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Justin(e) Par Email

Justin(e) qui sort un nouvel album ? L'occasion était trop belle pour passer à côté de la possibilité d'interviewer le groupe en amont des premiers concerts et ce 06 72 43 58 15. Allez, zou !

Salut les Justin(e), comment allez vous ?

Alex : Très bien, un peu fatigué.

Fab : Bien bien, concerts, répète, travaux studio, tout est bien.

Oliv : ça va plutôt pas trop mal, et toi?

FX : Ça va et toi ?

Nickel, merci. Bon, 06 72 43 58 15 ça parle de quoi ? Je me souviens des opus précédents qui amenaient certains thèmes plus sociaux, et également du livre d’Alexandre dispo avec un de vos albums.

Alex : Les thèmes des chansons sont assez hétérogènes mais si on devait chercher un fil rouge, je dirai “les marges”. La chanson qui conclut l’album et qui s’inspire directement d’une revue des années 70 qui s'appelait justement  “Marge” met en avant l’idée d’une puissance de vie, d’une puissance politique existante dans ces populations dites marginales ( psychiatrisé, tox, clandestins, prisonniers, banlieusards…). L’album sillonne à travers tout ça, la psychiatrie, la seine saint denis, les horreurs de la politique coloniale française, les manifestations de l’année dernière contre la loi travail….

J’ai lu que le nom venait du livre de Sade, « Justine Ou les Malheurs de la Vertu ». Lequel d’entre vous l’a lu ? J’avoue que de mon côté cela date de la fac, et cela reste une de mes lectures marquantes.

Alex : Lecture d’adolescence ouai, on aimait bien l’idée de cette jeune fille vertueuse à qui il n’arrive que des infortunes...

Fab : J’ai lu “Eugénie”, et bien sur ça laisse pas indifférent. J’ai entamé “Justine” mais c’était tellement la même chose que j’ai pas fini.

Oliv : Je ne l’ai pas lu non plus. Quand y’a pas d’image, j’ai un peu de mal à lire, j’avoue.

FX : Je ne l’ai pas lu pour ma part, mais je pense qu’il doit être chez moi, quelque part.

Ca se passe comment un enregistrement de Justin(e) ?

Fab : C’est très simple, on répète chez moi au Chipolata Framboise Studio, on compose sur place et on enregistre à chaque fin de répète ce qu’on pourrait appeler le cahier de brouillon de l’album. Ensuite on laisse passer tellement de temps qu’on oublie comment jouer les titres, et on les réapprend pour enregistrer l’album toujours dans ce même Chipo. Donc on ne peut pas être plus en terrain connu, on a bien tous nos marques et tout se passe bien. C’est moi qui enregistre et mixe. C’est surement pas le meilleur choix pour le son ou l’objectivité du truc, mais OSEF. On fera ptet le prochain ailleurs, ptet pas. Je crois qu’il est quand même bien cool cet album.

Oliv : On avait pas composé tous ensemble depuis Accident N°7. Sur TUA et D+/M-, on composait les instrus, on envoyait ça à Alex et il trouvait une ligne de chant de son côté. Après c’était la surprise le jour où Alex faisait ses prises chants. Des fois c’était génial, des fois pas franchement. Pour 06 on a fait quasi toutes les répètes ensemble, comme un “vrai” groupe, du coup je pense que ça se ressent dans les chansons. Je trouve qu’Alex a fait un super taf sur les chants et les paroles et du coup on a pu lui donner des idées de ligne de chant avant les prises. C’était vraiment collaboratif comme processus.

Qu’est ce qui vous a amené à parler de Frantz Fanon ?

