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The Great Old Ones VS Lovecraft Par Email

Lovecraft a toujours été source d'inspiration, via ses écrits l'auteur a généré bon nombre de références culturelles encore actuelles aujourd'hui. Du jeu à la littérature, mais aussi par la musique. Pour l'occasion, on ne pouvait faire mieux que de contacter le plus Lovecraftien des groupes de Metal, The Great Old Ones, pour en découvrir un peu plus sur leur rapport à l'Américain et ses mythes. Verdict avec Benjamin Guerry, compositeur et parolier du groupe.

Hello, dans un premier temps, merci d’avoir accepté de répondre à cette interview "Lovecraft". Première question, et sans doute l’essentielle : comment es-tu tombé dans la mythologie Lovecraftienne ?

Benjamin Guerry : J’ai découvert l’auteur au travers du jeu de rôle L’Appel de Cthulhu quand j’étais adolescent. Cet univers m’a tout de suite parlé, et j’ai donc naturellement voulu en savoir plus, ce qui m’a amené à lire avec avidité les nouvelles et quelques romans de Lovecraft. Il ne m’a depuis jamais quitté.

L’univers de l’auteur est assez riche, quelles sont les nouvelles qui t'ont marqué ?

BG : Les nouvelles que j’affectionne particulièrement sont assez classiques en fait. J’apprécie énormément La Couleur Tombée du CielCelui qui Chuchotait dans les TénèbresLe Cauchemar d’InnsmouthL’Appel de CthulhuLa Musique d’Erich Zann, ainsi que Les Montagnes Hallucinées.
Elles représentent, selon moi, toute la grandeur de l’œuvre de Lovecraft, tant en terme de mythologie, de bestiaire, que de background.

As-tu vu des films tirés de cet univers ? J’en ai personnellement vu plusieurs, du très bon (la version 2000 de L’Appel de Cthulhu) au moyen (L'Epouvantable Dagon).

BG : Les films directement tirés de l’œuvre de Lovecraft ne sont pas très nombreux, et ceux de qualité encore moins. Représenter l’indicible n’est pas simple ! La version 2000 de L’Appel de Cthulhu est effectivement un très bon film, dont l’esthétique et le côté muet collent parfaitement à la nouvelle. La même organisation a aussi produit récemment Celui qui Chuchotait dans les Ténèbres qui est, je trouve, un peu moins bien, mais quand même réussi.
Il faut plutôt aller chercher du côté des films inspirés ou qui font références à des écrits de l’auteur pour trouver de grands films. L’Antre de la Folie (In The Mouth Of Madness  en VO) et The Thing sont personnellement deux œuvres fondamentales possédant des clins d’œil ou une ambiance lovecraftienne.  En tout cas, j’ai bien peur qu’il nous faille attendre en longtemps pour avoir une vraie adaptation digne de ce nom (Guillermo Del Toro si tu m’entends…).

Tu es plutôt récits horrifiques (Herbert West) ou mystiques (toute la partie Randolph Carter) ou carrément le mythe de Cthulhu ?

BG : J’aime tout, mais comme beaucoup de gens, j’affectionne particulièrement les nouvelles faisant référence au mythe de Cthulhu. C’est cet univers entier, implémenté dans notre réalité, qui me passionne. Chaque écrit évoquant le mythe, en dehors de son histoire propre, s’inclue dans un tout, alimente et augmente le gigantisme de la mythologie lovecraftienne. En dehors du fait que j’ai rapidement fait un parallèle entre ce que je créais musicalement et mes lectures de l’auteur, c’est aussi ceci qui m’a donné envie de consacrer mon travail de composition et d’écriture à Lovecraft.

Il y avait un gros côté social dans les écrits de Lovecraft, parfois extrémistes. Comment fais-tu la séparation entre l’artiste et l’œuvre ?

BG : Alors je vois de quoi tu veux parler, et je n’essaierai pas de justifier ou de trouver une explication à ce côté social parfois limite. Il faudrait à mon avis interroger le principal intéressé pour avoir le fin mot de l’histoire.
Mais je trouve le personnage assez fascinant tout de même. Un surdoué qui a écrit ses premiers poèmes à six ans, qui a écrit un nombre de lettres incroyable, mais aussi un homme malade physiquement et tourmenté psychologiquement. Ce mélange explosif a donné un résultat poignant et intemporel.

Il y a énormément de jeux vidéos, de jeux de rôle ou de jeux de société ayant pour thème Cthulhu. As-tu testé certains de ces jeux ? J’étais de mon côté un gros fan du jeu de rôle et de Mythos, le jeu de carte édité il y a quelques années.

