Dans les limbes depuis une dizaine d'années, la reformation de Treponem Pal comportait en elle-même son lot d'incertitude au premier rang desquelles, l'état des troupes après dix années d'absence bien sûr. Parallèlement, la campagne promo de la sortie de Weird Machine était loin de nous rassurer. Très axée sur le côté martial du groupe et la présence de guests aussi prestigieux que Ted Parsons et Paul Raven annoncée à grand renfort de trompette, tout reniflait le cache-misère à plein nez, soyons honnêtes.
Même si "Dirty Dance" et sa surprenante ritournelle de piano lance la machine sur un air assez inattendu, "Planet Crash" et "Unclean" nous renvoient effectivement à notre scepticisme de départ. Malgré quelques piques, quelques orchestrations évoquant sommairement Laibach ou Test Dept, Treponem Pal erre dans un périmètre trop conventionnel et trop prévisible pour que la production de David Weber, pourtant loin d'être le premier venu (The Young Gods, Kill The Thrill), soit un atout. Entre un Helmet un peu moisi et le Killing Joke de Pandemonium, les parisiens (re)chaussent leurs gros sabots de 1997, accumulant clichés en cascade, structures éculées, beats innoffensifs et des parties de guitares pas inspirées pour deux sous ("Hardcore Massive Soldier"). Même "Mad Box", version dub de "The Black Box" du premier album éponyme, outre qu'elle montre bien que Marco n'en a pas encore terminé avec les démons de Kingston qui avaient précipité la chute de Treponem Pal après Higher, ne résiste pas au naufrage par son manque de densité.
A ce stade, difficile d'espérer autre chose d'un Weird Machine tenant davantage d'une balise Argos que d'un missile balistique. Contre toute attente, la seconde partie s'avère plus audacieuse. On y retrouve un Treponem Pal plus entreprenant, plus inspiré aussi, plus conforme aussi à son potentiel. S'aventurant dans des domaines plus atmosphériques proche de The Young Gods, les parisiens retrouvent quelques couleurs sur les très bons "Never Give Up", le groovy "One More Time", mais surtout "Sonic Life" sur lequel la voix claire baignée dans la réverb de Marco se love au sein d'un halo organique lancinant très bien foutu.
Certes c'est propre, çà tient bien la route mais, inutile de se voiler la face, Weird Machine manque beaucoup trop de prise de risque et présente une ambiance bien trop policée pour pouvoir franchir le cap de l'anecdotique. Eu égard au passé de Treponem Pal (formidable Aggravation), on mettra çà sur le compte d'un retour progressif, d'une reprise de contact tout en sachant que les parisiens n'ont plus droit à l'erreur. L'Apocalypse tant annoncé est donc remis à une date ultérieure.
1. "Dirty Dance"; 2. "Planet crash"; 3. "Unclean"; 4. "Hardcore Massive Soldier"; 5. "Mad Box"; 6. "Sonic Life"; 7. "Freak Machine"; 8. "Human Attack"; 9. "Evil Angel"; 10. "One More Time"; 11. "Never Give Up"; 12. "The Revolutionist (bonus track)"; 13. "Religion" (bonus track); 14. "Manimal" (bonus track)
A écouter : Sonic Life, One More Time