Interview croisée Hellfest/Corsaires de Nantes Nantes, par mail

Si le Hellfest assoit principalement sa renommée et sa réputation via le festival clissonnais, il est aussi un acteur important de la vie locale/régionale via des partenariats parfois méconnus ou incompris. Le soutien que le festival apporte aux Corsaires de Nantes, l'équipe de hockey sur glace semi-professionnelle de Nantes est de ceux là. En marge de la rencontre opposant les Corsaires aux Sangliers Arvernes de Clermont-Ferrand (gagné 3-2 par les nantais après prolongations) le 18 février dernier, nous avons pu échanger par mail avec Thibault Desmasures, manager de l'équipe des Corsaires, et Yoann Le Nevé, co-fondateur du Hellfest. Let's kick some ice !

Retrouvez l'intégralité des photos prises par Meo dans la galerie dédiée.

Pouvez-vous faire un petit historique de votre partenariat ?

Thibault : Les débuts de nos échanges avec les dirigeants du Hellfest remontent à l’été 2015. C’est Florent Barbaud qui a été notre premier contact au sein du festival. Je le remercie d’ailleurs d’avoir cru en notre projet dès le départ ! Nous avons officialisé notre collaboration lors d’une conférence de presse en marge de la réception du leader niçois en novembre 2015. Dès lors, un visuel aux couleurs du Hellfest a été installé autour de la glace nantaise. Bien entendu, le moment fort de cette première année de partenariat correspond à la réception de Neuilly/Marne le samedi 13 février 2016. Si le résultat n’était pas au rendez-vous, on se souviendra surtout de l’ambiance Metal qui régnait ce soir-là au sein du Petit-Port (nom de la patinoire où évoluent les Corsaires, ndlr). Fort de ce succès, l’opération a été reconduite cette année face à Clermont-Ferrand, le samedi 18 février dernier. A cette occasion, nous avions apporté quelques améliorations vis-à-vis de l’édition précédente en augmentant notamment la taille du village thématique et en mettant en place une véritable ligne de produits dérivés Corsaires de Nantes/Hellfest. Dans un tout autre registre, les Corsaires apprennent également au contact du Hellfest en reproduisant, à leur échelle, l’organisation mise en place que ce soit en terme de gestion de bénévoles ou de planification événementielle.

Yoann : Il y a de ça près de deux ans, Florent mon assistant, qui suivait déjà les Corsaires, m'a fait part de l’intérêt des managers du club pour mettre en place un partenariat. Au départ j’y ai prêté peu d’intérêt car j’avais déjà pas mal de partenariats en place avec des club sportifs de Clisson, mais comme ils ont vraiment insisté, j’ai accepté de les rencontrer. Thibault m’a exposé le projet du club, leur vision, leur ambition ainsi que leur place dans le Hockey en France et dans le sport à Nantes. Et j’ai été tout de suite séduit par la passion qui l’animait. J’ai vite fait des passerelles entre nos deux univers. Il m’a donc prouvé tout l’intérêt de mettre en place un partenariat entre le Hellfest et les Corsaires, et le match de la saison dernière contre Nice à domicile a achevé de me convaincre (victoire en prolongation à l’arrachée, mais quel match et que de rebondissements durant ces 60 minutes !).

Pourquoi associer les matchs des Corsaires avec des partenaires privés (Disney, Hellfest…) ? Est-ce une nécessité financière ? Un souci de visibilité ?

Thibault : Je dirais que c’est un élément constitutif de notre image de marque. Nous souhaitons faire en sorte que chaque match soit avant tout un événement au cours duquel tous les membres de la famille y trouvent leur compte, qu’ils soient fans de Hockey ou non. Si nous remplissons bien notre rôle, le public se mue alors rapidement en supporters des Corsaires ! Evidemment, dans une ville aussi sportive que Nantes, c’est également un moyen de se différencier et d’exister à côté de disciplines aussi populaires que le football ou le handball.

Ce n’est pas la première fois que le Hellfest s’associe à un sport ou un événement sportif, je pense notamment aux maillots Hellfest du club de football de Clisson, ou aux skateboard lors du festival. D’où est née cette volonté ?
 