BG : Comme expliqué plus haut, j’ai découvert Lovecraft au travers du jeu de rôle L’Appel de Cthulhu, donc je connais plutôt bien celui-ci. J’ai aussi été un grand grand fan et l’envie de refaire un scénario me traverse régulièrement l’esprit. Je garde un souvenir ému de la campagne Les rejetons d’Azathoth. J’aimerais tester la deuxième version du jeu de société Les Demeures de l’Epouvante, qui a l’air vraiment fun en plus d’être beau.
Concernant les jeux vidéos, on doit bien sûr citer Prisoners Of Ice, certains Alone In The DarkAmnesia, et Dark Corners Of The Earth. Un nouveau jeu sobrement intulité Call Of Cthulhu va d’ailleurs bientôt voir le jour, et il semble bien respecter l’univers cher à nos cœurs. Petite parenthèse, mais je te conseille de tester le jeu mobile The Last Door. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant senti dans une ambiance lovecraftienne dans un jeu. Il n’est qu’influencé par l’auteur, mais l’histoire et la musique instaurent une atmosphère qu’il n’aurait sûrement pas renié.

Est-ce que tu as déjà été jusqu’à se faire tatouer un élément en lien avec Lovecraft ? Ou possèdes-tu quelques objets chers à tes yeux en rapport ?

BG : Concernant les tatouages, c’est un projet qui me tient à cœur depuis longtemps, j’ai décidé avec qui je veux le faire (c’est ce qui a pris le plus de temps dans la décision), mais nous n’arrivons pas à synchroniser nos agendas. Mais je ne désespère pas !
Je suis un grand amateur de bandes dessinées, et j’essaie de me procurer toutes les bds inspirées de Lovecraft. Et contrairement aux films, il y en a pas mal, je n’arrive pas toujours à suivre. Mais je garde l’espoir d’arrive un jour à toutes les posséder !
De son côté, je sais que Jeff a acheté une belle édition du Necronomicon des éditions Bragelonne à laquelle il tient beaucoup.

Certains disques de musique plutôt « ambiance » existent, essayant de mettre en lien des ambiances et sonorités avec le mythe de Cthulhu. Est-ce quelque chose (faire des sons plus comme ceux ci) que tu aimerais faire ?

BG : En tout cas, le Drone et l’Ambient sont des styles que nous apprécions. Nous aimons tous les sons d’ambiance à base de reverbs, de delays, etc. Ces effets font partie du son de The Great Old Ones. Nous avons tous pour la plupart des projets parallèles, mais gardons pour l’instant la mythologie lovecraftienne pour notre groupe.
Cependant, j’aimerais bien un jour creuser les possibilités "Ambient" de l’œuvre de l’auteur, mais en y ajoutant pourquoi pas des éléments classiques. Le temps nous dira si, justement, j’ai trouvé le temps.

Aimerais-tu, à la manière de Year Of No Light sur Vampyr ou Art Zoyd sur Metropolis, faire une bande son de film dédié à cet univers ?

BG : Ce serait tellement magique. Tu comprends à ma réponse que oui, nous serions extrêmement motivés par cela. Mettre de la musique sur des images est un exercice assez différent de la composition classique, ce qui le rend passionnant. De plus, même si elle est violente, nous proposons une musique qui reste bourrée d’ambiances, qui pourrait si elle est écrite en vue du film adéquate, tout à fait coller.

Nyarlathotep ou Cthulhu ? Quel est le meilleur Grand Ancien ?

BG : Question difficile ! Déjà, de mes souvenirs, il me semble que Nyarlathotep n’est pas un grand ancien, mais un dieu (comme Azathoth). Mais je ne sais plus si c’est Lovecraft qui l’a défini lui-même comme cela, ou si cette différenciation vient de Derleth, ou même du jeu de rôle. Cthulhu est vraiment une entité charismatique, et ce n’est pas pour rien que ce dernier prend une place très importante dans la mythologie lovecraftienne, mais aussi dans la culture grand public. Il est d’ailleurs plus facile à représenter, et justement ses représentations renforcent son charisme
Cependant, de manière purement littéraire, Nyarlathotep me semble un peu plus libre de ses mouvements, contrairement à notre grand ancien favori qui pour l’instant passe beaucoup de temps à dormir.

Innsmouth ou Arkham ?

BG : Je pense que j’aurais du mal à supporter l’odeur permanente de poisson présente à Innsmouth ! Blague à part, si Innsmouth est un excellent décors pour une excellente nouvelle, et que ça a été un plaisir d’écrire les textes d’EOD : A Tale Of Dark Legacy, notre dernier album, dans ce contexte, si je devais habiter quelques parts, je choisirais certainement Arkham. Principalement parce qu’il s’y trouve l’université de Miskatonic, temple du savoir interdit, des livres maudits comme le Necronomicon, et que j’y passerais sûrement mes journées.

Il y a eu un enrichissement de l’univers avec d’autres écrivains, adeptes de Lovecraft, tels Robert Bloch ou August Derleth. As-tu jeté un oeil dessus également ?

BG : Bien sûr, car même s’ils sont décriés par une partie des puristes, ils ont quand même mis beaucoup de leur temps et de leur savoir-faire pour alimenter la mythologie de Lovecraft, animés par une vraie passion pour l’œuvre de ce dernier. Comme tous les écrits qui s’inspirent de l’œuvre du maître, tout n’est pas bon, mais tout n’est pas à jeter.

Est-ce que tu as prévu d’explorer d’autres facettes de l’écrivain dans vos prochains opus ?

BG : Nous pourrions nous intéresser aux côtés troubles et nihilistes de l’écrivain lui-même. Cela pourrait générer une ambiance presque plus sombre que ses écrits eux-mêmes. Mais pour l’instant, pour nos textes, je préfère rester sur l’aspect purement littéraire, et développer des scènes, des histoires, des poèmes liés à son œuvre.

J’ai vu que tu étais allé sur la tombe de l’écrivain il y a peu. Qu’a représenté ce voyage pour toi ?

BG : Beaucoup de choses, et pas forcément simples à expliquer. C’est un auteur dont l’œuvre m’accompagne depuis très longtemps, qui me replonge avec nostalgie dans les parties infinissables de jeux de rôle de mon adolescence, et dont l’univers me parle encore aujourd’hui. Donc nécessairement, pouvoir se recueillir sur sa tombe, y déposer la discographie de The Great Old Ones, visiter une bibliothèque possédant des originaux de Lovecraft, ainsi que parcourir Providence en y découvrant les lieux qui lui ont servi d’inspiration pour ses écrits, tout ceci fût un moment extrêmement fort.
De plus, les cimetières américains sont pour la plupart assez différents des nôtres. Les nôtres ont leur charme lugubre, mais aux Etats-Unis, ils sont gigantesques, souvent très entretenus et verdoyants, et donnent envie de prendre son temps. Cela a rendu le moment encore plus solennel et intense. J’ai vraiment eu l’impression de faire un pèlerinage indispensable, qu’il fallait que j’effectue au moins une fois dans ma vie.

As-tu choisi le thème de Lovecraft avant de choisir le style de musique ou est-ce l’inverse ?


BG : Quand j’ai commencé à écrire les morceaux qui allaient devenir Al Azif, notre premier album, et que The Great Old Ones n’existait pas encore sous forme de "groupe", c’est bien sûr le style musical qui a pris la première place. Je savais que je voulais composer du Black Metal plutôt atmosphérique, mais je n’avais pas du tout idée du concept. Mais au bout d’un moment, cela s’est montré comme une évidence. Ce son me rappelait ce que j’imaginais en lisant les histoires écrites par Lovecraft, autant en terme d’intrigue que de background. Tout était cohérent, et après cela, plus aucun autre sujet ne semblait coller à la musique de The Great Old Ones.

Un dernier mot ? Une oeuvre à nous conseiller ?

BG : Merci pour ces questions très intéressantes. Pour un néophyte, la première lecture de Lovecraft n’est pas toujours simple, il faut un peu insister. Mais une fois que l’on a adopté son style d’écriture, tout son univers prend sens, et rend cette lecture passionnante. Il y a aussi d’autres moyens, peut-être plus simples, d’aborder l’œuvre de l’auteur, comme la bande dessinée par exemple. La meilleure adaptation en BD restera pour moi Les Mythes de Cthulhu d’Alberto Breccia. Sa technique graphique est parfaite pour représenter l’indicible. Plus récemment, Emprise ainsi que Weird Detective  sortis chez Akileos et qui s’inspirent de la mythologie lovecraftienne, m’ont beaucoup plu.

Euka (Octobre 2017)

Un grand merci à Benjamin pour s'être plié à l'exercice et avoir accepté cette interview dans toute sa spontanéité.

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