Comity Par Email

A l'occasion de la sortie du nouveau ComityA Long, Eternal Fall, nous avons pu échanger un peu avec eux, voir l'évolution sur les six dernières années et se demander ce que nous réserve la suite ...

Hello les Comity, cela fait 6 ans que l’on avait pas échangé par mail. Comment allez-vous ?

Thomas : Plutôt bien du coup! Très contents d'enfin sortir cet album.

Le groupe a maintenant plus de 20 ans. Est-ce que vous imaginiez que cela arriverait jusqu’ici ?

Thomas : On a jamais vraiment fait de plan sur le long terme, je crois que c'est juste l'envie de pousser notre musique plus loin qui nous fait tenir sur la longueur, malgré les hauts et les bas. Je me rappelle d'une vielle conversation il y a bien 15 ans ou on se disait qu'a 40 ans on jouerait peut être encore ensemble mais pas cette musique la parce qu'on serait ridicules… comme quoi.

J’ai retrouvé ce même type d’artwork, poétique mais sale, sur ce nouvel opus. D’ou vient-il ? A quoi correspond le bleu d’alpinistes qui le traverse ?

Thomas : On voulait absolument garder notre identité visuelle, c'est a dire de la photo noir et blanc avec une touche de couleur. Il fallait aussi que ça colle bien avec le concept et le texte de l'album. Après plusieurs essais on est tombés d'accords pour s'orienter sur de vielles photos de sommets et d'alpinistes du début du siècle. Les montagnes représentent le temps inaltérable, avec ses sommets hors d'atteintes. les alpinistes tentent de les gravir mais sont voués a l'échec. les dessins qui complètent la pochette sont de Peggy Leguern, qui entre autre peint en direct pendant les concerts de son groupe The Birds End. On avait flashé sur son travail il y a quelque temps et naturellement on lui a demandé si elle voulait travailler sur nos pochettes. on lui a demandé des dessins d'horloges, les bonhommes qui en sortent c'est son idée. c'est tiré d'une citation de Cioran que l'on retrouve sur l'artwork.

Que s’est il passé durant ces six ans ?

Thomas : On a surtout beaucoup travaillé sur la composition, un peu malgré nous aussi, parce qu'on a pas eu l'occasion de beaucoup tourner pour notre album précédant, et il est un peu passé inaperçu. Ca a donc a la fois été des années creuses pour le groupe mais qui nous ont permises de nous concentrer sur la composition.

On avait fait le jeu des sentiments sur chacune des sorties. Quelle est la palette utilisée ici ?

Thomas : Je pense qu'elle s'est pas mal élargie, déjà parce qu'il y a beaucoup plus de lumière qu'avant, et qu'en vieillissant on a tendance a être moins premier degré. Du coup, c'est forcément moins noir, mais aussi un peu plus profond et dur a définir. donc moins cliché. Je pense que c'est très intense sans être haineux ou dépressif.

Comment cela s’est passé sur A Long, Eternal Fall ? Est-ce que la composition a été différente ?

Thomas : On utilise toujours la même méthode. Mais cette fois dès le début on savait que l'on voulait retourner a des formats plus courts. Ce qui au final oblige a être plus concis et direct dans les développements. Ca donne quelque chose d'extrêmement dense, avec peu de temps faibles, tout va très vite et semble plus complexe que nos deux disques précédents, alors que c'est surement le plus facile d'approche selon moi.

Comity est un groupe assez hermétique, complexe dans sa musique. Est-ce qu’il y a une approche mathématique derrière ou vraiment une question de feeling ?


Thomas : Franchement tout se fait au feeling en répète, on essaie toutes les idées et on voit ce qui fonctionne, il n'y a pas de volonté de sonner complexe, c'est juste qu'on aime tous la musique qui surprend. La vraie difficulté c'est d'assembler le puzzle en faisant en sorte que ce soit fluide et que ça paraisse logique, aussi bien rythmiquement que harmoniquement. On ne compte que quand on ne comprend pas d'ou vient le problème. Il n'y a vraiment pas de volonté d'aller vers quelque chose de mathématique, on aime quand ça sonne Rock n' Roll.

