Sur le papier, The Gersch est un projet fort alléchant. Visez un peu : Cliff Meyer, guitariste de deux groupes plus qu’en vue ces dernières années, à savoir Isis et son récent side-project Red Sparowes, membre d’un projet tapant en plein dans la vague du moment, à savoir un stoner efficace teinté d’un doom grassouillet. J’en vois d’avance qui se lèchent les babines comme de gros gourmands, et j’avoue qu’il y a de quoi, je suis aussi tombé dans le panneau.
Quand on y regarde de plus près, ce disque que nous propose Tortuga Records sent bien l’affaire commerciale lancée sur la vague d’une mode musicale qui place le désert et ses ambiances psyché rock au centre des débats de bon nombre de mélomanes avides de sensations fortes, depuis quelques mois. The Gersch n’est en effet qu’un disque réunissant divers enregistrements (les seuls d'ailleurs) de la formation américaine (qui n’existe même plus) mis en boîte dans la deuxième moitié des années 90. Autrement dit, quelqu’un a sûrement du se souvenir de ces archives, trouvées inaptes à la sortie il y a quelques temps, mais de bon ton par les temps qui courent. Bref, ce premier rassemblement de vieilleries Gerschiennes part déjà sur le mauvais pied, mais il est en plus d’un intérêt musical franchement médiocre.
Essayez de trouver un intérêt et une cohésion à des titres qui s’enchaînent pêle-mêle, changeant de production, d’ambiances, de tempo, comme de chemises, et sans grande originalité, par-dessus le marché...
Le disque nous gratifie comme annoncé d’un stoner fort classique, touchant tantôt au hardcore avec énergie (Face), tantôt effectivement au doom et au sludge (Taekr) en ralentissant la cadence, mais honnêtement, la sauce est loin de prendre au vue de titres aux riffs parfois accrocheurs, mais la plupart du temps relativement ennuyeux. Pis encore, certains titres ressemblent presque à des bœufs sans convictions et brouillons (Residue Three, Bloodbottom), avec une production sourde et très inappropriée au genre. Bref, assez d’ingrédients pour me faire croire que ce disque de The Gersch tombera bien vite dans l’oubli. On oubliera également, peut-être avec regrets, le chant de ces 9 titres (impossible de savoir de qui), très rocailleux et sirupeux, capable de très bonnes choses , presque Ozziesque par moments et qui reste incontestablement l’un des points forts de la formation, tout comme les trois (tout de même!) derniers titres, plus allongés rythmiquement, bien plus recherchés que l’ensemble. Ainsi, Your Lips Are No Man’s Land But Mine (admirez au passage le titre), de plus de 13 minutes, constitue le principal intérêt du disque poussiéreux de Tortuga. Très torturé et progressif, il oscille, toujours avec une base stoner, entre progressions postcore, grunge lancinant et mélodies stridentes, en 3 mouvements rythmiques différents et bien amenés. Un bon titre en somme, mais pas assez pour ramener de l’intérêt à un disque franchement dispensable.
Pour finir, ce premier (et dernier) disque du Gersch ressemble à s’y méprendre à un cd de raretés et b-sides d’un groupe…qu’on ne connaît même pas (ou du moins que par son guitariste). Et l’on ne pourra même pas espérer des quelques bonnes choses qui émergent de ce disque une quelconque suite, puisque la formation n’est plus active depuis désormais 7 ans. Les ultra-groopies d’Isis pourront apprécier, quant aux autres, libre à vous de perdre votre temps.
A écouter : Les trois derniers titres, sinon, laissez tomber.