Alex : Le fait de travailler en psychiatrie à Saint-Denis, je crois. De croiser régulièrement dans le récit des personnes que l’on accueille et que l’on rencontre la violence de l’histoire coloniale, de l'Algérie au Congo, des Antilles au Mali. Cela nous a assez logiquement amené à nous intéresser au travail de Fanon. On a eu la chance de pouvoir rencontrer et d’inteviewer, cette année, Alice Cherki, lors des évènements que nous organisons régulièrement à la librairie et au cinéma de Saint-Denis. Alice Cherki a travaillé avec Fanon en Algérie et en Tunisie et à pu nous raconter son parcours et l’articulations de son travail de psychiatre avec la dimensions politique de ses combats.. Par ailleurs, Fanon était passé se former, avant d’arriver en Algérie, par l’hôpital de Saint-Alban ou Tosquelles, sur qui l’on a écrit un texte dans “Treillières Über Alles”, travaillait également. Étant assez admiratif du travail et des écrits de Tosquelles et de Fanon, je trouvait intéressant de reproduire cette forme de “texte-hommage” dans le nouvel album. Par ailleurs, malgré la puissance de ses écrits, Fanon, reste un penseur assez méconnu dans une France qui a longtemps cherché à faire passer ses écrits sous silence et qui n’a manifestement aucun intérêt à mettre une pensée comme celle de Fanon en avant.  

"“Punk” c’est être capable de réfléchir un peu plus loin que “drogue/picole/destroy/anarchie”, c’est être capable de se remettre en question pour sortir des modes de pensées qui oppriment les plus faibles.. "

Je retrouve un côté Shériffs dans votre musique. Est-ce que cela fait partie des groupes qui vous influencent ?

Alex : Moi j’ai découvert un peu sur le tard et leur reformation récente a été l’occasion d’y tendre l’oreil. J’aime beaucoup. Simple, tendre, efficace.

Fab : Pas me concernant

Oliv : J’écoute plus trop les Shériffs. J’écoutais ça et Molodoï, surtout au Lycée pendant que je bossais mes cours de méca. Je ne pense pas que ce soit une influence dans le groupe. On aime bien, sans plus.

FX : J’aime bien, mais pour moi ça serait plus une influence pour Poésie Zéro que pour Justin(e). Surtout concernant l’écriture un peu naïve mais percutante.

Si vous deviez retenir un titre marquant par album de Justin(e), quel serait-il ? Qu’évoque-t-il ?

Alex : L’équipe C, Accident numéro 7, Tosquelles, Rhinocéros et Mère chose, ouai !

Fab : DPAM: DPAM - A7: JC Suaudeau - TUA: Ode à la mort  D+/M-: 2 ou 3 Rhinocéros tout ça pour l’accueil fait par le public quand il reprend en choeurs. 06: Mère Chose car je sens qu’on tient un truc cool avec ce morceau.

Oliv : DPAM : DPAM / A7 : De l’indirect et des mots d’ordre  / TUA : Tosquelles / D+M- : Habeas Corpus / 06 : Elisez Reclus.

FX : DPAM : “Médisance Après”, je découvrais Justine en simple auditeur à l’époque et je trouve que c’est une super instru qui annonce bien ce que le groupe allait devenir. A7 : “Vie de merde” tube ultime à mon sens, je n’étais toujours pas dans le groupe, et je me souviens m’être pris une claque à la première écoute. TUA : “Kronstadt”, je prends toujours autant de plaisir à la jouer en concert, c’est une chanson très pertinente pour moi. D+/M-: “Le septième titre”, une instru qui change des habitudes du groupe pour un thème bien développé. 0672435815 : “Micropolitique du fascisme” pour l’émotion qui s’en dégage.

Comment ont été accueillis les nouveaux titres en live ?

Fab : On en chie un peu pour les jouer en tout cas.

Oliv : Ca va être la grande surprise puisqu’on ne les a pas encore joué en concert.

FX : Au moment où on répond à cette interview, on ne les a pas encore joués en concert, donc on ne peut pas te répondre. On espère qu’ils plairont autant qu’ils nous plaisent.

Je regrette personnellement un peu l’atmosphère d’Accident N°7 (sans déprécier les albums suivants), que je retrouve sur certains titres, mais on dirait que votre son a pris une tournure plus sombre. Est-ce qu’on vous a déjà fait ce retour ?

FX : C’est ma faute, je suis arrivé dans le groupe pour composer Treillières Über Alles, j’ai cassé l’ambiance.

