraiment interpellé aux premières écoutes. Ils nous délivrent un son metal brutal américanisé, efficace, moins alambiqué et imaginatif qu’à l’accoutumée. En toute honnêteté, depuis le départ Gojira reste à mes yeux, un groupe qui au fur et à mesure de leurs pérégrinations a toujours agréablement surpris par son ingéniosité, sa façon de surprendre avec ses expérimentations, que ce soit musicalement, visuellement, et même humainement. Après une vingtaine d’écoutes, puis la lecture d’un tas de chroniques deci delà , toutes plus poétiques et métaphoriques les unes que les autres, je restais quand même un peu sur ma faim, un peu dans l’incompréhension à vrai dire. J’ai donc attendu la venue du groupe dans notre contrée du sud, pour discuter avec eux et surtout voir concrètement ce que rendait l’album sur scène.
Et là , forcément tout s’est déroulé sous mes yeux. Un peu comme si j’avais vu la construction d’un magnifique origami géant à une vitesse record. Ahurissant !
Alors oui, l’album est moins singulier, plus percutant, plus évident, mais c’est une orientation voulue, assumée et naturellement amenée. Cet album est le fruit d’une expérience faite sur de longues tournées dans ces contrées lointaines. Le groupe avait envie de jouer sur scène des morceaux plus percutants pour privilégier les échanges avec le public. Cette démarche implique donc indéniablement cette orientation plus brute. A mes yeux, elle connaît son apogée dans l’album avec la présence du chanteur Randy Blythe de Lamb of God sur Adoration for None, un morceau un peu caricatural estampillé metal brutal mais loin d’être une boucherie. Nos landais gardent quoiqu’il advienne une finesse singulière. Et même si d’autres morceaux permettent de contrecarrer cette tendance comme The silver cord ou le final de l’album avec The way of all flesh qui nous délivre une mélodie vaporeuse, j’ai comme la sensation que je préfère quand même Gojira quand ils ont du temps pour composer … car il y a aussi les délais qui ont été très courts pour cet album. Donc moins de retouches, de réflexions après composition. Ceci explique peut-être aussi cela.
Côté paroles et univers, cet album reflète un moment marquant pour le groupe. Et si la thématique abordée est la mort, ce n’est pas pour rien. Attention, la mort pas dans une optique morbide, mais plutôt dans une configuration de cycles, d’étapes, de continuité. D’ailleurs, même si ce n’est pas voulu, on est surpris de revoir un corps humain sur un fond noir, petit clin d’œil inconscient apparemment au premier album Terra Incognita. Ma curiosité me pique et je me demande vers quelle nouvelle ère le groupe va-t-il nous amener alors, la prochaine fois ? Oui toujours aussi spirituels nos petits landais ! D’ailleurs petite anecdote, Joe évoquait sa déception quant à la conception de l’album qui n’a pu cette fois-ci se faire avec du papier recyclé. La notoriété grandissante du groupe n’entache pas leurs engagements, c’est tellement rare, que j’avais envie de le mentionner.
Côté live, c’est indéniable, les tournées les ont encore métamorphosés, mais jusqu’où iront-ils ? Le concert est spectaculaire, et cet album sur scène est une bombe. Pas de doute. J’aurais beau user de verve, et autres jolies formulations poétiques pour expliquer leur show, jamais vous ne saurez tant que vous ne les aurez pas vus « en vrai ».
Vous l’aurez compris, dans cette discographie, ce dernier opus n’est donc pas mon préféré. Ceci dit, n’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit ! Cet album est bon, même très bon, par ailleurs je sens déjà les critiques se dénouer et je vais passer pour la mauvaise langue de service, car ils ont tout de même osé des orientations pas faciles d’accès, comme des effets sur la voix (chant vocodé) sur A sight to behold qui est de loin mon morceau préféré ! Ca ne plait pas à tous, mais c’est exactement ce que j’aime dans ce combo quand ils s’éclatent comme ça, et qu’ils osent.
Si je reste sur ma faim c’est que j’en aurais aimé un petit peu plus. Oui je sais j’en demande trop peut-être. J’avais simplement oublié que Gojira était un groupe de metal brutal peut-être ? Mea culpa ! Alors quoi ? Vous ne l’avez toujours pas acheté cet album ? Mais que diable attendez-vous donc ?
Après deux moutures hors du commun « Terra Incognita » et « The Link », incontestables mastodontes de caractères, qu’est ce que le groupe peut nous réserver encore ? Soyons honnête… Est ce réellement possible de créer la surprise pareillement cette fois ci? La barre est haute, très haute… Qu’en est-il alors de ce tant attendu « From Mars to Sirius » ?
Déjà , un artwork sublime, loin des archétypes de métal brutal, mais à vrai dire, nous étions habitué … De l’homme nu recroquevillé sur lui même, méditant, et plongé dans l’ébène dans « Terra Incognita », nous étions passés à un arbre de vie, bordé d’écarlate vif sur « The Link » et là , c’est le tour à l’infini univers aux tons écrus ou navigue cette baleine, … Est-ce qu’un album aux coloris plus doux serait le signe d’un apaisement vis-à -vis du précédent album? Où peut être quelque chose plus proche de l’onirisme? A la recherche d’un voyage dans les profondeurs de la vie, ou bien tout simplement un certain besoin d’évasion? Nous voilà face à un univers, encore une fois qui leur est propre, épuré, graphique, efficace, et doté de dogmes probablement très symboliques. Cette baleine, pourrait nous faire nous questionner dans un premier temps, sur un éventuel rapport avec le titre de cet album. Après une recherche concernant ce titre et la baleine, j’ai trouvé un tas de sujets tous aussi passionnant les uns que les autres. J’ai trouvé des correspondances avec la mythologie grecque, des combats écologiques éprouvants, des histoires sur des illustrateurs de cartes célestes anciennes qui nous ont laissé des images de monstres marins (cf. la baleine ?). Le plus étonnant reste sans doute, les Dogons, peuple vivant sur le plateau desséché de Bandiagara au Mali, qui prétendent connaître deux étoiles compagnes de Sirius qui est l'étoile la plus brillante du ciel. Mais à l'œil nu, on ne peut apercevoir qu'une seule étoile. Ce n'est qu'en 1862 que, l'astronome A. Clarke a découvert, grâce à un télescope, la deuxième étoile qui fut nommée alors: Sirius B .
