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Biographie

The World Is A Beautiful Place And I Am No Longer Afraid To Die

The World Is A Beautiful Place And I Am No Longer Afraid To Die est fondé en 2009 à Willimantic dans le Connecticut. Approchant les mêmes idées qu'American Football, le groupe sort une démo ainsi que deux eps en 2010, puis un split avec Deer Leap en 2011 avant de réfléchir à leur premier long format. Désormais constitué de huit membres avec l'ajout d'une trompette et d'un violoncelle, le groupe sort son premier album, Whenever, If Ever en 2013 chez Topshelf Records, approche pour le moins ambitieuse d'Emo / Post-Rock chaleureux qui fait beaucoup parler de lui. Un split avec Tigers Jaw, Code Orange Kids et Self Defense Family sort la même année.

Always Foreign ( 2017 )

Il est parfois des choses que l’on ne comprend pas mais qui nous marquent. Celles qui ont un impact, qui nous renvoient vers des souvenirs qu’on croyait avoir oubliés, celles qu’on écoute la nuit en rentrant chez soi. Celles qui ont une présence particulière et qui résonnent comme les étoiles dans nos oreilles. The World Is A Beautiful Place And I Am No Longer Afraid To Die fait partie de ces entités. Depuis des années ils délivrent leur musique perdue quelque part entre The Cure, Editors et Sigur Ros sans se soucier des genres et autres carcans du même acabit. Alors que dire d’Always Foreign, leur dernière production ?

On va rester objectif et professionnel, ici on doit évoquer avant tout les éléments techniques et objectifs qui permettent d’affirmer que cet album est bon. On peut donc confirmer le virage Indie Rock démarré avec Formlessness, ce qui est tout sauf une surprise étant donné les influences déjà largement Pop que l’on peut entendre depuis leur tout débuts. On retrouve ces mélodies si simples et rêveuses, ces lignes de guitare, de synthé et parfois même de trompette qui sont la racine de toutes leurs compositions (I’ll Make Everything). Plusieurs écoutes vont être nécessaires pour entendre toute la richesse de ces petites notes d’arrière-plan qui vont donner le relief, les prises pour rester accroché tout au long de l’écoute. Exit le chant hurlé qui donnait un côté Emo à leurs débuts, les guitares se font moins pressantes même si certains riffs gardent cette énergie positive qu’on leur connait (Dillon And Her Son). 

Pourtant ce n’est pas ça qui va faire d’Always Foreign une œuvre qu’il faut écouter c’est le ressenti qui s’en dégage. Avec finesse et brio, les américains proposent une fois de plus de nous faire vibrer d’une manière inédite. Marine Tigers, le titre phare, est d’une intensité rare et ne laissera pas de marbre votre cœur de mélomane, habitué à ressentir des dizaines d’émotions violentes. Vous allez vous surprendre à sourire, à vous laisser emporter par cette magie candide. Car c’est aussi ça qu’on juge : au-delà de la performance, des étiquettes et des virages musicaux en tout genre on se trouve ici en face d’êtres humains qui ont des choses à dire, du type de celles qui méritent d’être entendues, une simple oreille distraite aux textes vous le confirmera. 

Il n’y avait rien à prouver, pourtant Always Foreign est une confirmation. Si vous laissez votre cœur ouvert, TWIABPAIANLATD saura vous murmurer les phrases que vous avez besoin d’entendre. Faites-vous du bien, laissez-vous allez et laissez la playlist tourner en boucle.

A écouter : I'll Make Everything - Marine Tigers - Infinite Steve
15 / 20
1 commentaire (16.5/20).
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Harmlessness ( 2015 )

Chez The World Is A Beautiful Place And I Am No Longer Afraid To Die, pas un disque ne se ressemble. Entre ses débuts prometteurs, le split avec Tigers Jaw, Code Orange Kids et Self Defense Family, la consécration du premier album Whenever, If Ever et l'étrange ep Between Bodies, le groupe semble inarrêtable et pose les jalons d'un des groupes majeurs de l'Emo post 2010. Ce n'est pas ce Harmlessness et leur récente signature chez Epitaph qui va changer la donne.

