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Jarod par mail, 2017

Nous avons parlé il y a peu du second EP de Jarod et profitons pour nous intéresser aux artistes derrière le patronyme, afin d'en apprendre un peu plus sur certains messages portés par le groupe

Hello Jarod. Je vous laisse vous présenter. Qui êtes-vous et que faites-vous ? D’ou vient ce nom justement ?

Coucou!
Mélanie : “crieuse/chialeuse” qui aime le jardinage
Vincent : bassiste pro-cotisation sociale
Jérémy : guitariste amateur d’accords jolis
Valentin : batteur en déconstruction

Mélanie : JAROD. Et bien j’aime bien les prénoms en nom de groupe, le côté identité globale de nous tou.te.s et donc on a déballé plein de prénoms et celui-là nous a parlé à tou.te.s et on a pas réfléchi plus loin !

J’ai des sensations proches d’Anomie en écoute votre EP. Est-ce qu’ils font partie de vos influences ? De la même manière, j’ai retrouvé quelques plans à la Mihai Edrisch disséminés ça et là. De quels groupes vous sentez-vous humainement et/ou musicalement proches ?

Mélanie : C'est fou le nombre de fois où on nous cite Anomie en référence. Au départ je ne comprenais pas du tout. À part le chant féminin en français. Et donc ça me vexait un peu de ne pas avoir d’autres comparaisons sur ce critère depuis “93”. Et puis c'est vrai que Kathleen à une sacrée force dans la voix et dans les textes, alors maintenant je le prends en compliment (merci!). Pareil pour Mihai Edrisch, je pense être peut être la seule à écouter ce groupe et pourtant ce n’est pas moi qui compose ahah ! Ce qui est sûr c’est qu’ils n’ont pas influencés l’EP, pas ceux là :) On a vraiment découvert ces groupes et cette scène au fil de l’existence de JAROD, et on continue encore !
Pour les groupes humainement proches, si tu veux dire les groupes dont on affectionne les membres, je dirais Uwaga et Ten Years Too Late. Ces mecs méritent tout l’amour du monde.

Vincent : On nous le dit souvent, pourtant on connaissait pas du tout Anomie quand on a commencé le groupe et qu’on a composé la démo et l’EP. C’est juste une coïncidence, une coïncidence coole, certes.
Des fois on compose des trucs en pensant que ça va ressembler à State FaultsShy Low ou Mort Mort Mort pis en fait ça y ressemble pas du tout, et des fois ça y ressemble un peu. Je rejoins entièrement Mélanie à propos de Ten Years Too Late et Uwaga :).

Mélanie, est-ce toi qui écrit les paroles ? Peux-tu nous parler un peu de ce qui t’inspire lorsque tu écris ? Je trouve notamment le choix des mots sur « Oser » très violent, mais reflétant au final ce qui est malheureusement vécu au quotidien par certaines personnes.

Mélanie : Oui. Ce qui m’inspire … mes questionnements du moment, ce qui m’émeut, m’exaspère, m’apaise. Ça tourne beaucoup autour de questions de déterminisme social, de classe sociale, de relations humaines, d’éducation. Mais je ne me ferme à aucun sujet dès lors que j’ai envie d’en parler, que ça me touche et que je pense que c’est sujet à questionnement/débat.
Oser est tiré d’un fait survenu dans la banlieue de Tours d’où nous sommes originaires : un cas extrêmement violent de harcèlement au travail d’un patron d’une PME envers l’ensemble de ses salariées : intrusion dans la vie intime, menace de mort, attouchements sexuels … C’est quelque-chose qui m’a beaucoup touché et cette chanson est une sorte d’hommage à celle qui a eu le courage d'en référer à la justice et arrêter le calvaire de toutes.

Mélanie, peux-tu expliquer un peu les paroles de « Et l’élite se réjouira » ? J’y vois personnellement cette volonté de créer des mythes et objets pour captiver la masse, et créer des choses inutiles pour occuper l’esprit. Est-ce que je suis à côté ?

Mélanie : Nan tu es bien dans le thème ! Alors, ce n’est pas la plus facile à expliquer. Notamment car je ne suis plus totalement d’accord avec l'intention que j’avais au départ. Je travaillais alors dans le milieu culturel et je commençais à être exaspérée des hiérarchies que l’on pouvait trouver sur la légitimité de certaines compagnies/spectacles au détriment d’autres. La légitimité de gros spectacles qui en mettent plein la vue cachant de nombreux autres plus fins, plus politiques, donnant un autre regard sur le monde et qui me portaient plus à cœur, dans lesquels je voyais plus de sens/de valeurs/d’intérêts collectifs. J’ai quitté le milieu culturel depuis d’ailleurs, je crois que c’est notamment lié à ça.
Et puis récemment ces fameuses girafes sont venues devant chez moi et j’ai passé plus d’une heure à ne pas regarder le spectacle mais l’émotion des spectateurs et c’est vrai que c’était hyper beau. Des gens qui arrivaient avec le cœur lourd et repartait le cœur plus léger, à voir si cette légèreté du cœur leur permet de mieux continuer les combats quotidiens, c’est une question toujours sans réponse pour moi.

