Ultra Vomit Face à Face au Ninkasi Kao (Lyon)

Ultra Vomit fait des concerts sold-out. Quatre ans après la sortie de leur dernier album Objectif Thunes, les Nantais, de passage à Lyon dans le cadre de leur tournée au nom évocateur de "The Renouvellement of Intermittence" en ont la banane au beau fixe. Rencontre avant le concert avec Fetus, Jacou Pierre et Manard, décidément jamais à cours de vannes. Ici on parlera (non exhaustivement) d'intermittence, de téléchargement et du troisième album.





Comment se passe votre retour dans la galaxie du travail ?
Manard (batterie) : C’est très simple, nous avons pris un vaisseau qui s’appelle Flemme 4 qui est parti il y a déjà très longtemps parce que bon... La flemme quoi. Puis voilà.
Fetus (guitare, chant) : Non, je la refais donc en fait c’était Flemme 5 et… (rires) il est parti il y très longtemps, fin janvier, c’est ça ? Bon est aux 3/4, 2/3 ?
Manard : J’aurais dit les 3/5, quoique les 7/12. Ça se passe plutôt pas mal, prenons un exemple très concret : ce soir c’est complet.
Fetus : Voilà, jeudi soir à Lyon, c’est complet, qu’est-ce que tu veux que je te dise...
Manard : Bon c’est pas tous les soirs comme ça. Y’a des fois où on se prend un petit four. Mais bon c’est pas mal un petit four entre amis de temps en temps.
Fetus : Ce qui est bien c’est qu’à la première date on s’est dit : « ah, pas très bien tout ça… Pas une grosse affluence, pas un gros de niveau de jeu… » mais dès la deuxième ça allait mieux.
Manard : Il faut savoir que la première date, c’était dans une station de ski et le public n’était pas forcément là….
Fetus : Et on s’est dit à un moment: "si ça se trouve personne ne veut nous voir, ça y est les gens ils en ont plein le cul". Plein le cul tu vois. Enfin, comment dire ça poliment ? Plein le dos.
Manard : Oui, plein le dos, tu remontes un peu.
Fetus : Puis on s’est rendu compte, les weekends passant, que non. Que les gens sont là.

Vous avez des grosses dates à venir ?
Fetus : Cette semaine, c’est assez cochon parce qu’on va faire Lyon, demain Colmar, après à coté de Nancy et on finit par Paris, dimanche, au Divan du Monde (NDLR: fin mars)

On pourrait penser qu’Ultra Vomit est quand même un groupe français assez  important...

Manard : En fait pas du tout, c’est un groupe de merde.

… pourtant votre vidéo-teaser pour la tournée insiste sur la précarité de votre situation. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ?
Manard : (renifle en haussant les épaules) Là, tu vois, j’aimerais juste renifler du nez. (renifle à nouveau) Non, ça n'insiste pas vraiment sur notre précarité, ça insiste sur le fait qu’il y a un moment où il faut renouveler l’intermittence. On est en plein dans ce moment.
Fetus : Ça insiste juste sur le fait qu’on est des grosses feignasses et qu’on tourne sur le même album depuis 4 ans.
Manard : Ça dit deux choses : un, oui le groupe a eu un certain succès puisque on a réussi à être intermittents et deux : il est temps de renouveler l'intermittence. Mais bon… On ne va peut-être pas faire un album pour ça quand même. Ça fait quatre ans qu’on tourne sur le même album !
Fetus : Ça y est, ça fait quatre ans ! Au bout de quatre ans, c’est incroyable de constater que les gens reviennent. Ceux qui nous connaissent demandent pour quand est le prochain album, évidemment.
Manard : Pour la petite histoire, on a joué ici au Ninkasi Kao il y a trois ans et c’était déjà plus ou moins complet…
Jacou-Pierre (basse) : Plus de trois ans, c’était ma troisième date avec Ultra Vomit.
Manard : Septembre 2008, c’était plus ou moins complet, super bien. Et là on revient trois ans et demi plus tard, on n’a pas sorti d’album, on se dit que les gens ne vont peut-être pas revenir… Et c’est complet aussi. Finalement, c’est étonnant, et c’est cool. Nous, on est super contents.

