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Biographie

The Melvins

Au début des années 80, des amis de lycée forment les Melvins dans l’Etat de Washington. Le trio est alors formé de Matt Lukin (basse), Mike Dillard (batterie) et Buzz Osborne (guitare, chant). L’heure est au punk hardcore mais Dale Crover (batteur actuel) vient vite remplacer Mike Dillard et fait changer l’orientation du groupe, ils ralentissent le tempo et leur son devient nettement plus lourd que n'importe qui à l'époque. Les Melvins commencent à se faire une réputation en écumant les bars de la ville. Un de leur fan, un certain Kurt Cobain les aide même à transporter leurs équipements lors des concerts ("il fait très bien les sandwichs" dira d’ailleurs Buzz à son sujet).

Les Melvins signent en 1985 sur le jeune label C/Z Records et enregistrent leur premier EP Deep Six, republié avec chaque fois plus de morceaux ; 8 Songs puis 10 Songs voient le jour en 1986. Ces morceaux sont désormais disponibles sur le 26 Songs sorti en 2003 sur Ipecac. Très vite ils enregistrent Gluey Porch Treatments qui sort l’année suivante. Ils disposent aujourd’hui d’une discographie plus que conséquente et sont considérés comme l’un des groupes majeurs des années 90. Le trio est totalement éclipsé par l’immense popularité de Nirvana mais connaît le succès durant les années Atlantic Records avec Houdini (1993) et Stoner Witch (1994).

Une malédiction frappe les Melvins depuis que Lukin est parti former le groupe de grunge Mudhoney. Pas moins d’une demi-douzaine de bassistes vont se succéder, dont Joe Preston (Earth, High On Fire, Thrones) de 91 à 94, Kevin Rutmanis (Tomahawk) de 98 à 2004 ou encore Trevor Dunn (Mr Bungle, Fantômas) en 2005 et 2012.

Quelques collaborations verront le jour, avec le groupe de dark/ambient Lustmord en 2004, avec Fantômas et deux albums avec Jello Biafra (ex-chanteur des Dead Kennedys). Aujourd’hui le groupe a intégré le duo de stoner rock Big Business dans son line-up et dispose donc de deux batteurs. Les Melvins sortent (A) Senile Animal en 2006 sur Ipecac, le label de Mike Patton. En 2008 sont publiés un DVD live des Melvins avec Fantômas (Fantômas/Melvins Big Band Live) ainsi qu'un nouvel album, Nude With Boots. Deux ans plus tard vient The Bride Screamed Murder et le groupe commence à sortir un disque par an, le live Sugar Daddy en 2011, suivi de Freak Puke en 2012 dans une configuration "light" avec Trevor Dunn à la basse, et enfin l'album de reprises Everybody Loves Sausages en 2013, chez Ipecac et Differ-Ant. La même année sort Tres Cabrones avec le line-up de 1983 (Osborne, Crover, Dillard)

line-up "1983" :
Buzz Osborne - guitare/chant/basse/percussion
Dale Crover - basse/batterie/percussion/chant
Mike Dillard - batterie/percussion/chant

line-up "classic" :
Buzz Osborne - guitare/chant
Dale Crover - batterie
Coady Willis - batterie (depuis 2006)
Jared Warren - basse/chant (depuis 2006)

line-up "light" :
Buzz Osborne - guitare/chant
Dale Crover - batterie
Trevor Dunn - basse/contrebasse

15 / 20
2 commentaires (8.5/20).
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Everybody Loves Sausages ( 2013 )

En tant qu’inconditionnels des Melvins, on est toujours intrigués lorsque les mecs décident de reprendre leurs artistes de cœur. Everybody Loves Sausages contient son lot de morceaux cultes retravaillés par un groupe tout aussi essentiel dans l’histoire de nos musiques préférées. Selon les dires du King Buzzo "Cet album donnera aux gens une bonne idée de nos principales influences musicales", et il se trouve que c’est le cas.

