Totorro par e-mail, avril 2012

All Glory To John Baltor, le premier album longue durée de Totorro, nous a tellement bouleversé qu'on lui a collé le titre tant convoité d'Album du Moment. Il était donc naturel de procéder à l'exercice de l'interview afin de revenir sur la genèse de ce disque et plus globalement sur les véritables intentions du quatuor depuis ses débuts (et même au-delà). Nous reviendrons également sur la tournée en compagnie de leurs voisins de proximité The Forks, notamment en République Tchèque, et autres friandises... Xavier (basse), Christophe (guitare/chant) et Bertrand (batterie) ont bien voulu répondre aux questions avec un sérieux exemplaire.



Metalorgie : Vous avez sorti votre premier long format (All Glory To John Baltor) tout récemment et comme vous avez pu le constater, il nous a procuré du plaisir… Comment est née l’idée de ce disque et donc de ce titre ? Quelle histoire raconte-t-il ?

Xavier : L'album est né après l'arrivée de Bertrand à la batterie, ce qui nous a donné un bon coup de fouet. L'album parle de nos vies, des conneries qu'on peut sortir 24/24 et de maître à penser, John Baltor...

Clifftophe Burton (guitartagnan/chantpagne) : C'est cool qu'il vous ait procuré du plaisir, j'imagine que vous êtes une majorité de garçons chez Metalorgie. C'est notre objectif principal : créer une musique pour l'amour entre hommes. Rien d'homophobe bien sûr, je porte moi-même des marcels. En fait il n'y a pas d'histoire, ce n'est qu'un nom inventé par accident qu'on a trouvé rigolo, alors on en a fait un personnage. Les noms des morceaux sont nos histoires entre nous, des blagues, des souvenirs. Et le projet Totorro permet un peu de réunir tout ça, avec une façade sérieuse pour un fond qui ne l'est pas. Ça comporte l'avantage de laisser les personnes qui nous écoutent le choix d'interpréter comme ils veulent la musique. Allez je vais être pompeux quand même, mais notre groupe de musique c'est d'abord un groupe de copains qui s'aiment énormément. Chaque CD qu'on a sorti et qui sortira se fait à une période de nos vies et j'espère qu'on continuera à évoluer. All Glory To John Baltor commence déjà à dater, on l'a composé et enregistré en 2010, aujourd'hui notre style a changé et changera encore avec de la chance.

Bertrand : Moi je voulais dire la même chose que Christophe, mais il l’a déjà dit alors ça servirait pas à grand chose.


                                                                                           [photo par Céline Dejoie]


M : On remarque l’arrivée du chant à partir du deuxième morceau Lavate Las Manos. Une voix travaillée, puissante et remplie d’émotion. On sent que son intégration aux compositions a été mûrement réfléchie… Vous confirmez ?


Xavier : Le chant est arrivé naturellement, sans vraiment que l'on se pose la question. C'était quelque chose de nouveau pour nous et, s'il apporte quelque chose, les morceaux ne reposent pas entièrement dessus.

Cliff : Ouais voilà. Ce n’est pas par hasard à mon avis, son arrivée concorde avec notre rencontre avec les lavallois As We Draw et Birds In Row qui sont devenus des super potes. C'est une influence. Les rencontrer et découvrir leur musique nous a donné envie d'explorer un peu la musique dans leur direction parce qu'on est des gros fans de ce qu'ils font.

M : Totorro est signé sur un label japonais, ce qui n’est pas commun pour un jeune groupe rennais. Par quel truchement avez-vous atterri chez Tokyo Jupiter Records ? Y a-t-il un lien avec le nom du groupe ?

XavierKimi de TJP est quelqu'un d'adorable et nous a contacté il y a maintenant quasiment 2 ans via Myspace. On a d'abord atterri sur une compilation, puis on a sorti l'album là bas. Pour l'instant, on est très content de bosser avec lui et les ventes au Japon sont plus que satisfaisantes ! A croire que "Totorro" était déjà un nom connu là bas..

Cliff : Et puis le nom, le seul lien c'est le Japon. On est pas spécialement fans du pays, c'est juste du pur hasard si avec un nom influencé Japon on s'est fait contacté par un label japonais !



M : All Glory To John Baltor est découpé en quatre titres, tout comme votre premier EP. Pour quelle(s) raison(s), s’il y en a ? Allez-vous adopter la même forme pour vos prochains travaux ?

Xavier : Il n’y a pas de raison particulière, les choses se sont vraiment faites d'elles-mêmes et à vrai dire, le prochain compte lui aussi quatre titres !

