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Jessica93 Paris, 2017

Jessica93 fait partie du paysage culturel français aujourd'hui. Trois disques de qualité, un univers sombre, urbain et désenchanté et la personnalité de Geoffroy Laporte, Geoff pour les intimes, pour venir couronner le tout. À l'occasion de la sortie de Guilty Species, on est allé lui parler à deux pas de chez lui, à Paris, dans un bar bruyant mais aussi en accord avec l'homme derrière le musicien. Simple, à la cool et très drôle. Le disque s'écoute d'ailleurs en intégralité ici, il sort le 3 novembre chez Teenage Menopause et Music Fear Satan et nul doute qu'il saura vous plaire. 

Bon alors du coup, tu nous reviens en cet automne mais à quoi Jessica93 à t-elle passé l'été ?

Cet été je n'ai pas bougé de Paris, j'ai bossé à La Station. En fait, c'est notre lieu de répétition et ils m'ont embauché pour que je puisse me faire un peu de thunes, vu que j'étais en galère. C'est d'ailleurs pour ça que je suis pas parti en vacances. Comme j'ai perdu l’intermittence cet hiver, c'était un peu dur, je suis retourné au RSA, on n'a pas fait de concerts donc je n'avais plus de rentrée d'argent. Donc j'en ai profité pour bosser, gagner de l'argent et en même temps je savais que fin août et début septembre je partirai en tournée. J'ai remplacé le batteur de Bitpart, on est parti deux semaines, ça m'a fait mes vacances. On est passé par la Croatie, l'Allemagne, l'Autriche, L'Italie. On a fait pas mal de la route, notamment un soir où on jouait à Zagreb et le lendemain à Milan, c'était un peu relou mais c'était des bonnes vacances, on s'est bien marré. Et puis ça m'a plu parce que je faisais de la batterie, un truc que je fais assez rarement maintenant. 

C'est vrai que je ne t'ai jamais vu faire de batterie...

J'en faisais beaucoup avant mais avec Jessica93 j'avais plus trop le temps. Enfin si j'ai joué dans un groupe de Powerviolence récemment donc oui, ça m'arrive, tu peux me trouver dans un bar derrière un kit parfois. 

En avril, tu as fait ton premier ciné concert au festival Frissons Acidulés. C'est une expérience qui t'a plu et qui t'a donné envie de remettre le couvert ?

C'était beaucoup de stress et je suis pas certain de vouloir le refaire. C'est un exercice assez particulier, apparemment ça s’est bien passé mais moi je m'en rendais pas compte, j'étais dans mon truc, j'essayais que tout se passe bien, j'avais une peur bleue que du matos flanche. Bon, en concert normal, tu t'adaptes, tu rattrapes les choses mais là, t'es fixé avec le film. Faut pas perdre une seconde, et finalement tout s'est bien passé. Emy et Gaspard de Arrache-toi Un Oeil étaient contents, c'est eux qui avaient organisé le truc. J'avais fait ça sur "Haxan", le film suédois sur la sorcellerie. À voir pour une prochaine fois, à la limite avec des musiciens, ce serait marrant mais tout seul c'est un peu l'angoisse. C'est ça que je retiens le plus avec le recul, parce que j'avais pas flippé comme ça avant un concert depuis longtemps.
 
Photo par Philippe Lévy
Photo par Philippe Lévy

Tu as aussi sorti un split avec Bras Mort cette année. Tu peux nous parler un peu de ce combo fort étrange ?

En fait, ce sont des mecs qui sont connus de pas mal de monde puisque dedans tu retrouves le mec de The Austrasian Goat, le mec de The DreamsScorpion ViolenteNoir Boy George et le guitariste de Strong As Ten. Le quatrième a dû jouer dans des groupes mais je les ai pas en tête. Donc c’est un peu une « dream team » de Metz, ils ont voulu monter un groupe ensemble il y a un an et faire une espèce de Post Punk à leur sauce. Ils ont commencé en enregistrant une démo qu'ils ont mis sur Bandcamp. Nico Fear Satan, lui, ça fait un moment qu'il veut que je fasse un split avec Naffi de Noir Boy George. Au début, ça devait être avec The Dreams, puis Noir Boy George. Et en parallèle, ça fait deux ou trois ans que Nico nous dit de faire une sortie Record Store Day. Donc finalement ça a pu se faire avec Bras Mort en 2017, enfin ! 

Avec une superbe pochette en plus...

Oui, alors ça c'est une idée de Naffi qui voulait prendre une pochette d'un truc culte et de le détourner salement. 

Il y a aussi une annotation au dos « Si tu vends ce disque plus de 6 euros, tu es un connard ».

Ho, ben ça c'est Naffi aussi. Il a horreur des spéculations sur Discogs et sur les disques. Il se bat contre ça et avec son groupe, Scorpion Violente, il en a bavé parce que ça marche bien. Les disques se vendent mais toujours dans des éditions limitées. Et ça le rend fou de voir des exemplaires à 50 ou 70 euros sur des sites de vente en ligne. Ca lui arrive d'écrire aux gens et les mecs lui répondent « va te faire foutre, je fais ce que je veux. De toute façon, c'est pas ton groupe, tu t'en fous ». Et lui leur répond « Ben si c'est mon groupe justement et ça me fait chier ». Il y a l'air d'avoir de bons échanges sur Discogs. [rires]

Tu as commencé à bosser quand sur Guilty Species ?

J'ai commencé à bosser dessus y a deux ans je dirai, probablement pendant l'été 2015. « RIP In Peace » c'est le premier morceau que j'ai composé pour le disque et c'était en août 2015. Et après tout le reste est venu sur deux ans, je me suis pas pressé, je voulais prendre le temps, pas sortir un disque tout de suite. J'avais en tête de formuler le disque avec un groupe, avec des musiciens, ça demandait du temps avant de trouver les morceaux, de les jouer en groupe, de s'habituer. C'est pour ça que j'ai mis autant de temps. C'était prévu comme ça, je me suis pas pressé, j'ai pas été un acharné, avec un nouveau morceau de composé tous les 2 ou 3 mois. Le dernier morceau « Uncertain to Me », je l'ai écrit cet hiver au mois de janvier ou février. C'est pas un album qui s'est fait dans le stress, tout s'est fait posément, j'avais pas de deadline, c'était parfait. 

Tu peux nous expliquer un peu ce titre et aussi le morceau ? 

