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Ieperfest 2017 Belgique

Revenir année après année dans un même endroit procure d’étranges sensations et suscite l’introspection mais soyez rassuré, je vais vous épargner mes questionnements existentiels et m’en tenir à la dimension musicale de ce weekend passé à Ypres. Car oui, c’est bien de la 25ème édition du Ieperfest qu'il s’agit ici d’évoquer au travers d’un report non exhaustif et forcément objectif.

Vendredi

Au moment d’arriver, on ne peut s’empêcher de penser à la malchance des organisateurs tant, encore une fois, les cieux n’ont pas été cléments avec eux. Les pluies diluviennes qui se sont abattues ces dernières heures ont en effet causé la fermeture du parking tandis que le site s’est transformé en une gigantesque mare de boue. Cette arrivée est également l’occasion d’appréhender la nouvelle configuration des lieux, l’intégralité des scènes étant désormais abritée dans des chapiteaux. De façon assez étonnante, la Marquee est devenue la scène principale tandis qu’une nouvelle scène, la Thunderdome (en hommage aux années 90 ?) a vu le jour.

Les bruxellois Mont-Doré ont la dure tâche d’ouvrir le festival dans la Trench, autrement dit de débuter leur prestation devant, au mieux, une petite dizaine de personnes. Passages à la guitare claire, montée en puissance, voix écorchée : tous les ingrédients du Hardcore émotif sont présents mais les belges ne se limitent pas à ce genre et couvrent un large champ musical, allant des sonorités Black des passages les plus chaotiques jusqu’au Hardcore école Touché Amoré. Profitant de l’espace qui lui est offert, le chanteur finira par descendre dans la fosse pour finir le set dans le public. En matière de proximité, on peut difficilement faire mieux.

photo : Mont-Doré - Amy Ha

On enchaîne ensuite avec, hélas, les deux déceptions du jour. Tout d’abord les japonais d’Endzweck. Leur énergie et leur enthousiasme à jouer en Europe (malgré d’évidentes difficultés d’élocution en anglais, ils tiendront à nous en faire part à plusieurs reprises) ne suffiront pas à faire oublier leur son trop brouillon et le manque d’originalité de leurs compositions. No Omega ne brillera pas non plus par la qualité de sa prestation, faute notamment à une absence totale de basse. A leur décharge, il faut bien reconnaître que l’acoustique de la Trench n’est pas facile à dompter mais d’autres formations y arrivèrent au cours du weekend. Cependant, de façon inespérée, les suédois réussirent à inverser la dynamique en fin de set en proposant des morceaux plus variés, prenant le temps de développer des identités distinctives. De quoi finalement donner l’envie d’aller jeter une oreille sur leur dernier album sorti en mai (BC).

Entre Thrash, Back et Death Venom Prison terrasse à l’heure du thé la foule massée dans la tente principale et qui, telle une armée de zombie se met en branle au moindre break ! Dans un style différent, The Lurking Fear ne fera pas non plus de détails avec son Death hyper nerveux.


photo : Venom Prison - Amy Ha

La claque de ce samedi est par contre signée Gorguts et ce, malgré les problèmes techniques que les québécois rencontreront. Leur Death technique aux structures alambiquées est tout simplement monstrueux. Le chanteur impressionne par la puissance de son chant alors qu’il ne donne pas, avec son allure bonhomme, l’impression de forcer. Les passages de guitare en pizzicato sont tous simplement génialissimes tandis que la rondeur de la basse vous berce au son de la double pédale.

Que dire de la performance d’Havok ? Une vraie surprise ! Le moins que l’on puisse dire est que les Guitar heros se font plutôt rares au Ieperfest. La formation du Colorado détonne donc avec son Thrash sentant bon les années 80. Les passages ultra rapides alternent avec d’autres plus lents pendant lesquels la basse occupe le rôle principal, celle-ci étant même par moment slappée, chose plutôt rare depuis l’époque Neo Metal. La présence scénique de David Sanchez est énorme, celui-ci ponctuant le concert d’interventions libertaires engageant chacun à faire preuve d’esprit critique, inutile de vous décrire l’écho rencontré.

