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Unpleasant Meeting Festival Ivry-Sur-Seine


Jadis, les festivals estampillés punk ou metal se comptaient sur les doigts de la main dans l'hexagone. A présent, nous sommes largement mieux lotis et on peut même se targuer de nombreux événements justement réputés. Ce report a pour but de vous faire découvrir un fest méconnu mais proposant une sacrée bonne affiche, qui est le résultat de la bonne volonté et du dynamisme d'un petit groupe de personnes et d'organisations auxquelles je ne peux que tirer mon chapeau.

L'Unpleasant Meeting – car c'est ainsi qu'on l'appelle – en est à sa troisième édition. Ayant auparavant lieu en plein Paris dans feu le squat de la miroiterie, il s'est déplacé dans le squat « Le Soft », à Ivry sur seine, banlieue morne. Fruit de la collaboration de l'asso de l'Apérocid, Arak Asso, Joli Destroy, Foule Amère II, Insane Asso, OTB et pour le coup de l'équipe des résidents du Soft (j'en oublie peut-être, pardon à eux), l'Unpleasant Meeting est un fest punk très ouvert rassemblant artistes confidentielles sortant rarement du milieu des squats à des pointures internationales, voir historiques ou des groupes faisant l'actualité du punk. L’événement se veut non-profit, DIY mais propose quand même un petit « marché » très intéressant où on peut se procurer une foule de cds, vynils, cassettes qu'il est assez rare de chopper sans avoir à les commander. Merch de groupes, stand végan (pas un gramme de viande dans l'enceinte), produits de modes « alternatives » (goth, punk ect...) et surtout fanzines complètent le reste, je le conseille à tous les amateurs de produits de contre-cultures qui pourront plus que probablement y trouver leur compte !

Mais venons-en à l’intérêt central : qui passaient donc cette année à l' Unpleasant Meeting ?

J'avoue ne connaître que peu de noms au sein cette affiche – ce qui me fait prendre conscience que j'ai un peu trop lâché le punk ces derniers temps  - mais quelques groupes m’intéressent assez pour me motiver à faire les 700 kilomètres depuis mon sud ! Youth Avoiders, fameux combo punk hardcore parisiens et les anglais de Cress, peu connus mais excellente formation Crust/Post-punk ultra engagée sont les deux principaux, mais aussi Cockney Rejects (Oï!), Inner Terrestrials (ska punk qui vous fera oublier les mauvaises formations françaises qui ont put saturer la scène il y a 15 ans) et Chaos UK, crust sans pitié.  
En ce qui concerne les autres, aucun nom ne m'évoque quoi que ce soit. Toujours est-il que la force de cette programmation est sa grande variété qui couvre presque tout le spectre du punk, allant des formations punk 82 (Vice Squad), la Oï ! (bien représenté, on en parlera plus tard), du Post-Punk traditionnel aux incarnations plus gothiques du genre, du ska punk, du crust, du hardcore...Bref de quoi interpeller les esprits !

Chose peu commune, le festival commence le 1er mai et ne recommence que le...9 pour se finir le 10 (j'en profiterais pour vadrouiller, mais ça ne va sûrement pas vous intéresser, c'est à base de private joke, de kayak et de bretagne).

1er Mai, donc :

L'endroit n'est pas évident à trouver : situé dans un quartier moitié résidentiel popu, moitié industriel qui ne respire pas des masses la joie de vivre, je finis par tomber dessus en suivant des crêtes aperçues au loin. L'endroit est vrai squat mais a l'air géré impeccablement, juste ce qu'il faut d' « artisanat » (pissotière fait main avec une plaque de fer récupéré on ne sait où et un bric-a-brac de tuyaux, canapés en palette ect...) et d'ambiance un peu à l'arrache. D'ailleurs, je suis arrivé à l'avance en espérant ne pas rater Youth Avoiders...qui se retrouve à jouer en dernier, après les Cockney Rejects. Je tue le temps à coup de bière, de fanzine et d'observations des fresques réalisées pour l'occasion par un talentueux collectif dont j'ai malheureusement oublié le nom (si quelqu'un peut le signaler dans les commentaires, ça serait sympa).