Sur l’introduction de I, j’ai trouvé un gros feeling Converge avant de basculer dans quelque chose plus commun à Comity, avec plusieurs couches de musique (et une partie batterie presque Black Metal). Qu’est ce qui vous a influencé pour cet opus ? 

Sur I, Francois avait ce riff à la steel guitar qui sonnait très bluesy, du coup l'auditeur s'attend à un départ assez lent à la batterie, avec un riff lourd par dessus. On a donc décidé de partir dans le sens inverse, toujours pour surprendre : poser un feeling Black Metal sur du Blues, et faire en sorte que ça paraisse logique. Ca nous faisait kiffer, tout simplement. Nos influences s'élargissent forcément d'album en album, mais sincèrement toutes les parties Metal, Rock n' Roll, Harcore, Black Metal, Noise... tout ça c'est digéré. Chaque auditeur a ses références propres et tout le monde nous cite des choses différentes, ce qui montre qu'on arrive à tracer notre propre chemin, à ne pas être catégorisés comme des "sous-quelque chose". On a pas forcément la prétention d'avoir inventé l'eau tiède, mais on a quand même trouvé un son et une voie qui nous sont propres. En dehors des influences musicales, ce qui inspire le groupe et les textes c'est toujours les lectures et les images marquantes, la philosophie et l'art en général.

Doit-on encore prendre l’opus comme un tout ou y-a-t-il une scission entre les différents titres ?

Thomas : Comme d'habitude, le disque ne comporte qu'un seul long texte et donc un seul concept, donc dans l'idée l'album doit être prit comme un tout. Par contre, on voulait vraiment retourner à un disque composé de morceaux indépendants les uns des autres. Donc, musicalement, il y a bien cette fois une scission marquée entre les différents titres.

Vous avez sorti un premier clip, cela est le premier si je ne me trompe pas. Est-ce que cela a une symbolique ?

Thomas : Oui absolument, on voulait le faire depuis très longtemps. On nous a proposé pas mal de choses mais rien n'est jamais allé jusqu'au bout. Une chose était sûre : on préférait ne rien faire plutôt que de sortir un truc cheap. La technologie se démocratisant et nos morceaux plus courts s'y prêtant, on a décidé de le faire nous même avec l'aide de notre vieil ami Clément Huot. Un pote assez créatif nous a sorti l'idée générale en se basant sur le concept de l'album et ses visuels. Notre batteur et Clément travaillent tous les deux dans le cinéma, et pour ma part c'est vraiment une passion depuis longtemps de décortiquer les films que je vois. Du coup on ne se lançait pas dans l'inconnu et je pense que quand le budget sera là on en fera un autre.

J’ai relancé il y a peu … As Everything Is A Tragedy et l’album n’a pas pris une ride. Toujours aussi fou, est-ce que gardez des souvenirs de la période de ce disque ?

Thomas : Que des bons souvenirs, parce que c'était une période très particulière. Je me rappelle qu'on l'a composé avec beaucoup de passion. A l'époque on disait une passion qui se transforme en haine. On était un peu désespérés parce qu'on n'avait plus de label ni de soutient à ce moment la. Et puis d'un coup Appease Me, l'ancien label de Vince de Blut Aus Nord nous a repérés et nous a fait signer chez Candlelight Records. On ne pensait à rien d'autre que faire de la musique pour nous même, et d'un coup le groupe se retrouve exposé comme jamais on ne l'avait été et en plus signé par un des artistes les plus respectés et créatif de notre sphère musicale. On reparlait de ce disque cette semaine, et je pense qu'il a vraiment des mélodies fantastiques, par contre au niveau de sa composition et de ses enchaînements je trouve qu'il a pas mal vieillit personnellement. On a énormément progressé de ce coté là.



Si chacun d’entre vous devait définir LE morceau de Comity, quel serait-il ?


