

En l'espace quelques années à peine System of a Down s'est forgé une réputation de groupe culte. Le quatuor Américain d'origine Arménienne a jusqu'ici livré une musique alliant puissance, influences traditionnelles et textes. Après quatre ans sans véritable disque, Steal This Album ! n'étant qu'un regroupement de chutes, inutile de dire que le groupe est attendu au tournant avec ce Mezmerize, premier disque de leur double album Mezmerize/Hyptonize. C'est vrai ça, pourquoi donc sortir un album quand on a de quoi en sortir deux ?
System of a Down nous avait habitué a démarrer en trombe, Mezmerize commence quant à lui en douceur par une petite introduction d'une minute à la guitare où l'on retrouve Serj Tankian et le guitariste Daron Malakian au chant. Leur voix se superposent à merveille et la mélodie légère sert de fond sonore au message du groupe : les soldats sont élevés pour mourir. Si sur la plupart des disques on peut avoir tendance à zapper l'intro, ici ce n'est pas le cas car Soldierside constitue bel et bien une chanson à part entière malgré sa très courte durée.
On enchaîne ensuite avec le premier single déjà bien connu de ce nouvel album, B.Y.O.B. (Bring Your Own Bombs). Le moins que l'on puisse dire, c'est que dès le début on prend une véritable claque ! SoaD nous a concocté là l'une de ses chansons les plus violentes et Malakian est fidèle à ses habitudes aux backvocals, c'est à dire complètement déjanté. L'arrivée du refrain peut suprendre, le passage du Heavy au R&B pour ironiser la situation des soldats en pleine tourmente est en effet peu commun. Ceci à peine fini, on retrouve toute l'agressivité sur laquelle débutait la chanson, agressivité décuplée après la reprise du refrain où Malakian hurle à s'en briser les cordes vocales sur 'Blast off, It's party time, And we're all living in a fascist nation !'. Surprenante, puissante, engagée, B.Y.O.B. est clairement l'une des plus belles réussites du groupe !
Revenga est plus conventionnelle et met en avant Dolmayan à la batterie qui martèle militairement ses futs. En plein milieu la chanson redescend brusquement d'un ton et Malakian s'improvise chanteur avant de sortir un riff magnifique sur lequel Tankian et Malakian chantent en choeur, et c'est à en donner des frissons dans le dos. Autre chanson bien connue, car circulant depuis un moment sur le net, Cigaro. On est scotchés dès le début quant Dolmayan explose sa batterie pendant que Tankian se prend pour Mike Patton (Faith No More...). Une fois de plus SoaD nous a concoté une chanson complètement folle aussi bien dans les paroles que dans les descentes au chant et à la guitare, ça en serait presque risible, c'est dire.
On ne sait plus non plus où donner de la tête avec Radio/Video, titre fustigeant le business de l'univers musical. Cette musique est complètement ironique et définitivement barrée avec ses passages empruntés au rock des pays baltes comme celui d'Electric Bazar Cie. Les transitions se font inopportunément et c'est bien là que réside tout le génie de System of a Down. Encore une fois les choeurs sont envoûtants et on prend vraiment conscience qu'un bel effort a été fourni au niveau du chant sur cet album, que ce soit dans les textes, les choeurs où la façon de chanter en elle-même. Malakian est certes plus mis en avant que sur les opus précédents mais ce n'est pas gênant pour autant puisqu'il renouvelle ainsi la musique du groupe.
Il y a en This Cocaine Makes Me Feel Like I'm On This Song un petit aspect Sugar que l'on croyait disparu avec le temps et ce n'est pas pour déplaire. Une nouvelle fois une bonne place a été accordée à l'humour et Tankian débite son texte à une rapidité à toute épreuve. La moindre des choses que l'on puisse dire c'est que le chant exprime avec efficience les paroles abordant les effets de la cocaïne. Sur Violent Pornography le combo joue la carte de l'humour et jongle une fois de plus avec les genres au niveau du chant, alternant Ragga, envolées lyriques et Metal pour les riffs les plus basiques.
Question ! est l'une des meilleures chansons de Mezmerize de par son côté poétique. Tankian démontre tous ses talents de chanteur, dont on ne doutait déjà plus depuis un bail, en versant dans le mélodique et le larmoyant. La musique en elle-même est également intéressante, avec des passages bien construits et toujours de plus en plus rapides. On retrouve un peu la même recette sur un Sad Statue qui lorgne pendant de courts moment du côté d'un Thrash digne d'Anthrax. Vient ensuite Old School Hollywood, la piste la moins intéressante de Mezmerize, pusique les sons et voix électro sont justement orientés old school et dénotent un peu dans le paysage.
