Après des changements de line up importants et trois ans après un disque qui avait marqué un tournant dans sa carrière, l’amenant à marier son metal symphonique à des influences prog des 70’s, Therion revient en 2010 avec un nouvel album fort attendu. Et si Sitra Ahra s’inscrit dans la droite lignée de son prédécesseur, le double album Gothic Kabbalah, il le surpasse assez nettement.
D’abord, là où Gothic Kabbalah aurait largement dû être synthétisé en un seul album pour plus de cohérence, Sitra Ahra se veut nettement plus compact : un seul disque, aucun remplissage, pas de moments pendant lesquels l’auditeur pourrait parfois être tenté de lâcher le cours de l’album.
Outre un contenu plus compact dans la forme, ce Sitra Ahra impressionne sur le fond par sa dextérité. Une dextérité qui le fait passer de titres concis de 3 minutes à de longs requiem de 10 minutes, une dextérité qui le fait également maîtriser des titres rock/metal relativement directs comme Sitra Ahra ou Unguentum Sabbati, du pur blast sur Din mais aussi des pièces plus originales à consonance orientales (The Shells Are Open), voire russe (!!!) sur Land Of Canaan ou sur les chœurs façon Armée Rouge de Cu Chulain.
Le travail d’écriture est d’ailleurs impressionnant. Chaque son, chaque intervention est finement pensée et donne au final une impression de maîtrise totale. Et à la limite, je peux tout à fait comprendre que cela puisse créer chez certains une impression d’absence de spontanéité. Sauf que Therion fait preuve d’un tel talent que même si le sentiment de virtuosité est total, il arrive toujours à aller là où on ne l’attend pas: les chœurs d’enfants (le magnifique After The Inquisition: Children Of The Stone), l’harmonica, les violons, le piano, l’accordéon, etc. Et tous ces instruments toujours au service de la mélodie. Parallèlement à la musique, le travail sur les voix (principalement celle de Thomas Vikström, Snowy Shaw et Lori Lewis), en solo et sous forme de chœurs, est lui aussi toujours aussi considérable, même si l’aspect opéra des vocaux pourra (comme ça a toujours été le cas avec Therion) en rebuter certains.
Sitra Ahra est une œuvre fascinante : une des meilleurs de 2010 et une des meilleurs de la carrière de Therion (avec Lemuria/Sirius B et Vovin). Il prouve encore une fois l’énorme talent de Christofer Johnsson, le leader incontesté de Therion qui, malgré les changements de musiciens rencontrés par le groupe, continue de livrer une approche musicale tellement unique et si forte qu’elle impose le respect.
A écouter : Land Of Canaan, Kings Of Edom ,Sitra Ahra