Fab : Je vois bien ce que tu veux dire. Je pense que ça colle à l’état d'esprit qu’on avait à ce moment là en 2007. C’était une grande période de fête, on était 3 sur 4 à n’avoir ni taf, ni gonz ni projet clair, et on était sûrement moins prise de tête, plus foufous. Je pense que nous sommes de grands optimistes dans l’absolu, mais à chaque fois qu’on se dit qu’on va faire un truc plus légers et fun, on n’y parvient pas vraiment. Finalement on est ptet des vieux relous. On fait ce qui nous touche, et ça donne un truc plus sombre.

Vous êtes un peu de vétérans du Punk Rock maintenant. 2002, ça fait quinze ans que vous tournez. Comment le vivez vous ?

Fab : C’est un peu fou. Notre plus grande force c’est surement de ne pas avoir arrêté le groupe, de ne pas en avoir trop fait, d’avoir ralenti la cadence pour continuer d’avoir envie. 15 ans c’est presque la moitié de ma vie, alors je me dis que sans ça, tout serait différent, et très certainement plus pourri, voire nul à chier. Donc je le vis très bien. Je suis content.

Oliv : Ce qu’on voit surtout c’est qu’il y a des groupes de mecs plus jeunes que nous qui ont déjà tout compris à ce que doit être le punk rock (One Thousand Directions et Heavy Heart en tête). Si on avait eu leur talent à leur âge….

FX : Pour ma part je suis moins excité par chaque sortie de disque et chaque tournée, mais je suis hyper fier que le groupe tienne et continue à produire des choses sans que ça soit pénible pour l’un d’entre nous. C’est devenu normal et sain de faire ça. Le jour où ça deviendra chiant j’espère qu’on aura la lucidité d’arrêter.

Fab, tu joues dans Ultra Vomit, Fikce dans Poesie Zero et deux d’entre vous jouent également dans The Attendants. Comment ça se passe pour conjuguer un peu toutes les actualités ? Notamment pour Fab qui a déjà sorti un disque cette année avec UV.

Fab : C’est je pense une bonne chose d’avoir 2 groupes, ce qui peut potentiellement te frustrer dans l’un, tu peux le faire dans l’autre. UV et Justin(e) remplissent TOUT ce que j’aime jouer comme musique. C’est complémentaire pour moi, et chaque groupe respecte l’autre, on est même proche hors de la scène. Du coup comme c’est plus ou moins moi qui book Justin(e), je pose mes indispos chez Rage Tour et je remplis les trous avec Justin(e). Toute façon on a une règle qui va à tout le monde dans le groupe: un weekend par mois, une tournée par an. Pépouz. Ca se goupille bien même si ça demande pas mal d’organisation, surtout avec le rythme de cochon qu’on a avec UV. Il est fort à parier que je vais être sur les rotules en 2019. Mais je peux pas me plaindre. Tout ça c’est vraiment cool.

Oliv : Petit correctif, Alex ne joue plus dans Attendants depuis 2010. On ne tourne pas beaucoup avec The Attendants, faute de temps et surtout faute de chercher des concerts, du coup ça n'interfère pas trop avec Justin(e). Quand One Thousand Directions existait, ils nous emmenaient souvent avec eux. On a dû partager une cinquantaine de dates ensemble. C’était vraiment hyper cool, ces mecs sont parmi les plus chouette sur terre. On sort également un album cette année avec The Attendants. Il s’appelle Monsters Chronicles. La pochette a été réalisée par Fanny, qui outre ses talents graphiques, est également chanteuse dans Mon Autre Groupe. C’est Fabien qui a enregistré et mixé l’album. Tout ça ça reste en famille, donc. On est hyper content de leur taf et hyper fier de ce disque.

FX : Avec PZ c’est plutôt simple, le groupe tourne très peu, et on fait des albums dès qu’on en a envie, sans trop de pression. Donc ça se conjugue pas trop mal pour ma part.

Vous développez une imagerie différente entre chaque album, avec à chaque fois quelque chose de précis mais fun. Avez-vous déjà un stock d’idées en réserve ?

Fab : On n’a jamais su gérer le “beau”, on n’est pas à l’aise avec le premier degré pour l'aspect esthétique. Même si ça me parait difficile de faire plus moche pour le prochain, je suis sur qu’on va trouver.

