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Fredo Roman, personnage central de Nonstop, est un proche de la petite famille nihiliste d’Arnaud Michniak, que constitue la succession de Diabologum (deux anciens du groupe jouent sur scène dans Nonstop) et de Programme. La musique du groupe toulousain est une folie profonde, surrĂ©aliste et haineuse, rĂ©citĂ©e en spoken words sur des instrumentations hip-hop agressives et bruitistes. En 2005, il sort son premier disque Road Movie en BĂ©quilles, satirique et surrĂ©aliste dans ses dĂ©clamations fortes et cyniques. Quatre annĂ©es plus tard, le groupe sort son deuxième album, J’ai rien compris mais je suis d’accord, plus ancrĂ© encore dans la folie et l’incohĂ©rence, puissant et charnel.

:: Site Officiel :: www.myspace.com/devantmanuque

photo Nonstop


:: Chroniques ::

J'ai Rien Compris Mais Je Suis D'Accord
Note : 16.9 / 20
Année : 2009
A Ecouter : si tu comprends.
- 0 Commentaires -

Un point de rupture impalpable, impossible Ă  dĂ©crire, thĂ©oriser, nous avilissant tous potentiellement nous guette. On est fou, ou alors on ne l’est pas, mais on ne peut pas vraiment le savoir, parce qu’on gobe chaque jour des tas de choses, des vĂ©ritĂ©s contredites par les suivantes, et on est d’accord, et puis on est aussi d’accord avec les prĂ©cĂ©dentes, puisqu’on nous les dit, on croit que ce qu’on voit, puisqu’on nous le montre, et on nous montre tout, on nous donne un avis sur tout, et on n’a pas d’avis, parce que les matches nuls arrangent tout le monde. Et puis demain, ils expliqueront pourquoi ce qu’ils ont prĂ©vu hier, ne s’est pas produit aujourd’hui. Alors on est d’accord avec tout, puisque c’est lĂ , devant nos nuques, derrière nos yeux, dans notre tĂŞte. On se sent exister, parce que chaque jour on se retrouve dans tout, on a tout compris Ă  tout ce qu’on nous dit, parce qu’on nous le dit. Quand on fait de notre mieux c’est encore pire. Et toutes ces donnĂ©es goinfrĂ©es sans qu’on se rende compte du tas qu’elles engraissent, elles se tĂ©lescopent et nous aliènent, parce que ça doit arriver. De toute manière soit on perdra le corps, soit on perdra le physique, soit les deux, et ça commence maintenant, avec cette somme complexe qu’on avale en permanence qui nous rend esclaves et malades, et peut-ĂŞtre qu’on se met Ă  raconter n’importe quoi en resservant toutes ces choses qui nous semblent vraies, qu’on ne se pose mĂŞme plus de questions parce qu’elles nous ont usĂ©es et que ça ne marche plus, qu’on est loin de ce qu’on Ă©tait sans l’avoir senti passer. On n’a mĂŞme plus peur alors qu’avant on criait, tout le temps. Alors autant se laisser aller, autant dĂ©blatĂ©rer l’absurde parce que c’est ce qu’on nous impose, c’est ça l’humain moderne, c’est notre destinĂ©e. De toute manière on vous croira, puisque vous le direz. Mentez, dĂ©lirez, dĂ©truisez, ce sera vrai, tout le temps. Ce sera beau, facile, vous serez dignes dans la dĂ©chĂ©ance. Vous serez fous et on vous vĂ©nèrera, et si vous ne faites rien, vous ne serez personne, on vous dira que vous perdez la tĂŞte. Soyez violent, assenez les coups, secouez vos amis, les inconnus, ce sera vrai, aussi vrai que tout ce qui nous entoure est faux. Parce que vrai ou faux ça n’a pas la moindre signification, on est trop nombreux finalement, notre libre-arbitre est aveugle. Et tout ce qu’on entend finit par se ressembler, on regarde les autres, et on se voit mais on en rit, ces types, c’est toi, mĂŞme si tu les connais pas. Alors on se permet tout, la mĂŞme agression que celle qu’on subit, on peut tordre, on peut exploser, personne ne le verra, sauf si quelqu’un dit qu’il l’a vu. Trompons nous nous mĂŞme, avant qu’on nous le fasse. Mangeons des pommes d’argent, parlons sans cesse de tout, sauf du reste, vivons notre monomanie en nous dispersant, tuons des morts, cherchons les regards, posons des questions, parce qu'on ne sait pas oĂą on en est. C’est pas un jugement de valeur, c’est comme ça, c’est de l’hypnose.  J’ai rien compris mais je suis d’accord nous dit-il, Nonstop, et si on lui dit qu’il a tout compris, il sera pas d’accord, ce con, parce qu'il est fou. Moi non plus j'ai rien compris. Mais je suis d'accord.

