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Biographie

Thou

Thou est un quintet Sludge/Drone-Doom Metal formé en 2005 à Baton Rouge, Louisiane. Le groupe officie dans une musique sombre s'abreuvant du Metal Extrême en général, et pourrait être rapproché de formations comme Indian ou encore Primitive Man.
Bien que le line up actuel ne soit au complet qu'en 2010 avec l'arrivée du batteur, Thou ne perd pas de temps et sort ses deux premières démos en 2005 et 2007, prémices d'un travail à un rythme stakhanoviste concernant le nombre de sorties par an à partir de 2008.
Les EPs et Splits se succèdent alors et deviennent le format privilégié du groupe pour qui les LPs deviennent marginaux; par ailleurs, le changement de label est très fréquent.
Côté live, les Louisianais ne lésinent pas non plus et ont tourné intensivement ces dernières années, entre autres aux côtés de Altar Of Plagues, Torche ou encore Eyehategod.

Chroniques

Heathen Summit Tyrant

Heathen ( 2014 )

Ce papier est écrit dans l’urgence.Celle des bilans, des rétrospectives empressées sur une année où l’on aura encore une fois écouté à peine la moitié de notre liste "à ne pas rater". Trop soucieux de laisser de côté un paquet de skeuds qui auraient mérité les éloges, les essais et les ratures sont nombreux. Et lorsqu'on se penche sur cette prod’ venue du bayou, se contenter de quelques mots est une tâche ardue, car le Doom Sludge from NOLA de Thou ne semble pas en reste. Heathen s’est hissé dans de nombreux tops ici et là, reste à savoir pourquoi le groupe a fait mordre la poussière à ses petits camarades.

Se confronter au morceau d’ouverture apporte sans doute une bonne partie de la réponse. Thou manie une violence sourde, lancinante, aux tempos toujours plus lents. A rapprocher du From All Purity de Indian, mais animés par une essence plus noire encore, les dix titres ne reculent pas devant le gain et la lourdeur, qui instaurent une atmosphère plombante.Cependant réduire Heathen à un simple brûlot Doom Sludge sans âme serait une méprise totale, tant les cris tout droit sortis des tripes de Bryan Funck sont profonds, emplis de haine, de tristesse ou de rage. Chaque mot est un couperet, aiguisé par des cordes vocales tiraillées qui ne faiblissent pas, malgré la durée conséquente de l’opus ; au-delà de la pure performance, c’est l’humanité dissimulée derrière ces rugissements qui fascine et prend une tournure cathartique. Un constat pas si étonnant lorsque l'on connaît les valeurs et sources d'inspiration de la formation,profondément sociales et philosophiques, reflétés ne serait-ce que dans leurs titres d'albums : Peasant, Tyrant, Call No Man Happy Until He Is Dead, etc...

Happé vers les tréfonds par des guitares féroces et rauques, difficile alors de voir poindre la moindre lueur. Là encore, Thou se révèle trompeur car paré d’un son blindé et massif, le quintet explore l’air de rien quantité de mélodies et de grooves ("At The Foot of Mt.Drisskill"), tout en aérant sa descente inexorable de notes claires et de plans plus doux ("Clarity").

Chaque nouveau morceau semble alors comme une nouvelle plongée dans la torpeur. Par son caractère relativement minimaliste et sans artifice ni fantaisies sonores,l'instru oppressante reste homogène mais parvient à emprisonner les tympans de ses basses entêtantes et répétitives. Thou paralyse ou au mieux, fait ployer votre corps frêle sous les impétueuses vibrations de "Free Will", et achève le travail de ses paroles teintées d'indignation où se cache un pessimisme latent. Nourris de colère, les râles pamphlétaires martèlent et cadencent les coups de semonce des musiciens. Une union qui gagne en puissance et en émotion lorsque les guitares prennent un ton plus dramatique et mélodique, comme sur la montée progressive de "Immortality Dictates" ou lorsque "At The Foot of Mt. Drisskill" révèle ses riffs plus aigus. Sans doute les passages les plus aboutis et passionnés de cet opus pourtant fort sombre.

Également dense, riche, et sans demi-mesure , ce nouvel ouvrage de Thou ne facilite pas la tâche à qui voudrait se frotter à cette sortie des Americains. Les amateurs lambdas du genre s'en acoquineront certainement,car Heathen est avant tout un sacré pavé dont la puissance n'est pas négligeable. Mais comprenne qui voudra,Heathen est une œuvre faite pour être lue entre les lignes, où se terre une certaine vision du Beau, un Beau désenchanté, dionysiaque et chaotique.

16.5 / 20
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Summit ( 2010 )

2010, le Sludge se porte bien. Trop bien même. A un point qu'il en devient difficile de se démarquer de ce que font les petits copains. Alors quand on vient d'un trou comme la Louisiane qui définit au mieux ce que peut être le son Sludge, c'est à la fois un honneur et une malédiction pour pouvoir sortir de ce guêpier et passer après des dizaines de groupes qui ont déjà tout dit ou presque sur le sujet.