Je commence à avoir 37 ans et le morceau parle du fait qu’à mon âge, on s’ennuie vite, beaucoup et de tout. Et quand je regarde ce qui m'amuse dans la vie, j'aime bien revenir à ce bon vieux cliché « sex, drugs and Rock'n'Roll », ça me fait marrer. Le disque parle beaucoup de l'humain et je voulais un titre qui traduit ma vision de l'humain que j'aime bien qualifier « d'espèce coupable ». Coupable parce qu'on a une conscience et quoi qu'on fasse, on sera toujours coupable d'un truc et notre conscience nous a inventé ce terme de culpabilité.  Je trouve que ça nous résume bien, vu toutes les merdes que j'ai eu, toutes les merdes que tu vois aux infos... je sais pas, c'était un peu un constat que j'ai fais et j'aimais bien résumer le disque avec ce terme qui parle juste de l'humain. 
Le morceau en lui-même parle plus du fait de se faire chier et que finalement, les seules choses qui font qu'on se fait pas chier, c'est ce bon vieux cliché « Sex Drugs and Rock'n'Roll ». Les paroles sont un peu stupides et à 37 ans je m'amuse encore avec un truc de gamin. J'ai pas perdu ce précepte qui me faisait marrer à 15 piges et ça me fait même plus marrer aujourd'hui. 

Sur le nouveau disque, j'ai remarqué des thèmes pour le moins... étranges. Sérieux, c'est quoi cette obsession avec les cafards ? 

C'est juste que j'ai été infecté de cafards et de bed bugs l'année dernière. J'ai même eu une espèce de cafard bizarre, j'ai même pas su définir exactement ce que c'était comme race de nuisible. Et du coup j'ai mis du temps à m'en occuper, j'ai un peu vécu avec eux. En fait, je m'en foutais un peu. Du coup dans ma chambre c'était l'arche de Noé des insectes et je me suis inspiré de ça pour écrire certains textes. J'ai vécu avec les cafards et les bed bugs pendant un moment, c'était inspirant. 

Même si tu as un peu cette image de mec à prendre au deuxième degré, quand on lit les paroles de l'album, on sent que tu es assez critique envers toi même et tes contemporains. Quand tu dis « I'm using the social networks as an extension of my mind, the need of earning money is stronger than the need to die » ça signifie quoi par exemple ? 

En fait ce morceau [NDLR : "Uncertain To Me"], j'essayais de faire des constats bidons. C'est vrai que quand tu traînes sur Internet, que t'ouvres Facebook, les gens sont vraiment.... spéciaux. Je suis devenu un gros passionné de la lecture de commentaires sur Facebook [rires]. Des fois je passe beaucoup de temps à faire ça mais c'est réellement passionnant. Tu tombes parfois sur des pubs tu ne sais même pas comment c'est possible qu'elles apparaissent dans ton fil d'actualité mais ça y est. Du genre Actimel par exemple. Et là tu vois qu'il y a 450 commentaires et pour moi c'est du petit lait, justement. Je vais cliquer et lire et à chaque fois tu vas trouver des gens qui se prennent la tête pour une pub Actimel. Les mecs arrivent à se lancer dans des débats sans fin, ils en finissent par s'insulter et à chaque fois ça me fascine. Tu te rends comptes que sur Facebook, les gens, ils n'ont pas de filtre. J'aime bien cette phrase, je sais plus de qui elle est, qui dit que tu es responsable quand tu écris. À la limite, pour la parole, tu peux avoir une certaine irresponsabilité. Tu dis des trucs, tu les balances, bourré, accoudé à un comptoir, ça reste impalpable. Par contre quand tu écris, c'est noté quelque part. Tu as une responsabilité, tu dois réfléchir avant et ça les gens l'ont oublié. Quand tu lis les commentaires Facebook, tu as l'impression qu'il n'y a aucun filtre entre le cerveau et la main. C'est ça qui est dommage, ils balancent leurs trucs et pour eux, les réseaux sociaux sont devenus une extension de leur cerveau. Ils sont chez eux, derrière leur écran à écrire, tu as cette sensation de se retrouver seul, ce qui est intéressant dans l'écriture, mais qui est complètement annihilé par le fait de cette instantanéité. Ils se prennent pas la tête pour se relire, corriger les fautes, construire une pensée. Nan, ils balancent direct ce qu'ils pensent et c'est tout. Donc voilà ce que je voulais dire dans cette phrase. L'idée de cette chanson était de balancer des évidences qui prennent la tête dans la vie mais de contrebalancer ça avec le refrain qui explique que le mec est perdu dans sa vie sauf pour des trucs vraiment futiles. C'est une chanson sur un mec un peu paumé qui se raccroche à des évidences pour fuir ses problèmes.

Tu restes chez MFS et Teenage Menopause pour cet album, pourquoi ce choix ?
 

En fait, on a plus cherché des labels étrangers. En France, j'avais aucun intérêt à changer déjà parce que je voulais que ça se fasse avec eux au niveau national. Les deux derniers albums se sont très bien passés, je vois pas de raison d'aller voir ailleurs, ils font du super boulot. L'idée était que le disque sorte à l'étranger mais finalement j'ai mis beaucoup de temps à écrire les morceaux, je me suis pas trop pressé comme je disais. Et, à part en France, Jessica93 a pas assez de renommée pour attirer les labels. Je voulais attendre que le disque soit fini pour l'envoyer mais c'était trop tard, maintenant les calendriers des labels sont vraiment chargés et surtout il faut s'y prendre très à l'avance. Les seuls qui avaient confiance en moi sans avoir besoin d'écouter ne serait ce qu'une note, ben c'était Nico et Froos qui me connaissent. Donc on s'est dit il y a un an qu'on allait lancer la machine et que pour l'étranger ça se ferait plus tard avec une licence. C'est ce que je suis en train de voir mais j'aimerais bien que le disque sorte sur le continent américain. J'avais peut-être l'idée de sortir le disque sur un autre label européen pour avoir une meilleure distribution. Mais pour la France, je vois aucun intérêt à changer et puis c'est devenu des potes à force, j'ai pas envie de me faire chier à bosser avec quelqu'un d'autre. 

Comment ça s'est passé l'enregistrement en studio ? T'es allé bosser avec qui et tu as mis combien de temps ? 

Là aussi, j'ai pas changé de formule, je suis allé voir Vincent Gregorio qui a son studio à Drancy. C'est là que j'ai enregistré Who Cares ? et Rise, mais cette fois ci on a enregistré en analogique. Donc pour Vincent c'était un peu nouveau, vu que c'était son premier album sur bandes. Pour nous, c'était une sorte de nouveau jouet et au final, je trouve le son carrément mieux de mon côté. Parce que, quand je prends du recul sur mes disques, pour Who Cares ? je trouve qu'on a un son intéressant, bien « Black Metal » malgré les grosses basses. Pour Rise, je trouve qu'on s'est un peu planté dans l'enregistrement, au niveau du son attention hein [rires]. Je trouve que le son a pas de personnalité, il fait trop « pro tools », il me semble pas assez abouti. On a voulu trop faire pro avec ce fameux son « pro tools » et la vérité c'est que j'ai horreur de ce type de son. Passer sur bandes, ça a été une révolution pour nous, c'était magique. Tout va plus vite : les morceaux prennent forme hyper rapidement, le mixage aussi d'ailleurs. Et puis il y a ce grain mortel, avec la boite à rythmes ça marche super bien. 

Je sais pas si c'est à force de tourner ou pas, mais j'ai la sensation quand j'écoute le disque que tu es devenu beaucoup plus à l'aise avec ta voix. Tu t'assumes plus comme chanteur ? 