Yoann : Alors tu as différentes situations et raisons d’établir des partenariats. Avec les club sportifs clissonnais, nous sommes plus dans le soutien pur et simple. Nous mettons en échange en place, en contre-partie de quelques heures de bénévolat, nous apportons un soutien financier au club. Ce soutien est important pour les petits clubs, afin de financer le fonctionnement et l’achat de matériel, maillots etc car leurs sources de financement sont de plus en plus limitées. Ainsi nous soutenons le foot, le basket, le volley, le badminton, le club de plongée et le rugby de Clisson. 
En ce qui concerne le skate, c’est davantage pour les affinités entre le milieu de la musique Thrash, Metal, Hardcore, Punk ou encore Stoner que nous avons décidé en 2007, 2008, 2015 et 2016 de proposer des démos. Nous avons donc collaboré avec Antiz pour mettre en place un skatepark ces deux dernières années et avons défrayé quelques pointures françaises pour leur demander de réaliser des cessions durant tout le week-end. Cette année nous allons donner une nouvelle destination au "Cross Da Cruz" et allons arrêter le skate… Nous n’avons pas vocation à investir continuellement dans le skate, nous ne sommes pas soutenus par les marques (ou du moins plus maintenant) et ce sont des coûts relativement importants pour le Hellfest. Et puis il faut tout le temps du changement donc nous proposerons quelque chose de différent cette année.

Est-ce que ce partenariat avec le Hellfest amène un public différent de d’habitude ? Y-a-t-il une ambiance différente lors d’une rencontre estampillée Hellfest par rapport à une rencontre classique ?
Thibault : En réalité, les fans du Hellfest et les supporters des Corsaires de Nantes partagent de nombreuses similitudes. La nature du public va, certes, légèrement évoluer, ne serait-ce que par l’effet de curiosité qu’un tel événement peu créer, mais dans l’ensemble les tribunes ne sont pas fondamentalement bouleversées. Quant à l’ambiance, elle est forcément différente. Il y a plus d’attente, plus d’effervescence que lors d’une autre rencontre de Championnat... Et c’est le but recherché !

Quelles retombées (sans parler de retombées financières) as-tu pu déjà constater depuis la mise en place de ce partenariat ?

Thibault : L’une des principales retombées de ce partenariat se caractérise par l’exposition remarquable dont profite le club grâce au soutien du Hellfest. Tant sur le plan de la notoriété que sur celui de l’image, le coup de projecteur est exceptionnel. En coulisses, la mise en place de processus d’organisation similaires à ceux utilisés par le festival a eu des répercutions extrêmement positives au niveau de la qualité de notre gestion des bénévoles.

Pourquoi avoir choisi le Hellfest - et le Metal en tant que musique de niche - comme partenaire, plutôt qu’un partenaire ayant une portée plus “globale” ? Et inversement Yoann, pourquoi avoir choisi le hockey ?

Thibault : La réponse tient en une phrase : En France, le Metal est à la musique ce que le Hockey est au sport. Chacun navigue en marge des grands courants de pensée. Et ça nous va bien !

Yoann : Pour différentes raisons, mais tout d’abord les affinités entre ce sport et notre musique… notamment comme tu le dis c’est un sport de niche. Mais c’est aussi un sport très "nord-américain", et il est vrai que le Metal est essentiellement anglo-saxon mais beaucoup de groupes sont issus de l’Amérique du Nord désormais… Toujours avec cette dimension spectaculaire qu’ils savent si bien utiliser dans le sport (hockey mais aussi football américain) ou justement dans la musique (Kiss, Rob Zombie, Metallica)… c’est souvent très bien scénarisé et adapté pour en faire de véritables divertissements, et c’est appréciable pour le spectateur… mais le Hockey est aussi un sport d’équipe de contact, viril, violent, spectaculaire, comme la musique que nous proposons au Hellfest !
Enfin, les Corsaires évoluent à l’échelon national et ça aussi c’est important pour le Hellfest qui ne se limite pas à un public local… et les Corsaires ont beau avoir effectué une saison plus qu’en demi-teinte, ils ont beaucoup d’ambition et ça nous plaît aussi !

Parmi les joueurs, y-a-t-il des metalheads ? Comment perçoivent-ils ce partenariat ?

Thibault : Je ne suis pas certain qu’il y ait à proprement parler de metalheads dans le vestiaire. Néanmoins, des groupes comme AC/DC ou Aerosmith font partie des grands classiques de la musique diffusée les soirs de matchs, c’est ancré dans la culture de ce sport. J’aime à croire que les joueurs sont fiers de ce partenariat et de porter les couleurs du festival une fois par an. Ils ressentent tout l’engouement autour de cette collaboration, c’est unique dans le milieu du Hockey.