Histoire de ne pas uniquement parler de musique évoquons, en guise d’interlude, le philosophe du weekend. Après tout, le Roadburn a bien un curator. Laissez-moi donc vous présenter Paul Bearer, le fameux vocaliste de Sheer Terror qui eut la bonté de nous gratifier de pensées extrêmement profondes et dont voici un florilège : « Si j'ai bien compris, c'est un festival du végan. La question que je me pose est : mais que font-ils des vaches? Ils les envoient en maison de retraite? » ou « Si vous devez vous suicider, faites ça chez vous. Ne venez pas emmerder ceux qui ont vont bosser, qui ont des choses à faire. Mettez un beau costume et faites ça dans votre jardin ».

Ce vendredi se termine enfin par les deux tabassages en règles successivement orchestrés par Napalm Death et Hatebreed. Sans faire injure aux autres formations, toute la journée ces deux noms ont plané sur le festival. L'intro d’Apex Predator - Easy Meat retentit, prélude à une heure de déchaînement de violence. La compacité du public donne l’impression de se retrouver dans une petite salle, c’est sûrement l’effet qui était recherché par les organisateurs. La vitesse d’exécution du bassiste est littéralement impressionnante et permet de saisir toute la technicité qui se cache derrière la brutalité. A peine une heure plus tard, Bad Boys d’Inner Circle annonce l’arrivée d’Hatebreed. Avec l’orgie de breaks qui va avec, cela tourne rapidement au carnage devant la scène, les circle pits s’enchaînant. La musique d’Hatebreed a pour moi un peu l’uniformité d’un magma en fusion duquel n’émergent que quelques rares titres distinctifs (Looking Down the Barrel of Today, This Is Now...) mais il faut reconnaître qu’en live les américains sont de véritables machines de guerres et de grands professionnels sachant faire les choses comme il faut, remerciant l’organisation, saluant les autres groupes à l’affiche… Le groupe dédiera même Last Breath à Chris Cornell et à tous ceux qui souffrent de troubles mentaux.


photo : Hatebreed - Amy Ha

Samedi

En ce samedi matin, alors que la pluie tombe sans discontinuer, l'intérêt d'organiser un festival sous chapiteau saute aux yeux. Les groupes programmés un peu tôt y tirent également leur épingle du jeu, le public y assistant n’ayant jamais été aussi nombreux.

Ayant raté de peu les prometteurs Giver (en l'absence de parking, trouver une place à moins d'un kilomètre est un réel challenge) on se retrouve donc devant Reduction qui ne brillent pas par leur originalité avec leur Hardcore Tough Guy mais font le taf : nous faire patienter. On enchaîne ensuite avec Bathsheba. La voix envoûtante de leur chanteuse offre un contraste intéressant avec la partie instrumentale bien plus violente. Les belges délivrent un set apaisant, ce qui sied bien à un démarrage de seconde journée, à l'opposé du dévastateur Crust polyphonique et exigeant de Fubar qui délivrent une trentaine de morceaux en autant de minutes.

Link fait partie de l’armada de formations belges mise en avant par le fest. Bien que délivrant leur Epic Crust depuis 1997, les belges restent relativement peu connus en comparaison avec certains de leurs compatriotes. Alternant passages d’une lourdeur pachydermique et accélérations fulgurantes, leur musique est portée par un chant puissant qui vous saisit au plus profond de vos entrailles. Votre corps tout entier vibre, entre en résonance avec cette orgie de basses puis se laisse emporter par la mélancolie qui se dégage des guitares lancinantes. Car, toute aussi violente soit-elle, la musique de Link est essentiellement dépressive.


photo: Link - Vik Bulik

Terzij de Horde a beau jouer du Black, que ce soit dans leur attitude, leurs textes ou leur approche brute de décoffrage il y a définitivement quelque chose de Hardcore. En tout cas la Trench remplie est un signe de compatibilité avec les aspirations musicales des festivaliers. Habité, littéralement possédé leur chanteur passe une bonne partie du concert dans le public, venant jeter à la figure des premiers rangs sa révolte, notamment lorsque les hollandais engagent le bras de fer avec Geryon - See Extinguished the Sight of Everything but the Monster, rouleau compresseur de plus de 10 minutes. Tout comme le chanteur visiblement épuisé, c’est lessivés mais le sourire aux lèvres qu’on quitte la Trench.

