Albums du moment
Pochette Savage Sinusoid
Pochette Burst Pochette Thin Black Duke
Chroniques
Pochette Infidele(s)
Pochette Endangered Philosophies
Pochette Ex Eye
Pochette End Of Chapter
Découverte
Pochette Centered And One

Rune "Blasphemer" Eriksen (Aura Noir, Mayhem...) Paris, 2017

Pour beaucoup, l'oeuvre de Mayhem se résume à De Mysteriis Dom Sathanas et au Live in Leipzig. C'est un tort, car les disques de la période 97-2007 sont à peu près aussi excellents qu'ils sont déconsidérés. Composés en quasi-intégralité par Rune "Blasphemer" Eriksen, jeune guitariste inconnu au bataillon à l'époque où il intègre la formation, ils ont contribué à maintenir Mayhem parmi les groupes les plus ambitieux de la scène metal extrême. Ce fut l'un de nos sujets de conversation avec Rune.


Pochette de A Season In Blasphemy, compilation regroupant les trois albums de Mayhem de la période Blasphemer, par Zbigniew M. Bielak.

Comment est-ce que tu écris ta musique ? Le processus est-il différent pour les différents groupes dans lesquels tu prends part ?


Le processus global ne change pas vraiment suivant le groupe, c'est axé sur les jams. Pour Aura Noir, par exemple, nous avons une idée précise du style dans lequel les riffs devraient être. C'est plus ou moins la même chose dans mes autres groupes, je sais dans quels styles les riffs doivent s'inscrire, et c'est plutôt facile pour moi changer de perspective à chaque fois. Avant, j'écrivais principalement sur ordinateur. Mais maintenant, j'ai tendance à revenir à la bonne vieille méthode : jammer avec le groupe. Et je crois que c'est beaucoup plus sain. Par expérience, si tu ne travailles que sur ordinateur, tu as tendance à rendre les choses trop complexes. Tu ajoutes des petits détails qui ne sont pas forcément utiles. Globalement, ma façon de composer s'axe énormément sur le riffing.

Je considère que tu fais partie des quelques musiciens de la scène metal norvégienne qui ont une approche unique de la guitare. Comment as-tu développé ça ?

Je pense que ça peut venir du fait que j'aime beaucoup de styles de musiques différents. Evidemment, j'ai grandi avec le hard rock et le heavy metal, mais aujourd'hui j'écoute beaucoup d'autres choses. Je peux écouter n'importe quoi du moment que la musique m'apporte quelque chose. Je pense que je suis le produit de cet éclectisme. C'est difficile de savoir d'où ça vient, mais je peux aussi dire que j'ai une imagination très vivace, presque folle, et j'utilise ça à mon avantage pour créer ma musique. [Il réfléchit] Tu sais, c'est de l'art. Tu as une toile vierge, et tu peux en faire ce que tu veux. Personnellement, je ne me pose pas de limites. C'est presque comme une expérience scientifique : essayer différentes techniques, des progressions d'accords ou de timbre... C'est de l'exploration, aller vers des territoires inexplorés. Ca a toujours été fascinant pour moi.

Parlons de ta trilogie d'albums avec Mayhem. Ca fait presque dix ans que tu as sorti Ordo Ad Chao. Je voulais savoir ce que tu pensais de cette musique avec le recul ?

Ce sont différentes parties de ma vie, et quand je les écoute, c'est comme une machine à remonter le temps. Je me souviens clairement de tout ce qui s'est passé à cette période... Pour le meilleur et pour le pire. Je pense que ce sont trois albums très variés, avec beaucoup de chemin parcouru de Grand Declaration Of War jusqu'à Ordo Ad Chao, avec Chimera entre les deux. En les écoutant, je revois cette personne que j'étais à l'époque. C'est un voyage, et c'était mon exutoire créatif à cette époque. J'en suis fier, je les considère toujours comme de très bons albums. Et j'espère que plus de gens auront l'occasion de les découvrir.



Tu viens de me dire que tu écrivais beaucoup sur ordinateur avant. Est-ce que tes albums avec Mayhem ont été écrit comme ça ?