Road Movie en Béquilles
Note : 17 / 20
Année : 2005
A Ecouter : ...
- 3 Commentaires (Moyenne : 18.17/20) -

Dans le dĂ©sert de la vie, dans la dĂ©sillusion du savoir, les interrogations naissent et croissent, aliĂ©nant l’âme, s’entrechoquant les unes aux autres. Parfois on semble comprendre, et puis tout se dĂ©robe plus tard, lorsqu’un lien s’établit entre plusieurs pensĂ©es ou que l’on repense aux angoisses oubliĂ©es ; alors nos certitudes s’envolent, laissant place Ă  d’autres qui seront Ă©phĂ©mères elles aussi, et qui sait, peut-ĂŞtre plus que les prĂ©cĂ©dentes. On tourne en rond, on perd le fil, on pleure on rit, on espère, sombre. Et la peur de vivre l’emporte, jusqu’au prochain instant de bonheur, s’il arrive. Un brouillon brouillant destructeur, on est hantĂ©s. Alors on pleure encore et on fait face si l’on peut, illusion, le temps de n’être plus seul, et l’on retombe dans ce morne abrutissement, en espĂ©rant ne jamais atteindre la folie qui nous regarde et nous embrasse. On verra bien, peut-ĂŞtre, je ne sais pas. Mais ça n’a pas de fin, mĂŞme pas la mort, pas de solution, ni la vengeance ni la haine, on est seuls de toute manière et on y revient toujours. Toujours. Et on ne se demande plus pourquoi, ça nous ramène au point de dĂ©part. Il n’y a rien Ă  faire, surtout pas envier ceux qui font face, ou semblent le faire, peut-ĂŞtre mĂŞme que dans nos moments d’illusionnistes, on fait envie nous aussi. L’envie tue Ă  petits feux.  Alors on mĂ©lange tout, et tout semble cohĂ©rent, et on pleure encore, avec fiertĂ©, et on crache notre mĂ©pris macĂ©rĂ© tout ce temps, on le hurle et on souligne le nonsens Nonstop qui nous enfonce, le surrĂ©alisme des situations que l’on rencontre. Tu crois qu’on se sent mieux ? Jamais, on cherche tous quelque chose et si on le trouve, on cherche autre chose. Et plus on cherche, plus on s’aigrit, et plus on creuse et plus on pleure. Dehors c’est laid, dedans c’est enlaidi par le dehors. Tant qu’on pourra on tiendra, on nagera dans la spirale du vent qui ne tourne pas, on naitra chaque jour plus froid que la veille, et ça nous aidera peut-ĂŞtre Ă  faire face, ĂŞtre un dur, un aigri, au fond jaloux des gens heureux, de ceux qui font face grâce Ă  leur mĂ©diocritĂ©. Alors on pleurera, on crachera des explosions de connaissances, on suivra des rĂŞves, le surrĂ©alisme et nos connaissances nous serviront. Et mĂŞme si le dĂ©sert est toujours le plus fort, mĂŞme s’il pleut des pierres, notre unicitĂ© est une force, notre folie modeste une unicitĂ©. Les rĂ©alitĂ©s ne nous choquent plus, l’improbable ne nous atteint plus, et c’est notre force. C’est notre force. On contrĂ´le notre monde, on s’en sert parce qu’on le connait, et on n’espère plus rien. L’espoir c’est pour les lâches. Et on se fait pĂ©ter la tĂŞte, c’est bon, c’est douloureux mais c’est bon, et on maitrise autant qu’on patauge. Rien n’a de queue, rien n’a de tĂŞte, âne et coq c’est la mĂŞme chose, de la violence et de la banalitĂ©, et tout ça c’est parce que la nature de l’homme est comme ça, banale, cruelle, riche, Ă©trange, absurde. Et l’art te l’apprend, les sonoritĂ©s forment un vecteur tellement spĂ©cial, et Nonstop te crache tout ça, cette nĂ©crose textuelle agressive, cette avalanche de banalitĂ©s qui se cognent les unes aux autres et t’embrouillent la tronche tellement elles nous engloutissent accolĂ©es les unes aux autres. Et quand on ressent tout ça, les angoisses reviennent, c’est l’âme qui l’entend et ressort tous ces doutes et cette haine du tout et du rien qui est lĂ  depuis toujours. On est seul, au milieu de ce Road Movie en BĂ©quilles, on a beau entendre tout ça, on glisse un peu plus vers nos dĂ©mons et nos certitudes qui nous construisent. Rien ne va, et tout va, parce qu’on est fort. Et on envie la mort autant qu’on aime la vie. Alors on pleure.