Et si le futur des groupes rock français était ailleurs, tout comme la vérité fut autrefois ? S’il fallait sortir de ses frontières pour avoir plus d’espace d’expression, comme ont déjà pu le faire Air ou Tahiti 80 ? La question se pose aujourd’hui pour le Noisy Psyko Tree Rock d’Underground Railroad, auto-appellation de style pour ce jeune groupe français à l’ambition mesurée. Car il est clair que le vent musical nouveau ne trouve que très rarement son origine en France. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faille oublier nos expatriés. Petite séance rapide de rattrapage avec cette chronique du premier maxi Ghosts of London livré en 2004 par le combo parisien/néo-londonien, avant que leur second album ne sorte incessamment sous peu…
Les Underground Railroad font souffler une brise de fraîcheur avec Ghosts of London, il est vrai. La spontanéité et la nostalgie sortant de cet enregistrement rendent agréable l’écoute des cinq titres composant cet essai. Spontanéité avec ces instruments conduisant sur des riffs sales, avec ce mélange habile entre chant féminin/masculin ; Enigmo, à la batterie, assure le travail principal avec Pam la guitariste en chef. Cette dernière n’hésite pas à hausser le ton quand l’autre est plus calme ("Ghost of London"). Cette façon de traiter les décibels évoque parfois la puissance de Crackerbash, ancien combo bruitiste talentueux de Seattle noyé sous l’émergence du néo-métal… Nostalgie par le retour de certaines sensations passées aussi. Un style noisy-rock s’inspirant des méthodes grunges. Sonic Youth et Nirvana sont bel et bien connus du combo ("Cotton Candy"); d’ailleurs la basse ne se pare-t-elle pas exclusivement d’un chorus très particulier? Cet effet qui rajoute aux compos de Ghosts of London une sensation aquatique permanente, agréable et qui rappelle, entre autre, le riff de guitare principal de "Come as you are". Underground Railroad maltraite, à l’instar des groupes précités, les instruments. Tout en sachant garder de vue une certaine réserve pour rester audible. Le tempo prend le temps d’accélérer tout spécialement sur "Broken Road" pendant que Pam éraille un peu plus sa voix. Petite mention spéciale enfin pour la piste cachée, avec une composition bien dissonante et planante, matinée du chant lointain d’Enigmo parfait pour quitter le CD. Celui de Pam, lui, nous sort, par ses cris, de l’hypnose.
La production de Ghosts of London est brute comme il faut ce qui, en pleine période de gros son bien calibré, touche par sa simplicité. Musicalement, les Underground Railroad vont pour le moment à l’essentiel en se laissant guider par l’instinct et par la pointe d’innocence des débuts. Le plaisir de jouer se ressent.
Et alors que le vent du retour du son "grunge" semble souffler plus fort cette année, la formule composée par le groupe peut s’avérer payante. Underground Railroad participe-t-il au réveil annoncé des idées passées de Seattle? Avant d’émettre d’éventuelles supputations, il sera intéressant de vraiment juger le potentiel du groupe par l’écoute de la deuxième livraison qui ne devrait plus tarder et voir ainsi si les influences seront plus diluées. Ce qui les fera passer à un stade sans doute plus intéressant, avant que n’apparaisse une forêt trop fournie.
A écouter : Ghosts of London - Piste cachée