Cliff : C'est peut-être qu'au bout de quatre morceaux on en a marre... je sais pas. En tout cas c'est un format qui nous plaît et qu'on fait sans se poser de question. C'est pas trop long, ça fait comme un match nul en foot, quatre mi-temps avec les prolongations...

M : Comment s’est déroulé l’enregistrement avec Amaury Sauvé ?

Xavier : Très bien ! Le moment de l'enregistrement est toujours quelque chose de stressant, surtout lorsque l'on a un budget et un laps de temps limité pour tout finir et nous sommes très content du résultat. Amaury a fait du bon boulot, des prises au coaching vocal et a su se montrer très patient. Peut être que le fait d'être un bon ami lui a facilité la tâche pour nous dire de la fermer quand il le fallait ! (rires)

Bertrand : C’était un peu notre première vraie expérience de studio, et on était pas du tout préparés à ça … On avait très peu de temps pour faire toutes les prises et il n’était pas rare qu’on finisse les journées à 3 heures du matin ! Amaury étant un excellent batteur, ça a été une expérience très enrichissante d’enregistrer chez lui.

Cliff : Et puis elle est cool sa baraque, en plus il faisait beau et on avait de la bière, et lui il bossait et nous on était pas bien préparés donc il bossait encore plus.



M : L’artwork de All Glory To John Baltor est particulièrement joli et représente des oiseaux  (des goélands ? Des mouettes ?) ayant la faculté étonnante de tirer des lasers... Cet animal est déjà présent sur le visuel du 1er EP. Y a-t-il une explication à cette illustration ? La thématique des volatiles sera-t-elle reconduite à l’avenir ?

Xavier : Encore une fois, les choses sont venues naturellement et l'idée de l'artwork vient de nos digressions quotidiennes. Pour tout te dire, quelqu'un à dû lancer un jour : "Eh, et si on mettait des mouettes qui lancent des lasers sur un dauphin mort ?". Et l'idée nous a plu ! Le tout est magnifiquement dessiné par notre ami Bart (Birds in Row) qui a fait du bon boulot ! Quant à la thématique des volatiles, ça reviendra peut être plus tard, on est à fond dans les dinosaures en ce moment...

M : Au mois d’octobre dernier vous avez fait un passage en Europe de l’Est en compagnie de The Forks, notamment en République Tchèque. Bonne expérience ? Des anecdotes croustillantes à partager ?

Xavier : On est reparti pendant un peu plus de deux semaines en février et c'était toujours aussi chouette ! On a pu jouer dans des skateparks, des bunkers allemands, boire des litres de bourbon avec des rappeurs américains, péter des amplis et des caisses claires et se faire un sacré paquet de potes ! On a bien l'intention de remettre ça le plus souvent possible, et on est déjà en train de booker une ou deux tournées avant la fin de l'année.

Bertrand : Enfin on ne va pas faire semblant, c’est Flo des Forks qui fait tout le boulot niveau booking ! Moi j’ai une petite anecdote un peu nulle : pendant la tournée de février, je suis le seul à être parti avec un sac énorme de fringues, et bien sur je me le suis fait voler à Prague. J’ai du finir les 7 derniers jours de tournée avec deux paires de chaussettes et un caleçon …

Cliff : Mais bon il faisait froid.



M : De manière globale on sent une certaine maturité dans les compos d’All Glory To John Baltor, malgré la jeunesse du groupe.  Cela semble indiquer que les musiciens de Totorro n’en sont pas à leurs premiers émois créatifs… Suis-je dans le vrai ?

Xavier : Pour la moitié d'entre nous, Totorro fut  le premier "vrai" groupe. Après, on a tous pu rouler notre bosse dans d'autres projets à droite à gauche, chose qui nous a permis d'avoir une vue un peu globale de notre façon de faire de la musique, d'approcher le son, etc.. Et le fait d'avoir joué avec pas mal de groupes qui étaient plus expérimentés que nous nous a beaucoup appris, et nous a permis de devenir un peu moins cons qu'avant ! (rires)

Bertrand : Avant Totorro j’ai joué dans un groupe de hardcore à mosh parts bien débile, et c’est sur que ça aide bien à la composition, comme on peut l’entendre dans tous les passages «beatdown » de l’album.

