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Al Barr (Dropkick Murphys) l'Élysée Montmartre, Paris, le 14 novembre 2016

On ne présente plus les Dropkick Murphys depuis déjà un certain temps, le groupe ayant connu une ascension fulgurante et méritée. À l'approche de la sortie de leur huitième album, nous avons pu rencontrer le chanteur du groupe, Al Barr, pour une discussion qui ne s'est pas focalisé uniquement sur la musique. Attention, il ne mâche pas ses mots !

Vous allez donner trois concerts en France début 2017, l'un d'entre eux est déjà complet...

C'est énorme oui !

Vous vous attendiez à ça ?

Oh non, pas du tout, ce n'est pas quelque chose que l'on prévoit, mais ça fait énormément plaisir !

Vous vous êtes expatriés au Texas pour enregistrer 11 Short Stories of Pain and Glory, est-ce que vous avez déjà prévu de partir au Canada pour l'enregistrement du suivant, vu la tournure que risque de prendre les élections présidentielles chez vous ? (NB : interview réalisée avant les élections US)

Non, non (rires). Je pense que les Américains se sont résignés et se sont fait une raison : quelque soit le résultat, ce sera une catastrophe ! Sur certains points, Hillary Clinton est pire que Donald Trump. Ce mec est une vraie énigme et les perspectives sont inquiétantes, personne ne sait ce que ça donnera et loin de moi l'idée de promouvoir ce mec, mais avec Hillary on sait où on va : Elle a dit qu'elle attaquerait l'Iran et la Russie, qu'elle continuerait les opérations en Syrie, ce n'est qu'une belligérante et ce n'est pas de ça dont nous avons besoin ! Une dernière chose : On critique beaucoup Trump pour son homophobie et sa volonté de revenir sur certains droits accordés aux homosexuels, mais les États-Unis sont un pays complètement homophobe, c'est de la pure hypocrisie ! On continue de palper des thunes en provenance d'Arabie Saoudite, un pays où l'an dernier ont été décapités 70 homosexuels, pour quelle raison ? Simplement parce qu'ils étaient homosexuels ! Pendant ce temps aux États-Unis, bien confortablement, certains se disent pro-gays, d'autres non, mais qu'ils aillent tous se faire foutre justement, ils ne valent pas mieux !

On a le même genre de problème en France avec des hommes politiques qui cultivent des amitiés embarrassantes voire plus...

Mais oui, il y a trop de pourris. Il faudrait ressortir la guillotine ! C'est une sacrée machine de mort que ton pays avait créée, ça les ferait réfléchir à deux fois ! Et les médias aussi mériteraient le même traitement, CNN, Fox News... Ce sont des sacs à merde, ils sont la raison de la décrépitude de notre pays, à force de cultiver la peur. Ils transforment les gens en moutons craintifs et franchement, l'atmosphère qui règne actuellement aux États-Unis, je n'ai jamais connu ça de ma vie, c'est glaçant !

11 Short Stories of Pain&Glory est, comme son nom l'indique, un album qui parle de la difficulté de la vie. Mais on sent qu'il reste de l'espoir malgré tout.

Oui, toujours ! Tu sais, quand tu as passé 20 ans de ta vie à faire ça, et bien, en fait là on avait senti le besoin de se revitaliser. J'adore ce nouvel album ! Et ça ne veut pas dire que je n'aime plus les précédents. Mais la façon dont on l'a écrit était totalement différente de ce qu'on avait fait sur les autres albums. Par le passé, c'était fréquent de rencontrer de nombreux contretemps, de devoir quitter le studio quelques jours, d'y revenir... Là on est tous resté à El Paso tout le temps, ça nous a permis de garder une dynamique, de la force, de la créativité et de la fraîcheur.

Du coup, vous avez mis combien de temps pour concevoir ce nouvel album ?

Tu sais ce que c'est, pour un album tu te mets à travailler dessus un an voire deux avant sa sortie. Pour commencer à sortir les idées qui trottent dans ta tête, et à ce point là, ce n'est souvent que de la merde (rires). Pour ce qui est de la phase en studio, on a passé deux semaines et demi au Texas.

Ça a dû être particulier pour vous d'enregistrer si loin de chez vous ?

