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Prophecy Fest, jour 1 (28/07/2017) Balver Höhle, Allemagne

Depuis maintenant trois ans, le label Prophecy Productions s'est fait remarquer en organisant un festival dans une grotte perdue dans une petite ville allemande, avec l'idée de faire jouer leurs artistes dans des conditions exceptionnelles. En toute logique, la qualité de leur catalogue se retrouvait dans la programmation, comprenant des concerts spéciaux, des premières sur scène, et d'autres bonnes idées qu'on retrouve peu souvent dans la multitude de festivals metal qui se tiennent Europe. Cette année, la nouveauté principale était la présence de trois groupes non-signés sur Prophecy, avec un large éventail de styles : Solstafir, Hypnopazuzu et Hexvessel.

 Nhor

C'est donc au one-man band Nhor d'entamer les hostilités du Prophecy fest 2017. Sauf que le terme "hostilités" n'est pas vraiment approprié ici. Si cet anglais s'est fait connaître avec une série d'albums de black metal atmosphérique sauvages et particulièrement bien composés, ce n'est pas ce que Nhor a décidé de jouer pour sa toute première apparition sur scène. Nous avons en fait droit à un concert instrumental, uniquement joué au piano, sur le même format que son dernier album Lunar Oritur. Dos au public, le musicien interprète des compositions aux mélodies délicates. Celles-ci sont loin d'être surchargées, les notes étant jouées par poignées qui s'évaporent dans l'air de la grotte.



 Ce minimalisme d'écriture rappelle le Brian Eno de la grande époque, et on imagine d'ailleurs bien ces pièces accompagner une exposition dans un musée. Visiblement, Nhor a eu la même idée, puisqu'une artiste est en train de peindre à côté du musicien, avec sa toile qui est projetée (mais mal éclairée) sur l'écran de la salle. Les festivaliers pouvaient aussi avoir une expérience similaire en allant regarder les oeuvres qu'exposaient le jeune et talentueux Irrwisch, curateur visuel du Prophecy cette année (qui succédait à Fursy Tessier et Tenhi les années précédentes).



On peut se douter que les fans ont secrètement espéré que Nhor lâcherait à un moment son piano pour jouer du black metal, avec des musiciens de sessions cachés derrière la scène. Mais il n’y eut rien de cela. D'ailleurs, ça n'aurait pas vraiment été assorti avec les pièces au piano. Si on peut vanter les vertus propices à l'introspection, voire à la méditation de ce set, on peut lui reprocher d'avoir manqué de dynamisme. Une introduction surprenante pour un festival, mais qu’attendre d’autre du Prophecy fest ?

Soror Dolorosa

NDLR : (Le concert de Soror Dolorosa a commencé 15 bonnes minutes en avance par rapport au running order : dommage pour les fans qui n'étaient pas dans la grotte à ce moment-là. Cette bévue vient d'ailleurs entamer une série de grosses approximations sur le running order pour tout le festival, qui seront surtout des retards.)



Andy Julia
est un touche à tout. Il est entre autres connu dans la scène goth/post punk parisienne pour ses talents de DJ aux soirées du Klub. Et son groupe Soror Dolorosa se pose comme une synthèse de ces courants musicaux, en incorporant les canons de ces styles dans leurs compositions. On retrouve notamment des riffs, et un travail soigné sur leur son de guitare délicat, qui évoquent assez nettement The Cure. La section rythmique est hypnotique, basée sur la répétition. Avec ses lunettes de soleil et sa veste de cuir, Andy Julia ressemble à s'y méprendre Andrew Eldrich à la grande époque de The Sisters of Mercy, ce qu'on retrouve également dans certaines intonations de voix. Très actif sur scène et plutôt charismatique, il donne une bonne dynamique visuelle au concert, qui bénéficie par ailleurs de belles lumières. Concernant le son, il vaut mieux se trouver au fond de la grotte, car il y a beaucoup trop de basse quand on se rapproche de la scène.



Les chansons de Soror Dolorosa sont en fait une sorte d'amalgame de toutes les formules qu'on retrouve dans les formations incontournables post punk / goth rock comme Fields of the Nephilim ou The Chameleons. Malheureusement, les mélodies jouées ne sont pas aussi mémorables et entraînantes que celles de leurs aînés. C'est un bon concert, joués par des musiciens qui maîtrisent leur sujet, mais il est altéré par les trop nombreuses références qui viennent en tête à l'écoute, à tel point qu'on en viendrait presque à souhaiter qu'ils jouent des covers plutôt que leurs propres morceaux.



Soror Dolorosa finit cependant son set de manière plus convaincante, avec un nouveau morceau incorporant une ligne de clavier qui lui donne une ambiance sépulcrale réussie. En guise de final : une chanson nettement plus agressive, dont le jeu de guitare et la batterie rappellent les premiers albums de Killing Joke. Le potentiel est donc là pour le groupe, reste à savoir s'ils ont su l'exploiter pour Apollo, leur double album qui sortira le 15 septembre prochain.


