Celeste par mail, 2017

A l'occasion de la sortie de Infidele(s), le nouvel album de Celeste, Johan (chant) s'est prêté au jeu d'une interview par mail, le temps d'en apprendre un peu plus sur le groupe actuellement, notre dernier échange datant de 2007.

Hello Celeste. Comment allez-vous ? Infidele(s) est sorti depuis quelques jours, avez-vous déjà eu des premiers retours dessus ?

Johan  : Oui quelques uns dont certains très élogieux sur de gros zines Américains, ça nous a fait vraiment plaisir. Quelques retours sympas en Italie et en Allemagne ou on est pas mal suivis, et pour l'instant en France on n'a que le vôtre qui n'est pas terrible.

La plupart des interviews que je trouve sur le net datent d’avant 2010, est-ce qu’il y a eu une cassure à un moment qui a généré une baisse du flux de communication ?


Johan : Non on en a fait un paquet en 2014 pour la sortie d'Animale(s) mais je crois qu'on n'a pas eu de sollicitations en français, c'est peut-être pour ça que tu n'as rien trouvé.

Si tu devais mettre un adjectif sur chacun de vos disques, quels seraient-ils ?

Johan  :
Pessimiste(s)  : Fougueux
Nihiliste(s)  : Furieux
Misanthrope(s)  : Pesant
Morte(s) Née(s)  : Haineux
Animale(s)  : Amoureux
Infidèle(s) : Abouti

Il y a 10 ans, Johan, tu indiquais que le sentiment principal derrière Mihai Edrisch était le désespoir, tandis que derrière Celeste se cachait le "je m’en foutisme". Est-ce toujours le cas ?

Johan  : Non plus vraiment, il y a dix ans on était un peu plus insouciant et spontané, Aujourd'hui on est beaucoup plus posé et "professionnel" dans notre démarche. Ça ne veut pas dire qu'on est devenu chiant ou qu'on intellectualise tout, mais on ne peut plus parler de "je m'en foutisme" quand on voit le temps qu'on passe à écrire nos disques et le soin qu'on y apporte.

Concernant les paroles, comment se passe l’écriture ? Est-ce que tu as déjà essayé l’écriture automatique ?

Johan
: Non pas vraiment, je sais pas trop ce que c'est à vrai dire. Je me fixe plutôt des thématiques, ou une histoire (pour Animale(s)) et j'écris mes textes comme n'importe quel poète ou écrivain j'imagine. L'inspiration n'est pas toujours au rendez-vous, je pense qu'il y a des périodes plus propices à ça que d'autres et puis bon au bout de huit albums (me concernant) il est peut-être difficile de trouver de nouvelles idées, mais en tout cas j'essaye d'y porter toujours la même attention.

Je trouve vos disques très hermétiques, ce qui amène en général des réactions extrême (on déteste ou on aime) et peu de demi-mesure. Comment se passe la composition des différents titres ?

Johan : Guillaume amène une structure à la guitare sur laquelle on travaille tous ensemble. Je pense que ça se passe comme ça dans beaucoup de groupes. Par contre on a vraiment tous notre influence sur la suite, nos critiques font pas mal évoluer les choses évoluent les choses. Souvent, le morceau final est radicalement différent de ce qui a été proposé au départ. Quand on a pu claquer des morceaux en une répète par le passé, sur nos trois derniers albums il nous a fallu beaucoup plus de temps. On va passer plusieurs répètes sur un seul riff  par exemple car c'est très long et nerveusement éprouvant.

Comment s’est passée l’élaboration de Infidele(s) ?

Johan
: Ca a été un très long processus avec des périodes très marquées, on a fait pas mal de breaks, fait beaucoup moins de concerts pour pouvoir composer, on s'est même fait une résidence pour la première fois de notre histoire mais ça n'a pas toujours été efficace. Je pense que le déclencheur a été de se mettre une deadline pour le studio et la sortie du disque. Cette pression a été plutôt positive pour nous. C'est pas pour autant qu'on a bâclé nos morceaux, mais ça nous a peut-être amené à nous ouvrir l'esprit sur deux ou trois points. J'ai notamment composé quelques morceaux à la guitare pour pouvoir soulager un peu Guillaume sur la fin, ce qui nous a permis au final d'avoir de nouveaux types de mélodies sur cet album.

Il y a un côté très Black Metal à l’ensemble, sans pour autant utiliser l’imagerie associée. Est-ce un choix de ne pas l’utiliser ?

