

Colors avait laissé de nombreux corps en travers de la route, épuisés par la puissance du disque. Magnifiquement construit, riche et varié - voire trop pour certains -, l’album n'était que démonstrations techniques sur plans à s'en rompre les cervicales. The Great Misdirect prend le pas, s'aventure parfois plus loin, se veut à d'autres instants moins téméraire mais se glisse dans ce qui pourrait une redite de Colors. Du moins, à première vue...
... Car une fois la galette lancée, c'est une autre paire de manches. Toujours aussi dense et méthodique, mais moins brutal : on pourrait ainsi résumer The Great Misdirect à ces quelques mots face à Colors. Le choc s'avère moins rude, Mirrors ouvrant le bal avec quelques notes délicates, suivi par diverses compos toujours survoltées, parsemées de moments apaisés (Disease, Injury, Madness) si ce n'est cartoonesques (Fossil Genera - A Feed From Cloud Mountain, dans un pur trip Pattonien). Jamais de baisse de régime, de faute de goût ou de redondance face aux précédents opus et fort heureusement, The Great Misdirect, à l'instar de Colors, reste un disque massif. En effet, Between The Buried and Me décide de parier à nouveau sur un album difficile à assimiler tant l'ensemble s'avère rédhibitoire si l’on ne porte pas suffisamment d’attention aux moindres arrangements. Et pour cause, les Américains semblent avoir mangé du lion, puisé dans des inspirations Rock prog via certaines sonorités tout en gardant une solide base métallisée. Cette orientation, que l’on pouvait parfois deviner sur Colors, prend énormément d’ampleur ici, sans pour autant devenir indigeste ou rompre avec les racines du combo.
LE pavé de Colors, c'était White Walls. The Great Misdirect, c'est Swim To The Moon, soit la même chose en différent. Cuivres, délires à la Patton, claviers, changements de rythme toutes les 2 notes, soli bien amenés, ... Si Between The Buried and Me décide de partir dans tous les sens, rien ne les en empêche si ce ne sont les limites de la physique, tout en évitant de transformer le tout en un brouhaha inaudible. Dans leur manière d'amener les notes, de rechercher à produire le maximum d'effets, les Américains présentent quelques similitudes avec The Mars Volta, mais avec un frontman nourri à la testostérone (pensez à Greg Puciato de Dillinger Escape Plan), tandis que les instruments flirtent avec Mastodon. Les 17 minutes du morceau se referment sur elles-même et piègent l’auditeur jusqu’à la dernière note, sans véritable possibilité de sortir la tête de l’eau.
Plus aéré que son prédécesseur, The Great Misdirect a le mérite de s'annoncer aussi varié que Colors. Moins rentre-dedans, le disque n’essaie pas d’égaler la pluie de coups précédemment subie mais plutôt de changer son angle d'attaque. Between The Buried and Me semble bien parti pour une série d’albums tous plus détonants les uns que les autres…