Les Melvins ont adopté pour ce disque deux formations qu’ils rodent depuis un moment, une "classique" (Osborne, Dale Crover, Jared Warren, Coady Willis) et une "light" (Osborne, Crover, Trevor Dunn) utilisée pour certains titres tels que Female Trouble (Divine a.k.a. John Waters), Thimothy Leary Lives (Pop-O-Pies) et Romance (Tales Of Terror). L’objet débute avec un Warhead de Venom assez fidèle à l’original, suivi par le surprenant You’re My Best Friend de Queen et le tube intersidéral Black Betty, repris avec une justesse précieuse, et crasseuse. Des sommets sont chatouillés sur les onze minutes épiques de Station To Station de David Bowie, alourdissant nécessairement le propos mais conservant son ambiance SF hallucinée, ou Female Trouble et la contrebasse bien rondelette de Dunn, et même In Every Dreamhouse A Heartache de Roxy Music, investi par une voix psychiquement atteinte et une instrumentation qui ne l’est pas moins.

Seulement dans ce type d’album tout ne peut pas être parfait, le Set It On Fire des Scientists ne laissera pas de souvenirs impérissables et le Attitude des Kinks n’est sûrement pas des plus inspirés. La démarche de reprises n’est pas chose aisée, bien souvent le résultat n’est pas à la hauteur des originaux. Mais les Melvins ont des antécédents en la matière (The Crybaby entre autres), fournissent au demeurant un véritable travail de passionnés et ne se contentent pas de reprendre mollement les titres de leurs artistes favoris. La valeur ajoutée est incontestable. La patte du groupe dégouline généreusement sur ce disque, notamment par une production typiquement "melvinesque", donc cradingue, parfois "vintage" (Art School de The Jam), voire tout à fait noisy (Heathen Earth de Throbbing Gristle). Notons par ailleurs la présence non négligeable d’invités pas trop dégueulasses comme Mark Arm (Mudhoney) sur Set It On Fire, Scott Kelly (Neurosis) sur Warhead et Jello Biafra sur In Every Dream Home A Heartache.

Dans tous les cas, il y en a pour toutes les sensibilités, et les Melvins font encore une fois preuve de leur(s) talent(s) dans ce genre d’exercice. Cette saucisse-là est bien garnie et plutôt facile à digérer. De quoi se gaver tranquillement le temps qu’un nouvel album s’annonce, ce qui ne devrait plus trop tarder vu la productivité et la régularité inhumaines d'un des groupes les plus intègres de la planète.

A écouter : Warhead, You're My Best Friend, Black Betty, Station To Station, Female Trouble, Carpe Diem.

Tres Cabrones ( 2013 )

Ces types ne s’arrêtent jamais, n’en finissent plus d’enregistrer tout ce qu’ils composent dans leur garage. Pas comme en 1983, alors que les Melvins, âgés de trois piges à peine, étaient constitués des Trois Connards que l’on retrouve sur ce énième disque : King Buzzo, Dale Crover et Mike Dillard. Le premier contact avec la pochette rappelle à quel point les Melvins sont intègres. Un dépliant, deux faces, des bagnoles accidentées d’un côté, des portraits de chèvres de l’autre. On remarquera d’ailleurs plus tard le lien évident entre le visuel et le contenu musical. Pour l’heure cette intégrité, sans doute encouragée par la présence permanente des deux piliers Osborne et Crover, n’a jamais failli, et Tres Cabrones souligne encore une fois que ces gars-là, à trois comme à quatre, ne se refusent rien, vont au bout de leurs idées, pour notre bonheur comme pour notre malheur. Des punks, des vrais.

"Alors c’est parti, on fait chauffer l'engin à remonter le temps, on fait tout comme à l’époque, on fait péter la même prod’ dégueulasse et on redevient pour un album ce groupe de branleurs qu’on était jadis" ont dû probablement se dire Buzz et Dale lors d’un brainstorming intense pour imaginer le nouveau bébé. Mais qu’en est-il réellement ? Ok, la production est inégale mais semble totalement contrôlée, afin certainement de restituer au mieux le "grain" de l'époque. Musicalement, on se positionne davantage à la période faste du groupe, soit les 90's portées par les monuments Houdini et Stoner Witch. Des Melvins structurés, inspirés donc, ne se perdant pas dans les circonvolutions expérimentales qu’ils ont pu nous infliger dans le passé.

