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Wheelfall par mail, 2016



A l'occasion de la sortie de leur dernier album Glasrew Point, le groupe Wheelfall a entreprit la rédaction d'une nouvelle par l'intermédiaire d'une amie à eux afin d'approfondir le propos développé dans les morceaux. On en parle avec Fabien, guitariste et chanteur du groupe.


Pour moi, la scène clef de la nouvelle est celle du lynchage, au début




. Ca a coïncidé avec l'écoute prolongée de l'album. 
L

e sentiment qui ressort de cette scène pour moi a été la peur et l'impuissance. 




Tout le reste de la nouvelle est à mes yeux une réaction à cette peur,




 non pas pour sauver sa peau




 mais pour ne plus avoir à la regarder en face




. Ce lynchage, symboliquement, on y participe tous plus qu'on ne le condamne, de par notre mode de vie, comme tu l'expliques dans la préface. 




Qu'on le veuille ou non, ce lynchage, que j'ai perçu comme une métaphore des stigmatisations permanentes dont nous sommes cibles et auteurs dans notre société. Ce qui nous accentue notre sentiment de solitude, d’où les derniers mots de la nouvelle: "il était seul parmi d'autres êtres seuls"




. Comme un éternel retour. Vois-tu cet album comme l'illustration d'une acceptation de ce constat, ou comme une réaction ?


Fabien : Je le vois comme l'illustration de la volonté d'une acceptation. Comme tu l'as dit, Return Trip est en effet cet éternel retour, et c'est là que tout se joue : on s'est tellement battus pour se distancer de ce que la société voudrait qu'on soit, que c'est à ce moment là où, devant la dernière tentation, la plus grande, celle qui t'attend dans les moments de faiblesse, il faut faire appel à cette volonté et ne pas replonger. 
Glasrew Point comme tu dis, est une voie métaphorique, mais certainement pas une solution, c'est à chacun de voir comment il peut dépasser sa condition.

Une scène de la nouvelle voit une masse hypnotisée par des écrans, peux-tu revenir là-dessus ?

L’un des symptômes du nihilisme est de se réfugier vers la religion (en tant qu'institution). L’écran avec ses manipulations de masse, sa publicité, son information orientée, et toutes ces personnes qui sont devant, buvant toutes ces paroles sans se poser de question, ça ressemble beaucoup à une religion. L'écran fait figure d'autorité pour beaucoup, et peu d'entre nous sont capable de défier cette autorité, et donc s’y soumettent.  

C'est là que le scepticisme intervient : remettre en cause pour mieux penser par soi même. Dans Glasrew Point, les personnages sont en proie avec le culte de l'écran, religieux. Je pense que le véritable message là dedans, c'est vraiment : "Questionne".


 
Le fait que le contact avec la nature mène parfois à la quiétude dans la nouvelle, c'est aussi l’aveu d'un besoin de s'en remettre à elle ?

J'ai tendance à pencher vers la nature. Me dire qu’on n’en connait pas le quart est à la fois passionnant et effrayant. Je dirais qu'il faudrait s'en remettre à SA nature, questionner sa propre intériorité. La nature n'a rien d'acquis, on ne la connait pas du tout, et puisque c'est vivant, on ne risque pas d'en connaitre le fonctionnement d'ici demain, je dirais même que c'est vain.    

Les personnages trouvent refuge sur une île, que représente cet îlot ? 

Alors là pour le coup, c'est vraiment une question d'imaginaire. Dans le groupe on est vraiment très friands de tout ce qui est huis clos, petites communautés coupées du monde... Stephen King, Kafka, The Thing, Fog. Ou même High Rise, mon bouquin préféré de Ballard. 

C'est un peu comme si tu plaçais des personnages dans un endroit pour une expérience scientifique, que tu y introduisais une situation particulière pour observer les interactions entre chacun, dans un échantillon réduit d'humanité. Et dans le récit, face à toute la complexité des mégalopoles, une communauté comme celle de Glasrew Point peut ressembler à un retour à "plus simple, plus vrai, plus sain", ce qui est souvent trompeur (dans ce genre de récit).



A partir de l’arrivée sur ‘île, l’ambiance devient moins oppressante je trouve.

