"C’est à l’heure où s’allument les lumières de la ville que commencent la ronde sans espoir des filles de la rue ". Ici se résume le destin de Nana, jeune beauté incarnée par l’actrice danoise Anna Karina, qui a force d’errements et d’illusions, finira tragiquement. Pour écouter The Death Of Anna Karina, il faut voir Vivre sa vie de Godard, il faut connaître sa fin car c’est de ce film que TDOAK puise son inspiration, au cœur des ruelles dévastées où les néons tristes éclipsent les étoiles.
Un orgue pour une morgue, voici le commencement. Puis l’assaut. Féroce, brutal, déchiré. Quelque chose comme un cœur chahuté, défenestré, mis en pagaille. "The Infection", la première course, la première mort. Avant de renaître, plus enragé encore. Semblable aux attaques inaugurales d’Orchid (dont l’influence est notable), TDOAK démontre cette capacité d’entame de morceaux dévastatrice ("Age D’or", "Mission Alphaville") faite d’invasions vocales et d’assauts rythmiques. Violent, sauvage, cannibale. Les premières minutes déferlent et décapitent. Un ouragan dans un bocal.
Par l’intermédiaire de coups de rasoir mélodiques et de riffs saccadés, The Death Of Anna Karina expose un screamo frénétique issu de la lignée de Antioch Arrow (dont on retrouve les mêmes intonnations) ou JR Ewing, animé du souci de percuter, d’anéantir l’espace, de le concentrer en un cri.
Reflet d’un monde en désordre, broyé, Giulio gémit au micro, entremêlé dans les lignes répétitives des guitares, et martèle des mots cloués par la douleur ("Suture my chopped eyes…", "You pass the time eatin’ my stomach, sucking my veins eatin’ my skin"). Première œuvre de cinq italiens âgés d’une vingtaine d’années seulement à l’époque, The Death Of Anna Karina s’étend en dix morceaux, à coup de rage et d’adrénaline, dans un mélange de spontanéité et de créativité enfiévrée. Car si le screamo de TDOAK est de ceux qui marque l’auditeur au fer rouge dès la première écoute, il ne se limite pas pour autant à ce seul fait. Fortement inspirés par Refused et son audace, le quintet varie ses tonalités et ses trajectoires au fil de l’opus, en attestent les spasmes rock’n’roll de "You Are My Cannibal", les secondes planantes de l’interlude "…" ou de "The Sixth Part Of The World" (titres uniquement instrumentaux), ou encore la conclusion lézardée de noises electros de "Ian T. Williams Is My Guitar Hero" qui laisse présager la future orientation de la formation.
Reprenant en cette année 2002 une forme de screamo que ses fondateurs avaient pour la plupart abandonnés, TDOAK par cette première libération, mieux que de perdurer un héritage, a dépoussiéré les testaments et livré un message sonore époustouflant. Aujourd’hui culte car non reproduit (le groupe s’est orienté depuis vers un rock in' screamo à clavier), il a su par son aspect à la fois ardent, exacerbé et déchaîné, propulser ses auteurs, au même titre que ses compatriotes Raein et La Quiete, au rang d’incontournables de la scène screamo/hxc européenne.
A écouter : avant de mourir