Tres Cabrones abrite 12 titres, infiltrés par quelques interludes délirants et autres morceaux-fleuve tirant vers le doom aux frontières du sludge : le dodu et génial Dogs And Cattle Prods, incluant guitare acoustique et clavier psyché, dont les vapeurs chargées de redneck consanguin (euphémisme) imprègnent les nasaux, et l’inquiétant I Told You I Was Crazy. Deux pistes qui rappellent à quel point les Melvins ont été influents pour la scène gras-rock actuelle. Sans compter l’explicite et pesant Psychodelic Haze, le terriblement grisant City Dump, le très punk-hardcore Walter’s Lips ou bien le noisy Stick’em Up Bitch.

Le trio originel n’a rien perdu de sa verve sonique. La machine à idées, aussi lumineuses que stupides, est toujours en état de marche, parfois militaire (In The Army Now), souvent défaillante, mais pour notre bonheur cette fois-ci. On en vient même à se demander si on ne tient pas là le meilleur objet des bonhommes depuis Nude With Boots, bien que la réflexion ne soit pas aisée compte tenu des variations de line-up. Bref, tout partisan des Melvins normalement constitué se doit d'ajouter Tres Cabrones à sa discothèque.

A écouter : City Dump, Dogs And Cattle Prods, I Told You I Was Crazy, Stump Farmer.
15.5 / 20
3 commentaires (16.5/20).
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Nude With Boots ( 2008 )

Vous en avez rêvé des Melvins nus ? Non ? Il faudra bien vous y faire, ils sont de retour, nus mais avec avec des bottes, les gars de Big Business toujours avec eux à la section rythmique (pour combien de temps encore ? Buzz seul le sait). Avec (a) Senile Animal, les Melvins arrivaient forts d'un son tout neuf, brandissant fièrement leur une nouvelle tripotée de tubes. Nude with Boots marche dans les traces de son grand frère en perpétuant leur nouveau son et leurs nouvelles manières.

Du coup moi je dis un gros OUI. Parce que (a) Senile Animal, si il n’avait pas mis tout le monde d’accord - ce qui en fin de compte est plutôt normal - m’avait assuré et m’assurera encore quelques heures de jubilation extrême. Une nouvelle fois, exit la lenteur et les vibrations des vieux jours, exit les grosses distorsions sales, maintenant les Melvins sonnent autrement, plus rock, mais toujours aussi groovy. La machine à tubes est une nouvelle fois en marche, même si Nude with Boots est peut être moins immédiat que (a) Senile Animal et s’apprécie davantage après quelques écoutes. Le groupe n’a donc rien perdu de sa superbe, ni de son humour à deux balles (mais dévastateur) : il suffit de voir l’artwork avec ce clébard qu’on jurerait perdu dans la chambre rouge de Twin Peaks.

Il y a cette petite chose qui intrigue, du côté de la production : tandis que l’album s’ouvre sur des morceaux proprets, le son se dégrade peu à peu devient sérieusement cradingue dans les trois derniers morceaux jusqu’à un It Tastes Better than the Truth dantesque et apocalyptique qui fait presque inévitablement penser au Spread Eagle Beagle de Houdini. On navigue donc entre les tubes quasi pop et descente dans les entrailles du monstre, entre les riffs qui font plaisir et le chant teinté heavy metal, les passages tribaux qui tirent profit des deux batteurs et les refrains fédérateurs.  Et comme toujours, tout coule de source. C’est qu’ils sont forts les cocos.

On a beaucoup dit sur internet que Nude with Boots était digne d’une compilation de chutes studio de (a) Senile Animal. Foutaises ! Il est certain que tout le monde ne partagera pas cet enthousiasme, mais pour ma part ce disque est une fort belle réussite. Un album qui mérite bien d’être écouté plusieurs fois avant d’être jeté trop hâtivement au feu.

A écouter : The Kicking Machine, Billy Fish, The Savage Hippy, le reste aussi.