Je trouve la partie sur l'île plus oppressante au contraire, mais c'est subjectif, car sur l'île, les personnages avant de se rendre compte que c'est eux le problème, ne savent pas d'où il vient. Le mal n’est pas identifiable comme au début du récit, ce qui nourrit vraiment l’imagination et décuple les peurs.

Le livre est une critique des mouvements de masse, mais montre aussi la difficulté de l’acceptation de la solitude.

La masse abrutit, je le pense en effet. Gustave le Bon pensait que le niveau intellectuel pouvait souffrir du nombre : la foule devient une entité particulière auquel on a tendance à se plier par obéissance et par conformisme. On pourra tout à fait faire quelques ponts avec l’expérience de Milgram, traitant de l’obéissance d’un individu face à une autorité, et l’expérience de Ash sur le conformisme. 

En ce qui concerne la solitude, je pense que c'est le but d'une vie de savoir vivre seul. Pas forcement de vivre seul, mais savoir le faire. Vivre avec soi même en quelque sorte, et ainsi plus facilement accepter l'autre.


Peut on y voir aussi une critique de l’ordre moral ?




 L’un des personnages finit par agir contre sa morale quand il se sent en danger à la fin du livre et agit comme ceux qu’il condamnait avant. La nouvelle finit par rejeter le manichéisme









 quelque part.
    
J’ai horreur du manichéisme, du déterminisme. Je crois aux multiples choix qui se montrent à toi, et ces multiples choix sont autant de "soi" possibles existant au même moment. 


A la fin de la nouvelle,




 il est question du vide dans le regard d’un personnage. Le refus de toute mystique ?

Refuser toute mystique, ça me parait dommage, en tant que sceptique... quand tu ne peux rien vraiment prouver. Mais tu peux accepter que tu ne peux pas savoir. 
J'ai du mal à croire que quelque chose sur quoi on a mis un nom me corresponde à 100%. J'aime bien l'idée du grand horloger de Descartes, et j'aime croire à l'inconnu. J'aime ne croire en rien d'autre que moi parfois, ou même à rien d'autre que le présent. Je ne sais pas si ma croyance serait quelque chose que je serais à même de partager.
J’aime bien le texte de What I Believe de Ballard à ce propos.


La nouvelle se refuse à boucler la boucle selon toi ?

Ce serait prétentieux de boucler la boucle je pense... Qui prétend savoir tout ça ? Et bien nous non plus, sauf qu'on amorce un bout de chemin qui semble fonctionner pour nous.

Tu m'as dis que pour la première fois, tu assumais complètement cet album, 




quoi qu'en dise telle ou telle chronique, ça t'atteignait plus tellement parce qu'il était au plus proche de vous




. Composer un album aussi sombre, ce concept et cette nouvelle, ça a éclairé certaines choses ?











Pour moi, Glasrew Point est lumineux. Ce sont les personnages qui sont l'obscurité. Glasrew Point m'a beaucoup aidé, il traduit la façon dont j’ai ressenti les choses pendant quelques mois. La musique est un langage, et il se trouve que certains sont plus à l’aise avec un langage plutôt qu'un autre. Quand on commence à se remettre en question, regarder un peu autour, on se rend compte que le pouvoir de l'esprit peut nous faire aller d'un côté comme de l'autre, sans pour autant qu'il y ait un changement extérieur. On a choisi de se laisser guider, et en effet, on a trouvé chacun à notre façon de la lumière dans cette démarche.
    
Les personnages de Glasrew Point ont toujours le choix,




 pourtant une fatalité semble les suivre. 




Leurs démons les rattrape quoi qu'il arrive




. Aussi parce qu'ils n'arrivent pas à rester seuls. Y vois-tu une fatalité ?

Ces personnages, à chaque fois que quelque chose d'important arrive, se retrouvent bousculés dans leurs convictions. Un peu comme si on les mettait à l’épreuve, et ils ne réagissent jamais comme ils l'auraient pensé (contre leur morale, ou autre). C’est plus une illustration du fait que tout est possible, même ce qu’on aurait jamais soupçonné à nos yeux. Idem pour la fin : le passé n'existe pas, le futur mourra et le présent offre de multiple possibilité.

Joff (Juillet 2016)

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