Ce nouvel album de Type O Negative ressemble à un bras d'honneur à toute précaution, toute attente prémâchée. Le groupe a quitté RoadRunner et migré chez SPV, pratiquement dans la foulée de son précédent opus Life Is Killing Me, sorti il y a déjà quatre ans. On aurait pu s'attendre à ce qu'ils capitalisent sur leurs forces vives. Au lieu de ça, on se retrouve avec un disque bien secoué.
Dead Again! L'imagerie morbide ne quitte jamais le groupe (excellent livret), mais ici, contrairement à World Comin' Down, on est dans un registre ironique et assez léger, un peu comme le faux décès de Steele annoncé sur le site internet l'an passé. Hasard ou convergence, la tonalité de ce disque est bien plus rock'n roll que précédemment, un peu comme si on renouait avec certaines inspirations déjà présentes notamment sur Bloody Kisses. Résultat, des morceaux comme Tripping A Blind Man, These Three Things ou encore Some Stupid Tomorrow ressemblent à un mix entre le Type O glamour connu de tous et un gang de hardos 80's adepte du riff remue têtes (qui a dit Motörhead?). Sans renier ses vieilles influences doom traditionnel, très présentes, Type O Negative balance un mix cul par dessus tête de metal old school, de hard rock et de son garanti 100% Steele, avec moults effets sur la voix d'outre tombe et les guitares pachydermiques et de larges nappes du clavier de Josh Silver, ingrédient indispensable pour relever la sauce. The Profit Of Doom symbolise toutes ses aspirations réunies en un seul et même morceau, permettant au passage de retrouver toutes les nuances du chant du colosse de Brooklyn, autoproclamé prophète apocalyptique pour l'occasion. TYpe O continue ainsi de payer sa dette à Black Sab' avec un morceau vraiment riche et inspiré, méchamment old school, d'une grosse dizaine de minutes, nanti par ailleurs d'un très joli final instrumental.
4 ans sans nouvelles salves d'humour pince sans rire, sans piques ironiques et autres histoires à baiser debout, c'est long quand même. Le retour de Type O est une bonne bourrade atypique dans le paysage métal des années 2000. Qui d'autre roule aussi bien les "r" que Peter Steele d'ailleurs? Alors quand il le fait sur September Sun, la ballade gothisante traditionnelle chez les New Yorkais, digne d'un October Rust, avec ses claviers d'église et ses paroles de romantique attardé (c'est pas péjoratif), c'est du p'tit lait. Et puis, il faudrait citer aussi Halloween In Heaven (matez le clin d'oeil à Iron Maiden), bien pêchue, avec des choeurs féminins pour faire angélique, Peter Steele en Pumpkin King évidemment, des paroles drôles et jouissives qui convoquent Bon Scott (AC/DC), Hendrix et Lennon à une folle sarabande, et ce son limite hard FM d'un génial mauvais goût.
10 pistes seulement, mais un disque qui joue les prolongations, comme d'habitude chez Type O Negative, avec 78 minutes! Il faut bien ça pour caser les structures allongées faites de plages doomy pesantes, de ponts heavy et autres refrains riches en atmosphère, de solis décomplexés et d'envolées du maître d'oeuvre qui font le sel de tout bon album de Type O. C'est sûr tout n'est pas du même calibre, mais chaque piste renferme de bons moments, telle Hail & Farewell To Britain qui conclue l'album dans la plus pure expression des ambiances et des qualités mélodiques de la formation, tout en ménageant ses effets tordus à coup d'orgues furibonds et de samples batailleurs. Dead Again comble finalement très convenablement les attentes de tout amateur du groupe, grâce à son énergie débridée qui se marie bien avec le son habituel des New Yorkais.
Au bout du chemin, la conclusion s'impose. Sous ses airs de sauvageon débraillé, hirsute et dépassé, cet opus devrait pouvoir s'imposer sans trop de problèmes comme un petit classique brinquebalant dans la discographie du groupe. Dead Again Type O Negative? Affirmatif, et heureux de l'être.
A écouter : The Profit Of Doom, September Sun, Some Stupid Tomorrow