Honky ( 1997 )

Honky est le deuxième album des Melvins à voir le jour sur Amphetamine Reptile, aux côtés d’une foule de 7’’ sortis sur le même label. Il fait donc suite à Prick, ce qui est loin d’être rassurant vu la teneur quelque peu nauséabonde de ce dernier. Avec Honky, les Melvins montrent à nouveau leurs penchants expérimentaux, mais sous un bien meilleur jour.

L’album part un peu dans tous les sens, de l’ambient sombre au rock lourd de la tradition melvinsienne. Beaucoup d’expérimentations donc, et même lorsqu’un riff qui tue prend le dessus il est rapidement submergé, par des grésillements noise (Lovely Butterfly), par une accalmie jazzy (Pittfalls in Serving Warrants) ou des vibrations drone. Chaque morceau explore une direction différente, même si on atteint jamais un niveau incroyable.

Au vu des multiples directions qu’il prend, difficile de parler de Honky autrement que titre par titre, ce qui n’aurait que peu d’intérêt. Simplement on est loin de Prick et cette fois-ci la mayonnaise prend même si ce n’est pas nécessairement un album sur lequel on revient souvent. Pas indispensable donc, pas imbuvable non plus.

A écouter : Tout ou rien
16.5 / 20
1 commentaire (17.5/20).
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Stag ( 1996 )

Stag marque la fin du contrat avec Atlantic. Après un monstrueux Stoner Witch, les Melvins sont attendus au tournant avec ce nouvel album qui devra assurer le pari de ne pas rougir de son ainé. Aucune inquiétude à avoir, Stag relève largement de défi et prouve que les Melvins, en plus d’avoir écrit un digne successeur à Stoner Witch, arrivent à se renouveler de manière magistrale.

Là où Stoner Witch privilégiait le côté éminemment groovy des Melvins, il est clair que Stag mise tout sur le pendant freak du groupe, comme si ils avaient voulu aller au bout de leurs possibilités dans ce sens. Evidemment la basse assume toujours aussi bien son rôle de catalyseur de groove (le mot qui revient malgré moi dans chaque chronique du groupe), le jeu de batterie de Crover toujours aussi imposant. Mais les Melvins cherchent sur Stag de nouveaux horizons. Du coup de nouvelles sonorités font leur apparition, notamment sur Bar X the Rocking M et sa trompette, l’interlude débilo-effrayant Soup ou la ballade pop Black Bock. Mais pas seulement, parce que si il y a quelque chose de plus sur Stag c’est tout simplement une nouvelle facette du talent du groupe, qui n’a visiblement aucun problème pour se réinventer.

Album des Melvins oblige, Stag contient également son lot de tubes rock’n’roll interplanétaires. Une nouvelle fois, Buzzo est une machine à produire des riffs tous plus mémorables les uns que les autres, ceux de Buck Owens ou Captain Pungent laisseront assurément des cicatrices. Bien plus qu’à l’habitude, Stag a bénéficié d’un véritable travail sur l’ambiance, décalée et pourtant atrocement inquiétante; le quasi-ambient et très réussi Lacrimosa et la fin de Skin Horse avec cette atroce voix modifée en sont d’excellents exemples. Stag c’est un peu comme l’univers d’Alice au Pays des Merveilles, c’est flippant comme le lapin dans la pub Kiss cool ou Tinky Winki dans les Teletubbies (oui, celui tout violet avec le sac à main, bien que le soleil avec un visage de bébé soit tout aussi terrorisant, ne faites pas semblant de ne pas comprendre ce que je veux dire). Pour faire dans la formule facile, ça se passe de mots, ça s’écoute.

Il y aura assurément dans la discographie des Melvins un avant et un après Stag. L’album joue parfaitement son rôle de transition vers la période Ipecac du groupe et plus particulièrement vers la trilogie à venir. Et par-dessus tout, c'est encore une franche réussite. Ça en diviendrait presque inquiétant.

