Shining, Intronaut, Obsidian Kingdom Paris, la Boule Noire, le 26/09/2016

Le dernier concert parisien de Shining est entré dans la légende, du fait d'avoir été programmé et maintenu quelques jours après la tragédie du Bataclan, et grâce à une performance épique. Moins d'un an plus tard, les Norvégiens revenaient pour une tournée en partageant la tête d'affiche avec Intronaut, groupe de qualité et plus rare en nos contrées. Avec Obsidian Kingdom en ouverture, la soirée semblait pleine de promesses.


Obsidian Kingdom

Ces Espagnols jouent ce qui pourrait s'apparenter à du sludge, avec beaucoup d'éléments progressifs et atmosphériques. Un peu comme si Neurosis avait copulé avec Porcupine Tree. A défaut d'être 100% efficace, leur dernier album a le mérite de ne pas sonner comme un clone de quelque chose, et ce dernier fait est confirmé sur scène. De plus, le groupe parvient à insuffler beaucoup plus de lourdeur à ses compositions sur scène par rapport aux versions studio.



Clairement, on a affaire à des musiciens chevronnés, mentions spéciale à la guitariste lead qui envoie de très bons solos. C'est d'autant plus frappant qu'il est très rare de voir de voir des femmes à ce poste, à fortiori dans la scène progressive. Le son est plutôt bon pour un groupe d'ouverture, avec notamment une bonne définition de la basse. Les variations de dynamique sont amenées avec intelligence, et le groupe sait quand il faut envoyer la sauce. Chaque instrument est bien individualisé, notamment le clavier, qui apporte des textures intéressantes



Non vraiment, s'il y avait un reproche à faire à ce concert, ce serait au niveau de la voix, qui n'est pas au niveau de la musique, que ce soit en chant clair comme en hurlement. Et avec un chanteur doté d'une présence scénique plus qu'anecdotique, on peut légitimement se demander si Obsidian Kingdom arrivera à monter au grade supérieur. On leur souhaite ene tout cas


Intronaut

Le dernier album des Américains, The Directions of Last Things, était une vraie réussite, on pouvait donc espérer un bon concert de leur part. Déjà, la crainte principale, le son, est vite écartée, et c'est une très bonne chose compte tenu des compositions denses du groupe. On doit cela à Chris Edrich, ingé-son de talent, "disciple" de Frank Hueso, qui fait le son de Shining, mais de The Ocean ou de Klone. On souligne rarement le rôle prépondérant de ces acteurs de l'ombre dans le bon déroulé d'un concert, c'est une bonne occasion de le faire : merci au road-crew ! Ce soir, Intronaut va nous jouer Directions en entier, on a donc droit à de pures tueries comme "Fast Worms", avec ses riffs d'un groove énorme, et un passage original jouant avec brio sur la stéréo.



Au chant, les deux guitaristes déploient des voix harmonisées plutôt réussies, bien que pas toujours justes. En tout cas, ça change du chant clair souvent aseptisé des formations progressives/djent modernes. Si la formation est vraiment très effacée scéniquement, c'est compensé par de très belles images projetées sur l'écran derrière eux. Ce n'est pas commun de voir autant de soin apporté au visuel sur scène, à tous les niveaux de popularité, un geste à saluer !



 La section rythmique est particulièrement impressionnante, avec un bassiste bigrement inventif (et audible), et un batteur possédé, qui révèle un jeu de cymbale virtuose et très appréciable. Les compositions incorporent tous les éléments de prog moderne, avec par exemple quelques touches de djent. Mais Intronaut a évité les écueils récurrents du genre, notamment une surcharge d'éléments qui nuit bien souvent à la musique. Bref, on a longtemps attendu ces Américains à Paris, et vu ce qu'ils nous ont donné ce soir, l'attente en valait la peine.


Shining

C'est sur le fill de batterie de "I Won't Forget" que Shining entame son set. Ce qu'ils appellent du blackjazz est en fait du metal indus dopé aux sons et improvisations noise avec une énergie folle. Les riffs de guitare diablement efficaces, couplés à une section rythmique énorme font des ravages. C'est assez incroyable de voir à quel point le groupe sonne mieux en concert que sur album, d'ailleurs. Au début du concert, la voix du chanteur/guitariste Jorgen Munkeby est peu audible, mais cela sera corrigé rapidement. Globalement, le son est excellent, comme pour Intronaut (cf : voir plus haut). Dans la fosse, sans surprise, ça s'agite beaucoup plus que sur du metal progressif, notamment les premiers rangs qui semblent particulièrement habités. Ca se calmera sur "House of Control", la ballade tordue tirée du dernier album. Jorgen s'y révèle plutôt à l'aise en chant clair.



On aurait pu être déçus de n'entendre aucune nouveauté par rapport à la tournée 2015, mais c'était sans compter le titre inédit joué à la surprise générale. Intitulé "My Church", il montre la formation sous un nouveau jour, avec un côté Songs for The Deaf très pêchu, bien que peu original. On arrive déjà à la fin du concert sur la bien nommée "The Madness and The Damage Done", et le public comme le groupe ne montrent aucun signe de fatigue, à l'image de Jorgen Munkeby qui slamme pendant de longs moments. Les lumières se rallument, le son du concert fait place à la playlist de l'ingé-son : il est l'heure de se quitter. Eh bien non, les Norvégiens reviennent avec "Healter Skelter", qui nous fait renouer avec le Shining débridé du début de la décennie. Un concert de qualité et maîtrisé de A à Z.

Neredude (Octobre 2016)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2016 Deviantart
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

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