Johan : On a toujours du mal à savoir ce qui est vraiment Black Metal ou non dans notre musique pour être franc. Ça ne nous embête pas du tout d'être assimilé à cette scène, mais vu qu'on n'a pas de culture Black Metal, à part le fait d'avoir des parties de blast, on ne sait pas où se retrouvent ces touches dans nos disques. Concernant l'imagerie, vu qu'on n'a pas la volonté d'être assimilé à cette scène, aucune raison d'utiliser cette imagerie. On a juste la volonté de faire quelque chose de singulier, qu'on puisse idéalement reconnaître une pochette de Celeste d'un coup d’œil, peu importe que ce style d'image soit associable à une scène ou à une autre. À vrai dire j’espère que notre imagerie n'est associable à aucun style de musique. Par exemple, quand j'ai travaillé sur la dernière pochette, afin de me faire comprendre de Marta (la photographe), je ne lui ai jamais montré des exemples de travaux similaires -je n'en connaissais pas de toute manière- je lui ai montré ce que je ne voulais absolument pas. Je lui ai même dis dès le départ que je ne voulais notamment pas que ça ressemble à ses travaux habituels, je ne l'ai pas choisi pour ça, et elle a d'ailleurs été géniale sur ce point d'accepter de se mettre au service du projet du début à la fin, tout en étant force de propositions.

Vous avez déjà fait plusieurs titres instrumentaux, est-ce qu’un jour vous ferez un album purement instrumental ?

Johan : Ça m'étonnerait beaucoup. Par exemple, initialement les gars voulaient que je chante sur (I), je me suis même forcé à composer un truc, mais c'était tellement mauvais que tout le monde à compris qu'il valait mieux la laisser ainsi. Non sincèrement, nos instrus ont toujours été des respirations dans nos disques, certaines ont été pas mal appréciées, mais ce ne sont clairement pas pour nous des éléments majeurs de notre discographie. Je pense que si on devait faire un album instrumental il serait très chiant, d'autant qu'on est vraiment très mauvais pour tout ce qui est arrangements.

Vous indiquiez dans une interview en 2013 que vous aviez plutôt l’impression de consommer et profiter d’une scène plutôt que d’en faire partie, est-ce toujours le cas ?

Johan : Oui dans le sens où on ne sait toujours pas de quelle scène on fait partie même si ça penche un peu plus vers le Metal en ce moment. Mais aussi car on a au final presque aucune interaction avec celle-ci, que se soient les médias, les orgas, etc etc. Les seuls contacts qu'on a, ce sont ceux qu'on lie avec les groupes qu'on croise plus ou moins régulièrement sur la route, mais même avec eux on ne partage pas vraiment les mêmes réseaux. Si je prends Regarde Les Hommes Tomber et Déluge avec qui on joue assez souvent. Eux se sont très vites inscrit dans une scène Metal française, ont le label qui va avec et font les concerts qui correspondent à tout ça. Nous on est sur un label de musique expérimentale allemand et on tourne majoritairement à l'étranger, c'est très différent. Je pense qu'on n'a pas vraiment le même public au final même si les gens nous assimilent souvent à juste titre. Je pense qu'on est un peu en marge de plusieurs scènes. On a aussi la particularité de tourner à 90% seuls et en "tête d'affiche", je ne pense pas que ça aide non plus à s'intégrer car chaque événement est souvent le nôtre, on ne se confronte donc malheureusement pas à un nouveau public.

Pourquoi être passé de la poésie sensible et à fleur de peau de Mihai Edrisch, à quelque chose d'aussi violent et nihiliste, tout en gardant la même plume poétique ?

Johan : Il faut vraiment comprendre que Celeste n'est absolument pas la continuité de Mihai Edrisch. Il n'y a que moi qui faisait réellement partie de ce groupe. Ça me semblait tout à fait logique de ne pas produire les mêmes types d'écrits pour Celeste car le propos musical n'a rien à voir et il fallait certainement que j'adapte mon propos à celui-ci. La plume poétique je ne l'ai pas tout le temps gardée, Nihiliste(s) ne l'est pas, Misanthrope(s) pas des masses... Animale(s) l'est beaucoup lui, bref, ça va dépendre de mes thématiques et de mes envies du moment. Il ne faut pas oublier que ça fait plus de 15 ans que je fais ça, ma vie a évolué de multiples manières dans ce laps de temps et cela à certainement une influence sur mon travail d'écriture. Même si je n'écris pas sur moi, mon état d’esprit du moment a forcément une influence sur ma manière d'écrire.

Quels sont les œuvres, hors musicales, qui influencent Celeste ? Inconsciemment je pense à du Chuck Palahniuk pour la littérature par exemple.