Le plus dur ça a été de partir ! Après, cette absence d'interruption et de distractions nous a permis de vraiment nous impliquer, d'être concentré sur l'enregistrement. Et on savait que plus on serait efficaces, plus vite on serait chez nous (rires). On avait nos chambres à 100 mètres du studio, on était vraiment en immersion. Ce qui est totalement différent lorsque tu enregistres à la maison, que tu rentres le soir et que tu retrouves ta femme et tes enfants. Là c'était à peine si on pouvait passer un coup de fil ! On était à la frontière mexicaine et le réseau était très mauvais. Mais c'était une bonne chose en définitive. On était dans un ranch où ils cultivent des noix de pécan, le deuxième plus grand des États-Unis et qui envoie 99% de sa production en Chine. Les bâtiments ressemblaient à un vieux pueblo et Tony, le propriétaire, en a transformé une partie en studio. C'était incroyable ! J'ai eu l'occasion d'essayer une pièce qu'ils appellent la chambre de la Mort, cette salle est tellement bien insonorisée qu'au bout de deux minutes j'ai cru devenir fou, je n'entendait plus que les bruits de mon propre corps, mon coeur et la circulation du sang dans ma tête, j'ai hurlé "faites-moi sortir !!!". Ce silence absolu, c'est vraiment quelque chose auquel on n'est pas du tout habitué, car même quand c'est calme, il y a du bruit. Là, il n'y avait rien, et je n'ai pas du tout aimé ça ! (rires).

Comme son nom l'indique, 11 Short Stories of Pain&Glory contient son lot de chansons tristes ou mélancoliques mais aussi quelques chansons joyeuses voire potaches. Est-ce difficile de réussir encore à écrire ce type de chanson dans ce monde qui part de plus en plus en vrille ?

Non, c'est même le contraire : Ça nous donne encore plus d'inspiration ! Et c'est encore plus fort en concert, lorsque l'énergie du groupe et celle du public ne font plus qu'un, il se passe quelque chose en moi, je me sens revigoré, je me sens vivant et j'ai l'impression d'être un transmetteur de cette énergie. C'est un vrai honneur pour moi de pouvoir faire ça. Je sais que je ne suis pas Pavarotti, que je ne suis pas un grand chanteur techniquement parlant, mais je crois en ce que je fais et je le fais du mieux que je peux. Et ça m'a mené où j'en suis aujourd'hui, donc je pense avoir bien fait !

Vous rendez hommage aux victimes de l'attentat du Marathon de Boston avec 4 15 13, est-ce que cela a été difficile de trouver les mots justes pour cette chanson ?

Pas vraiment. Le plus compliqué en fait a été de trouver l'approche de la narration, comment ne pas trahir la mémoire ou le souvenir des personnes qui étaient présentes ce jour-là et rester fidèle aux événements. Il fallait être respectueux, d'autant plus que nous n'étions pas à Boston quand cela s'est produit, nous étions en tournée. Il fallait que cette chanson garde une dimension humaine, il fallait parler de ce qui s'est passé après cet attentat. La vraie tragédie dans tout ça, c'est de voir qu'il existe sur terre des personnes capables de commettre de telles atrocités. On n'a pas parlé du reste, on s'est focalisé sur le fait que du pire arrive toujours à sortir le meilleur. Si on arrivait seulement à avoir 10% du meilleur avec tout le pire qui arrive, on serait tellement moins dans la merde sur cette planète (rires). On s'est donc vraiment concentrés sur le ressenti, quel aurait été notre sentiment si on avait été là-bas, si quelqu'un de notre famille avait été touché. Je suis un père, je suis un fils, je suis un frère... Malgré toutes nos différences, notre point commun sur cette terre est de tous avoir une famille. Et c'est de ce point de vue là que nous avons abordé cet hommage.

Est-ce que Until The Next Time sera la chanson qui va clore vos concerts lors de votre prochaine tournée ?

Très certainement, elle serait parfaite pour ça !

Cette chanson a un coté très British, elle me fait penser à Madness, avec le piano notamment.

Je suis tout à fait d'accord avec toi, je pense que c'est ma chanson préférée de l'album, en tout cas c'est celle que je préfère chanter ! Elle a un coté seventies et j'aime beaucoup ça. Je pense qu'on fera monter une partie du public sur scène pour chanter avec nous sur celle-là (rires).

Vous avez fait une reprise de You'll Never Walk Alone pour cet album. Est-ce que vous êtes déjà allé voir un match de football à Liverpool ?