Dans une interview, Daron Malakian confiait que Lost In Hollywood était la meilleure chanson qu'il ait écrite, et quand on l'écoute on s'en rend effectivement compte. C'est la première vraie ballade du groupe si on excepte Roulette, et c'est une franche réussite. La première chose que l'on remarque c'est l'absence de Serj au chant, celui-ci se contente des choeurs et laisse sa place à Malakian qui s'en sort avec brio en nous transportant dans l'univers impitoyable d'Hollywood. On est subjugués par les choeurs de Tankian et Malakian, véritablement envoûtants et mélancoliques !
Bien qu'un peu court (37 minutes), System of a Down sort une nouvelle fois un album de grande trempe, mais pas forcément accessible aux premiers abords car déroutant pour les fans de la première heure. SoaD s'est légèrement calmé et il faut plusieurs écoutes pour bien s'imprégner de ce disque complètement barré. Les changements de rythmes et de genres arrivent sans prévenir, laissant un peu bouche bée l'auditeur... On est en effet plutôt agréablement surpris tout au long de l'écoute par les multiples influences que le groupe a emprunté pour sa musique : Ska, Punk, Ragga, R&B, Thrash, et autres...
Mais c'est pourtant au chant que Mezmerize impressionne le plus. Les paroles sont non seulement bien écrites, mais sont qui plus est portées par un lyrisme et des mélodies accrocheuses. Malakian est bien plus présent qu'avant au chant, plan sur lequel on est forcés de constater qu'il a progressé. On ne peut néanmoins que regretter le fait que Tankian soit plus en retrait qu'auparavant tant sa voix est exceptionnelle. Quoiqu'il en soit, on ne peut désormais qu'attendre Hypnotize avec impatience !
Après qu'une dizaine de titres se soient retrouvés en téléchargement sur le net, SOAD a décidé de sortir un album regroupant les sessions studios de Toxicity et du 1er album afin que ces titres soit écoutables par tous et en bonne qualité. Opération fric pour certains, cadeau aux fans pour d'autres, on ne va se poser autant de questions: un album, même de récup, de SOAD, ça reste un album de SOAD ! Ironiquement intitulé Steal This Album et présenté sous la forme d'un CD gravé, ce pseudo 3ème album nous offre 16 nouvelles compos du groupe.
SOAD ne nous a pas habitués à faire de la merde et ils le prouveront encore une fois sur cet album car, même si ce sont des morceaux qui n'avaient pu trouver leur place sur leurs albums précédents, ils ne sont pas pour autant mauvais.
Chic 'N' Stew, Bubbles, Nüguns, Fuck The System n'ont rien à envier à Chop Suey, Sugar et autres singles du groupe. Et on se rend compte que la plupart de ces titres n'ont pas été sélectionnés précédemment car ils présentent trop de similitude avec des titres présent sur les deux albums existants (comme par exemple Boom ! avec Psycho) mais cela n'est pas flagrant.
Il ne faut pas s'attendre à être surpris par cet album, il n'y pas d'évolution et cela est normal car ces titres ont été enregistrés il y a déjà quelques années; les fans de SOAD seront aux anges mais il faudra attendre le prochain véritable album pour avoir véritablement du nouveau son.
Malgré cela, des titres sortent du lot: Nüguns, par exemple, avec ses rythmes orientaux et son refrain virevoltant prouve, s'il en était encore besoin, que SOAD ne se cantonne pas qu'au metal. Certes le son est lourd, les guitares saturées mais SOAD agrémente sa musique de violon, clavier, xylophone (sur Highway Song), tout cela sur une rythmique oscillant entre metal, punk et musique traditionnelle arménienne, c'est la même recette depuis 1998 pourtant le groupe arrive à se réinventer sur chaque morceau et évite de tomber dans son propre cliché.
Comme sur Toxicity les pistes se suivent et ne se ressemblent pas: violentes, aériennes (splendide Ego Brain avec des passages très Alice In Chains par exemple ou encore Roulette qui pourrait être la rencontre improbable de SOAD avec Staind), étranges (I-E-A-I-A-I-O), amusantes, SOAD est à l'aise dans toutes les situations.
Au final cet album, qui n'en est pas vraiment un, permet de nous abreuver avec délice de System Of A Down, fatalement et logiquement on ne retrouve pas d'évolution et on ne peut qu'être plus impatient d'entendre le véritable successeur de Toxicity.