Finalement, avec une heure de retard (moi je m'en fous, je viens du sud), les grecs de Era Of Fear ont la lourde tâche de lancer les festivités. Une bande au look plutôt Street Punk entamant un set Post-Punk ressemblant pas mal à Joy Division, c'est pas banal. Le début de leur prestation un peu hésitante, pas tout à fait en place va en s'améliorant sur la longueur, conservant juste ce qu'il faut de défaut pour garder un caractère punk, évitant l’écueil d'une new wave trop plate. Le chanteur est un peu en galère, mais globalement leur performance est honorable et la découverte intéressante, même si un peu monotone sur la longueur. Le public au début timide se réchauffe rapidement, un pogo finissant même par se créer.

Mais rien de comparable avec les Inner Terrestrials qui suivent. Trio anarcho-ska(reggea-dub) punk(hardcore), ils sont une des raisons de ma présence et ne décevront absolument pas mes attentes. Saluons tout d'abord la grande qualité musicale de leur prestation qui ne souffre d'aucune comparaison avec leurs enregistrements. Un grand groupe, charismatique, énergique et fidèle à ses opinions qui va rapidement mettre le feu au Soft. L'affluence est à présent presque au maximum et la moitié de la salle est emportée par un pogo endiablé. Le set enchaîne les tubes, jouant presque tout son dernier album Tales Of Terror, entre sautillement ska punk, rythmiques punks et chaloupement reggea-dub. Une heure au total, peut-être un peu plus mais qui est passée comme une demi-heure. Un très très bon groupe emmené par un très bon chanteur/guitariste qu'il vous est conseillé de voir !

Changement d'ambiance avec Vice Squad. N'en connaissant rien, les quelques renseignements glanés sur le net m'informent qu'il s'agit d'une formation issue de la deuxième vague punk ayant quelques vagues influences hardrock, menée par Beki Bondage, une des premières pin-up punk à l'époque en ménage avec le leader de Disorder (qui partagea son batteur avec Amebix, voilà c'est dit). Si le groupe est écoutable sur disque, en live, je n'accroche pas du tout à ce punk beaucoup trop 80's, presque ringard. Absolument pas ma came comme la plupart des groupes de punk mainstream 77 et Uk 82, je laisse rapidement tomber et quitte la foule qui n'a pas l'air plus enthousiasmé.

Entre chaque changement de groupe, un dénommé DJ Cheribi se charge de mettre l'ambiance avec un set  soul/reggae/rocksteady ultra efficace ! Un enchaînement de tubes jamaïcains et black music 60's ultra dansant. C'est bien la première fois que je vois autant de gens danser entre les groupes. DJ Cheribi (également producteur d'un sympathique Fanzine du même nom) mène une véritable animation à chaque changement et non pas un simple remplissage musical, sa sélection de disque est de grande qualité ! Sur le dancefloor, tout le monde est conquis, punks comme skins.

Des skinheads, il y en a d'ailleurs beaucoup ce soir. La raison de leur venu ce soir est la « French Oï ! Surprise » qui suit le set de Vice Squad. Il s'agit ni plus ni moins que du concert de reformation de R.A.S, un des groupes de Oï ! Français les plus réputés, mais qui n'a eut qu'une courte existence au début des années 80, refusant l'embrigadement de mouvement skin dans l'extrême droite (cette position difficile à tenir à leur époque avait fini par avoir raison de la motivation du groupe) et appelant les crânes rasés à abandonner l’ambiguïté politique et à se déclarer pro ou antifasciste.
La nouvelle a dû se répandre comme une traînée de poudre dans le milieu parisien et ils sont très nombreux à être venu assister à l’événement, même si peu d'entre eux étaient nés à l'époque. Ça ne les empêche pas de reprendre en cœur les paroles que la plupart semblent connaître à fond, rapidement c'est une grosse ambiance de stade qui accompagne la prestation du groupe, qui a grave la banane. Si les années ont eut de l'effet techniquement (les musiciens ne sont pas forcément en rythme et alignent les riffs difficilement, mais qu'importe), la motivation et l'envie sont intactes et ils nous livrent un des concerts les plus intenses de la soirée. Une bonne humeur communicative et un public presque en fusion avec le groupe au propre comme au figuré puisqu'on se saisit des micros de partout et la scène finit par être inévitablement envahie. Le chanteur annonce que ce concert ne sera pas unique et que des dates sont en préparation. Un concert mémorable et touchant de communion skinhead ! Un échauffement parfait pour les Cockney Rejects.