Harmlessness rajoute des cordes à l'arc de TWIABPlAIANLATD, déjà pourtant bien fourni. Le groupe n'a jamais sonné aussi Indie Rock, un peu à la manière du dernier FoxingDealer. Les éléments Post-Rock, Punk Rock et bien sûr Emo semblent mieux se fondre dans leur musique, mais peuvent aussi paradoxalement le rendre un petit peu trop uniforme par instant. Y déceler les premières perles du disque ne sera pas forcément évident au départ car il demeure moins immédiat que Whenever, If Ever et ses tubes qui résonnent encore dans nos têtes (Heartbeat In The Brain ou Flightboat). L'album marque une évolution qui sonne tout à fait naturelle et simple, preuve s'il était besoin que le groupe n'a jamais été aussi proche des débuts de Death Cab For Cutie, mais qu'il sait surtout toujours écrire de beaux morceaux rafraîchissants et frissonnants. 

Harmlessness fait son chemin petit à petit, taille les broussailles et se loge près du cœur. Chaque titre apporte son lot de mélodies intelligentes, touchantes, de moments plus intimes ou de décharges énergiques notamment avec une batterie qui ne tient pas en place (The Word Lisa et sa conclusion ébouriffante). L'alternance des voix féminines et masculines fait des merveilles notamment sur le fabuleux et pourtant grave January 10th, 2014, un des morceaux qui raconte l'histoire de Diana, The Hunter Of Bus Drivers qui a tué deux conducteurs de bus en 2013 en lien avec deux décennies de disparitions, de viols, et d'homicides sur des centaines de femmes dans la région de Juarez au Mexique et ce dans l'indifférence, voire la complicité, de la police. Car l'Emo est aussi plus que de la musique. De même, Rage Against The Dying Of The Light, enchaîne les tournures et les cassures, avec sa ligne de basse très présente, ses quelques accalmies Post-Rock, la discrète trompette et quelques soubresauts à la six cordes. Mental Health évoque les gouttes de pluie que l'on regarde à travers la vitre et qui tombent doucement un après midi d'automne, tout comme Haircuts For Everybody est d'une poésie et d'une tristesse à fleur de peau.

Harmlessness est d'une richesse rare. Il est ce disque inventif que l'on (re)découvre avec grand plaisir à chaque écoute. Que se soit musicalement ou dans les textes, qu'ils le fassent avec légèreté ou engagement, TWIABPlAIANLATD est décidément plein de ressources et qu'ils sont un des acteurs majeurs de la scène Emo de cette décennie. Ne passez plus à côté.

15.5 / 20
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Between Bodies ( 2014 )

Il y a des groupes que l'on rencontre dès leur genèse pour ne plus jamais les lâcher. D'autres dont on a eu vent de la réputation sans jamais avoir eu la curiosité de franchir le pas. Ce n'est qu'une fois l'écoute lancée que l'on réalise son erreur. The World Is A Beautiful Place And I Am No Longer Afraid To Die ne m'avait jusque-là marqué que par son nom à rallonge et ce t.shirt que je trouvais fort seyant sur l'un de mes collègues Metalorgiens.

TWIABPAIANLATD c'est pourtant bien plus que cela. Un nom farfelu ? Non, l'ouverture « Blank #8/Precipice » prouve dès le début que les mots comptent et sont précieux aux yeux du collectif. La mort y est apprivoisée comme simple transition vers une existence plus immense et plus exaltante.

« the end of everything is the beginning of a brand new everything/ the end of this universe may be the beginning of a brand new one... »

Caractérisé par une collaboration avec l'artiste Chris Zizzamia, l'EP laisse volontiers le micro à son invité. Dans un cadre aussi bien Post-Rock, Ambient, Emo, la poésie devient alors le fil rouge de ces (courtes) 28 minutes. Proche d'une narration de type stream of consciousness, l'auditeur se trouve abreuvé par des phrases fleuves en spoken word, là où la plume a retranscrit la pensée comme matériau brut. Sur Between Bodies la musique devient parfois un simple habillage sonore, un fond de toile où l'on se laisse porter, des claviers multicolores de « If And When I Die » aux tons grisâtres de « Shoppers Beef » et sa guitare à peine audible.
              
The World Is A Beautiful Place aime d'ailleurs ce jeu de contrastes et ne s'en cache pas. Chaque morceau s'inscrit dans une progression générale, menant à considérer l'opus d'un seul et même bloc.  Une chorale d'émotions où le joyeux bordel de « Thanks » et sa montée de décibels lumineux se fait le préquel du couple morose « Lioness »/ « Shoppers Beef ». Le groupe s'éloigne quelque peu de là où il est plus attendu habituellement (d'où le format de l'EP ?) et révèle d'autres facettes, la capacité à s'adapter à de nouveaux textes et à en traduire l'essence par des notes variées. Rêveries cosmiques, échappatoires du quotidien pour des espaces-temps plus attrayants, les huit titres dessinent un imaginaire appuyé par des instrumentations très sobres pour certaines, retranscrivant les hauts et les bas d'un narrateur métaphorique au possible.