Je crois. Bon déjà ça vient pas de moi, ça c'est sûr, mais de Vincent, qui m'a toujours poussé à bosser le chant, à prendre la voix comme un vrai instrument. Moi, je prenais ça comme une obligation genre « il faut du chant sur un disque, alors je vais en mettre ». Vincent m'a amené à bosser le chant et ça m'a amené dans le même temps à bosser les paroles, ce que je faisais jamais. Pour tout te dire, je m'en foutais royalement, à la limite j'aurais pu chanter en yaourt, ça m'aurait pas dérangé. Mais en passant sur analogique, on avait plus tous les effets avec lesquels on pouvait camoufler la voix, le rendu était beaucoup plus brut et à force de bosser en live avec Vincent, je me suis pris au jeu de « bien chanter ». Et en studio, quand on a testé les reverb sur ma voix, ben ça n'allait pas du tout. La voix passait mieux « sèche », presque sans effet et assez en avant plutôt que cachée derrière un mur de reverb et d'échos. Et du coup ça m'a permis de plus assumer le truc mais c'est grâce à Vincent et à l'enregistrement analogique. Mais de moi même, je pense que j'aurais continué comme je faisais avant. Finalement, je suis assez content du résultat. Je suis même assez étonné.... Enfin, je sais pas si c'est ma voix ou le regard que j'ai dessus qui évolue mais je peux m'écouter chanter. 

Tu n'y arrivais pas avant ? Tu demandais zéro retour en concert ? 

Ha ouais complètement, le premier disque de Jessica93 je l'ai mixé moi même et j'ai sous mixé les voix exprès, j'arrivais pas à m'écouter. Et en live, je demandais que la reverb à fond dans les retours et c'est tout. D'ailleurs, les premières années en concert je chantais super faux à cause de ça. Tu pourras aller voir sur Youtube. Mais en fait c 'est parce que je m'entendais pas, dès que le retour voix était un peu trop fort je me disais « c'est quoi cette voix de merde ? »... Mais avec le temps, je commence à m'assumer un peu. 

J'ai entendu des rumeurs comme quoi tu aurais enregistré une boite à rythme en analogique. Tu peux m'en dire plus ? 

Ben justement avec le 4 pistes à bandes, on l'enregistre en mono et directement sur la bande, en la branchant sur la console. Comme dans les années 80 en fait, à l'ancienne. Et donc selon le gain que tu vas mettre, ça va créer une jolie compression et une certaine saturation. 

Photo par Philippe Lévy
Photo par Philippe Lévy

Parce que moi je pensais que tu l'avais branché sur les enceintes et que tu l'avais enregistré à la manière d'une guitare électrique. 

Alors, on a essayé de faire ça et d'ailleurs on l'a fait pour avoir un peu de reverb naturelle. On place d'abord la boite en direct dans la console puis on utilise la sono qu'on a pour nos live on la met dans une pièce, on dispose des micros un peu partout et ça nous permet d'avoir une reverb naturelle. Au final, vu qu'on enregistre plus sur pro tools, on a perdu ces effets qu'il y a et c'est tant mieux car ça te force à exploiter d'autres possibilités, à chercher des reverbs naturelles, etc... L'enregistrement était bien plus fun, plus....[Il cherche ses mots]

Plus ludique ? 

Oui voilà. Par exemple quand tu réécoutes tes prises, sur pro tools, tu as tendance à fixer l'écran et à regarder les différentes pistes. Là tu n'en as pas donc tu écoutes, tu fixes le mur et tu te concentres vraiment sur ce que tu entends. Tu vas avoir tendance à découper sur pro tools, à faire de la chirurgie. Et moi je trouve ça dommage, j'aime que mon disque vive. Je reproche souvent aux disques « modernes » qu'ils ne vivent pas, qu'ils soient parfaits, trop produits. T'as l'impression que ce sont des robots qui jouent. Quand j'étais gamin on adorait trouver la faute, le moment où le guitariste se loupe.

Comme dans le morceau Wish You Were Here, on entend David Gilmour qui tousse au début. 

Ouais voilà, exactement. Des trucs comme ça, ça n'existe plus et nous on a fait le choix de tout laisser. À la fin de "RIP In Peace", tu peux entendre Vincent se foutre de ma gueule parc que j'ai dû rater quelque chose par exemple. On voulait laisser le disque vivre et qu'on sente que les mecs s'éclatent en studio. 

Cette fois tu l'avoues enfin, tu es la réincarnation de Kurt Cobain né avec quelques années d'avance ? 

Houlala, j'assume rien du tout. [rires] Nan ça me fait marrer que les gens puissent voir ça comme ça, ce n'était pas vraiment le but. En fait, on se marrait avec David Snug [NDLR : désormais percussionniste pour le groupe, éminent membre de Trotski Nautique et dessinateur de BD notamment pour New Noise Magazine), on buvait des bières et on en est arrivé à cette théorie du complot comme quoi Kurt Cobain serait Jésus. Et moi je suis un gros fan des conspirations, je les ai peut-être toutes vues sur internet et celle-là je ne l'avais jamais vue. Et c'était un de mes rêves de faire une vidéo mettant en scène une conspiration sur internet, apporter ma brique sur le mur de la connerie. Et quand on a parlait de ce fameux sujet, ça a été le déclic. Il fallait que je fasse un clip qui parlait de conspiration. Je suis donc bien content d'avoir enfin réussi à faire ça, c'est vraiment trop cool. Bon après ça n'a rien à voir avec le fait qu'on me compare avec Kurt Cobain, j'ai vu ça passer sur internet une fois.

Je l'ai vu bien plus qu'une fois...

Ben ouais, pour moi les gens « trippent ». De toute manière, il faut toujours que tout ressemble à tout, toujours comparer. Je trouve ça un peu emmerdant, on se fait chier à faire des chansons, à composer pour être comparé aux Pixies et à Nirvana. Merde quoi ! Je pense qu'il serait temps que notre génération elle emmerde un peu tous ces groupes qu'on écoutait quand on était môme. J'ai un peu envie de retrouver l'état d'esprit des Punks dans les années 70, tout le Rock à papa, ils leurs faisaient des doigts, à Led Zeppelin et compagnie. On a un peu perdu ça, notre génération sacralise trop ce qu'elle écoutait quand elle était gamine. Moi je veux pas voir les vieux groupes, je leur chie à la gueule. [NDLR : il se marre] Moi je suis jeune et j'aimerais bien retrouver cette dynamique, qu'on arrête de se balancer du « toi tu ressembles à un tel ou un tel ». J'aurais voulu que notre génération elle s'invente une histoire et un son. De toute manière, tous les groupes ont mélangé quelques sons et ça a toujours marché comme ça. Le Grunge, ça n'est ni plus ni moins qu'un mélange de Hardcore et de Metal. Moi, apparemment, j'ai eu envie de mélanger The Cure et Nirvana. Et ben c'est bien mais c'est pas trop mon impression. Y a aussi le fait que, de loin, j'ai une petite touche Kurt Cobain, à faire 50 kilos tout mouillé avec des cheveux longs. Moi je laisse les gens parler de ça. Récemment, je me laisse pousser la moustache pour éviter que ça se reproduise. [Rires]

J'aime beaucoup justement, c'est un peu en mode « Lemmy » ? 