C’est peut-être même pas la peine de refaire un album en fait ?
Manard : Ben en fait grâce à vous les gens, on a découvert qu’on ne fera jamais de prochain album. Ça ne sert à rien ! Il suffit de faire un petit teaser…. Le prochain sera dans l’univers de Retour Vers le Futur tiens. Non, on va le faire l’album, ne vous inquiétez pas les gars. Mais là on avait besoin de renouveler, faut prendre son temps. Prendre cent ans (rires).

Votre dernier album Objectif Thunes, délaissait le grindcore de vos débuts pour un melting pot metal décalé et surprenant. Est-ce que vous pensez continuer sur cette voie ou est-ce que l’appel du grind sera le plus fort ?

Manard :
Ah mais c’est terminé le grind !   
Fetus : Pour moi le grind, c’est un état d’esprit.
Manard : Oui tu as raison.
Fetus :  Pour moi ça reste grindcore dans le sens où… Enfin non ça ne reste pas grindcore, ok ce n’est plus du tout aussi agressif, aussi violent. Mais ça reste dans le format, le coté « jingle »  hyper efficace genre une minute. Ça, ça devrait rester, je ne pense pas qu’on se mette à faire des chansons de cinq minutes. L'esprit est resté le même depuis le début, c’est juste que la forme change. Puis moi j’ai la flemme de hurler comme à l’époque de M. Patate, c’est pas possible.
Manard : Puis moi j’ai la flemme de blaster comme je le faisais sur M. Patate.
Fetus : Puis on a eu l’envie d’être plus évident dans les conneries. Être plus universel. Pas forcément faire des vannes que trois personnes vont comprendre. C’est moins évident du coup.
Manard : J’ai un grand père qui faisait des vannes. Il faisait ça pour des égouts tout ça, il construisait des vannes. Mais il était pas drôle. Enfin, pour répondre à ta question, le prochain album sera plus proche d’Objectif Thunes que de M. Patate. Tout simplement.
Jacou Pierre : (rires)
Manard : Je ne comprends pas Jacou, je viens de sortir une superbe vanne sur mon grand père qui faisait des vannes et là tu éclates de rire alors que je dis un truc super sérieux.
Jacou Pierre : T’es en train de me parler sur internet espèce d’idiot.
Manard :  Écoute on est en 2012, on peut très bien faire une interview et poster des statuts sur facebook.
Fetus (fait mine de lire sur l’ordi de Manard) : Ah oui : « on me pose des questions de merde » (rires)
Manard : (rires) non j’ai pas écrit ça. Avec Objectif Thunes, on a globalement instauré un style musical qui nous sied pas mal. M. Patate, on est très fiers de cet album, quand on l’a fait, on voulait faire ça. Mais on était jeunes, maintenant on est plus pénards et je ne crois pas qu’on reviendra vers le grind des débuts.
Jacou Pierre : Ah… Vous étiez jeunes et beaux. Maintenant c’est plus vraiment le cas.
Manard : Oui, on avait des cheveux que maintenant on n’a plus….
Fetus :
 Pour M. Patate, le but c’était de faire le truc le plus violent possible avec un état d’esprit pénard. Bon, une fois que c’est fait… C’est fait quoi. Donc non, on ne va pas faire un truc aussi violent, c’est sûr.  


 
Le troisième ce sera l’album de la maturité, c’est ça ?

Manard : Ce sera peut-être même le titre de l’album. Ou « Metal Penard ».