Mais Thou n'est pas n'importe qui et quand Summit arrive en 2010, le groupe a déjà a large passif derrière lui et une chiée de disques à faire pâlir n'importe quelle formation de Grind à la discographie expansive. Depuis 2005, les américains ont eu le temps de travailler leur musique, peaufiner, alourdir et personnaliser leur son. Car Summit ne sonne pas tout à fait comme n'importe quel disque du genre et s'éloigne du cliché bayou et repompage d'Eyehategod à foison. Bien entendu, ses fondations faites de coulées de boue sont Sludge, mais Thou s'en démarque par une approche bien plus raffinée que ses congénères en témoigne l'ouverture sur By Endurance We Conquer et ses lignes de guitares bien trop claires pour le genre. Ici, le groupe a travaillé par couche. Le moule de base est implacable, la basse tonitruante, lourde comme du plomb, la batterie vient des tréfonds de l'enfer. Le chant est une vomissure, nauséeux, empreint tout du long d'un malaise palpable. Puis se rajoutent les guitares, l'une cataclysmique, l'autre, qui fait toute la différence, plus aérienne et mélodique.

En six chapitres, Thou nous donne sa (re)définition du Sludge. A la croisée de groupes comme TombsAsh Borer ou Subrosa, le quintet porte sur ses épaules une lourdeur teintée d'éléments Black Metal et Post-Rock. Il est fort à parier que leur son, très travaillé, presque intellectualisé, ne plaira pas aux amateurs de crasse indéfectible et de graissage frontal. Mais Thou est au delà de cela, quitte à laisser sur la touche les râleurs trop occupés à repasser en boucles les mêmes riffs desséchés. Pourtant en matière de ravage sonore, ces mecs ne sont pas les derniers et savent t'enterrer sous un quintal de fange (Prometheus) et de reflux d'eaux noirâtres et poisseuses (Voices Of The Wilderness). Ce chant de haine provoque les frissons, la batterie raisonne comme un heurtoir et les saturations imposantes nous mettent continuellement à terre. Sauf que Summit privilégie aussi l'aspect intelligible de leur musique avec cette guitare claire et ses lignes mélodiques. Certaines phases tiennent même de l'épique (milieu de Grissecon), mot qu'on n'aurait jamais cru utiliser dans une chronique de Sludge et les passages aux cuivres donnent une couleur particulière à l’œuvre (Summit Revisited, By Endurance We Conquer). Les arpèges fabuleux (Prometheus), les envolées poignantes (Voices Of The Wilderness) mêlées la densité de la structure (les riffs Stoner écrasants de Another Worlds Is Inevitable) en font un disque à part.

C'est par cette démarche inhabituelle que Thou se fait connaître et tire son épingle du jeu et il y a fort à parier que ça continue ainsi. Un disque important pour le genre et certainement leur plus belle sortie à ce jour.

14.5 / 20
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Tyrant ( 2007 )

Il y a de ces groupes qui ont la gnaque, qui sont animés d'une pugnacité débridée, d'une rage passionnée. Thou est ce genre d'énergumène ; de prime abord déroutant puis rapidement captivant voire indispensable. Tant dans les paroles que dans la musique, les gars de Baton Rouge font preuve d'un nihilisme revendiqué et d'une brutalité extrême. En témoigne Tyrant ou l'art d'administrer une thérapie au cyanure.

Il est intéressant de voir que, là où certains misent sur la technique pour impressionner, Thou habite sa haine en l'exprimant de manière crue et épurée. Ici, pas de surenchères ni de fioritures car, en vérité, cette violence n'est pas jouée mais expérimentée puis extériorisée comme telle. Plutôt que de la contenir et d'en faire quelque chose de formel ou même d'artificiel il l'exploite immodérément, l'exhibe sauvagement. Inébranlable, cette rage intense avance en piétinant l'auditeur avec entrain.

En fait, c'est parce que l'ensemble évolue en un tout relativement homogène que l'impact sonore se fait aussi bien sentir. Nous irradiant d'un son brut et épais, chaque instrument progresse synchroniquement ; ce qui n'est pas sans produire un effet de "martelage" percutant. Presque tout se joue au niveau de la pulsation et de sa modulation. Régulièrement, des cassures rythmiques imprévues viennent bouleverser notre écoute ; insufflant un dynamisme fort tout en esquivant la répétition ou l'anticipation. De même, les breaks massifs coupent soudainement la marche en écartelant le temps dans une réverbération écrasante (les deux dernières minutes de Fucking Chained to the Bottom of the Ocean). S'engage alors une lutte quasi physique pour ne pas crouler sous ce mur de vibrations.

Toutefois, Thou sait aussi suspendre sa fureur en incorporant des passages plus froids et contemplatifs (la mélodie diaphane sur Tyrant) ou des magnifiques solos (la touche western/surf music à la guitare sur With a Cold, Life Extinguishing Elegance). Loin de donner dans l’agressivité bête et méchante, les Louisianais optent pour un langage musical assez sobre, parfois minimaliste (What Blood Still Flows From These Veins et son final drone/ambiant à vous glacer le sang) mais toujours riche en harmonies. Malgré ce coté malsain, une forme de luminosité émerge avec Acceptance, quoiqu' empreinte d'une sinistre résignation. Ce dernier titre, sans être mémorable, a le mérite de prendre à contre-pied la tonalité générale de l'album de par la sérénité qui s'en dégage.

Si les compositions ont, par moments, un aspect décousu elles ont le mérite de déjouer toute prévisibilité. Ainsi, avec Tyrant, Thou manifeste déjà une ferme détermination dans ses choix artistiques. Au même titre qu'un Napalm Death, dans un genre bien différent, on retrouve l'esprit d'une musique vindicative et pleine de vitalité qui n'a rien à prouver mais seulement à exprimer.

A écouter : Tyrant, What Blood Still Flows From These Veins