Oliv : J’avoue que question laideur, on s’est gavé sur cette pochette. J’espère vraiment qu’on arrivera à faire pire la prochaine fois. J’ai vraiment confiance en nous.

FX : On a au moins une idée précise d’un nouveau visuel moche en réserve. Mais on ne va pas trop en dire, sinon ça casserait la magie.

J’ai beaucoup aimé votre split avec Santa Cruz. Est-ce qu’une autre collaboration est prévue un jour ?

Fab : Pas pour l’instant, faut pas oublier la flemme.

Oliv : Je crois que Santa Cruz va entrer en sommeil pour quelques temps, donc ça n’est pas à l’ordre du jour.

De quels groupes vous sentez-vous musicalement proches ?

Fab : On est tous amoureux de Diego Pallavas, The Decline ou Heavy Heart. Mais pour l’aspect musique particulièrement, on ne peut pas passer à coté de Guerilla. Y’a Ben&Fist qui est aussi une version plus insouciante de Justine. Je suis fan.

FX : Je pense que musicalement on ne peut pas faire l’impasse sur les grosses pointures américaines qu’on continue d’écouter : NOFX, Rancid, Green Day etc...

Question que tout le monde se pose : jusqu’à quand le 06 72 43 58 15 sera fonctionnel ?

Fab : Jusqu’à ce que j’envoie un recommandé contre signature à Orange pour arrêter le ptit forfait à 2€ par mois. Mais je vais avoir la flemme, donc tant que la boîte historique de télécommunication fait pas faillite, on est tranquils.

Quels sont vos prochains projets ?

Fab : On va faire pas mal de dates, la tournée de la Toussaint avec The AttendantsPZ, Heavy HeartDiego et Guerilla, une tournée en mai avec The Decline ! Et quelques clips si on a des idées.

Fikce, j’ai personnellement été marqué par 29/09 à l’époque, par la musique mais aussi par le noeud coulant livré avec le disque. Est-ce que tu penses que ce projet a eu une influence sur tes groupes suivants ?

FX : Musicalement non, d’ailleurs je ne pense pas que je pourrais revenir au metal un jour tant je ne pense plus rien avoir à dire dans ce style. Par contre je pense que ça m’a permis de mieux penser mes projets musicaux suivants, en essayant de garder au maximum la sincérité et la cohérence qu’il pouvait y avoir dans 29/09 . Je suis plutôt fier de ce qu’on dit et fait avec Justine, pareil avec Poesie Zero, mine de rien.

On parle de Punk un peu partout, d’attitude, de vêtements chez H&M, … Quelle est pour vous la définition du Punk ?


Fab : J’ai aucun problème avec le fait qu’il y ai un côté trendy avec l'esthétique “punk”. Chacun sa coquetterie. Le punk rock en tant que groupe en revanche pour moi c’est de l’énergie, de la politique, des concerts pas cher et des disques pas cher, sans intermédiaire, sans profit.

FX : C’est chaud comme question, mais pour avoir vu Patrick Eudeline il y a quelques mois dans une intervention sur les 40 ans du Punk et avoir essayé de discuter avec lui en vain, à mon sens la définition du punk aujourd’hui n’est pas celle de ceux qui ont vécu, ou bien qui fantasment désormais la période 1977-1980. “Punk” c’est être capable de réfléchir un peu plus loin que “drogue/picole/destroy/anarchie”, c’est être capable de se remettre en question pour sortir des modes de pensées qui oppriment les plus faibles. Et puis c’est quand même se marrer, à fond.   

Oliv : Les gars ont déjà tout dit.

Dernière question, quelle est votre bière préférée ?

Alex : La Guinness

Fab : Le Schweppes.

Oliv : En ce moment c’est la Brooklyn Lager.

FX : Aucune.

Je vous laisse le dernier mot pour la f(a)i(m)n.

Alex :  Guinness

Fab : Merci à toi, on aura au moins UNE interview, c’est toujours ça de pris.

Oliv : Merci de t’intéresser à nous.

FX : Merci bien !

Euka (Novembre 2017)

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