Du coup vous n’avez pas peur de passer pour des vendus par rapport à une certaine frange de fans ?
Manard : Alors, faut savoir une chose : quand moi je suis rentré dans Ultra Vomit, on m’a procuré une première démo, d’avant M. Patate, évidement. Une démo de 1999, où déjà il y avait des morceaux goregrind, mais aussi des morceaux, qui, s’ils avaient été sur M. Patate, tout le monde aurait crié à la prostitution musicale. Y’avait des trucs qui ressemblaient à du Nirvana acoustique… Donc il y avait avant M. Patate des envies d’éclectisme musical. Et c’est peut-être paradoxalement sur M. Patate qu’on s’est prostitués musicalement. On s’est concentrés sur le grind parce que nous étions à un passage de notre carrière où on voulait faire ça. On l’a fait. Une fois qu’on l’eut fait, on s’est dit : « Pourquoi ne pas revenir à cet éclectisme des débuts qui passait par du Nirvana, comme du Placebo, comme du grindcore… ». Objectif Thunes est donc plus proches des débuts d’Ultra Vomit que M. Patate. On ne s’est pas du tout prostitués musicalement, au contraire, quelque part, on est revenus aux sources en se lâchant et ne nous mettant aucune barrière. C’est peut-être sur M. Patate qu’on s’est mis des barrières. Mais attention : on ne regrette pas, c’est ce que nous voulions faire à l’époque !
Fetus : Ce débat-là est toujours compliqué… A partir du moment où tu sors un album, qu'est-ce que tu veux en faire ? Ne pas le vendre ? Dans ce cas-là, faut rien sortir. Après faut plus mixer ton album mais le démixer parce que sinon ça va sonner trop bien !  Y’a un risque pour que ça se vende ! C’est compliqué.
Manard : Une fois, j’ai mixé un album. Je l’ai mis dans un mixeur mais ça ne sonnait pas.
Fetus : pffff.
Manard : Bref pour ceux qui sont curieux, ils peuvent télécharger la discographie du groupe en torrent, y’a cette démo-là, ils pourront vérifier par eux-mêmes. Même qu’il y ‘a des morceaux super sucrés.

A ce propos, quelle est votre position sur le téléchargement?

Fetus : (faisant mine d’être avachi dans un fauteuil) : Moi je suis comme ça, et je clique.
Manard : Je suis avachi dans mon siège et je tape des trucs.
Fetus : En général j’ai plusieurs fenêtres ouvertes. Je dois avoir facebook,  le sites de téléchargement puis j’utilise les torrents. Non sans déconner, je vais te dire une chose : il n’y pas longtemps j’ai téléchargé l’intégrale de mon groupe parce que le temps de retrouver et de ripper tous les cd…  la flemme, ça me faisait chier. Là en une demie heure j’avais tout en mp3.
Manard : Moi des fois je suis dans ma chambre et je télécharge des albums que je possède en cd dans mon salon. Parce que je sais que ça ira plus vite plutôt que de me faire chier à lever mon cul, de chercher mon cd et de le mettre dans mon lecteur cd qui va faire du raffut.  La vrai position qu’on a c’est qu'on pense qu’il y a des points positifs et des points négatifs. Et c’est très difficile de dire lequel prend le pas sur l’autre. C’est évident qu’il y a des mecs qui vont télécharger ton album et qui ne l’achèteront pas. Donc tu perds des ventes. Mais c’est aussi évident qu’il y a des mecs qui vont télécharger ton album et se dire : « ah, c’est excellent » et qui vont venir à tes concerts. Donc on a plus de gens qui viennent aux concerts et moins de gens qui achètent les albums. Mais au final, qu’est-ce qui nous fait becter en ce moment ? C’est plus les concerts que les albums. Au final c’est peut être plutôt positif.
Fetus : De toutes façons pour moi c’est clairement positif. Pour nous et d’autres… On n’est pas sur des labels monstrueux. L’exposition sur internet, le fait de provoquer du bouche à oreille sur youtube, le téléchargement et tout le bordel.  Quand je vois une vidéo live sur youtube je me dis toujours « ah ouais putain ça fait chier ». Oui mais y’aura toujours un connard, pardon, un mec, qui regardera et qui n’aura jamais entendu parler de ça et mine de rien c’est important. C’est pour ça que pour un groupe pour nous c’est vraiment une bonne chose. Sinon je ne vois pas trop comment on s’en sortirait, juste avec notre nom…
Manard : J’aimerais ajouter une chose qui est représentative de l’époque dans laquelle on vit : dans les années 80, où il n’y avait pas de téléchargement, les groupes sortaient un album puis tournaient pour promouvoir et vendre cet album. Maintenant en 2012, on fait plutôt des albums pour promouvoir des tournées, la tendance s’est donc inversée. A l’époque, les zikos se faisaient plus de thunes sur les ventes d’albums que sur les tournées, maintenant c’est l’inverse. Il y a plein de groupes qui gagnent plus d’argent sur des cachets de tournées que sur les ventes d’albums. Nous, en ventes d’albums on s’est fait zéro euro. Ce qu’on touche en royalties, c’est réinvesti dans du merch, dans du machin, du bordel et finalement on a touché zéro euro sur les ventes d’albums. Ce qui nous fait becter, entre guillemets, parce que moi je ne mange pas de salade, c’est les tournées, les cachets de l’intermittence. Je pense que c’est une nouvelle tendance, et c’est peut-être pour ça que les prix des places de concerts augmentent.

