
D’innocence sa voix frémira, de plaisir mon cœur s’enivrera. Comme un art complètement timbré et décalé, l’univers de Cocorosie s’enrichit pour notre plus grande joie d’un second opus. Quand féminité rime avec naïveté et frivolité, l’amour ne peut être que plus fort. Sierra et Bianca Cassady nous émerveillent une nouvelle fois de leur amour en nous ouvrant à nouveau les portes de leur monde enfantin et trouble. La magie n’opère peut-être plus de la même manière, tant La Maison de Mon Rêve avait posé des bases reconnaissables entre toutes, que l’on retrouve avec plaisir. Noah’s Ark est la portion en plus dont on se délecte par pure gourmandise, même si la saveur de son prédécesseur en est encore toute fraîche.
Les Sphères de Coco et Rosie sont comme un rêve cotonneux, fait de comptines folk, teintées de pléthore d’instruments et objets bruyants que l’enfance peut nous amener à croiser. Des classiques guitares, pianos et accordéons, aux harpes, boîtes à animaux, percussions de tous bords, sans oublier les techniques de musiques électroniques modernes (samples, beats, …), les deux sœurs utilisent absolument tout ce qui leur passe par la main et s’en servent grâce à une imagination débordante. Mais ce qui retient avant tout l’attention au sein de la musique de ces femmes-enfants, c’est leurs voix uniques et complémentaires. Tandis que l’une, presque conventionnelle mais ô combien sirupeuse et agile nous enchante, la seconde, au timbre enfantin rocailleux, presque hésitant, confère à chacune de ses apparitions un cachet sans égal à chacune des complaintes.
Tout au sein d’une chanson de Cocorosie respire la pureté et la candeur, tant et si bien que la magie opère dès les premières notes, pour peu qu’on ait encore une âme d’enfant, pour ne s’évaporer qu’à la fin d’un voyage étrange et insolite. Une innombrable quantité d’influences sont traversées : on retiendra évidemment une présence toute particulière de sonorités gospel (Armageddon et ses voix superposées), mais aussi soul, pop, jazz. Ce Noah’s Ark opère une excursion bien plus diversifiée que son prédécesseur, pourtant ô combien hétéroclite. On notera d’ailleurs les présences fort remarquables d’invités prestigieux : Devendra Banhart (Brasilian Sun), coqueluche des médias depuis 2005, Spleen (Bisounours), rappeur français et au passage excellent parolier, et enfin, Antony (Antony and The Johnsons), qui nous offre Beautiful Boyz, un titre à l’arrière goût de son album solo (ndlr : I Am A Bird Now), fort remarqué également, tant sa présence est forte.
Après La Maison de Mon Rêve, Noah’s Ark est une suite logique à l’œuvre de Cocorosie, pas une évolution majeure, certes, mais un opus qui rassasie l’appétit né de la fraîcheur de la découverte du duo en 2004. Au-delà de toutes modes, de tous préceptes établis par le music buiseness, nos deux new-yorkaises semblent faire l’unanimité, tant pour la scène indie que la scène jazz ou hardcore (restons metalorgiens), telle qu’une Norah Jones a pu récemment le faire. Cocorosie est de ces groupes qui touchent, et qui, à défaut d’appartenir à une scène en particulier, touchent tous les mélomanes (ou presque), n’est ce pas là l’innocence même ?