Cliff : Ça a longtemps été super pourri, Totorro, on a commencé en 2004 avec Joni (l'autre guitaristanbul) et d'autres copains qui sont partis du groupe depuis, et puis progressivement on a reconstitué le truc, avec les projets parallèles comme Pigeon, ou les anciennes formations dans lesquels on jouait pour dépanner ou autre toussa toussa. On commence tout juste à "bien" jouer, ça nous rend de plus en plus heureux c'est l'essentiel. Ça commence à plaire alors on est encore plus heureux. Faut que ça continue dans le bonheur ouech.

M : Avez-vous des projets en dehors de Totorro ?

Xavier : Les 3/4 d’entre nous ont joué quelques temps dans Pigeon, Christophe vient de rentrer dans Fago Sepia en tant que bassiste et moi-même était guitariste dans Huata à ses débuts.

Cliff : Moi j'aimerais bien faire un petit truc acoustique tout seul, c'est un peu la mode alors je vais faire ça et puis je vous enverrai ça pour que vous fassiez de moi une personnalité célèbre, ça me ferait plaisir.

Bertrand : Moi je commence à m’intéresser de plus près à la MAO. Me manque plus qu’une coupe de connard et un polo Fred Perry et je pourrais mixer de la minimale.

M : Avec quelles groupes/artistes plutôt cultes rêveriez-vous de partager l’affiche ?

Xavier : Botch.

Cliff : Metallica. Et plus sérieusement Paramore.

Bertrand : Moi j’aime bien This Will Destroy You, mais c’est tout niveau post-rock.



M : Que pensez-vous de la scène alternative rennaise et plus généralement française ?

Xavier : Sur Rennes, il y a toujours quelques groupes intéressants mais il s'y passe de moins en moins de choses, malheureusement... A l'échelle française, beaucoup de groupes d'amis à droite à gauche se sortent les doigts et font beaucoup (Laval !), mais on voit bien qu'il semble de plus en plus difficile de tourner en France, surtout comparé à l'accueil que l'on peut avoir en Belgique, République Tchèque, Allemagne, etc..

Cliff : Je kiffe à mort Jean Jean, c'est super fun, ça joue hyper bien et les mecs sont adorables et simples. J'écoute très peu de trucs, je m'intéresse pas aux groupes, à la musique en général (à tord, mais je suis un flemmard j'écoute tout le temps les mêmes merdes..), alors je découvre les groupes avec qui on joue au moment des concerts par exemple.

Bertrand : Moi tout pareil que Cliff.

M : La question « bateau » et incontournable : Quelles sont vos principales influences ?

Xavier : Botch.

Bertrand : J’adore Pleymo et System Of A Down (nan en vrai j’aime la pop anglaise gentillette et intelligente, de type This Town Needs Gun ou Meet Me In St Louis )

Cliff : Paramore. Et rien à voir, Animals As Leaders, j'adore quand il y a plein de notes dégueulasses.

M : Qu’introduisez-vous quotidiennement dans vos esgourdes ?

Xavier : Botch, Civil Civic et Jean jean.

Bertrand : Quasi que de l’électro à drogue, de type Totally Enormous Extinct Dinosaurs ou Dusty Kid.

Cliff : Des blagues, le bruit des bus et des mecs bourrés de ma rue quand je me couche, et les histoires de merde des contrôleurs de bus et de métro. Et de temps en temps du Paramore, pour la street cred'.

M : Merci pour votre disponibilité et toutes ces réponses sérieuses. Un ou plusieurs mots sérieux pour finir ?

Xavier : Toboggan.

Cliff : Merci papa maman.

Bertrand : Merci à mes copains de bien vouloir faire de la musique et perdre de l’argent avec moi.

Tang (Avril 2012)

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

ShlineLe Samedi 05 mai 2012 à 13H24

Je veux bien que mon vrai nom soit mentionné, Céline Dejoie donc, merci!

HerEgenLe Vendredi 04 mai 2012 à 20H55

@Shline : Bonjour,
Pardon pour cette erreur d'inattention. Voulez-vous que soit mentionné votre pseudonyme ou votre vrai nom ? Pour l'instant c'est corrigé avec votre pseudo.

Encore désolé !

HerEgenLe Vendredi 04 mai 2012 à 20H35

ShlineLe Vendredi 04 mai 2012 à 17H18

Bonjour,

Je suis la photographe qui a pris cette photo: http://farm8.staticflickr.com/7049/6946426013_49ed5caf34_z.jpg

Ce serait la moindre des choses d'au moins citer mon nom (à défaut de m'avoir demandé mon avis).

Merci!

Céline Dejoie
(http://www.flickr.com/photos/shline/)