Vous n’êtes donc pas conservateurs là-dessus comme certains qui vont défendre corps et âme la vente de cd ?

Jacou Pierre : Moi je m’en branle.
Manard : Moi j’achète des cds dès que je peux, j’aime bien le format. Quand j’écoute un truc, j’ai le réflexe de prendre le cd et de regarder ce qu’il y a dans le livret. Dans le téléchargement, ce qui me manque, c’est d’avoir l’objet et de voir un peu ce qu’il y a derrière, la gueule des mecs, tout ça…
Fetus : Oui, sans parler des soucis de qualité qu’on peut avoir en écoutant des mp3 pourris.
Manard : Mouais…. Faut quand même être un branleur de cacahuète pour dire que y’a une grande différence de qualité audio entre le mp3 et les cd.
Fetus : Ah non, moi quand je veux chopper un truc et qu’il y a écrit « 128 » je ne le prends jamais. Après y’a un son pourri et ça fait chier. A partir de « 192 » ça devient très correct.
Manard : Maintenant y’a du mp3 pro. Franchement du mp3 pro à 192, faut vraiment avoir des enceintes de studio pour voir la différence. Non pour moi c’est vraiment l’aspect « objet » que j'aime... Et puis mettons que j’ai téléchargé illégalement un groupe qui m’a mis une grosse claque, et ben j’achète parce que bon… Je suis un artiste, je sais un peu ce que c’est.

D’accord mais y’en a toujours qui vont te faire la morale en disant : « oui mais c’est pas bien parce qu’après on n’aura plus d’artistes si tout le monde télécharge et qu’ils ne gagnent plus de thunes en faisant des albums»

Fetus :
C’est comme dans un jeu vidéo, si t’as une technique pour marquer un but tu vas l’utiliser sans arrêt. S’il y a une faille tout le monde veut en profiter. C’est bon faut arrêter… Moi si on m’interdit de télécharger illégalement et ben j’arrête, tu veux faire quoi ? J’aurais un budget cd comme avant et ça avait aussi son charme. J’allais à Tacoma, j’avais cent balles, je fouinais et je choisissais mon cd. T’inquiète que je ne prenais pas n’importe lequel, et je l’écoutais plein de fois, même si j’étais déçu. Ça avait une vraie valeur, c’est comme si je mettais un peu de moi dedans.  Maintenant c’est vrai que tu te dis un peu : « bon je vais écouter ça, allez hop je clique et je l’ai ». C’est surtout ça qui me fait le plus chier, plus que l’objet et tout le reste.

Et quand un petit groupe dit : «ça fait chier on ne vend d’albums et donc on ne se fait pas de thunes». Certains pensent qu’il faut mettre sa musique en libre accès pour se faire connaître et évoluer par la suite alors que d’autres pensent qu’il faut d’abord vendre sa musique pour rentrer dans ses frais.


Manard : Faut pas se leurrer, à notre époque faire un cd ça coute de l’argent. C’est compliqué. J’ai un autre groupe qui s’appelle Era Nova, on a fait un album, on l’a bien fait, on est allé en studio tout ça… Et on a perdu de l’argent. Après faut remettre les choses à leur place. Tu fais de la musique pour quoi à la base ? Pour te faire de l’argent ? Ou parce que t’as envie de faire de la musique ? Maintenant c’est vrai que faire de la musique, quand t’es un petit groupe ça demande de l’argent et de l’investissement, c’est compliqué. C’est un peu dommage, c’est vrai. De nos jours, si tu veux faire ça proprement, ça va te couter de l’argent et tu n’as absolument aucune garantie de retrouver ton investissement, ça c’est clair. Avec Ultra Vomit on a investi mais on a mis du temps à se rembourser. On a réussi, mais ça a pris quoi ? Deux ans et demi avant de se rembourser l’investissement de base. Et nous on a eu de la chance parce que ça a marché.
Fetus : Pour un petit groupe, si il est énorme, parce que c’est aussi important : faut qu’il plaise et tout… Si il est énorme, vaut mieux qu’il existe aujourd’hui qu’il y a vingt ans. A moins que quelqu’un mette du pognon dessus…. Ce que j’aime bien avec internet et tout, c’est qui si t’es vraiment énorme, tu seras forcément vu, tu ne peux pas vraiment y échapper. Les labels ont moins d’influence qu’avant, et moi je trouve ça plutôt cool.