Groupe d'un gabarit différent du reste de la soirée, les Cockney Rejects sont le symbole de la première vague de punk skinhead et ont foulé tout type de scène depuis une trentaine d'année, autant dire qu'ils font figure de tête d'affiche et que la nature de leur set sera assez dissemblable avec les autres groupes.
Dans une ambiance chauffée à blanc, le public reprend en chœur tous leurs grands succès pendant que la bande à Jeff Turner enfile les titres sans temps mort, intense mais très rôdé. Show assez paradoxal puisque très bon, entraînant et énergique, ne manquant pas de charisme mais probablement exactement le même qu'hier et que demain. Pas très « spontané » à mon goût, le quatuor fait quand même mouche avec un public de skins complètement à fond, entourés sur scène de RAS et de son entourage, la prestation fait presque figure de grande messe du crâne rasé. Au final, un des sets les plus intenses et intéressants de tout le festival, qui me fait penser que les avoir raté au Hellfest quelques années auparavant n'était pas si mal car je n'aurais probablement pas pu bénéficier d'une ambiance aussi folle, avec pogo rude, sing-along et tendus d'écharpes du PSG (si, je vous jure).

DJ Cheribi remet le couvert pour quelques excellents passages dancefloor jamaïcain old school, et c'est au tour des parisiens de Youth Avoïders d'envoyer des bûches. Ils n'auront besoin que de 20 minutes de set pour mettre le public à genoux et leurs poumons sur les rotules. Si tant est besoin de prouver qu'ils sont un des meilleurs groupes de hardcore français actuels, les quelques potentiels hésitants présents verront leurs doutes balayés en quelques riffs ultrarapides qui claquent comme des tacles à la tempe. Les veines rouges sangs et l'oeil pas mieux, le chanteur éructe comme un damné, et le public se met bien cordialement sur la gueule en toute amitié, les grecs d'Era Of Fear à présent bien secs de trop s'être hydraté de bière enchaînant stage diving et coups d'épaule avec votre serviteur aux anges et les quelques neuski restant à l'aise de même. On est à Paris (enfin à Ivry, mais c'est pareil), les fans et les potes sont là et reprennent au micro. Si les cockneys ont mit le feu, Youth A. dynamitent tout à coup de parfaits hymnes punks devant les yeux ébahis de la foule ne s'étant pas éclipsé après que les anglais aient débarqués de scène. Viviant comme une douche glacée, les Avoiders exécutent de front les plus rapides et plus brutales de leurs compos pour ce qui reste à mes yeux le meilleur concert de la journée, et vivement la prochaine fois que je les voie !

Le reste de la nuit sera consacré à une guinche endiablée rythmée par la sélection made in Cheribi sur laquelle je ne fais pas long feu, faut que je choppe le dernier métro pour Paname (que je rate et fait le trajet Ivry-14eme en vélib' sous la flotte, quel bonheur).

9 mai, deuxième jour :

Retour à Ivry-sur-seine, ville du bonheur quotidien et des restes de fabrication d'urbanité façon années 60,  les tours grises comme le ciel histoire que ces furoncles urbanistiques se fondent dans l'ambiance générale pour qu'on ne les remarque pas (raté), pour la suite des aventures de l'Unpleasant Meeting. Cette fois, on ne me la fait pas, je prend mon temps et j'arrive en retard, juste assez pour rater les danois de Metro Cult. Tant pis, je ne les connaissais pas et ça n'y changera rien.

C'est donc avec Hysteria Ward que je commencerais cette journée. Encore un groupe inconnu au bataillon pour moi, il s'agit d'un post-punk très froid, assez déprimant, une formation classique guitare/basse/batterie/clavier/chant. Les morceaux s'avèrent assez lugubres, certains vraiment sympathiques, mais une certaine monotonie frappe leur prestation. Le changement de chant sur quelques morceaux (le claviériste et la chanteuse intervertissant leurs rôles) sera salutaire, l'un offrant un chant bien plus passionné et prenant que sa collègue. Pas inoubliable pour autant, mais après quelques recherches, je me rend comte qu'Hysteria Ward n'a sorti qu'un album en 1986 et s'est récemment reformé, je suis assez content de les avoir vu, leurs shows devant être rares.

On reste dans le post-punk aux influs goth avec les barcelonais de Belgrado, qui visiblement étaient présent à toutes les précédentes éditions ! Mené par une chanteuse parait-il sosie de Siouxie Sioux, le jeune combo a une énergie bien plus punk que leurs prédécesseurs. Ils assurent un set correct et assez énergique (pour le genre dans lequel ils officient), même si manquant un petit peu de charisme, malgré les efforts de leur frontwomen. Assez dansant, j'ai fini par entrer dedans vers le milieu du set, étant peu fan du genre habituellement. Gageons qu'ils vont probablement s'améliorer au fil des ans.