Pourquoi avoir choisi de commencer votre EP par une citation de Marie Curie ? Que représente-t-elle à vos yeux ? Il y a également du Victor Hugo sur « Croire » si je ne me trompe pas.

Mélanie : Alors ce n’est pas Marie Curie mais Louise Michel (ndlr : Oui, honte à moi !), que j’affectionne particulièrement et dont les mémoires me parlent beaucoup, notamment pour son rapport à l’éducation (institutrice - militante - féministe - “moi quand j’s’rai grande, je veux être Louise Michel!”). Aussi je suis une grosse fan de poésie et “le silence se fit “ à été pensé comme une ode à la poésie française. D’où Hugo, mais pas que.C’est rigolo car Louise Michel et Victor Hugo échangeait beaucoup :).

Si un lecteur veut s’intéresser à cette déconstruction des genres et des modèles, vers quelles oeuvres l’orienteriez vous ?

Mélanie : Les lecteur.rice.s peuvent s'orienter vers “Trouble dans le genre” de Judith Butler, ou encore “Ni poupées ni super-héros” qui est mon album jeunesse fétiche.

Avec la libération de certaines paroles, on constate que malheureusement, l’homme a encore du chemin à faire sur son comportement et son éducation. Et on constate que certaines milieux que l’on aurait pu penser safe ne le sont pas. Est-ce que pour vous, cette mouvance Emo / Hardcore se doit d’être engagée ? Est-ce qu’on peut se demander si malheureusement, aucun milieu n’est globalement sûr ?

Vincent : Je pense que nous serons toujours traversé·e·s par des contradictions, des conflits, des tensions. Mais aussi par de la cohésion, de l’amour, de l’amitié, des envies d’unité, etc. Je pense d’ailleurs qu’il y a des milieux qui réussissent à être plus “sûrs” que d’autres. Je pense également qu’on sera toujours dans des milieux plus ou moins “sûrs” (que ce soit dans n’importe quel groupe humain de n’importe quelle taille), le but étant de toujours rechercher à être le plus “sûrs” possible. À nous de reconnaître et d’assumer le fait que nous sommes traversé·e·s par tout un tas d’affects, de normes, de cultures, etc. À nous de nous réunir, de parler, d’agir ; encore et toujours.

Et ça tombe bien, il y a plein de groupes, de collectifs, de fanzines, etc. qui oeuvrent en ce sens. Dans la scène émo/hardcore mais pas uniquement.

Mélanie : Je ne dirais pas “se doit”. “Est” serait déjà pas mal. Je pense que son histoire, ses origines font qu’elle porte en elle des engagements/questionnements politiques. C’est pour moi comme une sorte de cercle vertueux. Je m’explique. Après quelques mois de découverte de cette scène,en faisant les premiers concerts de JAROD, j’ai pris conscience de certaines choses que je vivais depuis plusieurs années, loin d’être positives. Je parle notamment des questions de sexisme dans la scène. Et puis sans vraiment réfléchir, je me dit qu’il fallait faire quelque-chose. Mon déclic est arrivé mi-janvier et mi-mars sortait le premier fanzine “Big up girls” avec 16 portraits de femmes impliquées dans les scènes punk-hardcore-metal… De là, j’ai rencontré pleeeeiiinn de personnes chouettes avec lesquels j’ai beaucoup évolué et j’ai eu besoin d’aller un peu plus loin en créant des discussions/débats sur ce sujet dans certaines soirées de concert. Pareil pour les textes, j’ai de plus en plus envie de les compléter, les expliquer, qu’ils soient sujet à discussion. Et je pense que c’est un truc que la scène m’a apporté : vouloir aller plus loin. Et c’est un cercle vertueux dans le sens où cette scène nous apporte politiquement (à nous individu - dans et en dehors de “la scène”) et on a envie de lui donner en retour, de manière inconsciente.
Pourtant, elle a ses défauts en effet. Je pense qu’en avoir conscience est déjà une grande étape. Tenter de les comprendre et surtout de trouver des solutions pour faire avancer les choses. Je ne me sens globalement sûre dans aucun milieu mais je construis petit à petit mon bouclier. La scène m’y aide, ça c’est sûr.

Entre votre Démo et le EP, la partie instrumentale semble moins fougueuse, plus posée. Est-ce quelque chose qui s’est fait naturellement ?

Mélanie : Oui et c'est encore pire dans le prochain <3

Vincent : On a un gros faible pour les passages enveloppants, beaux et nostalgiques je crois bien. Ce qui fait que oui, ça s’est fait assez naturellement.

Pourquoi avoir renommé « Le silence se fit » en « Croire » ?