Pour tout te dire, si tu prends A Wise Birthgiver de Ordo Ad Chao, c'est un enregistrement que j'ai fait entièrement chez moi. Nous avons ajouté quelques filtres et une partie de caisse claire de Hellhammer. Mais à part l'intro, toute la partie de marche vient entièrement de mon ordinateur, dans mon home studio au Portugal. De fait, une bonne partie de cet album a été écrite sur ordinateur, avant d'aller en Norvège pour le répéter avec les autres. Pour Chimera, pas tant que ça. Je commençais tout juste à m'intéresser aux ordinateurs, parce que j'ai une sorte d'aversion pour les nouvelles technologies. Du coup, je n'ai eu mon premier ordinateur qu'en 2002 ou 2003. Donc je dirais que Chimera est un hybride de composition en improvisation et d'arrangements faits sur l'ordinateur de mon côté. Mais Grand Declaration Of War a été entièrement composé à l'ancienne, en construisant tout dans ma tête. A cette période, je faisais beaucoup de longues marches à pied pour créer de la musique. C'était l'étincelle qui allumait ma créativité. Donc je marchais beaucoup dans Oslo, parfois de nuit, tout en créant de la musique, construisant des passages dans ma tête, ce genre de choses. C'est une méthode complètement différente. Je ne sais pas d'où cette musique vient, c'était une époque étrange, tout était en train de développer dans la scène, et nous avons été pris là-dedans, et ça a donné cet album plutôt orienté avant-garde. Qu'on l'aime ou pas, cet album l'est toujours aujourd'hui. Si tu considères ma musique globalement, il y a une certaine cohérence : je ne veux pas me répéter. Je ne vois pas l'intérêt de faire quelque chose que j'ai déjà fait auparavant. J'aime essayer de faire des choses différentes et avancer un peu à chaque fois. C'est particulier dans Aura Noir, puisque même si nous écrivons à trois, ils ont souvent le dernier mot. Ce n'est pas vraiment mon groupe, j'ai été le dernier à le rejoindre et c'était plus ou moins déjà fixé que ça se passerait comme ça. Mais si j'écris quelque chose pour moi, je ne veux pas refaire le même album deux fois, tu peux l'entendre sur les albums de Mayhem ou sur les autres albums que j'ai composé.

En discutant avec Czral, j'ai appris que votre local de répétition avec Mayhem était à côté de celui de Ved Buens Ende quand ils composaient Written In Waters. Est-ce que tu as apprécié leur musique à l'époque et est-ce qu'il y a eu une émulation entre ce que vous faisiez et ce qu'ils façonnaient de leur côté ?

J'ai rencontré Carl-Michael à cette occasion en 1995, quand nous nous préparions pour Wolf's Lair Abyss. Mais il n'y a pas eu vraiment d'échanges entre nous. On ne pouvait pas entendre ce qu'ils faisaient. Ceci dit, je pense qu'eux nous entendaient, puisque nous avions le grand local avec Mayhem, et ils avaient le petit de l'autre côté. Mais étrangement, je n'ai rien entendu de leur musique à l'époque, et pourtant j'ai un grand respect pour Ved Buens Ende.

J'ai lu dans une interview de Necrobutcher qu'il considérait que Chimera aurait pu être meilleur si le groupe avait plus travaillé en répétition. Qu'en penses-tu ?

Ce sont ses mots. Moi, j'ai écris l'album. Il n'y a effectivement pas eu beaucoup de répétitions, Mayhem était plus ou moins séparé à l'époque. Le courant ne passait plus très bien entre nous, et ça n'a pas été une période facile à gérer. (rires) J'avais moi-même mes batailles personnelles à mener. Il en résulte que Chimera est un album étrange. Il traite de secrets inavoués, avec beaucoup de vieilles idées associées à une pensée et une attitude hors de contrôle. Ceci dit, certaines chansons ont été vraiment répétées, comme Dark Night Of The Soul. C'est d'ailleurs une de mes chansons préférées de Mayhem parmi celles que j'ai écrite. Le reste l'a moins été, c'était de l'improvisation, avec des échanges entre moi et Hellhammer essayant différentes choses, mais les riffs venaient toujours de moi. Tu sais, c'est facile de regarder en arrière et dire "nous aurions dû faire ci ou ça", mais ça ne s'est pas fait. C'est comme ça, et l'album est bon, donc tant pis !

Actuellement tu es dans Aura Noir, mais aussi dans Earth Electric, un groupe de Hard Rock orienté 70's. On peut dire que tu t'es éloigné de ton style de Metal extrême bizarre et torturé. Est-ce que tu comptes y revenir un jour ?

Absolument, c'est prévu. Je suis actuellement en train d'écrire mon album "comeback" de Metal extrême. Il devrait sortir l'année prochaine, et nous entrerons en studio en décembre. C'est un secret actuellement, personne n'est vraiment au courant et je ne vais pas te dire qui prend part au groupe. C'est mon retour dans le Metal extrême, parce que c'est vraiment quelque chose qui vient de moi, mon premier album depuis Ordo Ad Chao qui contient ce type de riffing sombre et étrange. Le ton est peut être un peu plus Death Metal, old school, avec des riffs sur une corde. Comme je te l'ai déjà dit, je ne veux pas me répéter. Par ailleurs, cet album ne sera pas vraiment axé sur l'aspect atonal et dissonant comme l'était Ordo Ad Chao, parce que j'ai l'impression que tout le monde fait ça maintenant. Tous les groupes de Black Metal que j'écoute se concentrent sur les dissonances ou des riffs bizarres. Peut être qu'il est temps de passer à autre chose ! (rires) Ce n'est pas que ce que font les autres détermine ce que je fais, mais disons que je me suis lassé de tout ça. Je pense que je suis allé aussi loin que j'aurais pu avec les dissonances sur Ordo Ad Chao. Ce nouvel album gardera une part d'étrangeté néanmoins, tout en étant très puissant. J'ai vraiment hâte que ça sorte.