Ouais, j'essaye de me trouver des petites moustaches « rigolotes » pour qu'on arrête de me dire que je ressemble à un tel ou à un tel. Mais quoi que je fasse, on va me dire que je ressemble à quelque chose. Mais pour en revenir sur le clip, j'étais vraiment content de faire un truc sur Kurt, j'écoutais ça quand j'étais gamin, c'est ce qui m'a, peut être, le plus influencé. 

D'ailleurs, le morceau s'appelle « Rip in Peace » et il me semble que c'est une référence à ton activité de gamer nan ?

Oui, exactement, ça vient de toutes les conneries que je regarde sur internet. J'adore ces gens qui parlent pas très bien anglais, c'est une langue qui est triturée dans tous les sens. Et ce gamin, qui a marqué Rip In Peace, c'est magique. Je suis un énorme fan de memes aussi. Je traîne sur des sites de memes. Je suis réellement fan et dès que j'ai cinq minutes, je traîne sur 9gag. Toutes ces conneries, ça me fait bien marrer. Et puis j'ai ma petite collection, c'est un excellent moyen de draguer les filles. 

Ha carrément ? On veut bien en apprendre plus là-dessus. 

Si t’arrives à placer le bon meme au bon moment, ben tu gagnes des points. C'est tout un art, il faut avoir le sens du timing. 

Mater des vidéos sur youtube, faire un groupe tout seul, jouer à CS... La vie en banlieue c'est si chiant que ça ? 

Moi j'ai toujours adhéré à la culture geek, je me considère d'ailleurs comme un geek. Je peux comprendre cette situation, j'ai eu pleins de potes qui étaient un peu « no life », j'ai jamais trop jugé, au contraire j'étais plutôt de ces gens-là. C'est une vraie culture des années 2000 qu'il faut pas minimiser, faut pas se sentir supérieur à ces gens. J'ai rencontré des gens géniaux, qui étaient des rois de trucs inutiles. Mais réellement des génies de trucs parfaitement inutiles. Ils se disent souvent « Dieu m'a donné un putain de don, mais je pourrai jamais en faire de l'argent ». Ils ont énormément d'humour et de recul sur eux-mêmes. 

Si ma mémoire me joue pas des tours, Jessica93 avait pour but d'être la bande son de ton ennui en banlieue et de toutes ces choses comme prendre un RER qui pue et mal famé à 5h30 du mat. Aujourd'hui, tu vis plus en banlieue mais tu y retournes parfois en pèlerinage pour chercher l'inspiration ? 

Avec mon groupe précédent, Natural Mystic, ça ne parlait que de ça, avec du chant en français, j'utilisais tous les termes d'argot banlieusard que je connaissais. 
Mais nan la banlieue me manque pas parce que je me suis rendu compte que, peu importe où j'habite, malgré moi, j'agis toujours comme un petit mec de banlieue. Je peux aller dans le 16ème, j'aurai toujours mes habitudes de vieux banlieusard. Là je suis à Paris depuis 3 ans, j'ai toujours les mêmes codes, la même manière de fonctionner. Au final, je me suis tatoué 93 parce que ça fait partie de moi. J'habiterais à LA, ça serait pareil, je le traîne avec moi. Donc non pas besoin de retourner en banlieue pour m'inspirer. Pourquoi, tu as vu une différence au niveau des textes ? 

Ha nan pas du tout.

Voilà. La banlieue, c'est dans ta tête. [rires]

Toi qui as bien connu la scène Parisienne et francilienne, tu constates une évolution ces quelques dernières années ? 

Maintenant, on a toute une bande de petits jeunes que je découvre. Bon, je traîne beaucoup moins les concerts. Bien sur, tu joues toujours dans des bars ou des caves pourris où ça pue la pisse mais il y a pas mal de nouveaux groupes. Il y a aussi plus de meufs dans la scène, et ça c'est vraiment cool. Mais il n'y a pas eu de mélange entre ces jeunes et la scène DIY, Punk, avec la miroiterie par exemple, que j'ai bien connue. Finalement, cette scène dont je suis issu et que j'ai bien fréquentée est en train de mourir, même si elle est toujours là. Aucun jeune vient la renouveler... Les plus jeunes sont pas du tout politisés par exemple. Musicalement en revanche, je trouve ça vraiment bien, y a des choses ultra intéressantes. Je pense par exemple à MamiedaragonArevaBras CourtBelmont Witch et Panico Panico

Une fois de plus, on va te comparer à The Cure, Nirvana ou Godflesh. Et une fois de plus, tout le monde aura tort et raison à la fois. Toi, pour gérer les comparaisons, tu fais comment ? 

Ben je m'en fous royalement. En fait, ça va un peu dans le sens de ce que je te disais au-dessus. Les trois quarts du temps, je connais même pas les groupes cités en fait. Du coup, ça me fait découvrir de nouvelles choses. Par exemple Godflesh ou Christian Death, j'en avais jamais entendu parler, et c'est pareil pour pas mal d'autres. Mais souvent, j'en ai rien à foutre. Et même je trouve ça dommage que les gens veuillent absolument trouver une influence. Certaines personnes croient vraiment que quand tu es musicien, tu te lèves un matin et tu te dis « Tiens, je vais prendre le son de boite à rythmes de ce groupe, le jeu de guitare de ce mec, mélanger et ça va marcher ». Je me demande dans quel monde ils vivent. Ils se rendent pas vraiment compte qu'on réfléchit absolument pas... Mon son de guitare, il a beaucoup à voir avec le fait que j'ai pas de thune et que je peux pas m'acheter la guitare et le matos de mes rêves. Et c'est souvent comme ça. Et puis, je te disais que j'étais un geek mais je ne le suis absolument pas pour le matériel musical. Je vois des mecs sur internet, le matos passe avant la musique. Moi ça me rend fou ! J'adore écrire des chansons, écrire des morceaux. Mais je peux jouer avec n'importe quelle guitare, n'importe quel ampli, n'importe quelle pédale, j'en ai rien à branler. De toute façon, ça coûte beaucoup trop cher. J'en ai quelques unes des pédales, mais je les achète au fur et à mesure et je suis vraiment content de les avoir. Là j'ai choppé une flanger que je voulais depuis longtemps, une Ibanez. Je suis content mais je cours pas après. Je suis pas du tout un collectionneur, loin de là en fait. J'ai pas les thunes et surtout ce sont pas les pédales qui composent. 



À propos des choses étranges que l'on peut lire, j'ai lu il n'y a pas longtemps quelqu'un se plaindre que le Punk était avant tout apprécié par des CSP + situés dans des grandes villes. Même si c'est vrai, toi tu tranches complètement avec cette image. Tu as toujours vécu pour ta musique et grâce à ta musique. En 2014, tu disais encore survivre et tu me disais il n'y a pas si longtemps que même si ça te payait 20 balles par semaine tu continuerais à le faire. C'est quoi qui maintient encore cette flamme  chez toi ? 

Alors je sais pas qui a dit ça, mais personnellement, des CSP+ en concert Punk, j'en vois rarement. Ce qui me motive à continuer c'est que j'ai pas envie de bosser dans ce monde de merde. Depuis tout jeune, je voulais pas faire partie de ce bordel, je vois pas où est ma place dans cette société. Je me vois pas caissier, je me vois pas faire des études, je me vois nulle part. Le Punk, ça a été une évidence, ça a été « on peut vivre autrement ». Quand t'es gamin, t'as une version binaire de la musique qui vient assez souvent des parents d'ailleurs et qui est : soit tu réussis, tu perces, t'es riche, t'as acheté une maison. Soit tu perces pas et t'es un looser, faut que t'arrêtes et que tu trouves un boulot. Puis avec le temps, tu t'acharnes, tu t'aperçois que c'est des conneries, qu'il faut juste vivre le truc. Et tu te rends aussi compte qu'en continuant, en trouvant des concerts, ben tu es payé vingt euros au début ouais. Mais 20 balles plus 20 balles plus 20 balles, ça s'additionne. Puis à force de jouer, les mecs te connaissent mieux, ils t'en proposent 50. Puis 100. Et puis tu te rends compte que tu peux vivre de ta musique. Mais il faut comprendre ce terme de « vivre de la musique ». Oui, aujourd'hui j'en vis confortablement. Mais avant j'en vivais, même quand ça me payait pas. Mais je le vivais, surtout. C'est ça la différence, je le vivais, avec ou sans thune. Après, faut pas se mentir, on a de la chance d'avoir le RSA, de survivre... si le RSA était pas là, on verrait peut-être la musique comme une vraie activité en revanche. Parfois, les petits musiciens sont moins payés parce que les mecs se disent « c'est bon, y a le RSA derrière ». Mais bon, comparé à un mec de mon âge, je vis encore comme un gamin. Je suis pas marié, j'ai pas d'enfants, pas de responsabilité, je passe mes soirées dans les bars à faire des concerts. C'est une vie de gamin quoi ! Cette liberté, je la gagne au détriment d'avoir un bel appart, une meuf, des gamins. C'est un choix à faire et si t'as envie d'être musicien, rien t'en empêche. Ces conneries de percer, ça n'existe pas, surtout aujourd'hui, en 2017. Même Patrick Bruel arrive plus à percer. 

Justement, quand j'ai lu ce truc, ça m'a fait penser à tous ces groupes qui sont montés par des étudiants en art ou en je ne sais pas quoi, avec une esthétique et un son hyper proche de ce que Noir Boy George ou Scorpion Violente font mais sans aucune originalité, aucune saveur. Toi, tu vois ça comment ces vagues de copies qui se succèdent alors qu'on t'accuse justement d'en être une ? 

À chaque fois que je découvre un groupe, j'ai un point de vue assez naïf. Je compare quasiment jamais. Alors, souvent, j'ai un pote qui va me dire « Ouais, mais ça c'est du sous-machin » mais les ¾ du temps je connais pas le groupe et j'ai envie de lui dire « mais laisse-moi kiffer, t'es chiant ». J'ai ce côté vraiment naïf de tout le temps me dire et de toute le temps croire que c'est tout nouveau ce que j'entends. J'ai un pote qui a ce groupe qui s'appelle Dalida, avec un membre de Le Singe Blanc, qui avait un morceau qui durait 40 minutes avec un seul riff. Je les avais vu au Tapette Fest et c'était la première fois que je les voyais et j'étais ultra enthousiaste. Je me disais « putain, mais c'est génial, ils ont poussé le machin ultra loin », ils étaient arrivés au point où c'était devenu ultime. Un morceau, 40 minutes, un riff... Et là, ce pote arrive, je lui raconte avec tout mon bonheur et toute ma naïveté, juste après le concert. Et il me dit «  Ouais, mais ça Morizzoto Shakazi il l'a déjà fait en 75 avec l'album machin ». Et je me dis que ça doit être chiant d'être comme ça. J'aimerais pas être dans sa vie. Moi je m'enthousiasme à mort, je suis très bon public. Tous les groupes dont je te parlais, j'ai l'impression qu'ils inventent quelque chose, plus par accident que par volonté vraiment réfléchie d'ailleurs. Moi, je le sais, ça m'est arrivé aussi. Regarde, le riff de « Asylum », c'est un gros plagiat de Iron Maiden. Mais je connaissais pas le morceau en question, donc moi je crois à ces accidents. Le cheminement d'un groupe l'amène vers un son particulier mais il le fait tout seul. Quand les mecs copient, ça se sent directement : dans l'attitude, dans les paroles, dans l'imagerie. 

Dans le morceau "French Bashing", tu parles de la vision qu'ont les autres, mais aussi nous en fait, de la scène musicale française. C'est si dur de percer à l'étranger quand on est frenchy ? 

J'ai l'impression oui, parce qu'il y a quelque chose qui nous fausse la vue : l'exception culturelle. Tu sais jamais s'il faut chanter en anglais ou en français. Est ce que tu as le droit de chanter en anglais ? Est ce que tu veux chanter en français ? Du coup tu te retrouves dans une position où si tu chantes en français, tu vas parler à tes potes et à ceux qui te connaissent de loin mais tu t'exclus un peu. Et à l'heure d'internet, il n'y a plus de frontière et pourtant tu te mets à l'écart du reste du monde de la musique. Tu arrives avec ton truc « français » et à l'étranger, je trouve qu'ils ont ce truc un peu étrange où ils veulent recevoir une vision pas très réaliste de la France. Par exemple Zaz elle marche très bien en dehors de chez nous. Et moi j'ai l'impression qu'ils veulent un sous Brel ou une sous Piaf. Moi j'ai pas envie de représenter la France, j'en ai un peu rien à foutre de ce pays, cette culture aussi, avec ce cliché du « poète » qui me saoule. Moi, j'avais juste envie de faire du Punk Rock et d'être comme tout le monde. Donc je me suis dis « vas-y, je vais chanter en anglais ». Et là j'ai l'impression qu'en France on va te dénigrer parce que tu assumes pas tes origines et à l'étranger on va te dire « ha ouais mais t'es Français.. ». Et le problème, c'est qu'on a un peu une sale réputation en dehors de chez nous. Ce que je raconte sur ce morceau, je l'ai pas inventé, je l'ai vécu. On passe pour des moralisateurs, des mecs toujours meilleurs que les autres. Du coup tu traînes un peu ça avec toi. Et quand tu regardes bien, la plupart des groupes français ne tournent pas à l'étranger. Il y a des exceptions comme Monarch ou Year of no Light par exemple et j'aime bien ce côté où finalement tu ne sais pas si c'est un groupe français, anglais, allemand. Ils se confondent dans le paysage, ils en font partie et j'adore ça. Mais moi je peux pas m'en empêcher, je fais toujours un morceau où je me fous de ma gueule et du fait que je suis Français. C'est un peu ma touche personnelle. Et puis j'assume aussi mon accent. Je veux pas chanter en français, même si avant je faisais que ça même au tout, tout début de Jessica93. Maintenant je me vois pas faire autrement que chanter en anglais, c'est aussi peut être parce que dans ma vie personnelle, j'ai un peu adopté cette langue et je veux qu'on sache que je suis français, donc je cache pas mon accent. D'un côté, j'ai envie que mon groupe ait cette dimension internationale, qu'il puisse être originaire de n'importe où. Mais d'un autre, j'ai aussi envie qu'on sache d'où je viens. Et puis, sur ce morceau je me plains mais de toute manière, un Français, il faut que ça se plaigne, sinon c'est pas drôle, c'est pas un bon Français. 

