"No more medecine". Le mot est lâché d’entrée, comme un avertissement. Comme une résolution.
Au diable le remède, le punk se nourrit des fléaux.
Au début des années 2000, Useless ID avait marqué de son empreinte le punk rock européen avec Bad Story, Happy Ending et No Vacation From The World, chef d’œuvre en 14 actes ; Useless ID détenait alors ce truc en plus, cette manière de rendre chacun de ses morceaux uniques et inoubliables. Et puis les années sont passés, et les israéliens ont quelque peu cédé aux ravages du temps qui gangrènent tant de combos punks : l’usure, le ralentissement, la popisation. On les a cru finis, on a eu tort. The Lost Broken Bones débarque avec l’évidente intention de briser quelques fémurs. Le Useless ID "pop" est enterré. Place est faite à la hargne.
Tout en ne crachant pas sur l’héritage des 90’s – early No Use For A Name en tête – Useless ID reprend donc le sens de la marche par la tignasse et lui fait goûter la peau âpre des tambourins. Do you feel the impact ? Conséquences : le rythme dit à nouveau "va chier" à la lenteur, et les guitares cambrent les cordes sans retenue ("Already Dead"). "It’s like killing a ghost".
Tout y est mis en double ration, sans lubrifiant et ce qui n’aurait été qu’effleuré sur l’opus d’avant se trouve ici gravé au burin ("Undecided"). En outre, en reprenant le contrôle de la monture et en n’hésitant plus à jouer des éperons, le quatuor retrouve alors de sa superbe et claque un nouvel enchaînement de compositions imparables ("Isolate Me", "Mouse In A Maze", "Night Stalker"… enfin toutes quoi !). La Mort aux trousses, la colère et le questionnement vis à vis du monde comme compagnon d'infortune (lyrics socio-méditatives des plus intéréssantes) Useless cavale comme aux plus belles heures de sa jeunesse, sans jamais se cabrer devant une belle mélodie ("Shallow End") ou devant un refrain/break/pont venu d’ailleurs et dont il a le secret ("Always The Same", "Give It Up"). Et c’est là le génie du combo d’Haifa, de toujours trouver le moyen de varier la silhouette de ses morceaux, de trouver l’ajout qui fait mouche, le changement de tempo qui renverse, le choeur qui électrise. En un mot: Useless ID flingue avec talent, comme à son habitude.
En 12 coups, et avec toujours sous l'épiderme ce don quasi sans pareil pour la catchysité, Useless ID remet ainsi les pendules à l’heure et retrouve sa place en haut de l’esplanade du punk rock européen pour y planter un étendard flamboyant, qui ne sent ni le renfermé ni la réédition. Still alive. Give It Up.
A écouter : "Mouse In A Maze", "Always The Same", "Give It Up"