Ok. Pour le successeur d’Objectif Thunes, est-ce que vous mettez la pression pour faire quelque chose du même niveau, qui aura le même succès ?

Manard : Forcément, on a fait un album qu’on trouve excellent encore aujourd’hui, il faut donc que le suivant soit au moins aussi bon à nos yeux. L’important est que nous en soyons content.
Fetus : En recyclant des vieux trucs ou en poussant des idées qu’on a déjà qu’on trouve pas monstrueuses, on peut faire un album, mais c’est pas la question.
Manard : Oui on aurait déjà pu en avoir fait un.
Fetus : Après c’est pas le concept, je ne vois pas les choses comme ça.
Manard : On veut vraiment faire quelque chose qui n’aura pas à rougir à côté d’Objectif Thunes. Et si c’est pas le cas… Je reniflerais du nez.

Et donc, il est en route ?

Manard : Ben il part de chez lui là. Mouais on a deux trois trucs plus ou moins terminés, des trucs qu’on joue en live, des idées qui se baladent…
Fetus : Il est en route mais il n’est pas arrivé.

Vous êtes plus studio ou live ?

Manard :
J’aime bien les deux, après je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde.
Fetus : Pour moi c’est live, c’est sûr. Je préfère être en tournée qu’être en studio, ça c’est clair et net. Après si j’avais plein de putains de compos que j’adorerais et que j’aurais trop envie d’enregistrer, là je te répondrais peut être différemment. Actuellement je préfère tourner.
Manard : Le studio c’est dur. C’est difficile physiquement et mentalement parce que faut être à 100%  tout le temps. Même quand t’as fini d’enregistrer, t’es tout le temps en train d’écouter ce que les autres jouent. Enfin nous on fonctionne comme ça, y’en a d’autres qui font autrement. Tu t’emmerde 85 % du temps et pour les 15% qui restent tu dois te donner à fond et ne pas rater le coche. C’est compliqué.

Et pour toi Jacou, en tant que « nouveau » ?

Manard :
Ça fait quatre ans que c’est un nouveau, il va pas nous casser les burnes (rires).
Jacou Pierre : N’ayant jamais enregistré avec Ultra Vomit, j’en pense pas grand-chose. Je pense que le prochain sera forcément meilleur si je suis dessus. Sinon je voulais dire à Fetus que je l’aimais. Voilà, c’était le moment de le dire devant tout le monde. Non, sérieusement je ne pense pas que ça vaille la peine de foncer droit dans le mur pour faire un truc en deçà d’Objectif Thunes. Le studio, je t’avoue que je n’en ai pas une grande expérience parce que je suis toujours arrivé dans les groupes après les enregistrements, histoire de juste prendre de la thune en live, parce que moi je suis comme ça. Après j’ai envie de te dire oui. Voilà.

Comment Ultra Vomit compose ?

Jacou Pierre : On prend nos guitares, on joue des trucs et on dit : « ouais c’est cool ».

Fetus : Ça peu partir de plein de trucs, de jams, d’une phrase, de concepts, genre : « un jour faudrait qu’on fasse un truc de black écolier », d’un riff…

Manard : Y’a pas de règle. Ça peut être un travail d’équipe comme une idée que Fetus nous ramène de chez lui.

Vous êtes un des trop rares groupes à chanter en français. Pensez-vous que les autres groupes français sont complexés de se prendre au sérieux et de chanter en français par à rapports à leurs collègues anglophones ? Est-ce que pour vous, justement, le coté déconnade/2nd degré de votre musique vous rend la tâche plus aisée ?