Je ne sais plus où j'étais quand j'ai raté Part 1, tant pis pour eux. Je réapparais près de la scène pour Hagar The Womb. Musicalement proche d'un Crass en plus gentil, ce combo d'anglais dans la force de l'âge (encore, hé oui) a l'air de faire ça pour la déconne : un guitariste déguisé en tigre, un vieux rasta hilare en costard vert à la basse, deux chanteuses bariolées qui lisent leurs textes en chantant avec l'air de prendre un grand plaisir à balançer des paroles à moitié absurdes, à moitié trash (pour ce que j'en ai compris). Un beau bordel où tout le monde se fait plaisir, une forme de prestation très dadaïste. Si j'approuve question concept, je suis lassé musicalement très rapidement et m'éloigne picoler après la moitié de leur set.

C'est au tour de The Cravats d'entrer sur scène, groupe qui m'est autant inconnu que la plupart des groupes du festival, mais qui semble bénéficier d'une réputation underground assez forte, malgré l'assertion du chanteur : « hello, we are the Cravats and we have no fan outside the UK », certains ne venant visiblement que pour eux. Il y aura même un pogo musclé, assez surprenant sur ce Post-Punk très décontracté et jazzy. Il ne semble plus subsister grand monde du groupe d'origine hormis le chanteur-frontman, sorte de vieil ours indolent et râleur qui chante avec le flegme d'un pêcheur en pleine sieste et le charisme d'un maître de Kung-Fu ! The Cravats est une bande son parfaite pour les déambulations éthyliques urbaines en milieu festif, oscillant toujours entre passages post-punk presque dansants, de surprenant breaks influencés free-jazz qui donnent un aspect inhabituelle aux morceaux et surtout cette impression d'ironie ambiante (je n'ai pas compris un traître mot des paroles) qui se dégage du chant et de la prestance du frontman. Un groupe original et de grande qualité qui traîne ses guêtres depuis une trentaine d'année sans avoir, étrangement, énormément de reconnaissance. Jetez-y une oreille s'ils passent à votre portée.

L'avant dernier groupe à passer est un autre groupe de Oï! français visiblement fraîchement reformé se dénommant Sherwood Pogo. Set moins intense que RAS mais avec à peu près autant de bonne humeur, le groupe ayant la banane du début à la fin. Énormément de monde devant, gros pogo, grosse ambiance. Quelques défauts à souligner, surtout les musiciens pas trop en place et des paroles parfois un peu affligeantes de naïveté (la bière et les copains, c'est cool, les hommes politiques et les policiers c'est pas bien ect...), mais ça n'entame pas la bonne ambiance général de leur prestation.

Le plus gros morceau sera pour la fin avec Chaos UK. Un véritable séisme de crust. Amplis à fond, d-beat incessant, le groupe martèle l'audience d'une déferlante de violence punk. Pogo gigantesque et sans pitié. Le groupe ne prend même pas la peine d'adresser quelques mots au public et enchaîne les morceaux sans temps mort, ce qui a pour effet de transformer le d-beat en un mantra répétitif que viennent rehausser les riffs des guitares pour une impression de tunnel de psychédélisme bourrin ! Même leurs disques ,qui pour le coup ne sonnent que comme de pâles démos, ne pourront vous donner une idée de ce qu'a été la conclusion de ce deuxième jour ! Les Chaos UK auront été au niveau de la scène suédoise question intensité et violence, en plus crasseux et plus méchant. Ils ont du s'acheter du bon matos depuis quelques années pour devenir aussi puissant. J'en sors lessivé et ravi, un des meilleurs concerts de crust de ma vie.

La nuit du Soft se poursuivra en mode teuf hardtek, mais là encore cassos, faut pécho le dernier métro (hé les STIF , y'a de la vie en banlieue passé minuit, élargissez vos horaires, bordel).

