Biographie

Vmthanaachth

Lorsque cinq amis étudiant à la North Texas University décident de monter le groupe Vmthanaachth, ils s'emparent tout naturellement des instruments qu'ils ont l'habitude de pratiquer au quotidien (violoncelle, violon, contrebasse, guitare, saxophone...). C'est pourtant du drone-métal expérimental qu'ils souhaitent jouer ! Leur premier album, Fit Secundum Regulam, sorti en 2016, est un véritable objet sonore difficilement identifiable qui sera salué par la critique pour son « crossover post-moderne ».
Genny Flores, Thao Pham, Jay Nguyen, M.B. Turner, et Jaryth Webber remettent le couvert en 2017 avec un deuxième opus : Inferotemporal.

Chronique

Inferotemporal ( 2017 )

Il arrive que l'exigence de l'amateur de musique, celle qui le pousse à ne pas se satisfaire des groupes et des courants habituellement plébiscités par les majors, celle qui le pousse à creuser afin de découvrir son propre terrain de jeu, celle qui le pousse à tester plus loin, toujours plus loin, ses aptitudes à la compréhension des univers sonores divers et variés... il arrive quelquefois que cette exigence confine à l'épreuve volontaire ! Et lorsque cette épreuve est surmontée, il se dit, quasi ontologiquement, qu'il ne s'agira plus désormais d'une épreuve mais d'une expérience acquise pour l'heureux amateur qui aura ainsi élargi le spectre de ses connaissances musicales.

Tel est le processus qui s'enclenche à l'écoute de Vmthanaachth, ensemble de jeunes étudiants de la North Texas University, déjà coupable en 2016 du transgressif Fit Secundam Regulam, qui s'en revient avec un deuxième album : Inferotemporal.

Cet album est un défi ; une terrible montagne devant laquelle on se place, humblement, avec l'espoir fou d'en atteindre le sommet afin, peut-être, de se voir récompensé de cette force nouvelle et de grandir un peu. Mais d'abord, l'escalade.

Vmthanaachth, c'est une montagne contextuelle ; un groupe au nom imprononçable, qui communique fort peu, se montre discret sur les réseaux sociaux, laissant aux observateurs le soin de glaner ça et là quelques rares informations pratiques quant aux musiciens, aux instruments... sur Inferotemporal on entendra deux guitares, une (contre)basse, un violon, un violoncelle, deux saxophones, un piano, des percussions et les vocaux d'Aimeric Hangsvart (par ailleurs chanteur d'Abysmal Growls Of Despair, groupe funeral-doom toulousain). Vmthanaachth, c'est une montagne formelle ; un groupe qui continue de créer de la musique extrême en combinant les infinies possibilités offertes par les instruments « classiques » et, les poussant le plus souvent vers des contrées inhabituelles, réussit ce faisant le tour de force de se voir classé par la critique musicale dans la catégorie « post-métal » ou « métal expérimental ». Qu'il suffise de regarder les points communs entre la cover de Inferotemporal et celle du Subliminal Genocide de Xasthur pour comprendre que c'est à l'univers du métal extrême que souhaite être affilié le quintet texan...
Musicalement, la méthode reste complexe ; des guitares ultra saturées (There Will Be Gates, Holographic Speleothems Firsting a Hugeness of Twilight ), des saxophones piquant ça et là quelques attaques dissonantes, une contrebasse libérée de toute contrainte syntaxique, des percussions d'astreinte aux moments les plus inattendus et un growl vocal (Thallophytic Recrudescence, Benthos) d'une profondeur si inquiétante que l'on regarde instinctivement vers le siphon de l'évier avant de se dire : ah bein non, le plombier est passé faire une révision récemment !
Benthos et son mur de guitares saturées peuvent certes paraître un peu longs (26'13''), mais à mi-titre, un break cello-saxo-vocaux vient joliment tempéré le stress accumulé et l'on peut alors entrevoir un couloir moins pentu pour dompter la montagne.

Inferotemporal propose tant de lignes mélodiques autonomes, mixées « flat », que si l'on en essaye une écoute monolithique, c'est à une expérience de drone métal avec cordes que l'on pense avoir affaire. Mais si l'on se rapproche, si l'on se concentre pour suivre, écoute après écoute, chaque instrument... alors le tableau se précise et l'on comprend que Vmthanaachth a réinterprété à sa façon les théories du contrepoint rigoureux pour inventer un nouveau mode de dissonances parallèles : appelons ça le contrepoint digressif. Chacun son histoire, chacun ses mots, chacun ses bruits... la somme des parties se nomme la vie.
Music For The Move Nine constitue la seule exception à ces infiniment petits qui se cristallisent en un infiniment grand ; fragile pièce à cordes façon André Boucourechliev, le titre est dédié au groupe Move 9, actif depuis 1972 pour l'émancipation des afro-américains, contre le racisme et les violences policières faites aux personnes noires aux Etats-Unis. Pièce d'une cruelle actualité à l'heure où sept membres du mouvement continuent de purger une peine de prison à vie, subissant maltraitances et humiliations, pour un crime qu'ils n'ont pas commis...

Pourra-t-on se vanter d'avoir vaincu la montagne ? Qui le saura ? Mais tout de même, à la dixième écoute, lorsque l'on y retourne, encore, ne serait-il pas permis de penser que l'épreuve initiale s'est désormais muée en une expérience riche de sens? Ne pourrait-on repenser au grand Sénèque qui disait : « seul l'arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car c'est dans cette lutte que ses racines, mises à l'épreuve, se fortifient. »

Vmthanaachth posséderait-il ce don singulier de fortifier les esprits et de faire s’élever les âmes ?

A écouter : Pour progresser
Vmthanaachth

Style : Métal expérimental
Origine : USA
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