Mélanie : En fait, on a voulu qu’il y ait une logique globale entre les chansons, qui n’ont pourtant pas été écrit et composé dans ce sens. En prenant un peu de recul sur les textes, je me suis dit qu’ils étaient des sortes d’étapes différentes pour s’échapper, aller de l'avant : Déconstruire pour commencer, puis prendre le temps d’errer pour mieux y croire etc. pour enfin oser.

J’échangeais avec Amygdala il y a peu, et leur bassiste indiquait que parler à sa famille de la misogynie, du racisme, du patriarcat, … était une première étape au quotidien. Est-ce aussi votre point de vue ?

Mélanie : étant en rupture familiale notamment pour des questions de racisme, homophobie, xénophobie beaucoup trop présentes et desquels j’ai dû fuir, il m’est difficile de répondre à cette question. Mais je dirais en effet que questionner le monde avec son entourage est une étape continuelle et importante, autant la famille que les amis, les membres de ton groupe, asso … Non pas dans une logique moralisatrice (qui pour moi peut même bloquer toute discussion) mais d’échange en acceptant les différences de points de vue. Car pour moi on est tou.te.s à des stades de questionnements/réflexions/prise de positions différents sur les questions de racisme, de genre, … et qu’il est important de ne pas renfermer l’autre dans sa réflexion du moment. Tout évolue, faisons tout pour que ces évolutions aillent dans un sens positif d’acceptation de l'autre et du monde.

Vincent : quand tu peux le faire oui, c’est une bonne chose je pense. Quand en plus tu peux le faire sans entrer en opposition frontale/violente avec ton milieu familial c’est encore mieux.

Avez-vous créé Jarod pour le faire vecteur d’idées ou est-ce que cela s’est fait naturellement ?

Jérémy : je voulais surtout faire des choses jolies.

Mélanie : je crois que la base était de faire de la.musique avec ses copains/copines et puis les textes ont tourné vers ce qui nous questionnait à ce moment là. Et ces textes sont pour moi un moyen d'expression important, et ce que j’ai envie d’exprimer est toujours quelque chose de spontané. Surtout dans un style comme celui-ci où les émotions sont hyper présentes. J’écris selon les émotions que dégagent les chansons, et rien n’est définit à l’avance.

Val : J’ai toujours voulu faire de la musique engagée. Alors quand tu te rends compte que tu partages des idées avec des copains, la question ne se pose pas. D’autant plus que les thèmes soulevés par Mélanie sont plus intéressants que l’idée que j’avais de textes revendicatifs « convenus » (anticapitalisme par exemple). C’est grâce à ça que je me déconstruis, en fin de compte. Ça permets un débat essentiel auquel je ne prenais pas vraiment part auparavant.

Vincent : Rien n’était clairement défini au départ hormis le fait qu’on voulait faire un groupe. Je suis bien content de la tournure qu’il a pris en tout cas, que ce soit au niveau musical, politique ou poétique, je m’y retrouve pleinement.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec Will Killingworth sur votre dernier EP ?


Mélanie : Et bien, on nous a parlé de ce qu'il faisait en bien et en plus c'était pas cher. Pour nos petits budgets, c'était parfait. Et vu qu’on est toujours en retard, on a su après ce qu’était orchid embrace et tout le bazar ahah!

Vous avez sorti votre EP sous plusieurs couleurs. Comment s’est fait ce choix ?

Mélanie : J’aime beaucoup profiter le plus possible des choses pour apprendre et donc là c’était l’occasion de découvrir la sérigraphie. Et sérigraphie faisant, on a pris des cartons recyclés (quitte à faire des objets autant limiter le plus possible notre impact écologique vois-tu) ce qui permettait en plus d’avoir plusieurs couleurs sont payer plus cher. Alors on s’est dit : aller, autant s’amuser avec plein de couleurs, du coup y’en a 7 différentes !

Est-ce que vous avez d’autres groupes en parallèle de Jarod ?


Mélanie : Oui Jay à un groupe de Metalcore qui s’appelle Andria. Valentin et Vincent commencent tout juste un groupe de indie-folk-mathrock. Pour ma part, j’ai failli/voulu et puis en fait le reste de mes activités ne me laissent pas assez de temps pour ça (fanzine Big up girls + 2 autres zines + asso…)

Quels sont vos prochains projets ?

Mélanie : On sort tout juste de studio. On a quatre nouveaux titres qui devraient sortir pour notre balade en mai en direction du Miss the stars fest !
Quelques concerts par-ci par-là et voilà ! On a tous peu de dispo donc on y va peinard :)

Je vous laisse le dernier mot pour la fin, et vous remercie encore pour cette interview.

Mélanie : Bisous tout le monde, merci pour les questions, merci pour la lecture ! À tout bientôt dans la vraie vie !

Valentin : Merci de participer à offrir un espace d’expression pour des idées qui en valent la peine. Et soyons tou.te.s bienveillant.es!

Euka (Décembre 2017)

Dernière photo des LPs par Alex Mich (A Fond d'Cale Prod). Le reste a été aimablement fourni par Jarod.

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