10 mai, troisième jour :


Je vous épargne mes navrantes aventures dans le métro, allons directement au fait de ce troisième jour : Unfixed commence avec deux heures de retards sur le planning, ce qui commence à être un peu lourd. On a beau aimer les ambiances à l'arrache et s'envoyer des pintes, ces longs retards commencent à être usant. J'accroche peu à Unfixed, Punk Hardcore féministe un peu trop convenu musicalement, voir même un peu trop grand public malgré toute la bonne volonté du groupe. Les structures des morceaux sont trop stéréotypés et manquent de véritable entrain plus que d'attitude. Pas énormément de public qui comme moi, ne sait plus s'il doit arriver en avance ou en retard, s'il doit rester patienter dehors, faire son marché du côté du merch...bref la sauce prend moyennement, dommage pour Unfixed.

Ma mémoire est trouble, mais il me semble bien que c'est Dystopian Society qui enchaîne après une longue pause. Trio italien de deathrock, ils ont la tenue et tout le décorum gothique que j'ai habituellement du mal à supporter. Aujourd'hui, ca ne me choque pas, probablement dut au fait qu'ils ont sévèrement bouffé du punk. La musique reste certes froide et morbide mais comporte un côté agressif et presque violent parfois qui accroche plutôt pas mal l'auditeur.

Je passe rapidement sur Bus Station Loonies qui synthétise tout ce qui m’horripile dans le punk. Basique et sans entrain, servant un chanteur habillé vert fluo qui se démène à faire le guignol sur scène. Pas d'énergie, un humour qui ne me touche absolument pas, je pars consterné après deux morceaux.

Heureusement, le set suivant a tout pour me plaire, il s'agit des anglais (encore, et oui) de Constant State Of Terror, qui en plus d'avoir un nom qui défonce, jouent un gros crust metal des familles que je ne peux m'empêcher de rapprocher de leurs compatriotes d'Extinction Of Mankind. Emmené par le frère caché du leader d'Extreme Noise Terror au chant et de celui de Dave Mustaine à la guitare (une version politiquement fréquentable), le combo envoie sévèrement des bûches, ce qu'il faut de d-beat, de riffs crust et parfois thrash, un son musclé pour pogo musclé. Mais ils ne sont pas aussi fascinant que Chaos UK, j'ai le sentiment qu'il leur manque un rien de brutalité et d'explosivité, bien que charmé par leur prestation, je n'assisterais pas aux deux derniers morceaux, un peu lassé par la linéarité de leur set-list qui gagnera à être remaniée.

Viens ensuite ce qui est annoncé comme « Steve Lake With POG Members plays Zounds ». Derrière cette formule obscure se cache donc Steve Lake, bassiste et co-leader de Zounds, un des premiers groupes du mouvement anarcho-punk anglais qui ne dura pas qu'une demi-douzaine d'année entre 1977 et 1982. Ils sont notamment connus pour avoir été très copains, soutenus et avoir tourné avec Crass (comme c'est étrange). Séparés pendant plus d'une vingtaine d'année, ils se sont reformés à initiative dudit Steve Lake. Cependant, ici c'est donc le bonhomme qui joue une sélection de chansons de Zounds, accompagné par la violoniste et le batteur de Pog, un groupe de folk punk originaire de Brighton, ainsi que de Joe Davin, bassiste de The Cravats et de Pog. Vous avez suivi ? Bien.
Le set est franchement agréable, les interprétations plus douces que les originales, naviguant sur un rock apaisé frisant avec la folk. Steve Lake a l'air de se faire bien plaisir sur scène, le public est lui-même très réceptif et réagit avec entrain aux chansons et aux petits speech du leader entre chaque morceau, d'autant plus qu'il est composé en parti de presque tous ses compatriotes de la veille et du jour ! Ne connaissant absolument pas la sélection en question, je suis bien en peine de vous dire lesquelles ont été joué, toujours étant que l'adaptation à ce set solo avec les Pog est tellement bien réalisé qu'on a peine à croire qu'il s'agit réellement de Post-Punk. La comparaison qui me vient directement à l'esprit est plus Billy Bragg que Crass ! Une bonne surprise.