A écouter : Tout, comme d'hab

Prick ( 1994 )

Malgré le fait qu’ils aient signé un contrat pour trois album sur Atlantic Records, les Melvins ont réussit le tour de force d’en sortir un, pendant la durée dudit contrat, sur le (mythique) label indépendant Amphetamine Reptile Records qui a vu passer dans ses rangs le fleuron de la noise des années 90, avec des groupes aussi mythiques que CowsHelmet, Unsane ou encore Today Is The Day. Mettons les choses au clair tout de suite, Prick est un album…inutile. Et hautement expérimental apparemment, cette fois-ci on se demande si ils ne sont pas allés trop loin dans la blague...

C’est malheureusement sur la première impression d'incompréhension totale que je resterai après plusieurs écoutes de ce Prick. J’ai vaguement la sensation d’assister à un compte rendu d’expériences ratées. Au menu par exemple, une piste de plus de deux minutes, Underground, faite d’un enregistrement sonore d’un couloir de station de metro; une autre, Montreal, avec ce qui semble être le bruit d’un public en attente du début d’un concert ou encore la piste Pure Digital Silence qui, vous l’aurez compris, porte très bien son nom. Hum. Seul l’instrumental Larry évolue dans un registre plus habituel aux Melvins. Mais rien de transcendant.

Soit je passe totalement à côté de Prick, soit c’est effectivement une énorme supercherie. Quant à noter un tel album, cela relève évidemment de l’impossible. Ecoutez-le par curiosité, peut-être qu’il saura vous intéresser, vous. Rien d'autre qu'une pièce de collection pour die-hard fan.

A écouter : Bof
19 / 20
3 commentaires (18.67/20).
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Stoner Witch ( 1994 )

Deuxième album sur Atlantic Records, Stoner Witch débarque un mois après Prick, en septembre 1994. Quid après un Houdini aux répercussions considérables dans le petit monde du rock ? Disons le haut et fort, Stoner Witch est encore mieux que son grand frère, les Melvins parviennent à un niveau rarement atteint, celui des albums qui restent et qui marquent l’histoire. Et j’exagère à peine.
Bassiste du moment : C’est Mark Deutrom (fondateur de Alchemy Records), arrivé entre Houdini et Prick et encore là pour quelques albums.

C'est un fait, les Melvins ont réinventé le groove il y déjà quelques années. Mais ce n’est encore rien comparé à ce qui vous attend sur Stoner Witch. La basse est ronde, roule comme jamais sous les riffs rock au possible de Buzz Osborne. Mais il y a là quelque chose de plus sérieux, comme si cette fois-ci ils l’avaient voulu leur chef d’œuvre. Stoner Witch n’a pas cet air d’accident que pouvaient avoir ses prédécesseurs, même si au loin les compositions ont toujours ce léger air freak qui fait tout le charme des Melvins.

Le disque comporte quelques-uns des tous meilleurs titres du groupe, Roadbull (quel jeu de batterie puissant sur ce titre!) et Revolve en tête. Il y a dans Stoner Witch ce quelque chose d'étrange, des tubes classiques du début de l’album (Queen, Sweety Welly Rollbar) on passe parfois à quelque chose de nettement moins commun, plus expérimental, notamment sur la première moitié de Magic Pig Detective qui rappelle les EPs solo de 1992, vite oubliée avec le retour en force d’un rock ultra énergique. La suite de l’album jouera à chaque moment sur cet esprit de cavalcade quelque chose de classique et quelque chose de bizarre.

On passe en revue ce que le groupe sait faire de mieux, le rendu très heavy (At the Stake), les mélodies typées qu’on leur connaît ainsi que l’énergie punk des débuts, toujours là, plus ou moins cachée, prête à bondir entre chaque note. Dès lors il devient inutile d’en dire plus, on en revient toujours au même point. Mais le groupe atteint ici un tel niveau aussi bien dans le riffing (June Bug) que dans la qualité du son (gras as fuck) que l’ensemble fonctionne à merveille, comme jamais. Le problème, c’est cette impression de répéter la même chose à chaque chronique des Melvins, alors je me contenterai d’un: « vous voyez les Melvins avant ? Là, c’est tout pareil, mais en tout mieux ».

