« Tiens, du Death Metal… ça faisait un bail qu’on en avait plus trop vu dans le coin ! ». Voici en somme ce qu’une bonne partie d’entre vous a dû se dire à la lecture du descriptif paraissant sous la pochette de la chronique du jour. Et vous aurez sûrement raison. Ceci dit, attention à ne pas se ruer sur ce disque comme des morts de faim sur une tranche de lard après une période de disette…
Gras, The Monolith Deathcult l’est sans conteste. Après tout, ne marchaient-ils pas dans les traces de Nile, un des plus célèbres groupes de Brutal Death (ambiancé) au monde, durant leurs premières années d’existence? Je visualise déjà la scène : « Comment ça ? Nile !?! Rah ça m’intéresse à fond cette histoire !». Je me dois donc de vous arrêter immédiatement. The Monolith Deathcult fait bien du Brutal Death, est bien adepte des ambiances et se tappe effectivement des plans impressionnants, mais il est dur de pousser plus en avant la comparaison. Les ambiances occultes d’un In Their Darkened Shrines sont ici souvent bien loin. Sur Trivmvirate, TMDC pousse bien plus du côté du tout moderne qu’il ne tire vers la mythologie antique, n’hésitant pas à faire appel de façon massive à des sonorités électro dès le premier titre (Deus ex machina – joli paradoxe - qui les associe tout de même à des cœurs). Un surprenant mélange qui ne s’arrêtera pas là puisqu’un synthé lugubre fera quelques brèves apparitions par la suite, en accompagnement d’un chant furtivement bourré d’effet à la Cynic, le tout coincé entre deux énormes douches de riffs plombés. Ouf, rien que que ça ! Si on prend en compte que le titre dure plus de neuf minutes et qu’il est plutôt sacrément technique, ça commence à faire terriblement chargé pour une mise en bouche. Et pourtant la sauce commence à prendre pour peu que l’on n’ait pas déjà fait une indigestion…
C’est à ce moment qu’arrive Wrath of the baath. Un titre plus classique mais terriblement imposant et bien construit, amené par une introduction du tonnerre. Un gros hymne bien brutal, galopant, plus direct, débordant de tout ce qu’il faut de riffs au cordeau, de blast et laissant presque entièrement de coté les touches électro. Bref, du cousu main. On en prend plein la tête et on se prend alors à espérer. Mais c’est sans compter sur ces diables de hollandais qui, visiblement submergés d’idées, vont continuer de s’en donner à cœur joie tout au long de l’album, jonglant entre sons électro, samples, nappes de synthé, gros death qui tâche sur tapis de double et de blast, growl à décoller le papier pain, changements de rythmes sauce maison… bref tout ce qu’il faut pour être totalement en décalage avec l’idée que l’on peut se faire du Death classique – hormis les thématiques historico-guerrières et morbides.
Ni de tradition scandinave, ni US, ni rien d’autre donc. The Monolith Deathcult tient plutôt de l’école « un brin allumé et qui n’a peur de rien, option son énorme » (la production est tout bonnement excellente et sert parfaitement le fourmillement sonore de l’album). Un titre comme Kindertodeslied, par exemple, réunit à lui seul l’essentiel des éléments précités malgré sa durée relativement « courte ».
Trivmvirate est donc un album tout ce qu’il y a de plus prétentieux qui donnera sûrement des boutons aux amateurs exclusifs de Death old school, n’ayons pas peur des mots. L’enchainement M.M.F.D. / I spew thee out of my mouth est la parfaite illustration. Le premier est un titre totalement instrumental et expérimental navigant quelque part entre Death expérimental et respirations à la limite de l’électro-world. Le second s’étale quant à lui sur plus de huit minutes, alternant plans mastocs de pur Death avec d’autres sortis d’on ne sait où entre clavier sympho, ambiances grandiloquentes, double pédale martiale, retour d’une pointe d’électro, énormes coups de masse à se déboiter la nuque, alternance du growl et d’un chant beaucoup plus hurlé entre le chanteur/guitariste et le bassiste … ça n’en finit plus. Sauf qu’il n’y a rien à y redire et qu’une fois cet album dompté on leur pardonnera à peu près n’importe quoi, de sa durée (une heure pour huit titres) à l'éparpillement du groupe, car le tout est formidablement emmené. Même s’il manque à cet album une idée directrice, Trivmvirate est un enchainement impressionnant de compositions hors normes à l’image du dernier titre : Den ensomme nordens dronning et ses 14 minutes (oui, 14 minutes de Brutal Death d’une traite) durant lesquelles, après une introduction menée par un cœur religieux, TMDC se rapproche ouvertement de Nile alors qu’il s’y refusait jusqu’à présent, avant de bifurquer à mi-chemin vers un Metal qui tiendrait sûrement plus du Black et de clôre l’album sur 5 minutes épiques d’un majestueux chant clair féminin sur fond de carillon funèbre et de ressac. Un final pour le moins inattendu bien qu’à ce stade on ne soit plus vraiment surpris. Difficile de ne pas se laisser embarquer par le raz de marée sonore déroutant et la fougue créatrice des hollandais.
Si les bataves arrivent à canaliser toute cette énergie il ne fait aucun doute que le prochain album sera une tuerie. En attendant on pourra toujours s’envoyer Trivmvirate et prendre méchamment son pied. Qui dit mieux ?
A écouter : Assurément.