Thomas : On a fait tellement de choses différentes…pour moi IV sur le dernier est la quintessence de notre travail, même s'il ne représente pas vraiment le groupe. il ressemble plus certainement a son futur, fluide dans ses enchainements, mais avec beaucoup de petits détails cachés qui aident a comprendre le morceau dans son ensemble. j'adore ses enchevêtrements, on a l'impression qu'il part dans tous les sens alors qu'en fait il n'y a qu'un seul fil harmonique tout du long. Par exemple le riff de fin est en fait présent des le début dans la partie jouée par la basse et la ligne de chant. Alors qu'a l'écoute on a l'impression que la musique passe du coq a l'âne. Ce genre de détail est présent tout au long du morceau.

Nico : "VI", il y a de tout dedans, on retrouve du Deus, du As everything, des nouvelles choses aussi et tout s'enchaîne parfaitement. On prend vraiment un gros plaisir à la jouer aussi.



Quand je vois la liste des groupes avec qui vous avez joué, je pleure. Entre Nostromo, Blockheads ou Amanda Woodward, la liste est longue. Est-ce que certains vous ont marqué ? 


Thomas : Musicalement, les concerts avec ConvergeDillinger escape plan, Cave in ou Today is the day étaient de grands moments parce que ces groupes étaient nos références a l'époque. Et on a eu la chance de jouer avec eux…
Sinon humainement les fêtes avec les Blockheads étaient pas mal c'est clair. Beaucoup de super rencontres sur la route au fil des années et dur du coup de citer tout le monde.



Nico est maintenant batteur sur 3 disques. Comment sens-tu ton intégration dans Comity ? J’ai l’impression d’un jeu qui se lâche un peu plus, moins extreme que celui de Guillaume.

Nico : Je pense qu'on a enfin réussi à être vraiment en phase sur cet album. On a pas eu besoin de s'expliquer les différents points de vues pendant des plombes et ça vient justement du fait qu'on commence à avoir passé pas mal de temps ensemble. Pour le jeu de batterie je ne me pose pas trop la question, il faut que ce soit cohérent avec le reste.


Thomas : iI est avec nous depuis plus de dix ans. quand il est arrivé, je prenais juste la basse avec Comity en plus du chant, du coup c'était encore plus de travail pour lui de rentrer dans le groupe vu que le basse-batterie était une page vierge. Mais forcement on progresse tout les 2 d'album en album. Son jeu sur le dernier est vraiment a saluer, il a effectué un énorme travail de composition sur ses parties. 



Si Comity devait être un film, quel serait-il ?

Thomas : J’imagine plutôt un côté épileptique, assez noir sans être crade. 
Pour A Long, Eternal Fall, je dirais l'intro de Melancholia de Lars Von Trier. Pas du tout épileptique pour le coup, désolé.
je trouve que le coté a la fois ultra intime et grandiloquent, avec ses tableaux remplis de petits détails, l'image intense et émotionnelle correspond bien a notre vision de la musique.



Vous bossez avec Dooweet maintenant. On parlait il y a quelques années des labels qui n’assuraient pas niveau promo, est-ce que vous avez encore eu quelques malheureuses difficultés ? 

Thomas : Pas vraiment non mais comme on est pas très doués a la base pour promouvoir le groupe, on a décidé de mettre toutes les chances de notre coté et de ne pas nous gâcher comme on a pu le faire dans le passé.



La dernière fois, vous aviez un peu évoqué vos projets d’à côté. Qu’en est-il ? Je crois que niveau Parween c’est plutôt calme, idem chez Every Reason To …


Thomas : Every reason to n'existe plus, du moins officiellement.

Yann :  Parween s'est remis à la compo et projette une actu pour début 2018.




Ma traditionnelle question fétiche, mais quelle est votre bière préférée ?


Thomas : Bavaria blanche 0.0, vu que je ne bois plus.

Yann : La Chouffe pour les autres, Nico surtout.

Nico : Juste une oui, sinon une bonne IPA ça marche toujours.



Comme d’hab, un dernier mot pour la fin ? 



Thomas : Merci a toi pour le temps que tu nous consacres.

Euka (Juin 2017)

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