Johan : Si tu savais à quel point nous sommes une bande d'incultes, tu en pleurerais. Je ne lis pas, absolument rien. Je suis quasi certain que c'est le cas de tous les membres du groupe, j'ai jamais vu quelqu'un avec un bouquin (ni une BD), c'est certain. On ne matte pas de cinéma d'auteur, on matte les trucs "milieu de gamme". Il n'y a même pas de geek dans le groupe. Nous avons des cultures tout à fait banales (voir pauvres) qu'elles soient littéraires, cinématographiques, musicales ou picturales. Je pense pas que ça fasse de nous des imbéciles, on se nourrit de bière et de camaraderie, ça nous convient très bien.

En dehors de Pessismite(s), il y a continuellement ces personnages féminins sur les différents artwork. Quel est le concept derrière ? Est-ce une manière de raconter différentes vies et d’aborder certains thèmes ?

Johan : Oui il y a bien entendu une envie de créer une continuité artistique, on en joue même sur certains points où on pourrait croire revoir une même fille d'un album à l'autre. Ça raconte des histoires ou explique des thématiques sur nos derniers disques mais il n'y a pas de réel fil conducteur. Chaque album a son artwork propre correspondant à son thème ou à son histoire dans le cas d'Animale(s).

Si je ne dis pas de bêtises, Cette Chute Brutale est votre premier clip. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Comme s’est passée la réalisation ?


Johan : J'ai toujours un peu fuis tous les éléments classiques de promotion comme la bonne vieille photo de groupe dans la fôret ou le clip un peu merdique pseudo dark au script pauvre. J'aurais aimé avoir un jour un clip, un vrai, avec une vraie histoire, une vraie esthétique, de vrais acteurs etc etc, mais sincèrement, je pense qu'on n'aurait jamais eu le budget. Pour Infidèle(s) j'ai accepté de mettre de l'eau dans mon vin, ça donne ce clip (et peut-être un autre à venir), le parti pris était de retranscrire notre visuel live. Au final, je pense qu'il n'est vraiment pas vendeur, je ne pense pas que ce soit ce que les gens attendent, mais au moins il est honnête et cohérent, il correspond à notre démarche et notre esthétique.

Vous collaborez depuis des années avec Denovali. Comment s’est faite cette rencontre ?

Johan : Myspace ! Sincèrement je ne sais même plus qui a dégainé en premier, mais on a échangé quelques messages, ça a matché très vite. On a évolué avec le label durant les premières années avant qu'ils virent complètement de direction niveau artistique. Aujourd'hui nous sommes un OVNI sur ce label, mais ça se passe plutôt bien donc pour l'instant on reste.

Quels sont les disques qui tournent en ce moment chez vous ? Quels sont les albums qui vous ont marqué et contribué à façonner l’image de Celeste aujourd’hui, si certains l’ont fait ?

Johan : Le dernier truc que j'ai écouté c'est Space de Newmoon. Et je vais dire Shora période qui chie pour la deuxième question, mais j'y crois même pas. Ça nous a peut-être aidé à nous émanciper au début de certaines influences un peu nulles, mais je pense qu'on s'est très très vite affranchit de toute influence et c'est ce qui fait qu'on ne sonne comme aucun autre groupe (à part ceux qui nous copient) et que tout le monde galère à nous coller des étiquettes. 

Vous avez diminué le rythme des sorties pour les deux derniers opus. Est-ce pour peaufiner encore plus vos disques, qui sont moins viscéraux ?

Johan : Ce n'est pas totalement volontaire. On n'a plus autant de temps libre qu'avant et on est dix fois plus exigeant, donc ça prend plus de temps. De toute manière aujourd’hui si tu veux sortir un vinyle, rien que pour le presser il faut t'y prendre six mois à l'avance. Donc on ne pourrait plus sortir un album par an comme on l'a fait à nos débuts si tu ajoutes le processus de composition et d'enregistrement. Moins viscéral peut-être. Mais Morte(s) Née(s) est notre album le plus viscéral et on a pourtant mis longtemps à le pondre, donc il ne faut pas chercher de ce coté là. Mais je le concède, Infidèle(s) est beaucoup moins viscéral qu'un Morte(s) Née(s). Il est beaucoup plus riche et beaucoup plus varié, mais ça apparemment vous ne l'avez pas compris.

Quels sont vos projets ?

Johan : Faire pleins de concerts les weekends, une petite tournée Hongrie-Ukraine-Turquie, trois semaines aux Etats-Unis en mai, on l’espère plein de fests sympas cet été puis une tournée en Asie. On ne va pas chômer, on a très envie de jouer nos nouveaux titres sur scène !

Euka (Octobre 2017)

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