Fetus : Globalement, j’ai toujours préféré un groupe français qui chante en français, parce qu’un groupe qui choisit de tout faire comme les américains ou les anglais, il le fera forcément moins bien. Le groupe de Vendée qui essayerait de faire du hardcore new-yorkais,  ce sera du hardcore vendéen quoi qu’il arrive (rires), même si il va enregistrer à New-York. C’est foutu quoi (rire).
Manard : T’avais qu’à pas naitre en Vendée (rires) ! C’est comme les rappeurs qui sont là : « 9-3 » et tout, nous on aurait l’air con avec notre « 4-4 ».
Fetus : Voilà, par exemple les rappeurs ils chantent en français, du coup y’a une vraie identité.  Même les ricains, ils peuvent se dire : « ah ouais, le rap qu’ils font en France, y’a du caractère ». Je pense qu’il faut assumer.
Manard : Moi je pense honnêtement que c’est plus dur d’écrire des bonnes paroles en français qu’en anglais.
Fetus : Oui et c’est sûr que pour le rock et le metal ça sonne un peu moins bien.
Manard : Et du coup y’a pas beaucoup de groupes qui arrivent à être crédibles en chantant en français. 95 % des groupes de rock et de metal chantent en anglais, du coup quand t'en entends un qui chante en français, ça fait bizarre, et c’est difficile.  Et je crois qu’une bonne partie des groupes qui chantent en anglais ne veulent pas se confronter à cette difficulté-là.
Fetus : Nous, on n’a pas ce problème-là. Vu qu’on est dans la connerie, on utilise notre langue pour faire des conneries.
Manard : On ne peut pas faire des vannes en anglais, ce n’est pas notre langue maternelle.  Déjà qu’on fait des vannes sur les français qui parlent anglais. Alors imagine comment traduire ça en anglais… En fait, on ne s’est même pas posé la question. A la base on faisait ça pour nous faire marrer nous-mêmes et les copains. Il fallait donc chanter en français.
 
D’où vous vient cette aisance à passer d’un style de musique à l’autre ? Vous passez du death au punk en passant par du heavy à la Motörhead, c’est quand même pas vraiment la même chose.


Fetus :
Si Fabien était là, il te dirait que ça tient en un mot à six lettres : le talent.
Manard : Je pense qu’il suffit d’avoir écouté différents styles. Je ne pense qu’il faille être un requin de studio ou un pur musicien pour copier ces styles.
Fetus : C’est un travail d’oreille, tu singes le truc.  Par contre pour le singer il faut…
Manard : Pour le singer il faut une machine à laver. Une Singer.
Fetus : …il faut qu’on aime le truc qu’on parodie. C’est pas du foutage de gueule.
Manard : C’est plutôt un hommage. A partir du moment ou t’es fan d’Immortal, que t’écoutes les albums et tout, et ben quand Fetus arrive avec un riff à la Immortal, je sais tout de suite quoi faire à la batterie. Et c’est pareil pour tous les autres styles, pour du Motörhead, qu’on a beaucoup écoute Fetus et moi, du brutal death ou du hardcore… Et c’est pas plus compliqué que ça à jouer techniquement parlant. Le hardcore, le black ou le heavy, à la batterie, c’est à peu près du même niveau technique.  C’est pas du free jazz quoi.
Fetus : Puis à la guitare c’est pareil. C’est plus à la voix que je me rend compte que c’est compliqué. Là ça fait quatre ans qu’on tourne, et ça tire un peu…
Manard : En studio ça passe mieux, tu donnes tout ce que t’as en une prise, mais en live quand tu dois changer de voix, de registre à chaque morceau en live et ça quatre fois par semaine. Au bout d’un moment c’est dur. On a vécu ça l’année dernière, quand tu t’es blessé les cordes vocales.
Fetus : Ouais.
Manard : Du coup maintenant on fait plus attention, d’ailleurs cette tournée c’est un peu un test pour voir si ça se passe bien niveau vocal. C’est pas du niveau du studio mais c’est très raisonnable. T’as vu ? Je t’envoie des petites fleurs.

Niveau projet parallèles ? Y’a déjà Andreas et Nicolas et Era Nova.

Manard : Oui Era Nova, c’est du heavy à la Manowar/Stratovarius, qui comporte Andreas au chant d’ailleurs. Chez nous c’est la partouze musicale. J’ai intégré Era Nova, du coup Fetus à fait la connaissance d’Andreas et ils ont fait Andreas et Nicolas. Donc ça reste en famille. Après j’ai un autre groupe de heavy, plutôt dans le registre symphonique, qui s’appelle Operadize. Il est basé à Montpellier, vu que j’ai vécu là-bas. On enregistre cet été. J’ai aussi un cover band avec Andreas qui s’appelle Rage Against the Pepper qui joue du Rage et du Red Hot. J’ai aussi un projet qui n’a même pas encore de nom, c’est du metal, pur et dur.
Fetus : Moi j’ai un nom.
Manard : Regis ?
Fetus : Régécide (rires).
Manard : (rires) J’en parlerais à Regis, avec qui j’ai monté le groupe. En tout cas c’est très prometteur, les gens à qui j’ai fait écouter les démos étaient là « ouh putain ». C’est du gros metal, ça va tacher. Donc là on est train de composer. Sinon Flochard est membre d'un groupe de punk-rock qui s’appelle Justin(e), qui en est à son troisième album et qui tourne pas mal. Il en est très content. D’où sa crête, pour ceux qui se posent la question.  Et Jacou Pierre joue avec Black Bomb A depuis quelque mois.
Jacou Pierre : Oui, depuis septembre. Sur l’année de creu qu’on a eu avec Ultra, j’ai rejoint Kiemsa, qui n’existe plus mais qui sort un dvd bientôt.