C’est au son d’un orgue, dans une ambiance occulte que l’on y retourne. La scène a désormais été investie par les virginiens Cough qui nous proposent un mélange de Sludge, de Doom et de Stoner certes classique mais prenant. On se laisse emporter par les interminables montées en puissance, la répétition hypnotique de boucles puis les explosions finales.

Laissons maintenant notre cher Paul Bearer introduire le prochain concert : « je ne suis pas ces putains de Turnstile, je ne vais pas sauter partout comme un pétard fou. J'ai 49 ans, en surpoids, sous cocaïne et j'ai mal au genou ». Le moins qu'on puisse dire est qu'une fois mis en route, ce qui peut prendre un certain temps, les américains sont effectivement dynamiques. Brendan Yates est littéralement survolté, parcourant de long en large la scène ou le dancefloor tant sont nombreux les membres du public à y monter. Ça moshe dans tous les sens et dans la bonne humeur, le micro puis même la basse (le temps de laisser le bassiste faire un backflip) sont partagés. Le seul problème de Turnstile ? Le même qu’avec leurs albums : c’est bien trop court.

  
photo : Turnstile - Josi Hoffmann

Avant de laisser la place aux gros bras de Crowbar et de Harley Cro-Mags Flanagan, c’est au tour de Defeater d’investir le Thunderdome. Quelques secondes suffisent à dissiper les doutes que leur dernier opus avait semés. Derek Archambault est super actif et se donne à fond. La part belle est donnée aux deux derniers albums (Bastards, Contrition, Unanswered, No Shame, Blood in My Veins…) mais la formation n’oublie pas pour autant leurs productions plus anciennes (Dear Father, Empty Glass, et les emblématiques Cowardice et The Red, White, And Blues).


photos : Defeater - Frank Verlinden

Dimanche

Invités de dernière minute, les anglais Landscapes, se montrent très reconnaissants de l’opportunité qui leur a été de donnée. Il faut dire que la Trench est pleine pour assister à cette démonstration de Modern Hardcore faite de guitares aériennes, d’accalmies et de passages flirtant avec de l’Indie. Il y a peu de riffs et de constructions proposés qu'on n'ait déjà entendus mais les britanniques délivrent un set engagé et sincère.


photo : Landscape - Ieperfest

Encore une fois, le public du Ieperfest est parfois insaisissable. Démonstration en deux temps. C’est accueilli par une foule dense que débarque Aversions Crown. Leur patchwork de Death, Grind et Black fait mouche d’autant plus que le chanteur est une véritable crème lorsqu’il s’adresse au public. Jusque-là, rien d’anormal. En revanche, alors que les deux formations officient dans des registres proches, la salle est au deux tiers vides pour le set de Fallujah, ce qui aura tendance à agacer le chanteur, celui-ci faisant son possible pour galvaniser le public « we know we don't have breakdowns but we're here to have a great time. Open your mind, be present with us today, that's all we ask ». Implorer la tolérance est un comble dans un fest Hardcore. Faisant fi de cette situation, les californiens se livrent à fond. On regrettera simplement le manque de diversité dans leurs compositions.