Et du côté des fans du Hellfest ?
 
Yoann : Plutôt bien semble-t-il… en tout cas j’en ai l’impression, je les vois de plus en plus nombreux à chaque fois aux matchs des Corsaires et sur les réseaux sociaux, nous n’avons pas essuyé de critiques trop frontales… plutôt beaucoup de retours positifs !

Trouvez-vous qu’il y ait des similitudes entre le hockey et le metal ?

Thibault : Comme je l’expliquais précédemment, je pense sincèrement que le Hockey et le Metal symbolisent une sorte de contre-culture. De ce fait, il y a une forte dimension communautaire qui en résulte et qui unit les fans de Metal comme de Hockey.

Yoann : Carrément, j’en parle même deux questions plus haut !

Qu’est ce qu’une rencontre Hellfest a de différent par rapport à une rencontre classique (dans son organisation, etc) ? Le nombre de litres de bières consommés ?

Thibault : La visée première de cet événement est de plonger le public du Petit-Port dans l’univers du Hellfest. Dans ce sens, de nombreux éléments originaux viennent se greffer à l’organisation d’une rencontre "classique" de championnat. Avant tout, un effort particulier est apporté à la décoration, les détenteurs d’un billet doivent reconnaître au premier coup d’œil le style graphique propre au festival clissonnais. Puis vient logiquement la mise en place du village thématique : du tatoueur au disquaire, tout est mis en œuvre pour aiguiser l’intérêt des supporters. Élément majeur du folklore, la musique diffusée tout au long du match est exclusivement issue du festival Hellfest, cela va sans dire...
Enfin, sur la glace, les Corsaires de Nantes arborent une tenue unique aux couleurs du festival. Les maillots, produits en édition limitée, sont par la suite disponibles à la vente lors d’enchères en ligne, dont une partie des bénéfices sera reversée auprès de l’association "1 Maillot Pour La Vie".
Pour ce qui est de la consommation de bière, nous dépassons allègrement les 500 litres écoulés en 3 heures. Pas mal pour une patinoire de 1000 places.

Yoann : Une bande son carrément orientée Hellfest, des maillots de joueurs originaux Hellfest, sur lequel est inscrit le nom d’une légende du Rock, Punk ou Metal, toute une ligne de merchandising co-brandé Hellfest X Corsaires pour les supporters, des gobelets et de la bière Hellfest pendant le match, et une déco Hellfest dans les couloirs et autour de la patinoire… et puis quelques pass mis en jeu pour les spectateurs du match ! Je crois que j’ai fait le tour… mais nous avons aussi invité nos partenaires et des membres du fan club, ce qui est toujours appréciable pour resserrer les liens avec nos propres supporters et partager de bons moments !

Avez-vous des des projets/idées d’évolutions en ce qui concerne ce partenariat ?

Thibault : Savoir se remettre en question est ce qui fait la force du Hellfest, ce serait dommage de ne pas en faire de même du côté des Corsaires. Bien sûr qu’on a des idées, maintenant il faut laisser le temps au temps...

Yoann : Nous devons rencontrer les responsables du club très prochainement à ce sujet, il en ressortira sûrement des choses très intéressantes, et nous allons certainement faire évoluer nos relations et notre soutien, dans le bon sens bien évidemment...

Les Corsaires seront-ils présents (stand, etc) sur le site du Hellfest 2017 ?

Thibault : Pour la deuxième année consécutive, le Hellfest pourra compter sur un contingent de bénévoles issus du club. Nous sommes en charge de la vente des "Early Tickets 2018" ainsi que de la boutique des "Oldies". De plus, les gens qui le souhaitent pourront retrouver la gamme de produits dérivés Hellfest X Corsaires lors du festival.

 Après la cage de skateboard au Hellfest, doit-on s’attendre à une patinoire entre les Mainstage ?
 
Yoann : Nous aurions quelques problèmes pour maintenir la glace, mais rien n’est impossible en ce bas monde ! Sérieusement, ce ne sera pas pour demain en tout cas, mais peut-être que la patinoire du Petit-Port ou une autre patinoire pourra un jour accueillir un concert estampillé Hellfest après un match !

VinZ (Mars 2017)

Un grand merci à Thibault et Yoann pour le temps consacré ainsi que les accréditations, et à Meo pour ses photos !

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