On sait que tu es très pote avec pas mal de membres de la scène de l'est de la France  : tu as des projets sur le feu avec des activistes de là-bas ? 

Hé bien on avait Roberto Succo [NDLR : projet réunissant Geoff, Nico de Usé ainsi que Emmanuel Satti, présent sur la pochette de Rise] qui est en stand by depuis un an. On a enregistré un disque qui n'est pas encore sorti, on a beaucoup joué à Paris aussi, aux Instants Chavirés ou à l'Espace B par exemple. Mais bon, en ce moment on s'appelle pas trop. Moi je suis occupé avec l'album, Emmanuel a eu un gamin et Nico enregistre le prochain Usé. Tout le monde a ses petites affaires mais on va peut-être reprendre les concerts dans l'année et puis le disque devrait sortir, mais on sait pas avec qui ni quand. Sinon à part ça, non pas trop de projet avec des mecs de l'est de la France. 

Et Missfist, ça en est où ?
 

Alors Missfist, j'aimerais sortir le disque qu'on avait réussi à finir d'enregistrer, qui est masterisé aussi d'ailleurs. Malheureusement, Missfist c'était un projet avec mon amie, Julia, qui est décédée en juin. Donc le groupe a eu son point final, je l'avais monté avec elle et c'était nous qui composions, c'était nous le noyau dur. Maintenant qu'elle est partie, le groupe n'a plus de raison d'être. Ce que je compte faire, c'est sortir le disque cette année. En fait, c'est moi qui faisais chier à retarder la date de sortie parce que j'étais pas très content du son, je pensais qu'on pouvait faire mieux surtout si on avait enregistré sur bandes par exemple. J'avais plutôt dans l'idée de le ré-enregistrer mais maintenant, par la force des choses, il sortira comme ça. Je veux absolument qu'il sorte d'ailleurs parce que Julia chante dessus et c'est un disque qui est très important pour moi, encore plus aujourd'hui. On était en train de bosser sur la pochette, il faut juste que je termine ça. 

Je suis vraiment désolé, la question a du te paraître indélicate, je savais pas qu'elle jouait dans le groupe.

Il n'y a pas de problème, ne t'en fais pas. Oui, c'était moi et Julia le groupe. Tout le visuel, c'était elle qui s'en occupait, elle faisait les peintures, elle fabriquait des poupées qu'on ramenait sur scène vu qu'on jouait souvent avec des déguisements. Elle les vendait en concert, elle faisait les pochettes avec un ami. En fait, sur le disque que je voudrai sortir, elle avait écrit pas mal de morceaux et c'est pour ça que je veux absolument qu'il sorte. Ce sera un disque posthume pour Missfist

Et donc, c'est elle qui figure sur la pochette de Guilty Species, n'est ce pas ? 

Exactement. En fait, pour la petite histoire, on était en soirée tous les deux et elle avait une dent qui partait en couille. Du coup j'ai pris une photo pour lui montrer, je lui montre et elle explose de rire en disant « Faut que ce soit la pochette du prochain album ». On avait un peu bu... Et puis on a bossé la pochette avec cette photo et elle était vraiment heureuse et fière d'être dessus. Je sais que beaucoup de gens ont interprété « RIP In Peace »  comme un hommage mais il a été composé avant, comme tout le disque en fait. Donc il n'y a aucun rapport, tout comme la pochette. Je l'ai gardé parce que ça me tenait à cœur, que ça lui faisait plaisir et donc je voyais pas l'intérêt de changer. 

À la base, Jessica93 c'est un projet solo. On t'as vu tourner avec des line up TRES différents depuis quelques mois et en plus tu enregistres l'album tout seul. Cette fois sur scène, tu joues avec qui ? 

Quand tu montes un groupe, faut essayer plusieurs personnalités, plusieurs musiciens. Tu tombes pas sur tes musiciens directement, donc il y a eu plusieurs versions live. En fait, il y a un seul morceau que j'ai enregistré avec un groupe, c'est « Bed Bugs ». Le reste, j'ai tout enregistré tout seul. Pour le nouveau line-up, il y a Eric, qui joue aussi de la guitare chez Bitpart. Il y a Henry qui jouait avec Marietta, et enfin David Snug qui fait de la cymbale et qui s'occupe de la boite à rythmes. En fait ça fait un petit moment que j'y pensais, que je voulais quelqu'un qui humanise la boite à rythmes. Un mec en Allemagne m'avait parlé de ça, il m'avait dit de mettre un gars derrière. On en a donc profité pour lui mettre des cymbales et moi de mon côté ça me soulage de pas avoir à m'occuper de ça. Avec ce nouveau line up, je me sens bien plus à l'aise, j'ai moins de choses à gérer, ça devrait se voir et donner un résultat plus détendu, plus énergique sur scène. 

Tu as fais pas mal de reprises, souvent très bonnes. Tu en as une de prévu prochainement ?

La prochaine en date c'est « Missing» de Everything But The Girl. Pour l'instant, je l'ai repris deux fois en live en mode solo. Mais on a fait une version groupe donc ça devrait être pas mal. Ca sera la reprise débile de Jessica93

Pourtant, y a pas trop de reprise débile chez toi.

Nan je dis ça parce que quand on reprenait « I Wanna Be Adored » des Stones Roses, c'était vraiment parce que je trouve les paroles débiles et que ça me faisait marrer de les chanter. Surtout quand je mets ça en relation avec le fait que parfois j'entends que parce que je sors mes disques chez Teenage Menopause et Music Fear Satan, je suis un vendu. Apparemment, je focalise mon art vers l'argent et le capitalisme. 

Je sais pas si les gens qui disent ça se rendent compte de ce qu'ils racontent...

Ha mais je pense pas, non. Teenage Menopause, il a un boulot à côté par exemple. Il fait ça comme un loisir, il a un fonctionnement DIY, il gagne pas d'argent avec. Mais les gens se font des idées... .c'est incontrôlable ce que tu dégages. Même moi par exemple, il y a 6 ou 7 ans, quand on me parlait de New Noise, j'imaginais une immense table, un peu en mode gros journal comme on voit dans les films, avec des réunions éditoriales et compagnie. Et puis quand j'ai appris qu'il n'y avait que Olivier Drago, le rédac chef, qui se paye (et encore, au lance pierre...) et que tous les autres font ça bénévolement, ça m'a remis les idées en place. Maintenant, tout marche avec des bouts de ficelle dans la musique et les gens ont tendance à croire que le business de la musique marche comme il y a 30 ans. Même les grosses boites, comme Barclay ou Universal, ils ont divisé leur effectif par 10. 



Justement, j'ai pas mal bossé sur Creation Records, le label de Oasis, et le directeur de Creation raconté qu'il pouvait réclamer l'hélicoptère personnel de Sony et qu'on lui mettait à disposition dans la journée, tellement ce monde était riche à l'époque. 

On m'en a raconté pas mal aussi des anecdotes des 80's et 90's. La coke et les putes partout, apparemment, ce n'était pas qu'une légende. Et ça fait envie, nan ? [il se marre] Aujourd'hui, les ventes sont divisées au moins par 10. Par exemple, les Bérurier Noir, ils vendaient 60 000 exemplaires de leurs albums. Et toujours en mode DIY, sans trop de promotion. C'est peut être ce que fait Mika en ce moment niveau ventes. C'était vraiment une autre époque. Il y a justement une super vidéo où tu as Liam Gallagher qui se fait son thé tranquillement. Et puis il explique pourquoi il n'y a plus de superstar dans le Rock. Il explique qu'à l'époque un mec était payé pour chauffer l'eau, un autre pour surveiller le sachet de thé et un autre pour touiller le contenu de la tasse. Et il ajoute quelque chose du genre « aujourd'hui, je dois tout faire moi même, voilà pourquoi il n'y a plus de vraie rock star, parce que les gens n'achètent plus de disque ». [la dite vidéo est disponible ici]

Parlons de la release party, c'est quoi le programme, tu joues l'album et c'est tout ?

Oui, on va jouer tout l'album plus deux ou trois vieilleries et puis notre fameuse reprise. Il y aura peut être une surprise, même si je peux pas trop en parler. 

Un gâteau ? Avec David Snug à l'intérieur par exemple...

C'est une bonne idée mais ce n'est pas ça. J'ose pas trop le dire, parce que je suis pas encore certain, ça dépendra du calendrier. Mais j'aimerais bien que ça se fasse. 

Après la Citroën et surtout la licorne démoniaque, tu as encore des idées de T Shirts de qualité ? Parce que le merch, quand on veut gagner de l'argent c'est important, les groupes de metal l'ont bien compris, eux !

Moi je suis un gros fan de T shirts de groupe. Du coup il y en aura un avec notre nouveau logo, qui fait un peu Black Metal du futur d'ailleurs. On dirait qu'on a mis des coups de rasoir partout mais il est franchement cool. Et puis je bosse sur le T Shirt « 666 » puisque dessus il y aura Jessica93 écrit 666 fois. Ce sera en blanc. L'autre, celui avec le logo, ce sera un noir, pour les fans de Metal. 
Celui avec la licorne, il était un peu mal taillé, donc je pense que je vais essayer d'en refaire. Surtout qu'il a bien plu aux gens donc j'espère que pour la tournée, on aura toute notre panoplie. 

Instant « Turbo » : tu es passé par une Visa (restée célèbre pour son apparition sur la pochette de Rise) puis une superbe R19 alors je vais aussi prendre des nouvelles de ta voiture. La R19 vous a-t-elle- lâchée ? 

Ces deux dernières années, je roulais dans une Ford Galaxy. Je suis passé au monospace, c'est beaucoup plus pratique en tournée, pour le matos et compagnie. Et pour la première fois de ma vie, tiens-toi bien, j'ai réussi à aller jusqu'au contrôle technique. Mais bon, là ça fait trois mois qu'elle ne roule plus et j'ai rendez-vous demain avec un garagiste. Il y a donc de grosses chances qu'elle finisse à la casse. [NDLR : on apprendra quelques semaines plus tard que le garagiste en question lui a fourni toute une liste de réparations à effectuer, liste qui avait semble t-il de la peine à tenir sur une seule page]

Mais du coup, quelles sont les qualités qu'il faut à un véhicule motorisé pour être un bon compagnon de tournée ? 

Tout d'abord, l'espace dans l'habitacle. Quand tu tournes, que tu es avec tes potes dans la voiture, tu as juste envie d'un peu d'espace. Ce qu'il n'y avait pas trop dans la Visa par exemple. Ensuite, je dirais un grand coffre, ce qui va de pair avec le point numéro 1. Et enfin, c'est une grande capacité à pouvoir rouler avec toutes les fuites du monde. C'est d'ailleurs primordial parce que je suis le roi des fuites. Dès que j'ai une caisse, surtout quand je fais des créneaux, tu peux me suivre à la trace et savoir à combien de reprises j'ai dû m'y reprendre. J'étais vraiment content parce que la Galaxy, on a réussi à tourner avec des fuites d'essence et compagnie, à tel point qu'on a été recalé à un tunnel sous les Alpes. Les mecs nous ont arrêté et nous ont dit qu'on était un peu tarés de rouler avec ça. 

Tu l'as réparé avec des ficelles ou du scotch, comme dans le milieu de la musique ? 

Non, on a été obligé de passer par la case garage. Mais à Paris, les mecs te disent toujours « Pour ça, il faut compter 2200 euros, en plus la pièce se fait plus. » Tu vas dans un garage à la campagne, le mec prend un tuyau, te le coupe en deux et te rafistole ta caisse en dix minutes et tu lui files 30 balles. 

J'ai déjà fait 400 km dans une caisse dont le tuyau d'échappement tenait avec un cintre...

Ouais mais c'est punk justement, je veux qu'on me répare ma caisse comme ça. Mes meilleures réparations, je les ai eues en tournée. 

Mais alors du coup, quand tu vas te coucher, tu penses à quel engin pour pouvoir aller de salle en salle ? 

Ha ben le camion de Lemmy, là au moins tu es tranquille. La pole dance, les couchettes... Là c'est nickel. Parfois je vois les groupes avec leur tourbus dans les festivals et je suis en extase. Quand j'avais tourné avec Grave Pleasures, il y avait quand même des couchettes à l'arrière. Mais pour l'instant avec Jessica93 on a pas fait de truc avec un van. Normalement, ça sera pour celle qui arrive. Enfin, à part la Russie, là on a pris l'avion, mais on a été jusqu'en Pologne, en Autriche... on était même descendu jusque la Sardaigne. 

Tu es aussi très ami avec les mecs de Grave Pleasures et par extension de Oranssi Pazuzu. Je vais pas te mentir, j'aimerai franchement que vous fassiez une collab. Vous y avez déjà pensé ?