Trêve de discussions, Stoner Witch aura forcément raison de vous, vous n’y échapperez pas, il suffit d’essayer. Sommet des Atlantic Years à n’en point douter, mais aussi l’un des albums des années 90 à posséder coûte que coûte et sûrement le meilleur des Melvins. Un monument, un point c’est tout.

A écouter : Tout, encore plus qu'avant
17.5 / 20
4 commentaires (18.75/20).
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Houdini ( 1993 )

Succès planétaire de Nirvana oblige, les maisons de disques commencent à s’intéresser aux Melvins. Houdini marque le premier pas du groupe sur une major, Atlantic Records, et de ce fait le début des fameuses « Atlantic Years » donc qui dureront jusqu’en 1997. Les Melvins ne cèderont jamais à des quelconques pressions de la maison de disques et de toute façon ils n'en n'ont toujours fait qu'à leur tête. Houdini est logiquement l’un des disques les plus populaires du groupe, et une fois de plus une immense réussite.
Bassites story : Joe Preston est évincé très rapidement après Lysol et Lorax reprend la basse. Elle sera vite remplacée par Mark Deutrom après la sortie de l’album.

Fini les pérégrinations vibratoires de Eggnog et Lysol. On retrouve les Melvins là où ils en étaient restés à l’époque de OZMA et Bullhead. Tout de même, cet Houdini est plus accrocheur que ses illustres prédécesseurs. Les refrains restent en tête et les riffs sont irréprochables, notamment sur des titres comme Hooch ou encore Set Me Straight qui sont de véritables bombes. Que dire du son, sinon qu’il est une nouvelle fois énorme, lourd (très lourd), avec l’empreinte Melvins que des dizaines de groupes essayeront d’imiter avec plus ou moins de réussite.

Pas de grosse révolution donc, si ce n’est le côté légèrement plus accrocheur et très rock'n'roll. Mais peu importe, après tout l’album est rempli à ras bord de tubes, pas la peine de chercher plus loin. Chaque titre diffère totalement d’un autre, l'ensemble est très hétérogène et un air de folie douce place au dessus de l’album, mais, qu’est-ce que c’est bon! On retrouve les passages loufoques - je pense par exemple aux moments où Buzz chante avec une voix nasillarde - qui ne tâchent jamais avec le reste du disque qui de toute façon a pour seule logique de n'en avoir aucune.

Premier pas sur une major, Houdini est un disque barré, très loin de tout le tapage grunge de l’époque (même si ça en reste, du grunge). Rien à dire de plus, si ce n’est qu’encore une fois ils s’agit de l’un des meilleurs albums du groupe; et le pire c’est qu’on peut dire la même chose de quasiment toute leur discographie. Houdini finira de vous convaincre que les Melvins ont définitivement une classe infinie.

A écouter : Oui oui
18 / 20
3 commentaires (19.17/20).
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Lysol ( 1992 )

Après plus de quatre années de bons et loyaux services, la bassiste Lori Temple est remplacée par Joe Preston qui se sépare de Earth pour l’occasion. Le fait n’est pas anodin, l’apport de ce dernier se fait largement sentir sur ce disque, le seul auquel il aura participé.
A 'époque le nom de l'album, Lysol, il ne plaît pas au fabriquant de produits d’entretien du même nom. La maison de disques se voit forcée de le cacher avec une bande noire collée sur les pochettes déjà imprimées. Depuis cette date, Lysol est devenu un album éponyme. Vous imaginez aisément le statut culte qu’ont acquis aujourd’hui les (rares) premières versions. Musicalement parlant, et le dernier morceau de Eggnog l’avait préfiguré, le groupe de Seattle explore cette fois-ci des contrées bien plus arides et dépouillées que par le passé.

Les Melvins s’amusent encore une fois avec les genres, du doom presque drone des deux premiers titres à la veine plus classique des derniers morceaux. Lysol est sans doute l’album le plus lourd et les plus lent de la discographie du groupe, la distorsion est poussée au maximum, les vibrations et les larsens tiennent en longueur et semblent occuper physiquement l’espace (Earth n’est pas loin). La batterie tient tant bien que mal le rythme qui semble toujours plus étiré et lointain jusqu'à devenir quasi-inexistant, notamment sur les deux premiers morceaux, Hung Bunny et Roman Dog Bird. On retrouve donc tous les éléments qui font l’identité des Melvins poussés à leur paroxysme.