Ah la la, mais pas du tout ! On sait que cette chanson est très connue en Europe à cause de ce club et que plein d'autres clubs l'ont aussi adopté comme hymne. Cette chanson a une toute autre signification pour nous. Actuellement aux États-Unis on connait une crise sans précédent au niveau de l'usage de stupéfiants, avec une augmentation effrayante des décès liés à l'usage de drogues, en particulier l'héroïne. Alors ces paroles, Walk on through the wind, Walk on through the rain... C'est une métaphore. Il s'agit d'affronter la tempête et de s'en sortir, de passer de l'autre côté. C'est le message qu'on souhaite porter, on est tous dans le même bateau face à ce problème. Je crois que je ne connais pas une personne qui n'ait jamais souffert d'addiction, et c'est dingue car je connais vraiment un paquet de monde. Mon beau-frère est mort d'une overdose il y a deux ans, ma soeur l'a retrouvé dans sa voiture, elle ne savait même pas qu'il se droguait. Ce fléau a donc touché ma famille, et mes amis aussi. Le guitariste de mon ancien groupe a fait une overdose, il prenait aussi de l'héroïne. J'habite dans le New Hampshire, c'est à une heure de voiture au Nord de Boston. On est 1,3 million d'habitants, c'est pas énorme, et pourtant on est les premiers aux États-Unis en nombre d'overdoses, un tiers des habitants a déjà consommé de la drogue ! C'est une vraie épidémie. Il y a donc un peu de désespoir derrière cette chanson et on reversera tous les profits de cette chanson à notre organisation caritative, le Claddagh Fund. On cherche à empêcher tous ces grands groupes pharmaceutiques à produire tous ces médicaments qui provoquent des addictions et font tomber des gamins dans la drogue, c'est quelque chose qui est complètement hors de contrôle. Mais sinon oui, je pense que notre reprise devrait beaucoup plaire en Europe, que tu sois un supporter de Liverpool ou non. Mais on n'est vraiment pas dans ce délire de supporters et tout le chauvinisme que ça induit, "mon pays c'est le meilleur", "mon équipe c'est la meilleure"... Ce n'est que du nationalisme, transposé à un autre niveau.

Vous êtes maintenant associés avec plusieurs équipes de sport : Les Red Sox, les Bruins... Mais quel est ton sport préféré ?

Je suis un fana de MMA, j'aime beaucoup ce coté petit homme contre le reste du monde, hier j'ai regardé Conor McGregor défoncer Eddie Alvarez, c'était un combat incroyable, maintenant il a deux ceintures. C'était impressionnant. Voilà je préfère les sports de combat plutôt que les sports collectifs. Après, toutes ces fois où on a joué pour ces grands clubs, les Red Sox, les Bruins, les Patriots, c'était vraiment très cool.

On vous verra un jour au Superbowl ?

Alors ça, j'espère pas ! (rire) C'est quand même très souvent de la merde les concerts du Superbowl. Si on devait y passer, il y aurait un paquet de spectateurs qui ne nous connaîtraient pas et vu notre nom, ils nous prendraient pour de sacrés connards ! (rires) Après bien sûr, si on nous proposait le Superbowl, je pense qu'on dirait oui. Mais ce n'est vraiment un rêve ou un objectif qu'on cherche à atteindre. Je préfère qu'on continue de faire de bons concerts pour nos fans.

Quel est ton meilleur souvenir lors de toutes ces rencontres sportives où vous avez joué ?

Ce doit être la première fois où on a joué Tessie au Fenway Park. Ils nous ont balancé sur scène, personne dans le stade n'avait la moindre idée de qui nous étions et le speaker, c'était un vieux de vieille, ça faisait un bail qu'il bossait là et il est d'ailleurs décédé depuis, il commence à  dire au micro (il prend une voix nasillarde en exagérant la prononciation pour l'imiter) : "ladies and gentlemen, please welcome, back from their world tour, The Dropkick Murphys !!!" Les gens se regardaient, trois ou quatre spectateurs ont mollement applaudi, sacré moment de solitude (rires). Les Red Sox jouaient contre les Yankees en plus, il y a une grosse rivalité entre ces deux équipes. Bref, on a joué notre chanson, les gens en avaient rien à  foutre, mais les Red Sox ont fini par gagner la partie après un match acharné, il y a eu une bagarre générale, même les joueurs remplaçants s'y étaient mis, ce fut une rencontre vraiment palpitante. Mais le plus important, c'est qu'après ça, à chaque fois qu'on a joué à un match d'une des équipes de Boston, elles ont gagné. On est devenu leur porte-bonheur ! Il n'y a qu'une seule fois où une équipe a perdu, mais c'était celle de hockey sur glace de Milwaukee, donc ça ne compte pas ! (rires) Que ce soit de simples matches ou en World Series, dès qu'on a joué, Boston a gagné ! Voila donc, si tu crois dans tous ces trucs de superstition... (rires).