Le groupe suivant est l'une des raisons de ma présence à ce festival. Cress est un groupe rare. Et discret d'ailleurs. Bien que j'ai pu écouter en boucles Monuments les mois précédents l'Unpleasant Meeting (et même après), je n'ai pu trouver que peu d'informations à leur sujet. Brisons ici le suspence : oui Cress ressemble beaucoup à Crass, les deux formations partageant un engagement politique très à gauche orbitant autour des thèses anarchistes et écologistes. Musicalement, Cress reprend tout l'esthétique sonore et les structures de Crass en y ajoutant un son très saturé rappellant un peu le son crust metal. Différence notable, l'absence de batterie, ici remplacé par une boite à rythme, donnant parfois sur disque des airs de Godflesh à leurs chansons les plus trainantes (elles sont assez rares, leur musique est en général fidèle à leur modèle, directe et rentre dedans). Leur seul album est sorti en 1997 et difficile de savoir s'ils se sont reformés ou s'ils ont simplement continué d'exister loin de tout radar médiatique traditionnel, l'enquête est ouverte.
Deux guitares, une basse, pas de batterie et un chanteur. Rien de plus et c'est parti. Je ne suis pas le seul à être venu pour les voir, de nombreux crusts ont fait le déplacement plus que pour Chaos Uk c'est dire, certains connaissent même les paroles par cœur. Évidemment, l'ambiance est agitée même si le public est peut-être moins nombreux que sur les autres « têtes d'affiches », Cress étant probablement plus une affaire de « spécialistes ». Les membres du groupe ont prit un sacré coup de vieux, en particulier le chanteur dont la voix masque difficilement le poids des années et les hurlements passés. S'il réussit à tout chanter sans fausse note, son timbre très marqué par l'âge est déconcertant. Les autres musiciens assurent le set sans problème, et tous le groupe ne semble pas avoir lâché sa rage des débuts, donnant un côté tendu à leur prestation. Aucun défaut à signaler, le public le leur rend bien et le groupe semble apprécier d'avoir put jouer devant tant de monde motivé !

Je n'assiste pas au set du dernier groupe, à savoir Uk Decay parce que 1. ma culture punk me fait défaut et même si je sais qu'ils ont pu avoir une forte renommé durant leur première période d'existence (1978-1982), je n'en connais pas grand chose 2. Ce que j'ai pu écouté d'eux ne m'a absolument pas botté 3. à la base je suis pas très post-punk et ca fait deux jours que j'en vois alors je sature un peu 4. J'ai pas envie de retourner à Paname en vélib'.  C'est donc au début du set d'Uk Decay que l'Unpleasant Meeting se finit pour moi.

Alors, voyons voir :

Question bilan, je vois beaucoup de positifs à dire sur cette troisième édition (et première pour moi), ainsi je commencerais par le négatif. Assez peu à relever, à part les retards assez énervant au bout d'un moment et quelques comportements individuels de la part de membres du public, comme le groupe d'espagnols rigolos au début mais vraiment casse-couille à la fin et quelques personnes qui devraient un peu surveiller leur consommation de je-ne-sais-quoi pour éviter, par exemple, de se mettre en position fœtal sur le sol en plein pit pendant Chaos Uk, surtout si on fait 45 kilos tout mouillé...
Ces quelques détails n'entame en rien le plaisir que j'ai pu prendre pendant ces trois jours. Le lieu, tout d'abord, bien équipé, bien adapté avec une équipe sympa et accueillante. Presque tous les groupes ont donné de très bons concerts et ont eut un public qui a bien réagit à chacun, peu de « désertion » de sa part et toujours une bonne ambiance, un pogo vraiment sympa sans violence inutile et sans mollesse. Si beaucoup de groupes m'était inconnus, j'ai plutôt été bluffé par la majorité d'entre eux, même ceux officiants dans des styles qui me touche peu. La diversité de l'affiche est également très plaisante (un peu trop de post-punk cela dit), qu'on pourrait presque comparer à celle du Hellfest du côté punk de la musique car touchant presque à tous les styles affiliés (sans les grosses têtes d'affiches relous), qui se ressent jusque dans le public avec des punks, des goths, des crusts, des skins...un mélange assez rare, en tout cas pour moi. On retiendra également le « marché  punk » où on pouvait trouver d'excellents disques à pas chers proposés par des gens pour qui l'éthique punk  n'est pas un vain mot. Le Unpleasant Meeting peut se targuer d'être un festival de grande qualité avec une affiche pointue et une affluence plus que correct, portant les valeurs du DIY et du non-profit avec honnêteté. A ceux qui trouvait que 18 € par jour, c'est trop cher, je vous conseille de regarder une nouvelle fois l'affiche et de vous mettre à organiser des concerts pour vous rendre compte à quel point c'est franchement pas cher payé pour un événement aussi bon ! Un grand bravo aux organisateurs et à tous ceux impliqués, si vous remettez ça l'année prochaine, ça sera avec plaisir.

Garik (Juillet 2014)

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