L’atmosphère désertique est l’élément central du disque. Pour une fois l’artwork a été épargné par la dérision et donne une parfaite vision de ce que l’on peut ressentir avec l’album, jusque dans les couleurs. Atmosphère lourde, soleil écrasant, vent brûlant, nul doute que cet album est l’une des premières pierres (si ce n’est la première) de l’édifice stoner. Lysol contient également des reprises d’Alice Cooper et du groupe de punk hardcore old-school Flipper, méconnaissables et parfaitement intégrés au bloc que forme l’album.

Petite merveille de courte durée (environ 30 minutes), Lysol est l’un des albums auquel tout explorateur la discographie des Melvins digne de ce nom devra s’essayer. Expérience à part, il est l’une des preuves que l’aura du groupe rayonne encore, à travers les années, sur tout un pan de la scène rock. Ecoute à fort volume recommandée, dépaysement garanti.

A écouter : avec la climatisation
18 / 20
2 commentaires (18.5/20).
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Bullhead ( 1991 )

Nous sommes en 1991, année riche en sorties pour les Melvins puisque pas moins d’un album, un EP et une réédition verront le jour. Nirvana entame sa montée dans les charts avec son Nevermind et la scène grunge entre de plein pied dans ce qui restera son apogée. La conséquence directe sur les Melvins sera de rester dans l’ombre sans pour autant oublier de marquer toute la scène Rock du début des années 90.

Un rapide coup d’œil sur la pochette donne des frissons. Oui, cette coupe de fruit sur fond bleu est absolument immonde. Mais on connaît déjà les penchants des Melvins pour l'humour douteux, en voilà encore une demonstation, un gros majeur levé à l'industrie du disque. La pseudo débilité jouissive du groupe ne déborde que très peux sur la musique qui reste lourde et sombre.

Premier titre, Boris (d’où le groupe japonais tire son nom). Apparemment le groupe ralentit encore le tempo, allonge les morceaux (de 3 à 8 minutes), mais la suite de l’album prouve que les Melvins jouent encore la carte de la diversité avec des riffs purement punk hardcore et rock’n’roll sur un tempo lent et lourd. Le groupe n'évolue pas tellement mais il mute, il change de peau à chaque album et cette tendance se confirmera avec les années. Buzz s'amuse avec le chant, de la voix de possédé jusqu'aux airs incantatoires de certains passages, sa voix prend véritablement un rôle essentiel dans la construction de l'ambiance. Le son est quant à lui toujours d’une efficacité à toute épreuve, la production assez brute sied parfaitement au propos du groupe.

Davantage groovy que ses prédécesseurs, Bullhead paraît aussi plus accrocheur, notamment  pour l’intro à la basse de It’s Shoved (qui ne manquera pas de vous rappeler Nirvana), pour le punch irrésistible d’un morceau comme Zodiac ou le ton stoner de Cow. Je met quiconque au défi de ne pas fondre devant le fracassant If I had an Exocism et ses notes aigues qui succèdent à un riff heavy au possible, son rythme entêtant qui nous transporte dans la plus terrifiante des transes chamaniques. Absolument incroyable!

Les Melvins frappent encore plus fort que précédemment avec ce Bullhead d’une grande classe, où les riffs les plus géniaux côtoient l’énergie punk, tout en se permettant de prendre à contre-pied l’industrie du disque et toute la scène grunge de Seattle avec humour. Assurément l’une des pièces maîtresses de leur discographie.

A écouter : Boris, It's Shoved, If I had an Exorcism, Cow et le reste
15.5 / 20
2 commentaires (17.5/20).
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Eggnog (EP) ( 1991 )

1991. Après le grand Bullhead, les Melvins offrent aux alentours de Noël ce magnifique petit cadeau à leurs fans, dans son emballage au motif «sucre d’orge» d’une laideur à faire fuire le plus excité des enfants au pied de son sapin le matin du 25 décembre. Eggnog («lait de poule» en français), encore un titre douteux teinté d’humour pour ce EP d’une vingtaine de minutes et de quatre titres au total.

