We Insist! + Grauss Boutique + Baron Crâne La Scène Michelet, Nantes, le 15 novembre 2017

15 novembre 2017, le froid commence à s’installer doucement mais sûrement sur le flanc ouest de la France. Il existe néanmoins quelques lieux diffuseurs de chaleur en terre ligérienne, à Nantes, plus précisément à La Scène Michelet, qui ne dort ou n’hiberne jamais (rarement), peu importe la saison en cours. Ce soir-là c’est un plateau d’excellence Rock qui nous est proposé, avec les increvables, instables Parisiens We Insist! accompagnés de leurs voisins de palier Baron Crâne et des Tourangeaux de Grauss Boutique, qui ont déjà foulé ces planches l’été dernier en ouverture de Dub Trio.



Il fallait arriver tôt pour – si ce n’est apprécier l’ambiance unique « du Michelet » une Punk IPA à la main – ne pas louper une miette de l’ouverture assurée par Baron Crâne, ma découverte du soir. Après avoir perdu quelques secondes à bavasser me voilà devant ce trio instrumental, déballant une multiplicité complètement raccord avec le thème de la soirée. Rock progressif, Dub, Stoner, Jazz, Doom se confondent et sautent aux esgourdes d’un auditoire visiblement conquis sans forcément connaître la chose. Les Parisiens parviennent à rameuter un monde assez conséquent, à tel point que la salle est quasi pleine à la fin de leur set, pas si courant pour un groupe d’ouverture. On remarquera un batteur central, caméléon, assurant chaque mutation stylistique avec aisance, soutenu par une guitare en feu, souple, aérienne, ou corrosive lorsqu’il le faut, ainsi qu’une basse non-dissimulée, harmonisée à l’ensemble et en capacité de faire vibrer nos estomacs imbibés lors des parties grasses. Fort d’un EP et d’un album, le premier trio à se présenter est à conseiller dans toutes le chaumières avisées. Baron Crâne, notez bien.



Les déjà familiers Grauss Boutique n’iront pas par quatre chemins pour déployer leur Math-Rock décomplexé tout aussi instrumental, explorant davantage les dimensions festives et opulentes du Rock souterrain, vêtus sans aucune forme d’explication en chirurgiens. Un délire scénique qui peut rappeler ceux de Mr Bungle il y a fort (fort) longtemps, et qui demeure trop rare sur nos estrades aujourd’hui. Un lien chirurgical peut toutefois se faire avec la musique exécutée, précise, minutieuse, que l’on s’attarde sur le groove incollable agencé par le frappeur extirpé d’Ez3kiel, les notes rondes, granuleuses, parfois sautillantes d’un bassiste raisonnablement heureux, ou la nonchalance d’un guitariste agile et heureux, lui aussi. Quasiment l’intégralité du premier album y passe, "Petit Jaune", "Echine of Doom", "Safari Tanzanie", "Déchire Ton Ciel", autant de tubes instrumentaux qui enjailleront une salle comble et moite, mouvements de têtes circulaires à la clé. Leur première à la Scène Michelet n’a pas dû passer inaperçu. Et on espère prendre notre pied en face à face avec eux encore d’innombrables fois.



Les interstices se resserrent davantage dans la salle lorsque We Insist! prend ses marques, rapidement assimilées. Ces charmants briscards exposent alors l’étendu de leur Rock protéiforme, à travers une setlist articulée surtout autour de Wax and Wane, dernier (excellent) album. "Digital Fingers Glory", "Crack the Code" engendrent quelques mines affichant plénitude et satisfaction, "Liquid Rat Race" fera décoller un auditoire transi, par ses incantations instrumentales, alors que "Eerie Fables and Small Faces" soumettra ses cassures et nous nous y plierons volontiers. Le dernier trio de la soirée fait briller son expérience en exécutant un set d’une justesse éclatante, où le batteur/chanteur montre une aisance flagrante à assurer ses deux fonctions en même temps, où guitare et basse se répondent dans un dialogue fluide et rodé, malgré la complexité des compositions. Une prestation peut-être plus assurée que leur passage en 2015 dans le coin, devant un public bien moins épais à l’époque. Les Parisiens n’oublieront pas de ponctuer leur concert par un morceau de l’album précédent, "My Friend’s Lonely Mate", bijou sensible et intemporel. On ne pouvait rêver meilleure cerise.



Quelques échanges et godets partagés avec les trois trios plus tard, on se couche ravi et enthousiaste à l’idée de revoir ces groupes et personnes de qualité top+. Merci à la Scène Michelet et Crumble Fight pour l'accueil et l'attention, merci aux gens, et merci à Gaël Hervé pour ces formidables clichés.

Tang (Décembre 2017)

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