Est-ce qu'une vie sans musique, ou sans sport, serait possible pour toi ?

Je pourrais vivre sans sport sans problème oui. Sans musique, non ! Ce n'est humainement pas possible de vivre sans musique, le monde ne pourrait pas tourner sans musique. Par contre, on pourrait facilement vivre sans religion, sans politique, sans nationalisme. Sans ces trois trucs, on résoudrait quand même un paquet de problèmes sur cette terre d'un seul coup ! Il n'y aurait plus besoin de se demander si tu es meilleur que moi ou si je suis meilleur que toi parce que tu portes une barbe ou parce que je porte cette drôle de casquette. On vit une époque où des inventions fantastiques sont créées chaque jour, où des progrès sont réalisés chaque jour et pourtant, nous sommes toujours des putains d'hommes des cavernes quand il s'agit de régler nos problèmes. Genre "Quoi, t'es pas d'accord avec moi ? Attends je vais te défoncer la gueule !". On a encore trop souvent recours à la guerre et à la violence dans ces cas là. C'est en partie la faute de nos gouvernements et il faudrait que ça cesse.

Votre label Born&Bred n'a vocation qu'à sortir les albums des Dropkick Murphys ?

Oui, que nos albums ! Si on devait sortir l'album d'un autre groupe, il se planterait très certainement et ce serait notre faute ! (rires) Pas parce que ce groupe serait nul, mais parce que nous sommes de mauvais businessmen (rires).

Vous êtes tous impliqués dans Murphys Boxing ?

Non, cette structure est vraiment le bébé de Ken (Casey, bassiste/chanteur et fondateur du groupe). Mais on va très souvent voir des combats, on connaît certains boxers et on a déjà joué lors de certaines soirées. C'est vraiment Ken le pugiliste de la bande ! On a fait récemment une soirée combats/concerts à Gilford dans le New Hampshire, le ring était installé en face de la scène, et ça alternait entre les boxeurs qui se mettaient sur la gueule puis les groupes qui jouaient. Le public a adoré ! Après il arrive aussi que des bagarres éclatent dans le public lors d'un simple concert (rires). Il y a eu une fois au Canada, ça devait être en Ontario, on devait jouer dans une toute petite salle avec une scène minuscule, il n'y avait pas de loges, donc on squattait notre bus en attendant et dehors, trois nanas avaient encerclé une quatrième, toute petite, et lui cherchaient des noises. Elle leur a demandé de s'arrêter et puis d'un coup elle s'est attaqué à la plus grande des trois et l'a allongée devant le regard médusé des deux autres qui ont vite pris leurs jambes à leur coup (rires). C'est le combat le plus fou que j'ai jamais vu ! (rires)

Est-ce que vous avez prévu de sortir un jour un album entièrement acoustique ?

C'est une idée qu'on a en tête depuis un bout de temps, mais on n'a jamais pris le temps de la concrétiser. On a déjà fait des chansons acoustiques, ou des concerts unplugged et c'étaient de super expériences. Peut-être qu'un jour on se réveillera et qu'on fera un album entièrement traditionnel et entièrement acoustique.

À quoi peut-on s'attendre pour le second album que vous avez prévu de sortir en 2017 ?

Ce sera vraiment la suite de cette album.

11 More Short Stories of Pain&Glory ?

Ah pour ça, c'est trop tôt pour le dire ! On a déjà une bonne partie de l'album qui est enregistré, mais il va falloir être encore un peu patient !


Ken Casey avec Tricia O'Neill devant son oeuvre. Pour les curieux/touriste, son emplacement est sur la boutique Al's Liquors, au coin de Broadway et C Street, Southie, Boston, MA. Photo : © Signs Unique 

Il y a un superbe street art des Dropkick Murphys à Boston, tu peux m'en dire plus ?

Oui, il a été fait sur demande sur la façade d'un caviste, à la mort du propriétaire de la boutique il me semble. Mais je ne me souviens plus du nom de l'artiste qui l'a peint (NDLR : il s'agit de Tricia O'Neill) . Mais c'est vraiment génial car cette oeuvre est super bien exposée et personne n'a encore osé y toucher. C'est beau de voir un peu de respect pour quelque chose !

Grum (Janvier 2017)


Merci à Olivier et Replica Promotion pour nous avoir organisé cette entretien.
Merci à Undone et à l'alliance non officielle des punks du Sud pour leur aide dans la préparation des questions.

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