Sun of The Sleepless

La prestation de Sun of The Sleepless était sans conteste l'un des temps forts de cette édition 2017 du Prophecy Fest. Et pour cause, il s'agissait du deuxième concert du projet depuis sa formation, faisant suite à une unique apparition sur scène en 1999. Sun of The Sleepless avait depuis été mis en hibernation par son géniteur Marcus Stock pour se consacrer pleinement à Empyrium et The Vision Bleak. De retour cette année avec un excellent premier album, est-ce que la formation allait transformer l'essai et répondre aux attentes des fans ?



On remarque d'abord que le line-up comprend trois guitaristes, dont Marcus et Eviga de Dornenreich. Ce choix est intéressant parce qu'il donne une puissance supplémentaire aux morceaux. L'idée est aussi bonne compte tenu du fait que cet album est axé sur les attaques à la guitare, ce que ce soit avec des riffs ciselés en distorsion, ou des interludes en son clair de toute beauté. On peut aussi noter l'utilisation de riffs très percussifs et efficaces en palm-mute, soutenus par la batterie du français Vincent Kreyder. Marcus est bien en voix ce soir, à la fois en growl et en chant clair. Dommage qu'il n'ait pas trouvé de musicien qui puisse l'assister à la voix, les harmonies vocales étant en conséquence assurés par des samples.



Devant une interprétation impeccable, ce concert avait tout pour être un des meilleurs du festival, mais il a malheureusement été handicapé par un mauvais son. En effet, un trop plein de basse rendait les guitares peu audibles, ce qui pose un problème de poids quand il s'agit de black metal. Ces problèmes de son concerneront malheureusement un certain nombre de concerts du festival, et tout porte à croire (après discussion avec les artistes) qu'on peut les imputer en grande partie à l'ingénieur-son de l'événement. Il était derrière la console pour chaque concert qui avait un mauvais son, avec un air peu concerné, voire même amusé quand les basses étaient vraiment trop fortes.



 Il est concevable que faire sonner du metal dans une grotte ne soit pas une chose facile, mais une attitude si peu professionnelle est frustrant. Cela d'autant plus que la setlist était variée, ne se concentrant pas uniquement sur des nouveaux titres. Sur la fin du set, Marcus invite Alboin (du groupe Eïs) sur scène pour chanter "Thou, whose face hath felt the Winter's wind" et le résultat est convaincant, leurs deux voix fonctionnant bien ensemble. Ceci vient conclure un très bon concert de Sun of The Sleepless, qui n'aurait pu être meilleur qu'avec un bon son. Espérons qu'il y en aura d'autres prochainement. [PS : petite consolation, le concert a été enregistré et mixé par Marcus. Disponible sur Youtube]

Arcturus

Pendant les balances du concert, on pouvait entendre Vortex chanter « War Pigs » de Black Sabbath comme un jouvenceau, ce qui pouvait laisser présager qu’Arcturus allait briller ce soir. Ce ne fut malheureusement pas le cas, et cela pour plusieurs raisons. D’abord, la setlist  pouvait susciter des interrogations, avec aucun titre de Sham Mirrors et l’absence de classiques qui ont fortement pesé sur le dynamisme du concert (« Shipwrecked Frontier Pioneer » ou « Master of Disguise »).



Ensuite, le son était encore assuré par l’ingé-son du festival, qui avait déjà fait des « merveilles » jusqu’à présent, et le résultat était tout sauf convaincant. Tout allait bien sur les chansons lentes avec de la guitare claire, laissant entendre les ambiances si caractéristiques d’Arcturus propices au voyage astral. Mais dès que la distorsion revenait que le rythme s’accélérait, la guitare devenait inaudible, couverte par la basse et la grosse caisse… De plus, le clavier était peu audible sur l’ensemble du concert, ce qui pose problème dans un groupe où il est si prépondérant, comme dans Arcturus.



Enfin, tout porte à croire que l’ami Vortex n’avait pas envie d’être là, et s’investissait très peu dans le concert. Entre deux morceaux, il nous avoue avoir hâte de boire du whisky avec un de ses amis. Sur certains morceaux, il était visiblement en train de lire ses paroles, et il n’y avait aucun effort de communication avec le public pendant les pauses, se contentant de regarder la setlist pour annoncer la suite du programme… Justement, vers la fin du set, Vortex s’exclame « Oh non, encore The Chaos Path ? Vous ne voulez pas qu’on joue Shipwrecked à la place ? » Devant la réaction des autres musiciens et du public, le chanteur a dû se résigner… Bref, quand même le musicien n’est lui-même pas dans son concert, il est difficile de se forcer à entrer dedans. Si on fait le bilan, ce n’était donc pas un bon concert  pour un groupe de la carrure d’Arcturus, loin de là.


