Dillinger Escape Plan + Warsawwasraw + God Mother (19/06/2017) Trabendo, Paris

Un concert de The Dillinger Escape Plan, c'est toujours une expérience extrême, a fortiori quand il s'agit du dernier passage de la formation à Paris dans le cadre de leur tournée d'adieu. Avec Dissociation faisant office de chant du cygne classe et maîtrisé, on pouvait attendre quelque chose de puissant d'une formation si célèbre pour ses performances scéniques hors-normes.


God Mother

Le quatuor suédois qui ouvre le bal ce soir délivre dans un registre qui n'est pas très éloigné de celui de la tête d'affiche, en terme d'intensité et de densité en tout cas. Ils jouent un melting pot extrême qui évoque le grindcore et le sludge. Ainsi, God Mother s'appuie sur de passages très rapides soutenus par le blast beat, entrecoupé par des riffs lents et lourds, avec un accordage d'outretombe, qui ne sont pas sans rappeler les the Melvins.



Le problème avec ce genre de formations est qu'elles ont souvent un son aussi sale que leur musique, ce qui empêche de discerner les contours des compositions et de comprendre ce qui se passe. Mais ce n'est pas le cas ce soir, God Mother a un son d'une précision étonnante, laissant autant entendre la guitare, qui est étonnement peu distordue, que le vrombissement de la basse et les assauts du batteur sur ses fûts. Il convient ici de saluer le travail de l'ingé-son, qui a su équilibrer le niveau des instruments avec brio, autant que les musiciens qui nous servent une performance avec une précision d'horloge suisse, sans être clinique pour autant.



Pendant ce temps, le vocaliste s'époumone dans le micro avec des screams bien dosés, tout en passant une bonne partie du set à mosher dans le public. Tout se passe bien aux premiers rangs, nettement moins quand il s'aventure jusqu'à la régie, avec le câble du micro qui se coince dans les pieds des spectateurs, en plus de grimper sur tout à quoi il peut s'accrocher. Peut être est-ce une montée d'adrénaline incontrôlée comme ça arrive souvent dans ce genre de musique, mais ici, on a quand même l'impression que ces gestes sont là pour attirer l'attention d'un public qui s'attend à en prendre plein la vue avec Dillinger. Mais la qualité de la prestation de God Mother les excuse largement. Une bonne surprise !

Warsawwasraw

C'est maintenant au tour du duo français de nous masser les tympans avec agressivité. Eux aussi évoluent dans un amalgame de genres corrosifs, quelque part entre le mathcore et le grind. La puissance déployée par les deux musiciens est vraiment impressionnante, avec des riffs épileptiques, teintés de sonorités noise. On trouve également de rares coupures au chant clair entre les habituels screams aigus.



Encore une fois, la clarté du son est à la fois impressionnante et appréciable, permettant d'entendre à quel point les compositions Warsawwasraw sont riches en détails qui servent son agressivité. Sur ce point, la différence est nette par rapport à leur dernier passage au Trabendo avec Perturbator et Future, où leur son avait été bien plus "raw" justement. Ceci dit, la batterie était peut être un peu sous-mixée, et c'est dommage parce que le batteur est excellent : tout en puissance et en rage canalisée sur ses fûts. Les nombreuses ruptures rythmiques et les chaînes de riff sont joués avec une précision qui révèle deux musiciens accomplis, parfaitement capables de reproduire la puissance de leurs compositions sur scène.

 
Bien que la musique de Warsawwasraw soit axée sur la vitesse, ils n'en oublient pas pour autant d'intégrer avec brio quelques passages pachydermiques, qui nous tombent dessus comme un masse. En bref, une performance maîtrisée de bout en bout par un groupe au sommet de son art. Pourvu que ça dure, et vivement un prochain album.


The Dillinger Escape Plan

Rien de tel qu'un concert de metal extrême dans une fournaise pour tester ses limites. En pleine période de canicule, le Trabendo est bien moite et déjà à température critique à cause des deux premiers concerts. La salle est maintenant bondée avant l'arrivée de Dillinger Escape Plan, on vous laisse imaginer l'atmosphère qui règne dans cette attente non-climatisée.



Soudain, les lumières s'éteignent. Les leds du groupe génèrent des flash de lumière bleue aveuglante tandis que les machines à fumée fonctionnent à plein régime, faisant qu'on ne voit pas grand chose sur scène quand les musiciens débarquent. Le riff introductif de "Prancer" retentit, et c'est le début de la guerre avec un rugissement du public. On peut remarquer que le son est nettement plus fort que pour les premières parties, ce qui résulte en une perte de précision regrettable. La basse est par ailleurs ridiculement surmixée, faisant que les subtilités du jeu dissonant de Ben Weinman sont difficilement perceptibles, un comble alors que c'est justement un des points qui fait l'attrait de la musique de The Dillinger Escape Plan. On a au moins pour consolation d'écouter une des meilleures sections rythmiques de la scène, grâce à un Billy Rymer toujours aussi déchaîné et versatile derrière les fûts et Liam Wilson qui n'est pas en reste.



Pour le reste, le groupe semble déterminé à mettre le Trabendo à genoux, et cela malgré le fait qu'ils étaient il y a une petite vingtaine d'heure en tête d'affiche du Hellfest. Greg Puciato est bien en voix ce soir, que ce soit pour les hurlements ou le chant clair, qui est juste. C'est nettement moins le cas quand Ben l'assiste aux choeurs, mais comment lui en vouloir, trop occupé qu'il est à gérer son usine à riff et prendre sa scène pour un plateau de cascades ? Le public est complètement possédé et acquis à la cause du quintet, particulièrement quand ils jouent les vieux titres de Miss Machine et Ire Works. La setlist reste cependant axée sur les deux derniers albums, dont la belle "One of Us is The Killer", qui fait office de pause appréciable au milieu de ce déluges de notes distordues.



Sur la partie finale de "Surrogate", la guitare qui répond à la batterie avec ce riff biscornu sonne vraiment étrange, comme si c'était un problème  d'accordage, ce qui lui fait perdre son impact. Mais l'enchaînement "Good Neighbor" et "Farewell Mona Lisa" d'une violence inouïe répare la bévue, d'autant qu'après avoir fait le tour du Trabendo, un spot "bon son" est enfin trouvé. (Dommage, c'est le dernier quart du set) Tout de suite, le concert se savoure plus facilement, notamment l'accélération insensée à la fin de "Limerent Death", parfaitement orchestrée par la bande, dont un Puciato qui décidément laisse libre cours à sa rage ce soir. Ils quittent la scène en nous laissant le cerveau embué, avec leurs leds clignotants sur fond de drone-noise. Après 5 mins de ce spectacle qui a tout d'un film de David Lynch, The Dillinger Escape Plan remonte sur scène pour donner le coup de grâce avec "43% Burnt", l'occasion pour Greg de remercier leurs fans, certains les soutenant depuis leurs premiers concerts en France. C'est la fin d'une belle histoire pour Dillinger. C'est vraiment dommage que le son n'ait pas été à la hauteur une bonne partie du set pour que cette conclusion soit parfaite. On en retiendrait presque plus les performances des premières parties !

Neredude (Juin 2017)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2017 Deviantart
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