photo : Fallujah - Dieter Boens

Depuis quelques années on ne peut plus dire que la présence de groupes de Post, au sens large du terme, soit exceptionnelle, deux ou trois groupes étant systématiquement programmés, d’ailleurs judicieusement souvent le dimanche. Cette année cette tâche, qui reste néanmoins compliquée, revient à Wrekmeister Harmonies et à Boris. C’est avec dix bonnes minutes de retard que débute le concert des premiers, ce qui laissera le temps à JR Robinson de porter un regard quelque peu caustique sur leur prestation : « We’re gonna play quiet baby songs volume 1 to 4. This concert is the most essential thing that will happen this weekend at this festival ». La légèreté des nappes de guitares et de synthétiseurs a un effet relaxant après plus de deux jours de breaks syncopés. Wrekmeister Harmonies prouve à tous les prédécesseurs que le son de la Trench peut être apprivoisé et délivrer une dose adéquate de basses. Je ne peux m’empêcher de trouver qu’il y a quelque chose d'audacieux à jouer du violon au beau milieu d'un festival Hardcore. La formation nous propose ainsi une autre forme d'intensité, toute en subtilité. Un peu plus tard, c’est au tour des japonais de Boris de faire leur entrée chaotique dans le bien nommé Thunderdome. Car c’est sur un fond d’orage grondant que les ombres, dont on n’esquisse que les contours à la lumière des stroboscopes, font entendre leur chant incantatoire. Mais que l’on n’aille pas s’imagine du Post linéaire et sans relief : la musique des tokyoïtes est parfois emprunte d’une certaine énergie noise. Le concert s’achève sur une séquence que les japonais s’amusent à étirer à l’infini.


photo : Boris - Andy Vuylsteke

L’intro électro de a tôt fait d’attirer les curieux dans le Thunderdome pour le set de Zeal And Ardor. Maîtrisant l’art de la mise en scène les cinq musiciens (batteur mis à part) se présentent alignés, le regard déterminé. En six mois de temps, la progression de la formation est incroyable. C’est désormais un groupe aguerri à la scène qui se produit alors qu’au Roadburn la tension extrême puis la libération se lisaient sur le visage de Manuel Gagneux. Passé quelques morceaux, le visage enfantin, celui-ci lance un « Hello guys ! I know we don't fit here but it's fun ». Il est vrai que Zeal&Ardor ne colle pas tout à fait avec l’image historique du festival mais l’accueil est plus que chaleureux. A bien y réfléchir Z&A est ce qui pourrait arriver de mieux au Hardcore pour le sortir de ses automatismes et de sa zone de confort. Jouant une bonne moitié de nouveaux morceaux le groupe montre que Devil is Fine n’est pas pour eux une fin en soi. Ces nouvelles compositions, tout en creusant le même sillon sont plus longues, et proposent des structures plus complexes, évitant le systématisme des passages blacks et jouant avec les possibilités offertes par la polyphonie.

Dans la foulée Terror débarque sur la Main stage avec Your Enemies Are Mine. Chauffé à blanc, le devant de la scène se lance dans un énorme mosh pit qui durera sans discontinuer pendant toute l’heure qui suivra et jusqu’à Keeper Of the Faith, véritable hymne repris en cœur par la tente. Les corps sont épuisés mais il est bientôt l’heure de s’en aller avec, en tête, cette déclaration de Scott Vogel « Hardcore means that we believe there is a better world than the one that is outside ».

Bilan

On se souvient que l’année dernière nous étions repartis avec l’amer sensation d’un essoufflement, d’un manque d’enthousiasme. Cette année fut toute autre. Disons-le clairement, le pari d’organiser un festival sous chapiteau est réussi. Ce que l’on a perdu en convivialité sur le site a largement été gagné lors des concerts grâce à la densité du public.

Ce report, par l’éclectisme des groupes évoqué ne retranscrit en effet pas tout à fait la réalité du fest. Sa programmation s’appuie sur un socle composé d’un mélange de Hardcore Beatdown, de Rapcore ou de Crossover. Ainsi, ces trois journée furent agrémentées des sets, suivis de plus ou moins loin des britanniques de Guilt Trip, des locaux de Mark My Way, des vétérans hollandais de No Turning Back, qui célèbrent cette année leurs 20ème anniversaire, et de bien d’autres : Malevolence, Nasty, Die My Demon et bien entendu Madball. Enfin et pour être tout à fait complet, il faut également mentionner la richesse de la scène Punk qui était présentée.

« Hardcore is not a music style, it's a way of life ». Plusieurs fois répétée au cours du weekend, cette phrase ne saurait mieux définir ce qu’est désormais devenu le Ieperfest. Là où l’année dernière le festival donnait l’impression de se chercher, une certaine forme d’harmonie a été trouvée.

rwn (Août 2017)

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