Cette escapade entre deux albums n'est pas à négliger dans la discographie des Américains. Si le chant habituel s'efface quelque peu, le vent de fraîcheur apporté par Zizzamia expose le combo sous un autre jour. Between Bodies se laissera apprécier pour qui aura la musique dans les oreilles, les paroles sous les yeux et l'esprit vagabond. 

16.5 / 20
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Whenever, If Ever ( 2013 )

The World Is A Beautiful Place And I Am No Longer Afraid To Die. On laissera les éventuelles moqueries aux incultes, on n'a pas besoin d'eux. Car ceux qui ont écouté Whenever, If Ever savent ce dont il en retourne. Comme un adage; de ces quelques mots qu'on porte à bout de bras, le poing fermé, de ces quelques mots à hurler à la face du monde.

Au cœur de l'Emo. Comme un prolongement de sa moelle épinière, une incarnation de son épiderme. Pour ressentir au mieux chaque pulsation. TWIABPIANLATD en est sa personnification, sa véritable essence. De ses premiers pas Formlessness jusqu'à son affirmation aboutie sur Whenever, If Ever, le groupe proclame cette envie de marcher dans les scissures laissées à vif par les héritiers d'American Football. Au centre la nébuleuse du chanceux label étoilé étendue par les fameux Empire! Empire! (I Was A Lonely Estate), Castevet, Football Etc..., le groupe assume sa démarche d'un Emo cousu de fil d'or et si d'autres formations sont bien sûr passées par là, et scintillent à tout jamais dans la constellation de l'Emo / Post-Rock, TWIABPAIANLATD y appose sa marque, rayonne de cette fraîcheur des premiers instants, de cette passion communicative. 

Whenever, If Ever s'éveille avec un triste sourire (Blank #9), mais très vite, le coup de défibrillateur (Heartbeat In The Brain). Premières palpitations. Nulle place à l'abattement : les cordes et rythmiques se font sautillantes, le clavier enjoué, le chant sur la brèche (« Whenever you find home, if everyone belongs there, feeling our bodies breaking down. ») qui dit tout en une phrase. Le tremblement du violoncelle nous fait chanceler, les clameurs sont autant de coups dans la poitrine, les arpèges comme des filaments incandescents, le final destructeur. En un titre, TWIABPAIANLATD a tout saisi de ce contraste tristesse / bonheur, de cette approche Emo / Post-Rock de haute volée.

"La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste" disait Victor Hugo. Pourtant, TWIABPAIANLATD ne laisse que rarement place à l'amertume. Flightboat est plus immédiat avec cette énergie insufflée par la trompette, les claviers et les voix féminines capables de faire fondre n'importe qu'elle carapace endurcie (« We can’t change this place the way it changes us. Our dream's too big to break. »). Et si par instant la grisaille s'installe (Picture Of A Tree That Doesn't Look Okay) de son enivrante beauté elle est rapidement abolie par impulsions enjouées et pleines de frissons.

Car il faut bien comprendre que ce Whenever, If Ever est enfanté de sentiments positifs que l'on prenne le quasi Punk-Rock The Layers Of Skin We Drag Around, le Post-Rock radieux de Ultimate Steve mêlés à ces chœurs bouleversants, ou les arpèges fantastiques de Gig Life qui évoquent la vie en tournée (références discrètes à Rival Schools et Mewithoutyou glissées dans le texte) ou même Low Light Assembly qui rappelle les cotonneux Immanu El. Getting Sodas en conclusion est la synthèse parfaite de la musique de TWIABPAIANLATD avec ses mélodies touchantes, ses émotions à fleur de peau, cette aura réconfortante, ses phrases hurlées qui nous fracturent au plus profond et clôturent un final étourdissant.

Il faut le dire, on n'a pas trouvé mieux depuis What It Takes To Move Forward d'Empire! Empire! (I Was A Lonely Estate), c'est dire la qualité de cet album. Car ce disque est un émerveillement de chaque instant, à la fois terriblement ambitieux dans sa musique et pourtant très simple dans son rendu. C'est là toute sa substance, toute sa complexité et ses retentissements. Après avoir écouté Whenever, If Ever on peut effectivement se dire que l'on n'a plus peur de la mort.