Et bien écoute, moi je serai enchanté de faire ça mais chacun est dans son coin, dans son pays. Mat, le chanteur de Grave Pleasures, après la tournée que j'avais faite avec eux, m'avait approché en me demandant si je voulais pas faire de la gratte avec eux. C'était un soir et j'avais dû répondre un truc vaseux comme « Ouais, bien sûr ». Mais moi je serai enchanté de faire un truc avec ces mecs-là. D'ailleurs, j'ai écouté leur dernier disque, je l'ai trouvé mortel. Tu l'as écouté ?

Je l'ai trouvé meilleur que le précédent, mais toujours pas au niveau de celui d'avant. 

« Falling For an Atomic Bomb » est vraiment mortel par exemple, la basse est vraiment excellente. 

J'avais trouvé certain morceaux un peu « clichés » quand même, « Be My Hiroshima » par exemple.

Oui, je suis entièrement d'accord avec toi. Mais c'est Mat et ses paroles, il est à l'ancienne, il écrit des histoires, pas comme moi au final. D'ailleurs, à chaque fois qu'il venait me voir chanter, il me disait « Geoffroy, c'est vachement sincère ce que tu dis dans tes paroles » et je comprenais pas. Mais après quelque temps j'ai compris, lui écrit plus de manière théâtrale, il invente des histoires qui ont à voir avec la culture en général. Au final, il développe des concepts plus proches de ceux qu'on trouve dans le Metal. Il surfe un peu sur ce folklore. De mon côté, je raconte ma vie et je m'amuse à parler de mon environnement. Mais lui voyait ça comme une manière d'être sincère, donc ça me faisait un peu rire quand il me disait ça. Ha tiens, c'est ça que j'aimerais bien avoir. [A ce moment, un bus énorme aux vitres teintés passe sur le boulevard devant nous] Mais pour en finir avec les conneries et pour en revenir à ta question, oui j'aimerai bien bosser avec Grave Pleasures et Oranssi Pazuzu. J'avais d'ailleurs en tête d'aller enregistrer en Finlande, avec l'ingé son des Pazuzu. Donc j'ai ça en tête, peut être que le prochain Jessica93 sera enregistré là-bas. Nico de Music Fear Satan m'en parlait souvent de faire un split avec Oranssi Pazuzu mais j'ose pas trop demander au label et encore moins au groupe, je suis un peu trop timide. 

Pourtant en interview, ils étaient adorables et ils t'apprécient beaucoup. Quand on leur a demandé s'ils aimaient des groupes français, Jessica93 est le premier groupe qu'ils ont cité. 

Oui, quand ils viennent à Paris, je leur fais faire la tournée des bars, ils sont contents en général. Je les ai emmené à la station quand ils sont passés au Fall of Summer, on est resté jusque 5h du matin. Je les adore, ils sont vraiment cools et sympathiques. Ce sont de vraies crèmes en réalité. Certains jouent beaucoup leur jeu de musicien mais eux pas du tout, ils sont très détendus, ça tranche pas mal avec beaucoup de musiciens du milieu Metal. Ils font ça pour s'amuser et ça se sent, même dans leur musique, ils n'ont aucune barrière, aucun interdit. Ils font du Metal mais bourré d'influences. Quand tu les écoutes, tu sais que ce sont des mecs cools. Mais j'aimerais vraiment bosser avec eux, même sur un split. Tu as raison de m'y faire penser, je vais essayer de leur envoyer un mail. D'ailleurs, Svart, leur label, était une possibilité pour sortir le disque à l'étranger. Donc on va essayer de voir tout ça, je suis bien remotivé là. 
 

Du coup ça serait l'occasion de venir visiter le Hellfest non ? 

C'est mon rêve d'y aller une fois dans ma vie. J'ai jamais pu le faire en tant que spectateur parce que ça coûte un bras et surtout parce que c'est difficile de s'organiser autant à l'avance pour moi. Avec les tournées, je peux pas me permettre de bloquer une période. Mon rêve absolu ça serait vraiment d'y jouer et de voir Electric Wizard. Je suis tellement fan que je pense que là ça serait franchement top. 

Je les ai vus cette année, c'était pas incroyable. 

J'adore tellement ce qu'ils font que je pense que je m'en foutrais. Moi, j'adore Let Us Prey, je l'écoute très souvent en ce moment, c'est vraiment incroyable ce qu'ils ont fait dessus. Mais j'adore le premier line up, avec ce batteur incroyable. Quand il est parti, c'est devenu moins intéressant. 

Je confirme, je l'ai vu avec Ramesses et il a vraiment quelque chose de spécial sur scène.

Ha tiens, je n'ai jamais écouté, il va vraiment falloir que je remédie à ça. Mais pour en revenir au Hellfest, j'ai tourné avec Nico de Destructure qui connaît bien un des programmateurs du Hellfest. Il lui en a touché deux mots, mais dans l'équipe du Hellfest, je pense qu'ils ont encore cette image de Jessica93 très psyché, Punk DIY. Ils ne voient pas la passerelle entre le groupe et la scène Metal. Du coup je suis content que tu m'interviewes, parce que ça montre que ce n'est pas si impossible que ça. Et puis, je suis un énorme fan de Metal, mon téléphone en est rempli. [Il sort son Iphone et nous montre qu'il a pas moins de 5 albums de Voivod présents et effectivement, dans l'ensemble, on valide très fort les choix du monsieur niveau Death et Thrash Metal] J'espère que ce nouveau disque montrera un nouveau visage et me permettra de toucher des gens dans ce milieu, d'aller jouer dans d'autres circuits. Un morceau comme « Guilty Species » est quand même assez violente à mon goût. Donc j'ai hâte que tout le monde puisse écouter le disque. Et puis il me semble que des groupes comme Chelsea Wolfe, Perturbator ou les Swans ont déjà joué au Hellfest, donc pourquoi pas Jessica93

Parlons un peu du nom de Jessica93. A un moment, tu avais lâché plusieurs explications mais apparemment, il y a désormais une explication officielle. Tu veux nous la donner, pour conclure ?

C'est vrai qu'à un moment, j'avais dis par exemple que c'était le prénom de ma petite amie et 93 était son année de naissance. Mais avec le temps, cette version-là devient de moins en moins glauque. Alors voilà la vérité... ou pas : 
Alors Jessica ça vient de Jessica Rabbit la femme de Roger Rabbit dans le Film Roger Rabbit
et 93 est en référence à la philosophie Thelema du livre the Book of The Law d'Aleister Crowley.
Ces deux mots/noms/concepts associés à la musique du groupe font un triptyque Sex, Drogue et Rock N Roll : 
- Jessica Rabbit représente le sexe ou comment les hommes se figurent la beauté féminine à travers un personnage aux traits plus qu'avantageux, stéréotype de la bimbo
- 93 représente la drogue en répondant à la philosophie d'Aleister Crowley, grand amateur de drogue devant l'éternel
- Et la musique de Jessica93 représente le Rock'n'Roll.

Raikage (Octobre 2017)

On remercie très chaleureusement Geoffroy pour sa patience, sa sympathie et sa franchise tout au long de cette longue interview. 

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