GlerAkur
    
Encore relativement inconnus il y a quelques mois, GlerAkur avaient pourtant frappé fort à l’édition 2016 du Prophecy Fest, avec leur post-rock instrumental hypnotique, virant parfois vers le drone ou l’ambient. Avec un bon premier album sorti en juin dernier, le tout était de savoir si cette réussite se confirmerait sur scène. On peut déjà remarquer que le line-up est différent de l’année dernière, avec cette fois pas moins de quatre guitaristes, un bassiste et deux batteurs ! Et contrairement à ce que l’on pourrait attendre de cette configuration, le son est vraiment précis, faisant bien entendre le travail de chaque guitare et des deux batteries. Une fois n’est pas coutume, c’était pourtant l’ingé-son du festival à la console, ce qui nous rappelle à quel point un groupe est lui aussi responsable de la qualité de sa sonorisation sur scène, un fait trop souvent oublié.



On peut remarquer que les compositions de GlerAkur  ont un rendu bien différent en live par rapport aux versions studio : le rendu est ici plus organique et massif, et permet de s’immerger dans la musique jouée. L’autre différence majeure est le chant polyphonique. Quasiment absent du disque, ces voix ajoutent une nouvelle dimension mélodique vraiment prenante à leur musique, d’autant plus qu’il est très bien exécuté et juste.



Il est difficile de ne pas faire la comparaison avec leurs compatriotes Sigur Ros, GlerAkur développant le même type de composition, qui se construit petit à petit avec les instruments, pour exploser dans un climax très puissant, allant parfois lorgner vers le metal. Les deux batteries ont un rôle bien important ici : avec leur jeu complémentaire, elles incorporent des sections qui se répondent l’une à l’autre avec brio. Le concert est d’ailleurs accompagné de belles projections sur l’écran, qui rendent l’atmosphère plus onirique. Tous les éléments étaient donc réunis pour que GlerAkur donnent un concert parfait et, cela aurait pu être le cas si la conclusion n’avait pas fait pschitt.



Dans le cadre du festival et de ses concerts exceptionnels, le groupe avait annoncé une collaboration exceptionnelle avec Solstafir. C’est donc pour la dernière chanson que Addi Tryggvason et Svavar Austman montent les rejoindre sur scène. Pour jouer un sublime jam de rock atmosphérique comme les Islandais savent si bien le faire, vous supposez ? Eh bien non, ce fut une reprise de « Partybaer » du groupe de hard rock islandais HAM. Ce choix pouvait susciter l’étonnement mais il était en fait logique. Flosi Þorgerisson, membre de GlerAkur, joue également dans HAM, qui a eu une énorme influence sur la scène islandaise et suscité de nombreuses vocations, y compris parmi les personnes qui se tenaient sur scène ce soir. L’hommage était beau en théorie, mais la pratique ne fût pas une complète réussite. Certes, la voix éraillée (et fausse) d’Addi convenait parfaitement à la chanson, mais force est de constater que le punch de l’originale n’y était pas, ce qui est un comble compte tenu du nombre de musiciens sur scène. De plus, cette chanson jurait complètement avec l’atmosphère boréale que GlerAkur avaient tissés dans la grotte pendant leur set. Cela n’aura pas empêché GlerAkur de donner le concert le plus appréciable de la journée.

Solstafir

Solstafir faisaient donc partie des intrus sur l'affiche du Prophecy Fest 2017. Et on pouvait légitimement se demander pourquoi, étant donné que c'est un groupe tout sauf rare dans nos contrées. Les Islandais commencent leur set sur un titre de leur nouvel album, controversé car s'éloignant nettement de leur son signature pour s'orienter vers du rock assagi et très catchy, lorgnant parfois vers le old school. Certains y voient là le résultat du départ forcé de Óli, qui tenait une place très importante dans la composition au sein du groupe depuis sa formation. A petite dose, force est de constater que ces nouveaux morceaux passent plutôt bien sur scène, d'autant plus que le son est plutôt bon. L'enchaînement sur "Otta" se fait sans encombre, d'autant qu'il est vraiment bien joué par les musiciens, sauf Addi qui est toujours à la limite de la justesse voire faux au chant.



On peut noter avec déception l'absence du banjo qui apporte un plus non négligeable à ce morceau. C'est vraiment criant quand le riff se fait entendre à la guitare claire, alors que Solstafir s'étaient pourtant arrangés pour avoir un banjo sur les tournées précédentes. Pour le reste, il n'y a pas grand chose à dire sur l'interprétation du set, qui est complètement rodé (sauf le bémol sur le chant cité plus haut).



 Le son de Solstafir est toujours là, et les musiciens arrivent parfaitement à restituer ses différentes nuances sur scène. C'est ailleurs que le bât blesse. Les chansons de Berdreyminn sont rapidement d'un ennui mortel, coupant tout le dynamisme du set et l’immersion dans la musique. La différence se fait très clairement sentir quand de vieux titres comme "Necrologue" sont dégainés, avec une écriture bien plus intéressante tout en étant plus efficaces sur scène. Ainsi, ce concert passe de moments de pure brillance à des clichés usants. On en ressort frustré, avec une impression d'un groupe au potentiel gâcha. C'est ainsi que se termine cette bonne première journée du Prophecy fest, tout de même handicapé par le son décevant pendant certains groupes.

Report de la deuxième journée.


Neredude (Août 2017)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2017 Deviantart
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

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