Ceci dit, Gojira semble être un groupe qui s’est affranchit de pas mal de croyances religieuses entre autres… Alors … tous ces symboles, cette imagerie ? Y a-t-il un rapport avec toutes ces histoires ? Ou pas du tout ? Encore des hypothèses, des questions. Il semblerait que les membres de Gojira aime à jouer, animer un instant nos petites neurones, qu’on ait cette démarche de réfléchir (démarche de plus en plus oublié dans notre chère et tendre culture, qui a plutôt tendance à se gaver sans question aucune) … Tout en prenant le partit de ne jamais se mettre en avant en tant que musicien, … Mais plutôt en tant qu’entité, ils véhiculent toujours leurs concepts, leurs façon de penser, le tout en finesse, sans proclamer détenir une vérité. Ce qui nous délivre une musique pour le coup très personnelle, et très loin des dictats du milieu « Métal ». Ce qui n’est vraiment pas, à vrai dire pour me déplaire !
Parlons maintenant de « From mars to sirius » musicalement parlant. A l’écoute, première impression à froid, le chant file. Dans « The Link », il se stabilisait plutôt dans un brut de décoffrage, quasi « mono ambiance ». Ici, il se révèle, se distingue, et nous invite à déguster un assortiment saisissant de transmutations. Comme un voyage, vers des destinations rares, extrêmes, sensibles, brûlantes, oppressantes, le tout actionné à la vitesse de la lumière. On navigue en compagnie de climats à la Devin Townsend (SYL), Pink Floyd (The wall), Grip Inc (Nemesis), (…) des univers en somme à des kilomètres, les uns des autres. C’est vraiment surprenant, d’autant plus que Joe nous étonne dans cette faculté à être autant efficace dans tout ce qu’il arbore. Les chœurs (nouveauté pour Gojira), poussent les extrêmes, comme une symbiose quasi schizophrénique de plusieurs entités des fois contradictoires. … C’est probablement la plus grosse surprise de l’album! Le chant se magnifie, c’est un délice. Par exemple dans « From Mars », on imagine une comptine, une berceuse, une utopie onirique, qui se réveille dans « To sirius », et là la réalité claque. Encore une fois Gojira nous donne là , un album très imagé, à fleur de peau, bigarré, les ambiances sont peaufinées, et rappellent tout comme dans les précédents albums, des atmosphères qui pourraient être tirées de longs métrages. Il y a de la vie, des émotions qui restent immuables dans la musique de ces bougres.
Ensuite, c’est vrai, on reconnaît la patte Gojira, c’est indéniable, certains riffs reviennent, et peuvent faire penser aux deux albums précédents. Ceci dit, la couleur de cet album n’est pas aussi évidente que les deux précédents. Il semblerait ici, que les paradoxes soient plus marqués, plus poussés aux extrêmes. Certains amateurs du groupe qui attendaient après l’évolution entre « Terra Incognita » et « The Link » une monté de brutalité, risqueraient d’être déçu. Ceci dit, cet album n’est pas pour autant moins brutal, non. Il est juste plus paradoxal. Dans le morceau « Backbone » nous avons faire à un death saccadé lourd, et brutal. L’ambiance du morceau est pesante, limite claustrophobe. En revanche, les mélodies peuvent être beaucoup plus lancinantes, comme dans la fin de Global Warming, ou tout simplement aérienne et simple dans « Unicorn ». Les genres se mêlent, s’emmêlent ne se ressemblent jamais. Les univers qui m’ont vraiment étonnés sont ceux de « World To Come », qui rappellerait dans le riff un Metallica stoner version « Load », ou l’incroyable « From mars » absolument prestigieux, où tout rappelle l’album « Wall » des Pink Floyd. Il y a des influences très diverses dans cet album, on ressent des univers rock, quelques fois plus new wave, ou grunge. Le tout pourtant allégrement brutal. Cela peut paraître assez contradictoires et pourtant. Le tout admirablement mélangé. Je noterais aussi, une symbiose plus frappante entre tous les membres, les positions de chacun vis-à -vis des compositions, la basse, par exemple, se dénotent plus, elle s’apprécie du coup mieux, comme dans « World to come » ou « Flying Whales ». C’est de même pour chacun des musiciens, batteur, guitariste, et chant.
Alors Gojira a-t-il réussi le paris de nous étonner, tout en gardant cette teinte bien à eux. Cet album est d’une puissance incroyable. Je ne parlerais pas de la production qui est absolument succulente, ni des compétences des musiciens qui ne sont plus du tout à justifier. Gojira se confirme comme un groupe techniquement très au point, compétent, talentueux, inventif, qui sait se recycler, toujours innovant, entier, et loin des clichés laborieux du métal. Voilà un groupe qui sait surprendre. Il est incontestable que ce groupe est à mes yeux LE groupe français incontournable de métal. En espérant qu’ils puissent s’exporter. Car c’est tout le mal que je leur souhaite. Merci à eux pour être aussi étonnant, unique, et entiers. Gojira aux limites de la perfection. C’est jouissif d’arrogance. Cet album est une pure merveille.