Jamais eu envie de faire des trucs sérieux ?


Manard : Non.
Fetus : Pour moi ça se prend au sérieux. C’est comme Bigard ou Les Inconnus… Tout le monde sait que c’est des conneries. Pour moi y’a pas de raison, c’est un cadre comme un autre. Que je fasse du metal dépressif ou ce que je fais là, je le ferais sérieusement, y’a pas de problèmes. Par contre je n’ai pas envie de faire du metal dépressif (rires).  Puis faire un truc sérieux… Non. Moi j’ai rien à dire de sérieux, ou en tout cas rien de mieux que ce qui est déjà fait. Je laisse donc les autres le faire, et ils le font pas mal.

Quelles sont vos attentes niveau musique cette année ?

Fetus : Pour moi c’est de faire complet à Lyon.
Manard : Moi j’attends le premier album d’Unisonic avec Kai Hansen et Mickeal Kiske d’Helloween. Ils ont sorti un ep de deux titres, bon ils sont cools, mais j’aimerais bien entendre un album. Sinon y’a un nouveau Rage qui est sorti, je l’ai écouté une fois, ça ressemble à celui d’avant. Pas plus emballé que ça.
Fetus : Et Gojira.
Manard : Ah ouais !
Jacou Pierre : Ouais, j’attends de voir ce que ça va donner.
Manard : On espère l’avoir en avant-première, parce qu’il faut savoir que notre ingé lumière ici est aussi celui de Gojira.
Jacou Pierre : Faut savoir qui sont en train de nous niquer toute notre équipe a petit feu.  Bientôt tu vas voir, ils vont nous demander de jouer à leur place.
Manard : Ouais tu verras je vais remplacer Mario.  Ils ne vont pas être déçus du voyage tiens. 
Jacou Pierre : Sinon y’a un truc que j’attends beaucoup mis à part me marrer en tournée avec mes potes, c’est de jouer au Hellfest pour la première fois cette année avec Black Bomb A, comme j’ai rejoint ces messieurs après qu’ils l’aient fait.

Zone d’expression libre :

Jacou Pierre : Bleu
Fetus : Barnier
Manard : J’aimerais annoncer que je suis content d’avoir vu que mon bios avait été flashé et que du coup j’ai pu repasser en mode IDE pour mes disques durs qui étaient en RAID à la base. J’ai eu peur d’avoir perdu toutes mes données. Mais du coup non. J’ai réinstallé Windows en RAID et j’ai pu récupérer les données de mes disques durs qui étaient en RAID. Je suis content parce que j’ai fait ça tout seul.

Un mot sur les élections ?

Manard : Moi je vote Mélenchon.
Jacou Pierre : C’est une bonne question. J’ai juste pas envie de voir le nain revenir.
Fetus : J’espère que le prochain président de la république sera le président de tous les français, j’espère qu’il saura manier la langue de bois avec une habilité à toute épreuve et gouverner ce bel état qu’est la république française.
Jacou Pierre : Et qu’il nous donnera un peu de vaseline avant de nous la mettre.
Manard : Et qu’il ne nous supprime pas notre statut d’intermittent parce que sinon on est dans la merde.


Merci à Steffie, Martin et Greg.

Jeanvaljean (Avril 2012)

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Commentaires

jeanvaljeanLe Vendredi 13 avril 2012 à 20H13

C'est corrigé (pas par moi d'ailleurs). Merci !

FenixLe Vendredi 13 avril 2012 à 14H27

j’ai rejoint Qui Aime Ça

Aïe ça pique les yeux ^^ Le groupe c'est Kiemsa plutôt !