Est-ce un projet uniquement studio ?

Non, il y aura des concerts. Ca sera un véritable groupe. Nous sommes éloignés les uns des autres géographiquement, mais bon, le monde devient de plus en plus petit ! Il y aura toujours un vol quelque part pour se retrouver. Il faut jusque qu'on trouve un créneau libre pour tout le monde et se concentrer là-dessus.

Tu as composé cet album seul ?

Oui, mais il y a des musiciens avec des personnalités bien trempées dans le groupe, qui ont des opinions. Avec l'âge, j'arrive mieux à écouter les autres et ne pas être un dictateur. Je pense que c'est mieux ainsi. Parfois, un riff n'a pas besoin d'être si compliqué ou bizarre : " - Pourquoi on ne le fait pas en 4/4 ? - Ok, essayons." Et souvent ça marche, donc il faut être ouvert à l'avis des autres. C'est important, si tu as un groupe, que tout le monde en soit pleinement satisfait.

Quels sont les albums que tu considères t'ayant façonné en tant que musicien ?

Defenders Of The Faith de Judas Priest. Peut être aussi Beneath The Remains de Sepultura. Je me rappelle avoir acheté Defenders en vinyl quand il est sorti, j'avais dix ans. J'avais déjà d'autres albums de Metal mais celui-là a eu vraiment beaucoup d'impact sur moi. Je pourrais aussi citer Iron Maiden, Deep Purple, Motorhead. J'ai vu Motorhead pour la première fois à 10 ans, donc Ace Of Spades et Overkill sont des albums très importants pour moi. Je pense aussi que chaque période de ma vie a eu ses albums phares. Là, je te parle des débuts, mais quand j'ai grandi, je suis passé à Master Of Puppets, Reign In Blood, et ça a façonné quelque chose d'autre en moi. Mais je pense que tout a commencé avec Judas Priest, ou Kiss.

Qu'écoutes-tu en ce moment ?

Beaucoup de musique des 60's et 70's. Peut être que je deviens paresseux, mais il y a très peu de musique récente qui me plaît. Il y a des nouvelles sorties que j'aime mais pas vraiment dans le Metal : Dead Can Dance, Queens Of The Stone Age. Sinon, beaucoup de Black Sabbath, Deep Purple... Sinon, j'essaye aussi de redécouvrir des choses comme des albums bizarres de Bauhaus. Ce que j'écoute change tout le temps, un peu comme la météo ! (rires)

Que fais-tu quand tu ne joues ou écoutes pas de la musique ?

La musique est ma vie : à la fois un travail et un hobby. Donc tout ce que je fais a de grandes chances d'avoir un lien avec la musique, et je m'y suis consacré à fond ces dernières années pour être au meilleur niveau. Disons que j'essaye d'en vivre, tout simplement, et c'est tout sauf facile ! On se crée tellement de barrières dans nos têtes... Je crois que j'essaye de devenir une meilleure personne, de vraiment prendre mes responsabilités. j'ai même commencé la méditation par le yoga. Je vais essayer de m'exprimer avec d'autres moyens, peut-être par la poésie ou la peinture. J'adore voyager, et essayer de développer une compréhension plus profonde des choses. Essayer de vivre et de trouver la clé pour se dire "tout va bien!" Il y a vraiment trop de choses qui ne tournent pas rond dans ce monde.

C'est cette positivité que tu as essayé d'exploiter dans Earth Electric ?

Absolument. C'est quelque chose que tu développes quand tu philosophes sur le monde et que tu vois ce qu'il s'y passe vraiment. J'ai passé une semaine de vacances (la première depuis très longtemps) dans le sud de la France il y a peu. J'ai passé mon temps à marcher dans la forêt, dans des villages médiévaux, sans regarder mes mails ou quoi que ce soit...  Et quand il était temps de rentrer, je me suis reconnecté, et la première chose que je vois, c'est Donald Trump qui bombarde l'Afghanistan avec la Mother Of All Bombs. Puis la réplique de Poutine avec le Father Of All Bombs. Ca m'a vraiment frappé et je me suis vraiment demandé ce qui se passe dans ce monde. Tout se rapporte à l'ego aujourd'hui, et nous nous sommes tellement éloignés de l'aspect originel de l'humain. Le monde va tellement vite, c'est facile de s'y perdre.

Neredude (Août 2017)

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment