
Formé en 1994, à Anchorage, en Alaska, le groupe sort sa première démo 4 titres Boss Buckle en 1995, et dégage déjà une sensation de maturité. En 1996, la mort de leur bassiste dans un accident de voiture apparaît comme le coup de grâce pour le groupe qui n’a alors à peine deux ans d’existence. Malgré tout, 36 Crazyfists survit et en 1997 ils quittent l’Alaska pour s’installer à Portland, OR. Le ligne-up se finalise autour de Brock Lindow (chant), Steve Holt (guitare), Mick Whitney (basse), Thomas Noonan (batterie). Tout s’enchaîne alors très rapidement : les dates de concert, un premier album In The Skin en 1997, suivi d’un 4 titres (l’excellent Suffer Tree), la rencontre avec Skinlab qui aboutira à un contrat chez RoadRunner. En avril 2002, le groupe sort son premier effort international Bitterness The Star : un album personnel et sombre, plutôt neo/emo, peu remarqué malgré sa qualité. S’ensuit une tournée aux cotés des plus grands, qui permet au groupe d’asseoir sa crédibilité. En mars 2004 sort A Snow Capped Romance, qui, on l’espère, permettra à 36 Crazyfists de prendre du galon…
S'en suit Rest Inside The Flames, qui recoit un accueil plus mitigé, plus The Tide And Its Takers, plus structuré et qui renoue avec un certain succès...

Fort d'une reconnaissance et d'une assurance qu'ils ont emmagasiné depuis leur dernier album A Snow Capped Romance, nos 4 bûcherons reviennent sur le devant de la scène avec un nouvel album que Brock, le chanteur, annonçait plus « heavy » (on a l'habitude de ce genre d'annonce).
Ce nouvel opus, nommé Rest Inside The Flames était donc attendu avec impatience surtout lorsque l'on connaît la qualité de leurs précédentes oeuvres. L'artwork du CD reprend une nouvel fois un coeur comme élément principal, certes clichés mais l'essentiel n'est pas là .
Intéressons nous au contenu, après un premier album plutôt néo-métal, un deuxième s'éloignant des racines néo pour se rapprocher de structure plus metalcore, on est en droit de se demander quelle direction va prendre ce CD. Vont-ils conserver les ingrédients de leur réussite, ou changer radicalement de style? Il semble qu'une réponse claire soit difficile à apporter.
L'album démarre de manière tonitruante avec la chanson qui fera office de premier single I'll Go Until My Heart Stops, Le groupe attaque sévère et la chanson reflète déjà l'ambiance générale de l'album: à 200 à l'heure Brock balance ses screaming, encore plus maitrisés que dans le précédent album et un chant qui n'a pas changé, si ce n'est qu'il est peut être un peu plus lisse (la faute à une surproduction?).
On note aussi la présence des riffs toujours aussi efficaces de Steve Holt. Mention spéciale à la batterie pour Thomas Noonan qui nous démontre ici qu'il peut aussi apporter de la vitesse à son très bon jeu de batterie sans pour autant perdre toutes ses autres qualités. Ce premier titre est donc une bonne introduction à cet album, on sent déjà l'évolution par rapport à A Snow Capped Romance.
Mais voyons voir ce que donnent les autres pistes. La deuxième, intitulée Felt Through A Phoneline, fait ressortir un peu plus le côté emo du groupe : alternance de passages très calmes puis de sons plus heavy. Une des réussite de cet album. Arrive ensuite On Any Given Night, une chanson qui aurait elle aussi pu faire office de single; les passages claires sont largement dominants et deviennent l'élément central de cette composition.
On change de piste et là , changement radical, Elysium nous plonge directement dans une atmosphère radicalement métalcore, facette du groupe qui n'a jamais été aussi prononcée que sur cette chanson. On savait déjà la sympathie que nos 4 gars d'Alaska avaient pour Killswitch Engage, cela se confirme avec la présence de Howard Jones (chanteur de Killswitch Engage) sur cette chanson. Beaucoup de screaming et 3 minutes sans répit. Certains pourront critiquer une orientation trop métalcore du groupe (notamment en écoutant Elysium) mais ce préjugé qu'on peut avoir après la première écoute s'estompe vite au cours du temps. On découvre petit à petit toute la subtilité des différentes pistes et la qualité propre à 36 Crazyfists.
Le reste de l'album alternera entre très bon, comme l'entêtante Midnight Swim ou Aurora, cependant quelques ratés avec par exemple The Great Descent, trop monotone. L'album se conclu sur The City Ignites, version acoustique de Midnight Swim, une petite perle en grande partie à l'aide de la voix remplit d'émotions de Brock.
Il faut donc finalement avouer qu'il est difficile dès les premières écoutes de s'imprégner de ce léger changement de style, encore plus orienté métalcore tout en gardant ses racines néo le tout englobé dans le style que 36 Crazyfists a réussi à se forger avec les années. Les premières écoutes montraient un album trop linéaire mais des écoutes prolongées permettent d'en faire ressortir le relief.
On attend déjà le 4ème...
« A Snow Capped Romance » fait partie de ces albums dont on attend plus que vivement la sortie : non seulement parce que le précédent album était une véritable petite perle de créativité (malheureusement noyée dans une outrancière déferlante neometal) qui n’attendait qu’un digne successeur, mais aussi parce que depuis ses débuts 36 Crazyfists explore différents styles et qu’il semble proprement impossible de prévoir ce que ces 4 gaillards venus du froid nous réservent. Et que dire du résultat ! « A Snow Capped Romance » remplit toutes nos attentes et apporte ce petit plus qui caractérise les grands groupes.
Alors quid de 36 Crazyfists cuvée 2004 ? Un peu à la manière de Deftones avec « White Pony », l’album s’articule en deux parties distinctes autour de l’interlude « Song For The Fisherman », procédé qui donne de l’air et de la consistance lors d’une écoute complète. La première partie s’amorce de fort belle manière avec trois des meilleurs morceaux de l’album : « At The End Of August », « The Heart And The Shape » et « Bloodwork ». Le changement parait minime depuis « Bitterness The Star », mais après plusieurs écoutes l’on se rend compte que le gros du travail vient du frontman Brock Lindow, qui, presque à lui seul, a construit l’identité du groupe. En effet, déjà à l’époque de « Bitterness The Star », ce chanteur si particulier à la voix chevrotante nous frappait par sa sensibilité à fleur de peau et sa capacité à allier chant hurlé et aérien. Ici la voix a gagné en assurance et en agressivité. Peut-être faut-il relier cela à l’état d’esprit beaucoup plus positif dont a fait preuve Brock pendant l’écriture de l’album, et qui se ressent nettement dans ses paroles. Toujours est-il que les progrès sont énormes, et la production a été judicieusement pensée de telle manière à mettre cet atout en exergue. Quant au reste du groupe, il assure ce qu’il faisait déjà sur le précédent album, à savoir un jeu simple, bien inspiré toujours en parfaite cohésion avec le chant de Brock Lindow.
Ceci dit, 36 Crazyfists n’a pas tout abandonné derrière lui lors de la confection de « A Snow Capped Romance ». Surtout, le groupe n’a pas renié ses influences neo qu’il maîtrisait déjà à la perfection en 2002, mais s’est enrichi d’un post-hardcore particulièrement à la mode en ce moment, dont les figures de proue sont Poison The Well, Unfold ou encore Snapcase. Ainsi on retrouve sur des morceaux comme « Waterhaul » ou « The Heart And The Shape » ce même chant hurlé poussé à la limite de l’extinction de voix, et ces guitares lourdes et assommantes. Alors, opportunistes les 36 Crazyfists ? Probablement, néanmoins on ne pourra pas leur reprocher de ne savoir vivre avec leur temps. Et quoi qu’il en soit, le groupe s’approprie les styles dont il s’inspire de manière si personnelle, et surtout si efficace, que rien ne parait forcé, artificiel.
Après il ne reste qu’à se faire guider par le groupe tout au long de ces 11 morceaux dispatchés sur 38 trop courtes minutes, et goûter aux fruits de la créativité de ce quatuor atypique. La dernière partie de l’album regorge elle aussi d’excellents morceaux : « Destroy The Map » a tous les ingrédients du single potentiel : un refrain accrocheur, des couplets faciles, servis par une guitare virevoltante et très neo dans l’esprit, enchaînés par des pré-refrains criards et puissants. « Installing The Catheter » reste dans la même veine tandis que « Cure Ellipse » verse plus dans l’emo, avec un somptueux refrain.
36 Crazyfists signe ici un album d’excellente facture, mais en ne faisant toujours pas le pari de l’originalité, le groupe risque probablement de rester condamné au statut de groupe de seconde zone. A écouter d’urgence malgré tout !!