Quatre titres donc, mais de longueur croissante puisque d’un premier titre de moins de deux minutes on aboutit à un titre long de treize minutes. Le contenu est pour le moins…étrange. On est donc en terrain connu. Les deux morceaux qui suivent l’intro ne manqueront pas de provoquer un petit rictus d’incompréhension, on se retrouve en pleine vague heavy metal, Buzz chante avec une voix suraiguë rappelant Rob Halford (Judas Priest) et le reste du groupe allie les passages caractéristique du genre tout en nous assommant à coups de larsens et de riffs bancals.

Changement de cap sur le dernier titre, Charmicarmicat, presque drone, annonçant l’album suivant (Lysol) et les futures expérimentations amorcées avec les trois EP de 92. C'est là que les choses sérieuses commencent : le tempo chute, la distorsion est au maximum et les riffs laissent place à une vibration continue dont le volume sonore ne cesse d'augmenter crescendo jusqu’à la fin du morceau.

Impression plutôt mitigée donc, cet EP est certes fort intéressant mais il est aussi loin d’être indispensable face au nombre impressionnant d’album de grande qualité que comporte aujourd’hui la discographie des Melvins. Une curiosité en forme de parodie, à essayer. Et joyeux Noël.

A écouter : Charmicarmicat
17 / 20
1 commentaire (17/20).
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Ozma + Gluey Porch Treatments (rééd) ( 1991 )

Excellente idée de Boner Records en 1991 que cette réédition sur un seul disque des deux véritables premiers albums des Melvins, Gluey Porch Treatments (1986) et OZMA (1989). Les deux commencent à ses raréfier en vinyl et sont des monuments inestimables dans l’histoire du rock lourd.

L’objet pose le fondement même de la musique et du son des Melvins, à savoir cet éternel tiraillement entre leurs influences punk et metal. On entend beaucoup de Black Sabbath mais aussi l’influence énorme du My War de Black Flag et du Generic de Flipper. Le groupe a su garder le meilleur de ces formations, l’énergie et le son (ce son !) lourd magistral, le tout souvent joué lentement sur un jeu de batterie qui appuye chaque note et alourdit les mélodies à l’extrême. Des mélodies qui tuent d’ailleurs, parce que l’autre truc de base qui claque chez les Melvins c’est les méga riffs de guitare, et l'album en regorge, que ce soit dans le punk hardcore Candy-O, dans le quasi grunge Love Thing ou le tube Oven… partout partout.

Les deux albums se situent clairement à la croisée des genres, ils préfigurent de la crasse du sludge, du groove du stoner, ils sont les premières pierres du grunge et susciteront même des vocations du côté du doom et du Rock avec un grand R. C’est précisément ce qui est extraordinaire avec ce groupe, il digère parfaitement le passé tout en écrivant le futur. Kurt Cobain disait même des Melvins qu'ils étaient « le passé, le présent et le futur du rock ». C’est clair quand on voit le nombre de groupes qui les citent en influence majeure.

Malgré tous ces superlatifs, l’univers des Melvins est souvent un peu rebutant dans les premiers temps. Mais il serait dommage de se priver,  on leur découvre bien vite un intérêt et un groove incomparables. Ecoutez ce disque fort, un manche à balai en bandoulière pour imiter la guitare et il finira par ne plus vous lâcher.

Vous l’avez compris, cette réédition est absolument indispensable pour tout fan de rock (au sens large) curieux de connaître l’un des groupes essentiels des années 90, aussi bien acclamé par EyeHateGod que par Nirvana. OZMA et Gluey Porch Treatments n’ont pas pris la moindre ride et restent toujours au sommet. Et encore, les Melvins sont loin d’avoir dit leur dernier mot.

A écouter : My Small Percent Shows Most, Love Thing, Oven, Candy-O