"Tout à coup, quelque part au milieu du chorus, il ferre le it ; tout le monde sursaute et comprend ; on écoute ; il le repique et s’en empare. Le temps s’arrête. Il remplit le vide de l’espace avec la substance de nos vies […]"
Ainsi pourrait-on décrire ce premier morceau. "To just grow away". De ces titres qui pulvérisent et recomposent. De ceux qui envahissent. Qui captent tout. Qui empêche d’entendre la suite. "To just grow away" est le it de The Tallest Man On Earth. L’expression de ce moment où il a su dompter les démons dont parlent Thomas Mann et qui peuplent les chansons. Des arrangements sublimes. Une corolle de notes entêtantes. Une voix. Sculptée dans l’émotion la plus nue et la plus pure.
Mais puisqu’il s’agit de continuer, de ne pas réduire cet opus magnifique à un seul titre, il faut – aussi – dire tout ce que les 9 autres titres regorgent de petits prodiges. Plaçant ses souliers usées dans les empreintes bien marquées de Bob Dylan, Jens Kristian Mattsson rappelle par la voix nasillarde et les accords soignés, le légendaire song-writter américain ("Leading me now", "Criminals"), mais contrairement aux efforts précédents où la ressemblance était trop prégnante – voire handicapante –, ici le suédois met sa propre peau sur la table, puise au fond de ses tripes et délivre une partition grimée par le ressenti personnel. La voix de tête s’envole ("Winds and Walls"), les notes dessinent une douce mélancolie ("Little Brother") et c'est la tradition de la folk à la Jackson C. Frank qui se libère alors: solitaire et désespérée.
Parvenant à faire valoir sa singularité dans une discipline où il n’est pas aisé de se déployer, The Tallest Man On Earth, avec ce There’s No Leaving Now, se hisse dans le wagon très prisé qu’occupent Bon Iver, Elvis Perkins ou James Vincent McMorrow, ces rares folkeux actuels qui ont le truc en plus. Qu’on écoute le single "1904", "Bright Lanterns" et sa pédale steel, "There’s No leaving now" belle à chialer ou la très dylanienne "Criminals" pour s’en convaincre. La folk n'est pas qu'une histoire de musique, elle est un verbe. Alors folkons.
A écouter : pour folker